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Académie des sciences morales et politiques
L'Académie des sciences morales et politiques, sœur de l'Académie française et de l'Académie des sciences, constitue avec elles et deux autres sociétés savantes l'Institut de France. Depuis les années 2010, elle diffuse des discours climato-dénialistes, qui s'inscrivent dans un glissement vers une posture réactionnaire, comme le relate le journaliste Eric Aeschimann dans Le Nouvel Obs.
Présentation
L'Académie des sciences morales et politiques accueille notamment parmi ses cinquante membres les climato-dénialistes Chantal Delsol, philosophe, et Jean-Robert Pitte, géographe. Sous l'influence de la première, l'institution accueille fin 2024 un colloque organisé par Action Écologie qui met à l'honneur déni du changement climatique et discours hostiles à l'écologisme.
Du reste, lorsque nous consultons les actualités mises en lumière sur la page d'accueil du site web de l'académie en juillet 2025, nous lisons immédiatement dans une synthèse de séance, assurée par le géographe Alain Miossec, une apparente relativisation des conséquences futures de la montée du niveau des océans : celui-ci estime que les projections d'élévation du niveau des océans à l'horizon 2100 par le GIEC, tirées des observations des dernières décennies, n'ont « rien d'effrayant » et que « les menaces d’hier sont encore largement celles d’aujourd’hui ».
Gonéri Le Cozannet, ingénieur au BRGM et co-auteur du deuxième volet du sixième rapport d'évaluation du GIEC, spécialiste des risques côtiers, que nous avons interrogé, voit dans cette synthèse des « éléments incomplets, confus et partiellement erronés ». Gonéri Le Cozannet nous explique notamment que les projections du GIEC ne s'appuient pas que sur les observations, comme semble l'indiquer Alain Miossec, mais aussi sur les « modélisations des glaciers de montagne, des calottes de glace et de l'expansion thermique des océans [ainsi que des] études des paléoclimats » et que « de nouveaux aléas côtiers commencent à être observés du fait de l'élévation du niveau de la mer, notamment les submersions chroniques à marée haute ».
Alain Miossec tient dans cette synthèse des propos plus surprenants encore, affirmant douter que l'élévation des températures terrestres contemporaine « soit la seule conséquence de l’injection des gaz à effet de serre dans l’atmosphère ». Un propos qui se confirme à l'écoute de l'enregistrement audio de la conférence, dans lequel le géographe recommande la lecture d'un ouvrage d'André Dauphiné, géographe retraité qui met en cause « la doxa qui impute le réchauffement au seul mécanisme des gaz à effet de serre » (p. 8). Le consensus scientifique est pourtant limpide : le réchauffement de l'atmosphère contemporain est « sans équivoque » dû aux émissions de CO2 anthropiques.
Cette conférence — « La montée du niveau des océans entre nature et société » — est l'une de celles prévues dans le cycle de l'année 2025 sous la présidence de Jean-Robert Pitte. La première d'entre elles était assurée par Sylvie Brunel, connue pour ses propos climato-rassuristes, comme le souligne Eric Aeschimann.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
Bibliographie
Action Écologie
Action Écologie, dont le principal porte-parole est depuis au moins 2021 le médiatique Bertrand Alliot, est une association qui diffuse un discours « climato-rassuriste » : elle entend s'opposer au « catastrophisme », se dit hostile à « l'écologisme » et propose de « préserver la nature et l’environnement sans remettre en cause l’art de vivre français ». En pratique, elle s'illustre d'abord par une opposition aux éoliennes et est surtout partisane de l'inaction climatique.
Présentation
L'association est cofondée en 2020 par Benoît Perrin, ancien directeur de l'Institut de formation politique (IFP), très proche de l'extrême droite et des catholiques identitaires et financé par Charles Gave, lui-même hostile à l'écologie politique, comme l'a mis en lumière Mediapart, et dans le déni du changement climatique. En 2022, Benoît Perrin prend la direction de l’association Contribuables associés, lobby libertarien lui aussi proche de l'extrême droite et lui aussi climato-dénialiste.
L'activité de l'association se résume pour l'essentiel à celle de son porte-parole Bertrand Alliot.
Dans une étude publiée en 2022, intitulée « Biodiversité : faut-il vraiment paniquer ? lorsque tant d’espèces se portent mieux… » et co-écrite par Bertrand Alliot et Christian Lévêque, Action Écologie revendique 4 700 adhérents, se réclame du « bon sens » et affirme que le fait « que beaucoup d’espèces se portent bien et ont même un très fort dynamisme démographique » en Europe « relativise beaucoup les chiffres alarmistes et souvent biaisés diffusés par des ONG ».
C'est peu ou prou le même argumentaire trompeur, fondé sur du cherry picking et contraire au consensus scientifique, que le président de l'association développe dans Le Point auprès du journaliste Erwan Seznec, en octobre 2024.
L'argumentaire d'Action Écologie porte également sur le changement climatique, en témoigne ce billet de mars 2025 qui utilise un raisonnement fallacieux habituel du climato-dénialisme, la figure rhétorique de l'épouvantail, qui consiste à exagérer ou déformer l'argument d'autrui (Cook 2020). Cela dans le but de mieux minimiser les conséquences attendues du changement climatique : « Oui, il fera peut-être un peu plus chaud, les saisons ne seront peut-être plus tout à fait les mêmes, et nous devrons nous adapter. Mais non, nous ne sommes pas condamnés à la survie dans un désert post-apocalyptique. »
En novembre 2024, l'association organise avec Chantal Delsol de l'Académie des sciences morales et politiques un colloque climato-dénialiste à l'Institut de France, comme le relatent L'Informé et Mediapart.
En septembre 2025, Action Écologie et l'Association des climato-réalistes proposent une conférence sur « le climat entre mythes et réalité » et « l'écologie comme idéologie », animée par Benoît Rittaud et Bertrand Alliot. Elle est organisée « en partenariat avec Culture populaire - Nice », une association d'extrême droite proche d'Égalité & Réconciliation qui organise des interventions de personnalités complotistes comme Jacques Grimault (exemple) ou Claire Séverac (exemple) et promeut les auteurs de propos antisémites Dieudonné (reportage) et Alain Soral (entretien) ainsi que le négationniste Vincent Reynouard (entretien) — entre autres.
Interrogé à ce sujet, Bertrand Alliot ne nous a pas répondu. Benoît Rittaud a quant à lui réfuté toute proximité idéologique avec Culture populaire - Nice et nous a indiqué que « le partenariat était de nature purement logistique (salle, caméra) ».
Bibliographie
Afis
L'Association française pour l'information scientifique (Afis) est une association française issue du mouvement rationaliste, qui vise à promouvoir le scepticisme scientifique et à lutter contre les approches pseudoscientifiques.
Si elle n'a à aucun moment adopté une posture climato-dénialiste, elle a laissé erronément accroire vers 2010 qu'il existait un débat scientifique sur l'origine anthropique du changement climatique, promouvant les discours climato-dénialistes. Elle a progressivement rompu avec cette posture au cours des années 2010.
Analyse du discours
L'Afis a surtout diffusé sans appareil critique voire avec complaisance des contenus climato-dénialistes au tournant des années 2010, tels cet article de Charles Muller de 2008 ou cette note de lecture de son président Michel Naud — qui publie également en juin 2010 une recension élogieuse d'un ouvrage de Claude Allègre.
Le numéro de juillet 2010 de sa revue Science & pseudo-sciences est particulièrement en décalage avec les connaissances scientifiques de l'époque, en témoignent cet article trompeur, les recensions confuses ou positives d'ouvrages climato-dénialistes (dont celui de Benoît Rittaud, celui de Vincent Courtillot et celui de Serge Galam), une interview relativiste du même Benoît Rittaud, un article de Vincent Courtillot et son collègue Jean-Louis Le Mouël prétendant que le Soleil serait à l'origine du réchauffement observé… Un traitement certes alors courant dans la presse généraliste, mais qui fait tache dans une revue censée défendre l'intégrité de la science.
À cette période pourtant, l'Afis publie aussi des articles faisant correctement état des connaissances scientifiques (par exemple ici en 2008, ou ici et là en 2010), et cela avait déjà le cas par le passé, comme nous l'a signalé son porte-parole, François-Marie Bréon.
Sa ligne éditoriale demeure toutefois confuse, puisqu'en 2011 et en 2012, l'association publie encore des recensions positives d'ouvrages climato-dénialistes de Christian Gerondeau et Drieu Godefridi — ni l'un ni l'autre ne sont pourtant des scientifiques.
En 2013, après avoir changé de président, l'Afis clarifie sa position sur le changement climatique, l'alignant officiellement sur le consensus scientifique. En 2016, le climatologue François-Marie Bréon (qui intervient par ailleurs fréquemment dans les médias pour réfuter les discours climato-dénialistes) fait clairement état des connaissances scientifiques. Un article publié la même année par l'ancien président de l'association, Michel Naud, et le rédacteur en chef de la revue de l'Afis, entretient tout de même l'ambiguïté : les auteurs s'indignent que nier les conséquences néfastes pour l'humanité du changement climatique soit considéré comme relevant du « climatoscepticisme », un concept qu'ils jugent « fourre-tout ».
Par la suite, le traitement du changement climatique par l'association ne porte plus à confusion, avec notamment des articles de 2018 et 2019 sans équivoque. La seule exception est une critique positive d'un ouvrage de Sylvie Brunel, fin 2019, qui passe sous silence les propos trompeurs de la géographe sur le changement climatique. François-Marie Bréon rédige toutefois fin 2024 un billet rectificatif.
Les prises de positions de l'Afis sont par ailleurs controversées sur des sujets liés à l'écologie ; elle est globalement critique des mouvements écologistes et notamment de l'écologie politique, qu'elle tend à considérer comme irrationnels et technophobes. Aussi n'est-il pas forcément surprenant qu'elle ait par le passé laisser prospérer les discours de déni climatique, qui s'inscrivent souvent dans une opposition plus large à l'écologisme.
Réponse de l'Afis
Contactés par nos soins, le président de l'Afis Jean-Jacques Ingremeau et son porte-parole François-Marie Bréon reconnaissent sans ambages que la publication de thèses climato-dénialistes en 2008 et 2010 était une erreur, bien que ce dernier nous précise « qu'il n’y a pas un avis unanime sur la question » au sein de l'association. Il insiste quant au fait que « dès 2010 le lectorat de [la revue de l'Afis] était très largement informé du consensus scientifique » grâce à d'autres articles publiés. Tous les deux nous précisent en outre que les notes de lecture ne sont pas soumises à la validation du comité de rédaction, à l'inverse des autres articles.
Interrogé sur notre hypothèse explicative, François-Marie Bréon, qui préfère rester prudent car il n'était pas membre de l'association à l'époque, estime que notre « interprétation d’une opposition aux mouvements d’écologie politique qui justifient souvent des choix de société par de la pseudo-science est effectivement une piste crédible ».
Enfin, l'Afis nous a signalé pendant notre enquête la mise en ligne sur son site web, d'une foire aux questions (FAQ) qui aborde ces questions.
Au sujet de l'article de 2016 critiquant la notion de climato-scepticisme, François-Marie Bréon ne partage pas notre critique : « À mes yeux, il peut y avoir des conséquences néfastes sans que la société ne soit déstabilisée. Et donc, ce n’est pas parce que on nie la déstabilisation de la société que on nie les conséquences néfastes. Personnellement, je suis persuadé que le changement climatique aura des conséquences […] graves, mais j’ai bien peur que la déstabilisation de la société [soit] plus probable par la mise en place des mesures visant à aller vers la neutralité carbone. »
Classification du discours
Les discours diffusés par l'Afis se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Alain Mathieu
Chef d'entreprises, président de Contribuables associés de 2005 à 2013, et de nouveau la seule année 2020, ancien vice-président de l'IFRAP, membre de l'IREF — trois think tanks libéraux ou libertariens — Alain Mathieu se fait de longue date le relai de discours climato-dénialistes qui ne s'embarrassent ni de nuances ni des faits.
Analyse du discours
En 2015, comme le relève Mediapart, il publie sur le site de l'IREF, une tribune intitulée « La COP 21, ou la grande mystification », qui recourt à la fois à de nombreux arguments climato-dénialistes (Coan et al. 2021) et à des discours de l'inaction climatique (Lamb et al. 2020) : « La France, qui est au 7e rang mondial pour les émissions de CO2 par habitant, n’a aucune raison d’épouser cette nouvelle religion et de s’imposer des contraintes nuisibles. »
Trois ans plus tard, sur le site web de l'IRDEME — une obscure association libérale fondée en 2005, qui n'indique pas l'identité de son directeur de la publication mais qui a été fondée par Bernard Zimmern, qui est domicilée à la même adresse que l'ALEPS et l'IREF, et est proche de l'iFRAP — il écrit deux billets (1, 2) questionnant l'origine humaine du changement climatique et dont la conclusion parle d'elle-même :
« Ne nous excitons pas ! Dans de nombreux pays les hausses de la température atmosphérique et du CO2 seront bienfaisantes (c’est pour l’avoir écrit que le chef du service météo de France Télévision a été licencié). Les catastrophes dont on nous menace sont exagérées. […] Les mesures préconisées pour les éviter sont très probablement incapables de les éviter, et certainement nuisibles. La France et son président ne devraient pas prendre la tête d’une croisade aussi ridicule. »
Il écrit en 2020 sur le site web de Contribuables associés, dans un article titré « Virus et réchauffement climatique : deux pandémies mal traitées, la faillite des experts » que « les "experts" du GIEC sont en réalité des fonctionnaires d’un organisme international créé pour prouver que le réchauffement est dû à l’homme » — les auteurs des rapports du GIEC sont en réalité tous bénévoles et non salariés du GIEC : ce sont des chercheurs rattachés à des laboratoires du monde entier. Alain Mathieu compare ensuite l'écologisme aux génocides et massacres de dizaines de millions d'humains par le nazisme et le communisme au XXe siècle.
La même année, il introduit pour Contribuables associés un débat, filmé, auquel participent le député LR Julien Aubert, le physicien climato-dénialiste François Gervais et le haut-fonctionnaire à la retraite Christian Gerondeau, lui aussi dénialiste.
En 2021, Alain Mathieu attaque sur le site de l'IREF le sixième rapport d'évaluation du GIEC en s'appuyant sur les discours de l'Américain Steven Koonin ; il conclut que « la religion écologiste aura du souci à se faire le jour où ses adeptes commenceront à se rendre compte que leur Évangile est aussi gros qu’incohérent ».
Dans Contrepoints, en février de la même année, il encense l'un des essais de Jean de Kervasdoué, regrettant cependant que l'économiste « n’ait pas osé s’insurger contre le plus gros et de loin le plus nocif des mensonges des écolos : que seules les émissions humaines de CO2 dues à la combustion des hydrocarbures sont responsables de l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère ».
En 2022, sur le site web de l'IRDEME, il couvre de louanges le dernier ouvrage de Christian Gerondeau. Dans un billet confus publié sur ce même site web (et sur Contrepoints) deux ans auparavant, Alain Mathieu cherchait d'autres causes au réchauffement que les gaz à effet de serre et concluait :
« Le GIEC ne peut pas seulement constater des incertitudes dans la science du climat. Il doit dire la vérité, comme l’a fait l’Académie française des sciences en 2015 : la science du climat est encore pleine d’incertitudes et « il faudra poursuivre les observations sur plusieurs décennies pour comprendre l’origine des fluctuations de la température ». S’il n’y a pas de certitudes et s’il est impossible de connaître avant longtemps la ou les causes du réchauffement climatique, il faut en tirer les conséquences : il n’est pas scientifiquement établi que les émissions humaines de CO2 sont la cause principale du réchauffement climatique ; l’urgence climatique est en question. »
Cette citation attribuée à l'Académie des sciences se retrouve dans un autre article d'Alain Mathieu publié en 2023, puis sur le site Climat et vérité, et enfin sur The Epoch Times. À chaque fois, aucun lien n'est fourni. Et pour cause, lorsque l'on cherche l'avis de l'Académie des sciences de 2015, on peut lire une citation différente :
Il faudra aussi poursuivre les observations sur plusieurs décennies pour comprendre l’origine des fluctuations observées sur des périodes longues de la température globale de surface et du comportement de l’océan (circulation globale, variations thermiques, modes de variabilité superficielle, couplage océan-atmosphère).
Une citation, surtout, qui a été extraite de son contexte (une incitation à poursuivre les travaux de recherche sur le climat) et dont le sens est travesti par Alain Mathieu. L'avis de l'Académie des sciences, alors sujette à des pressions internes de climato-dénialistes, ne reconnaît pas explicitement l'origine humaine du changement climatique, mais il indique d'emblée que « l’Académie considère que les conclusions de son rapport de 2010 restent valables ». Or le rapport de 2010 conclut explicitement que l'augmentation du réchauffement climatique « est principalement due à l’augmentation de la concentration du CO2 dans l’atmosphère », elle-même « incontestablement due à l’activité humaine ».
Dans Contrepoints, Alain Mathieu signe en 2024 un billet dans lequel il affirme l'absence de consensus scientifique sur l'origine humaine du changement climatique, citant (de nouveau) Steven Koonin.
Réponse d'Alain Mathieu
Contacté par courriel, Alain Mathieu conteste le qualificatif de climato-dénialiste :
« Je ne nie pas le changement climatique. Au contraire je constate que le climat a fréquemment changé […], que les périodes chaudes ont été favorables aux cultures et à l'activité humaine (la photosynthèse a accru les productions agricoles et permis la création des théâtres romains et des cathédrales, etc.), qu’il y a beaucoup plus de morts de froid que de morts de chaud, qu’Al Gore et le GIEC ont reçu le prix Nobel (de la paix) pour avoir prédit dans leur film Une vérité qui dérange que le niveau des mers monterait de 6 mètres en 20 ans (l'élévation a été de 6 cm, 100 fois moins), que les ours polaires, les neiges du Kilimandjaro, les coraux de la Grande Barrière, la banquise polaire disparaîtraient — ce qui ne s’est pas produit. »
Précisons ici qu'Une vérité qui dérange contient plusieurs erreurs bien documentées, ce qui n'empêche pas que l'essentiel de son propos sur le changement climatique soit exact. Surtout, c'est un film documentaire du seul Al Gore, ancien vice-président des États-Unis, et non du GIEC comme l'écrit Alain Mathieu. Assimiler le discours vulgarisateur parfois imprécis d'une personnalité politique aux travaux de synthèse du GIEC, au motif que tous deux ont reçu le prix Nobel de la paix, relève d'un raisonnement fallacieux souvent utilisé en matière de climato-dénialisme : la fausse équivalence (Cook 2020).
Auprès de nous, Alain Mathieu cite aussi pour étayer sa position le texte de la Clintel qui affirme l'absence d'urgence climatique. Il dénonce enfin « l'écologie punitive qui nous est imposée » et se dit favorable à « moins de contraintes, de subventions et d’impôts ».
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Alban d'Arguin
Alban d'Arguin, diplômé en droit, est une personnalité française climato-dénialiste dont les propos touchent au complotisme. Totalement absent des médias grand public, il diffuse son discours dans les sphères d'extrême droite, n'hésitant pas à fréquenter ses franges les plus ouvertement racistes.
Analyse du discours
Il publie en 2022 un essai titré Réchauffement climatique : Enquête sur une manipulation mondiale aux éditions Pardès, proches de l'extrême droite. L'ouvrage est promu par le site Climat et vérité.
En septembre 2022, Alban d'Arguin est l'invité de l'émission Ligne droite de Radio Courtoisie, en présence de l'animatrice Clémence Houdiakova et du chroniqueur Nicolas Vidal, pour faire l'article de son essai. Le titre de la captation vidéo des échanges, publiée sur Youtube, annonce la couleur : « Le réchauffement climatique est l'arme secrète d'un plan mondialiste ! » Son argument central consiste à récuser la responsabilité humaine dans le réchauffement à l'aide du galimatias de pseudo-arguments habituellement utilisé par les climato-dénialistes. Il y adjoint, et c'est là son originalité, une dose de complotisme. Il rend coupables les « élites mondiales » de vouloir assujettir le monde, plus précisément de chercher une maîtrise mondiale de l'énergie et « un plan véritable d'effacement des nations ». Il accuse le GIEC d'avoir été créé dans ce but, et les chercheurs contribuant aux rapports du GIEC d'être « corrompus » par le monde politique. La vidéo cumule plus de 80 000 vues.
Le même mois, Alban d'Arguin intervient sur Putsch Media, un média en ligne d'extrême droite créé par Nicolas Vidal (lequel est également chroniqueur sur Tocsin). Il déploie un discours similaire, s'opposant également, en toute logique, aux politiques publiques de décarbonation.
Toujours en septembre 2022, il développe son argumentaire sur TV Libertés.
L'essayiste s'exprime même, en 2023, sur l'assez confidentielle chaîne Youtube du « Cercle Édouard Drumont », du nom d'une figure de l'antisémitisme français du début du XXe siècle, où l'on trouve notamment une conférence sur l'esthétique fasciste, donné par un journaliste de l'hebdomadaire antisémite et négationniste Rivarol. Au cours de sa présentation, longue d'un peu plus d'une heure, Alban d'Arguin tient (vers 28') des propos islamophobes puis explique à son auditoire que chaque pays « sera obligé d'accepter un quota de migrants climatiques » par une instance de l'ONU.
La même année, il donne une interview à Rivarol, republiée par l'organisation d'extrême droite Égalité & Réconciliation. On y apprend que « la lutte contre le "réchauffement climatique" participe bien d’une totalitarisation du discours écolo » et qu'« au nom de la manipulation climatique, scientifique d’abord, dialectique ensuite, idéologique enfin, se prépare une lutte violente entre les tenants du Vrai et ceux du Mensonge ».
En septembre 2024, il est l'invité de la chaîne Youtube Géopolitique profonde, d'extrême droite, pro-Poutine et volontiers complotiste, pour parler du « mensonge mondial » sur le climat. 58 000 vues en un an.
Alban d'Arguin intervient enfin à trois reprises (1, 2, 3), en 2024 et 2025, sur la chaîne Youtube du Parti de la France (PDF), ouvertement pétainiste.
Il est aussi l'invité en 2024 d'une réunion d'extrême droite en Bretagne.
Contacté par l'intermédiaire de son éditeur Synthèse nationale, Alban d'Arguin n'a pas donné suite.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
ALEPS
L'ALEPS, en forme développée l'Association pour la liberté économique et le progrès social, est un think tank libéral français créé en 1966. Son discours est en rupture totale avec les connaissances scientifiques sur le changement climatique.
Présentation
L'ALEPS édite La Nouvelle Lettre (nouvelle-lettre.com), qui fait figure de site web officiel pour la structure à partir de 2022, en remplacement du site web libres.org, qui disparaît à cette date.
L'association co-édite avec l'IREF le Journal des libertés, volontiers climato-dénialiste. Ses membres Jacques Garello (ancien président) puis Olivier Méresse (secrétaire) animent par ailleurs le « Libre journal des économistes » sur Radio Courtoisie depuis 1993.
Analyse du discours
L'ALEPS se caractérise par une opposition radicale à « l'écologie » en tant que telle, en témoigne ce billet de Jacques Garello, ancien président de l'association, publié en 2024. On y lit :
« Le seul et vrai problème est, comme le disait Gérard Bramoullé, que l’écologie est en soi "une peste verte". Il ne faut pas sortir de l’écologie punitive, il faut sortir de l’écologie. Aujourd’hui comme dans les années 1960 avec le rapport Meadows et le club de Rome, l’écologie est une fable, inventée par les adversaires de la liberté individuelle, tant politique qu’économique. »
Jacques Garello développe à la suite un argumentaire qui a le mérite de la clarté : le réchauffement climatique est causé par le Soleil et non l'activité humaine ; lutter contre les émissions de CO2 ne sert à rien ; la lutte contre le changement climatique est très coûteuse ; de surcroît elle mène au « collectivisme, [à] l’étatisme et [à] la planification ».
Le même, égaré dans une réalité parallèle, écrit en 2022 que « la décarbonation n’est peut-être pas la meilleure façon de lutter contre le réchauffement climatique. Aujourd’hui la majorité des scientifiques démontre au contraire l’utilité du CO2, trop vite accusé de "gaz à effet de serre" ».
En 2022, un billet non signé s'emploie à nier l'existence du changement climatique — « Le climat n'a-t-il pas toujours changé ? ». L'auteur anonyme y interpelle le lecteur : « Je ne comprends plus rien au sujet de la relation CO2/températures qu’on nous assène pourtant comme étant un dogme indiscutable, et vous ? »
La même année, l'ALEPS fait la promotion du dossier climato-dénialiste publié par le Journal des libertés qu'elle co-édite (voir la fiche dédiée).
En 2023, elle promeut l'interview du « climato-réaliste » Erwan Quéinnec (affilié à l'IREF) dans le « Libre journal des économistes » de Radio Courtoisie.
En janvier 2025, à l'occasion de la mort de Claude Allègre, l'ALEPS écrit du défunt homme qu'« il osait dénoncer la version "anthropologique" des changements climatiques, alors que l’examen des roches démontre que ces changements ont existé avant même que la terre [sic] soit habitée par les êtres humains ». C'est là un bel exemple du sophisme de la cause unique, très fréquemment utilisé par les climato-dénialistes, consistant à affirmer que si le climat a changé naturellement par le passé, le changement contemporain est nécessairement d'origine naturelle (Cook 2020).
Le climato-dénialisme de l'ALEPS n'est pas nouveau. On trouve dans les versions archivées de son précédent site web, libres.org, des discours similaire. Il en est ainsi de ce billet de Jacques Gallero publié en 2018 qui, citant le président de lobby libertarien Contribuables associés Alain Mathieu, affirme entre autres que « le CO2 n’est pas en cause, et ce gaz n’est pas polluant, il est au contraire indispensable à la vie sur notre planète » et même que « l’effet de serre est douteux ». Libre.org recèle également de recensions positives d'ouvrages climato-dénialistes, dont celui de Philippe Verdier en 2015 et deux ouvrages (1, 2) de Laurent Cabrol en 2010 — deux présentateurs météo climato-dénialistes. On y trouve même une recension (hélas non archivée) de l'ouvrage climato-dénialiste de Claude Allègre la même année.
En 2015, le président de l'ALEPS Patrick Simon est membre de l'éphémère Association francophone des climato-optimistes.
Sur sa chaîne Youtube, on trouve des conférences de Drieu Godefridi (2019), Yves Roucaute (2019), de Philippe Herlin (2019, 2018) ou encore de Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin (2017) — pas toujours sur le climat.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
Voir aussi
Bibliographie
André Bercoff
Animateur radio star de Sud Radio, André Bercoff, né en 1940, dérive vers le complotisme et l'extrême droite à partir des années 2010, ce qui le conduit notamment à inviter en plateau de nombreuses personnalités climato-dénialistes.
Analyse du discours
Outre ses invités qui multiplient les propos trompeurs à son micro (Yves Roucaute, Philippe Herlin, François Gervais, Benoît Rittaud, etc.), il adopte lui-même un discours de rejet des connaissances scientifiques sur le sujet.
Dès 2010, il fait part de son climatoscepticisme mâtiné de complotisme dans un éditorial vidéo parfaitement confidentiel (quelques centaines de vue et un unique like) publié sur sa chaîne Youtube : après avoir confondu météo et climat à l'issue d'un long hiver, après avoir travesti les projections de réchauffement (« on dit qu'on va gagner 3 degrés dans 10 ans, 5 degrés dans 20 ans » — bel exemple d'épouvantail rhétorique, un sophisme classique du climato-dénialisme (Cook 2020)), après avoir fait allusion au pseudo-scandale du « climategate » (« on apprend que le GIEC […] a sciemment, paraît-il, aurait sciemment écarté des papiers, des rapports, qui n'allaient pas dans le sens de l'inéluctabilité du réchauffement et de la fin du monde »), après tout cela donc, l'animateur réclame d'entendre les « vrais scientifiques » pour savoir ce qu'il en est réellement du changement climatique.
Dans un extrait vidéo publié en janvier 2025 par la chaîne Youtube d'extrême droite Tocsin (où il travaille aussi, en plus de Sud Radio), on peut l'entendre nier la responsabilité humaine dans le changement climatique, ouvrage du physicien climato-dénialiste américain Steven Koonin à l'appui. Deux jours après, il interviewe ledit Koonin sur cette même chaîne Youtube.
En juin 2025 est publié ce billet d'humeur dans lequel il moque la ministre de l'Écologie Agnès Pannier-Runacher qui a déclaré que la France se réchauffait plus vite que le reste de la planète : si le propos de la ministre manque un peu de clarté, il est correct, puisque les continents se réchauffent plus vite que les océans, et que le réchauffement attendu en France est notamment de ce fait environ 30 % supérieur à la moyenne mondiale.
André Bercoff tourne aussi en dérision la perspective d'un réchauffement de +4 °C vers la fin du siècle : « ça fait au moins 150 ans qu'on nous dit +4 °C », ce qui est bien évidemment faux. Il est en revanche exact que dans un scénario tendanciel (par exemple le scénario « Politiques actuelles » du groupe 3 du sixième rapport d'évaluation du GIEC), c'est-à-dire sans politique supplémentaire de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le réchauffement serait d'environ 3 °C en 2100 au niveau mondial. Soit approximativement 4 °C en France pour les raisons exposées plus haut.
Quelques jours avant ce billet, il menait une interview d'Olivier de Benoist, incarnation de la Nouvelle Droite (un courant d'extrême droite), intitulée « Guerre, climat, wokisme : Alain de Benoist démonte l’idéologie dominante », significative du prisme idéologique au travers duquel le climat est envisagé. André Bercoff y abordait d'ailleurs le sujet du climat sous l'angle de « la religion écologiste » — une stratégie de disqualification là encore usuelle chez les climato-dénialistes.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Association des climato-réalistes
Navire amiral du climato-dénialisme français depuis sa fondation en 2016, l'Association des climato-réalistes se revendique du « climato-réalisme ». Elle recourt en fait à une vaste panoplie d'arguments mensongers au sujet du changement climatique, allant de la négation de son origine humaine à une minimisation de ses effets. Le discours de ses membres est loin de se cantonner aux aspects scientifiques, entre dénonciation des écologistes et opposition aux politiques climatiques.
Présentation
L'association est présidée par le mathématicien Benoît Rittaud et compte également dans son bureau l'essayiste et ancien haut-fonctionnaire Christian Gerondeau — tous deux très médiatiques.
Son comité scientifique rassemble dix-sept personnes, dont aucune, en France, ne travaille sur les sciences du climat. Parmi elles figurent notamment le géophysicien Vincent Courtillot, le physicien retraité François Gervais, son confrère américain Richard Lindzen, le professeur de géopolitique belge Samuel Furfari et l'économiste français Rémy Prud'homme. À sa création, il comptait aussi parmi ses membres le chimiste belge István Markó.
Nombre des membres de l'association publient des ouvrages aux éditions L'Artilleur.
L'Association des climato-réalistes est membre de l'European Climate Realist Network (ECRN).
L'association a été précédée d'un éphémère « collectif des climato-réalistes » fondé en septembre 2015 et annoncé sur le site Skyfall. Les personnes morales membres du collectif incluent alors l'Association francophone des climato-optimistes et plusieurs organisations libérales voire libertariennes : Contribuables associés, l'IREF, l'Institut Turgot et Students for Liberty.
En septembre 2025, l'association organise une conférence sur « le climat entre mythes et réalité » et « l'écologie comme idéologie », animée par Benoît Rittaud et Bertrand Alliot. Elle est organisée « en partenariat avec Culture populaire - Nice », une association d'extrême droite proche d'Égalité & Réconciliation qui organise des interventions de personnalités complotistes comme Jacques Grimault (exemple) ou Claire Séverac (exemple) et promeut les auteurs de propos antisémites Dieudonné (reportage) et Alain Soral (entretien) ainsi que le négationniste Vincent Reynouard (entretien) — entre autres.
Interrogé sur ce surprenant partenariat, le président de l'Association des climato-réalistes, Benoît Rittaud, nous a répondu : « Le partenariat était de nature purement logistique (salle, caméra) et ponctuel. Il ne témoigne d'aucune proximité idéologique quelconque avec quoi que ce soit, et en particulier ne cautionne en aucune façon les immondices que vous m'avez envoyées, quelles qu'en soient l'origine et les ramifications — dont mon association et moi-même ignorons absolument tout. »
Sur Facebook, l'Association des climato-réalistes compte 2 700 abonnés ; ils sont 28 000 sur X (anciennement Twitter).
Carbone 50
En 2021, au détour d'une vidéo de dialogue entre Benoît Rittaud et le financier d'extrême droite Charles Gave, on apprend (vers 50') que l'Association des climato-réalistes n'est pas dénuée de liens avec les milieux économiques : « On est en lien avec un groupe d'économistes et d'investisseurs qui s'appelle Carbone 50, qui sont de notre côté, qui ont réussi à faire une ou deux tribunes, qui veulent pas qu'on dise leur nom. » On trouve en effet dans le quotidien libéral L'Opinion, le 8 novembre 2022, page 5, une tribune de ce mystérieux collectif titrée « Adresse à la finance européenne, idiote utile d’un écologisme radicalisé par l’ignorance », reproduite sur son site web par l'Association des climato-réalistes. On peut entre autres y lire que « la croyance en un CO2 maléfique est d’ordre religieux », que la responsabilité humaine dans le réchauffement relève de la « propagande » et qu'« en renchérissant structurellement le prix de l’énergie par l’assèchement du financement des énergies fossiles, la finance se fait complice de la destruction de l’économie de marché ». Derrière « Carbone 50 » se trouvent « une vingtaine de gérants de fonds, responsables compliance, analystes, stratèges en investissement et responsables des ventes », précise L'Opinion — journal où l'on ne s'étonnerait dès lors pas de lire que la Terre est plate.
Classification du discours
Les discours employés par les principaux membres de l'Association des climato-réalistes se rattachent à la totalité des (cinq) catégories que compte la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Association francophone des climato-optimistes
L'Association francophone des climato-optimistes (AFCO) est fondée en 2014 par Christian Gerondeau en vue de la COP21 qui se déroule à Paris la même année (voir ce communiqué de presse).
Sa fondation est relayée par le site web libertarien Contrepoints, qui précise que figurent parmi ses membres Jean-Philippe Delsol (le président de l'IREF), Alain Mathieu (l'ancien président de Contribuables associés), Patrick Simon (le président de l'ALEPS), Marie-France Suivre (la déléguée générale de l'institut Turgot) et Christophe Seltzer (le président de la branche française de Students for Liberty). L'AFCO apparaît ainsi étroitement liée aux milieux libéraux et libertariens.
L'association fusionne en 2016 avec l'Association des climato-réalistes nouvellement créée.
L'AFCO possède un site web (climato-optimistes.fr) qui contient pour l'essentiel deux billets de Rémy Prud'homme ; un billet de François Gervais ; deux billets du « collectif des climato-réalistes », ancêtre de l'association du même nom, dont un qui relaie une pétition en faveur de Philippe Verdier ; un billet relatant le passage sur Europe 1 de Benoît Rittaud, futur président de l'Association des climato-réalistes ; et des chroniques d'un mystérieux « MD » (qu'on retrouve au sein de l'Association des climato-réalistes).
Le site web renvoie à trois sites amis, tous climatodénialistes : Skyfall, pensee-unique.fr (le site de Jacques Duran) et mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com (le site personnel de Benoît Rittaud).
Sur la chaîne Youtube de l'AFCO, quatre vidéos et quatre intervenants : Christian Gerondeau évidemment, Vincent Courtillot, François Gervais et Benoît Rittaud.
Interrogé par nos soins au sujet des liens éventuels entre l'AFCO et l'ATLAS Network au regard de la présence au sein de l'AFCO de personnalités clefs de trois structures (l'IREF, Contribuables associés, et Students for Liberty France) liées à l'ATLAS Network, le président de l'IREF Jean-Philippe Delsol ne nous a pas répondu.
Atlantico
Havre du climato-dénialisme, Atlantico est un média en ligne français créé en 2011, d'orientation libérale-conservatrice ; il est dirigé par Jean-Sébastien Ferjou.
Analyse du discours
Le site convient parfois de l'existence du changement climatique et relaie l'actualité scientifique sur le sujet (exemples : 1, 2, 3, 4) mais il publie également avec assiduité quantité d'auteurs climato-dénialistes : Benoît Rittaud (ici), François Gervais (là), Rémy Prud'homme (là), Samuel Furfari (là) — tous membres de l'Association des climato-réalistes — Loïk Le Floch-Prigent (là), Yves Roucaute (là), Bertrand Alliot (là)…
Dans cette interview de Michel de Rougemont, Samuel Furfari et Jean-Paul Oury publiée en 2022, qui dès son titre avance l'argument en vogue selon lequel l'atténuation est impossible et seule l'adaptation doit être recherchée — c'est un faux dilemme, l'un des sophismes couramment utilisés par les climato-dénialistes (Cook 2020) —, les interviewés proposent un véritable festival de climato-dénialisme.
Ils affirment tour à tour : que le changement climatique existe, mais n'est pas entièrement causé par les activités humaines ; qu'il est impossible de le stopper (c'est faux : atteindre zéro émission nette de CO2 le permet, l'inertie du climat en matière de températures étant très faible) ; que la hausse des températures n'est pas grave voire souhaitable (au moyen d'une comparaison fallacieuses avec l'optimum médiéval) ; ou encore qu'elle est modérée et le restera. Cette dernière affirmation s'appuie sur l'information totalement fantaisiste selon laquelle une hausse limitée à +1,5 °C en 2100 est jugée la plus probable par le GIEC. C'est doublement faux : le premier groupe de travail du GIEC ne propose pas de probabilités pour ses scénarios, et le scénario tendanciel (c'est-à-dire si l'on en restait aux politiques climatiques décidées en 2020) projette une température de l'ordre de 3 °C en 2100.
Ces pratiques d'Atlantico, déliées de toute rigueur scientifique, s'inscrivent dans une ligne éditoriale hostile à l'écologie politique, aux militants écologistes, à la sobriété et à la décroissance, ainsi qu'aux énergies renouvelables. Cette interview en témoigne de manière flagrante : la titraille et les questions, rédigées par la rédaction, sont en décalage total avec le ton et le propos des deux personnes interviewées.
Classification du discours
Les discours diffusés par le média se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
ATLAS Network
L'ATLAS Network (« réseau ATLAS ») est un think tank libertarien fondé en 1981 aux États-Unis. Il rassemble des think tanks du monde entier autour du libertarianisme et des valeurs conservatrices, dont une partie qu'il finance. Un grand nombre de ses membres et bénéficiaires diffusent ou ont diffusé des discours climato-dénialistes ; c'est notamment le cas, aux États-Unis, du Cato Institute, du Heartland Institute, du Competitive Enterprise Institute ou de Students for Liberty (qui a une branche française, dont le président a été membre de l'éphémère Association francophone des climato-optimistes). Historiquement, les membres américains de l'ATLAS Network sont également liés à la campagne de désinformation niant ou minimisant les risques du tabagisme.
En France, selon le site spécialisé Desmog et un rapport de l'ONG Observatoire des multinationales publié en 2024, sont ou ont été partenaires du réseau ATLAS les organisations suivantes, en restreignant la liste à celles ayant tenu des discours climato-dénialistes : l'IREF, Contribuables associés, Contrepoints (et l'ancienne association l'éditant, Liberaux.org) et l'institut économique Molinari.
Voir aussi
- (en anglais) fiche sur le site spécialisé Desmog
B19
B19 est un « business club », un club de réseautage du monde des affaires, actif en Belgique et fondé par John-Alexander Bogaerts (également éditeur du journal satirique PAN). Le club propose des conférences et rencontres avec des patrons d'entreprises et des personnalités politiques de premier ordre.
Il invite à plusieurs reprises des célébrités américaines du climato-dénialisme, en partenariat avec le club de PAN.
Influence des climato-dénialistes
Les rencontres de B19 permettent à ses membres, pour 600 € par an, de rencontrer aussi bien le cofondateur de la compagnie d'assurance santé française Alan, l'ancien président de la République française condamné pour corruption Nicolas Sarkozy, le CEO de Google Belgique, l'ancienne Première ministre belge Sophie Wilmes ou le Premier ministre (alors en exercice) Alexander De Croo.
Visiblement perméables à l'extrême droite, B19 et le club de PAN doivent accueillir en novembre 2025 l'éditorialiste de CNews Mathieu Bock-Côté (il l'avait déjà été en décembre 2023) et ont déjà accueilli en mars 2025 Michel Onfray, « figure emblématique de CNews » — et climato-dénialiste.
En 2023, en partenariat avec le club de PAN, B19 organise à Bruxelles une conférence donnée par Steven Koonin, l'un des climato-dénialistes américains les plus connus. Plusieurs photos mises en ligne sur le site de B19 montrent les climato-dénialistes belges Drieu Godefridi et Samuel Furfari poser en compagnie du physicien, aux côtés également du responsable du développement des affaires de B19 pour Bruxelles et la Wallonie.
Drieu Godefridi relate le déroulé de la conférence sur le site de Friends of Science, une officine canadienne de désinformation financée par l'industrie fossile.
En mai 2024, B19 et le club de PAN invitent de nouveau une célébrité du climato-dénialisme d'outre-Atlantique en la personne de Richard Lindzen, comme le rapporte ce billet de Science, climat et énergie. L'intervention du physicien, introduite par Samuel Furfari, a d'ailleurs été filmée et publiée sur Youtube par un collectif antivax.
Les archives du site web de B19 montrent également son fondateur John-Alexander Bogaerts faire la promotion de l'un des ouvrages de Drieu Godefridi, toujours en partenariat avec le club de PAN, probablement en juillet 2022. En février 2025, il participe également à un débat en compagnie de son père Thierry Godefridi, climato-dénialiste comme lui.
Le B19 semble ainsi de longue date se charger de diffuser auprès du monde des affaires belge les discours climato-dénialistes. Contacté, B19 n'a pas répondu à nos questions.
Classification du discours
Les discours diffusés par les personnalités promues par B19 se rattachent à la totalité des cinq grandes catégories d'arguments dénialistes de la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Benoît Rittaud
Figure centrale du climato-dénialisme français depuis les années 2010, Benoît Rittaud, né en 1974, est mathématicien de formation. Il préside l'Association des climato-réalistes depuis sa fondation en 2016. S'il recourt à des arguments divers et variés, il compte parmi les plus radicaux des climato-dénialistes, qui contestent l'existence même d'un réchauffement (par exemple ici en 2018).
Analyse du discours
Livres
En 2010, il publie son premier ouvrage climato-dénialiste, Le Mythe climatique, dans une prestigieuse collection des éditions du Seuil (Foucart 2015, chap. 15), et il y développe un mille-feuilles argumentatif visant à jeter le doute sur les sciences du climat. Recourant au cherry picking, il investit notamment la controverse sur le graphique crosse de hockey — une reconstruction de l'évolution des températures terrestres sur mille ans publiée en 1998-1999 par Michael E. Mann, un climatologue américain, grâce à l'analyse des cernes des arbres (un proxy climatique) — pourtant close depuis longtemps dans le milieu scientifique, diverses études confirmant les résultats de Mann.
Le mathématicien, qui n'a aucune compétence dans le domaine du climat, met aussi en doute le rôle du CO2 dans le réchauffement climatique, reprenant à son compte l'une des hypothèses en vogue dans les milieux climatosceptiques, celle d'un réchauffement provoqué par le renforcement du rayonnement solaire. Elle a pourtant été maintes fois réfutée par la communauté scientifique : une hausse du rayonnement solaire provoquerait mécaniquement une élévation de la température à la fois dans la troposphère (l'atmosphère basse) et la stratosphère (l'atmosphère haute), or un refroidissement de cette dernière est observé, ce qui correspond au mécanisme de l'effet de serre (cet aspect de la physique de l'atmosphère était déjà connu en 1967).
L'ouvrage, qui s'appuie essentiellement sur la blogosphère climatosceptique, notamment anglophone, et non sur l'état du savoir académique, multiple ainsi les arguments spécieux (Foucart 2015, chap. 15).
Benoît Rittaud publie un deuxième ouvrage sur ce thème en 2023 aux éditions L'Artilleur, Mythes et légendes écologistes, qui lui vaut une interview laudatrice par André Bercoff sur Sud Radio.
Interventions médiatiques
Benoît Rittaud est interviewé en 2018 par l'officine de propagande de l'industrie pétrolière canadienne Friends of Science à l'occasion d'un colloque climato-dénialiste au Portugal, où il donne une conférence en anglais, intitulée « Quelques cas historiques de consensus scientifiques erronés : L'affaire Lysenko » — une référence récurrente chez les négateurs du changement climatique. Le colloque accueille également Camille Veyres et le physicien français François Gervais, deux autres membres de l'Association des climato-réalistes, ainsi que des dénialistes d'autres pays, dont Henri Masson pour la Belgique.
Le mathématicien ne craint pas de fréquenter l'extrême droite pour diffuser son discours sur le changement climatique. Il est ainsi chroniqueur dans le magazine Valeurs actuelles (ses articles), où il multiplie les arguments spécieux. Il affirme par exemple (plusieurs fois) que le CO2 est bénéfique aux plantes. Or ce raisonnement, particulièrement fallacieux (que le CO2 soit nécessaire à la croissance des plantes n'empêche pas par ailleurs qu'il soit, à plus haute concentration atmosphérique, la cause d'un dangereux réchauffement du climat), recourt à deux stratagèmes rhétoriques souvent employés dans les discours climato-dénialistes : la simplification excessive et le sophisme du leurre (Cook 2020).
On retrouve également Benoît Rittaud interviewé sur TV Libertés en 2021 (plus de 100 000 vues) et en 2024 ; sur le plateau de l'Institut des libertés du financier Charles Gave en 2023 ; ou encore sur la chaîne Youtube Tocsin en 2024. En 2021 sur TV Libertés, son propos ne se limite pas aux aspects scientifiques, dans la droite ligne de son ouvrage Mythes et légendes écologistes dont il est venu parler. Il compare ainsi l'écologisme à une religion dont « le péché originel serait la révolution industrielle » puis la qualifie de « totalitarisme » (après que Charles Gave a fait un parallèle avec la Shoah), vers 42'.
Jusqu'en 2020, il publie aussi fréquemment dans le média libertarien Contrepoints, où il ne manque pas de faire la publicité de la World Climate Declaration, une lettre ouverte climato-dénialiste d'envergure mondiale publiée pour la première fois en 2019 par la fondation néerlandaise Clintel et dont il est l'ambassadeur en France. Toujours sur Contrepoints, il fait la promotion de son passage sur le plateau de CNews en janvier 2018.
Il publie enfin une poignée d'articles dans le très libéral Atlantico, en 2019-2020.
Le Figaro lui a offert une tribune en 2021 dans laquelle il dénonce « le consensus factice sur le climat » et s'alarme du coût économique des mesures d'atténuation du changement climatique. Conclusion : il faut « donc se focaliser sur l’adaptation » — il rejoint ainsi un argument climato-dénialiste en vogue dans les années 2020.
En novembre 2024, il fait partie des invités du colloque climato-dénialiste organisé à l'Institut de France par Chantal Delsol ; son intervention a été captée et diffusée par l'association Action Écologie. Elle débute par une comparaison du changement climatique avec le mythe des canaux martiens, la même qu'il opérait quatorze ans auparavant dans Le Mythe climatique. À n'en pas douter, elle ferait un très bon objet d'étude pour l'agnotologie — l'étude de la production du doute.
Réponse de Benoît Rittaud
Questionné par courriel, Benoît Rittaud nous a répondu qu'« il serait trop long de rectifier toutes [n]os grossières exagérations et [n]os insinuations malveillantes ».
Il souhaite tout de même préciser qu'il s'est longtemps exprimé dans des médias à la ligne éditoriale éloignée de l'extrême droite (France Info, France Culture, Arte, France 5, etc.). « Le fait est que, par la suite, comme il est facile de le vérifier, une chape de plomb s'est abattue sur ce sujet dans la plupart des médias traditionnels », ajoute-t-il, citant le « tournant environnemental » de Radio France en 2022 et le licenciement de Philippe Verdier en 2015. C'est donc par défaut que le mathématicien intervient dans les médias d'extrême droite : « me reprocher mon supposé "choix" en faveur de "médias d'extrême-droite" est du même niveau que la citation apocryphe de Marie-Antoinette enjoignant à ceux qui n'ont pas de pain de manger de la brioche. »
Classification du discours
Les discours employés par le mathématicien se rattachent à la totalité des (cinq) catégories de la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Bertrand Alliot
Enseignant à l’université Gustave-Eiffel et docteur en sciences politiques, Bertrand Alliot est le porte-parole de l'association Action Écologie, au nom de laquelle il tient un discours en rupture avec l'état des connaissances scientifiques sur le changement climatique et l'état de la biodiversité. Il bénéficie d'une médiatisation croissante dans les années 2020 et devient une figure notable de la mouvance climato-dénialiste française.
Analyse du discours
S'il ne nie pas l'existence du réchauffement climatique, il met en doute son origine humaine et dénonce « l'alarmisme climatique » et met en doute les projections des sciences du climat : à ses yeux, la situation « ne nécessite pas de faire des politiques radicales », indique-t-il à l'éditorialiste du Figaro Alexandre Devecchio dans une interview de Sud Radio, en juillet 2025. « On pourrait se demander où est la crise ? La crise, c'est une projection, puisqu'on dit qu'il va y avoir une augmentation très très forte des températures, mais l'avenir est largement indéterminé », explique-t-il. À rebours des conclusion du GIEC, il affirme que les politiques de réduction des émissions de CO2 sont inutiles — « Nous n'aurons jamais aucun résultat via des politiques de décarbonation, la seule politique possible en termes de climat c'est l'adaptation » — ce qui permet de le rattacher au mouvement des « climato-rassuristes ».
Cette posture n'est pas nouvelle de sa part, puisqu'en 2022, il assurait dans Le Figaro que « les spécialistes sont de plus en plus nombreux chaque jour à contester l'hypothèse de l'apocalypse climatique », citant Bjørn Lomborg, Michael Shellenberger, Steven Koonin ou encore Olivier Postel-Vinay.
En 2020, il s'entretenait longuement avec Charles Gave sur « le sens profond du "discours écologique" ». À cette occasion, Bertrand Alliot se disait « sceptique » quant à « la théorie du changement climatique » provoqué par les émissions de gaz à effet de serre — d'ailleurs « il y a beaucoup de scientifiques qui sont sceptiques », d'autant que « le CO2 est un gaz rare dans l'atmosphère ». À ses yeux, c'est une théorie non vérifiée, on ne sait pas, et « il y a plein d'hypothèses » alternatives. Quant à l'augmentation de l'intensité et de la fréquence des événements météorologiques extrêmes, c'est « une idée fausse ». Sur la critique du GIEC, il recommandait plutôt d'écouter Drieu Godefridi, spécialiste du sujet.
En novembre 2024, il organise avec Chantal Delsol un colloque climato-dénialiste à l'Institut de France, comme le relatent L'Informé et Mediapart. Dans une interview donnée à l'hebdomadaire Le Point le mois suivant, il affirme également que la biodiversité se porte bien en Europe, affirmation contredite par le monde académique.
En juillet 2025, il est reçu par Eliot Deval sur CNews dans L'Heure des pros pour parler de son ouvrage. En septembre de la même année, il est invité sur le plateau du média d'extrême droite TV Libertés. En septembre de la même année, il anime avec Benoît Rittaud une conférence sur « le climat entre mythes et réalité » et « l'écologie comme idéologie », organisée par l'Association des climato-réalistes.
Il bénéficie de l'appui de la philosophe Chantal Delsol, qui fut sa directrice de thèse en sciences politiques. Membre de l’Académie des sciences morales, elle l'invite à un colloque climato-dénialiste qu'elle organise à l'Institut de France fin 2024, comme l'a relaté Mediapart. Lorsqu'il est démis en février 2025 de son poste de directeur de la valorisation scientifique à l’université Gustave-Eiffel (tout en y poursuivant son activité d'enseignement), elle prend sa défense dans Le Figaro.
Il est l'un des 114 signataires français de la World Climate Declaration publiée par la fondation climato-dénialiste néerlandaise Clintel.
En plus d'intervenir régulièrement dans les médias d'extrême droite Valeurs actuelles (articles) et Causeur (articles), il est chroniqueur dans la revue Transitions et Énergies.
Il est aussi l'auteur de deux ouvrages climato-dénialistes :
- Une histoire naturelle de l’homme : L'écologie serait-elle une diversion ?, publié aux éditions L'Artilleur ;
- Comprendre l'incroyable écologie : Analyse d'un écolo-traitre, publié aux éditions Salvator, vendu à 535 exemplaires selon L'Informé en août 2025.
Contacté par courriel, Bertrand Alliot n'a pas répondu à nos questions, qui portaient notamment sur la gouvernance, les financements et les éventuels adhérents d'Action Écologie.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Bjørn Lomborg
Bjørn Lomborg est un professeur de sciences politiques danois né en 1965. « Climato-rassuriste », il est souvent cité par les climato-dénialistes francophones.
Présentation
Bjørn Lomborg publie en 1998 d'un essai climato-dénialiste, L'Écologiste sceptique, traduit les années suivantes en anglais et en français. Il y remet en question la gravité des crises écologiques et, s'agissant du changement climatique, met en doute la fiabilité des sciences du climat et s'oppose aux mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre au motif qu'elles seraient préjudiciables à l'économie.
Dans un deuxième ouvrage, de même que dans divers articles, il minimise les impacts du changement climatique.
Classification du discours
Les discours employés par Bjørn Lomborg se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
Voir aussi
- (en anglais) article Wikipédia
- (en anglais) fiche sur le site spécialisé Desmog
Bibliographie
Books
Fondé en 2008 par Olivier Postel-Vinay, qui en est aussi le rédacteur en chef, et disparu en 2023, Books est un magazine littéraire. Il adopte un positionnement climato-dénialiste dès ses débuts.
Publications
Le dixième numéro du magazine, publié en 2009, l'année de la conférence de Copenhague sur le climat (la COP 15), consacre un portrait (en fait la traduction d'un article du New York Times) au physicien retraité Freeman Dyson, climato-sceptique — également auteur d'un article publié dans le numéro 3 de Books. Olivier Postel-Vinay en fait un panégyrique dans un billet de blog diffusé sur le web, qui préfigure sa posture pour les quinze ans à venir.
Le hors-série diffusé au même moment fait quant à lui l'éloge du livre Ciel et Terre du géologue australien Ian Plimer, fervent climato-dénialiste (toujours actif aujourd'hui). Sous un titre qui a le mérite de la clarté — « La légende du réchauffement climatique » — le magazine relaye les arguments du géologue : « le changement climatique est cyclique et imprévisible ; le CO2 dans l’atmosphère – auquel l’activité humaine contribue de manière infime – ne représente que 0,001 % du CO2 total contenu dans les océans, les rochers de surface, l’air, le sol et la vie ; le CO2 n’est pas un polluant mais une nourriture pour les plantes ; les périodes les plus chaudes de la Terre […] furent des époques de richesse et d’abondance ». Et, de toute manière, « le réchauffement s’est arrêté en 1998 ».
Ces arguments, tous trompeurs, recourent à des sophismes souvent utilisés par les climato-dénialistes, notamment le sophisme du leurre (attirer l'attention sur la faible proportion du CO2 total présente dans l'atmosphère, alors que cela ne dit absolument rien de son effet sur le climat), la simplification excessive (que le CO2 soit nécessaire à la croissance des plantes n'empêche pas qu'il soit par ailleurs un gaz à effet de serre) ou le sophisme de la fausse équivalence (que des époques chaudes passées furent prospères ne dit rien des effets du réchauffement à venir, autrement plus rapide et important) (Cook 2020).
Deux ans plus tard, en 2011, Books accueille une interview du climatologue dénialiste américain Richard Lindzen réalisée par le mathématicien français Benoît Rittaud (auteur de plusieurs autres articles). « L’organe principal de [la] théorie « carbocentriste » d’un réchauffement climatique d’origine humaine est le GIEC », explique le chapô, avant de laisser complaisamment le chercheur dérouler son discours pseudo-scientifique.
En 2014, sur le site web du magazine, Benoît Rittaud, encore, s'amuse de la « pause » du réchauffement depuis 1998 (un argument trompeur).
La plupart des articles climato-dénialistes du magazine sont le fait de son fondateur et directeur, Olivier Postel-Vinay. En 2018, un numéro de Books s'interroge en une : « Faut-il croire les scientifiques ? ». À la page 31, on trouve la [longue recension](en savoir plus qu’ils n’en savent réellement) d'un ouvrage (autopublié en 2012) d'Andrew Montford, un chimiste britannique salarié de la Global Warming Policy Foundation, qui entend dénoncer une fraude (imaginaire) entourant la courbe des températures publiée en 1998 par Michael Mann. « La climatologie, écrit Olivier Postel-Vinay, est prise en otage par la croyance collective dominante naguère naïvement résumée dans un rapport au Club de Rome : "La Terre a un cancer et ce cancer c’est l’homme." »
Cinq ans plus tard, le rédacteur en chef du magazine se fend d'un billet intitulé « Refroidissement climatique » qui vise à relativiser le caractère inédit du changement climatique anthropique — la spécialité du journaliste. On y trouve en conclusion de quoi faire s'étrangler tout climatologue : « Le réchauffement actuel a lui aussi été déclenché par des variations des paramètres astronomiques. Il a en effet commencé avant que les effets de la révolution industrielle puissent se faire vraiment sentir. » (La variation des paramètres astronomiques fait référence aux cycles de Milankovitch, qui sont à l'origine des successions de périodes glaciaires et interglaciaires. Agissant à une échelle de temps bien supérieure au siècle, ils n'ont aucun lien avec le réchauffement contemporain, dû aux émissions de gaz à effet de serre anthropiques.)
En 2021, Books consacre son dossier à l'optimisme : « est-il un vilain défaut ? » L'un des articles qui le composent est un texte de Calum Chace (un essayiste américain relativement confidentiel qui s'intéresse surtout à l'IA). Sous le titre « Changement climatique : pas de panique ! » l'Américain y relate en fait le discours de Bjørn Lomborg, qui minimise les conséquences du changement climatique.
Olivier Postel-Vinay interviewe en 2022 l'une des stars du climato-dénialisme outre-Atlantique, Steven Koonin, à l'occasion de la publication de son ouvrage Climat, la part d'incertitude. « La science du climat est encore jeune. Nous ignorons quelle est la part de l’influence humaine dans le réchauffement actuel », peut-on lire dans le chapô, qui épouse parfaitement les opinions de l'interviewé... et de l'intervieweur. L'ouvrage avait déjà fait l'objet d'une recension positive (et trompeuse) l'année précédente.
Classification du discours
Les discours diffusés par Books se rattachent à quatre des cinq catégories de la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Boulevard Voltaire
Boulevard Voltaire est un média en ligne d'extrême droite, fondé en 2012 par Robert Ménard et Dominique Jamet ; sa directrice de la publication est Gabrielle Cluzel.
Publications
Le site web diffuse avec assiduité de la désinformation sur le changement climatique, notamment sous la plume de Marc Le Menn (ses articles), un ingénieur. Celui-ci fait la promotion d'un ouvrage climato-rassuriste d'Olivier Postel-Vinay, confond météo et climat, propose d'exploiter les gaz de schistes en France, prend fait et cause pour le physicien climato-dénialiste Pascal Richet après avoir cité l'Association des climato-réalistes sur le même sujet, cite l'auteur danois Bjørn Lomborg, vante l'ouvrage du climato-dénialiste américain Steven Koonin, ressasse le pseudo « climategate » (et défend évidemment Vincent Courtillot), relaie la lettre ouverte climato-dénialiste de la Clintel, etc.
Marc Le Menn n'est pas le seul contributeur du site à s'opposer au consensus scientifique sur le changement climatique.
Yves d'Amécourt, viticulteur et élu local Les Républicains, est l'auteur d'une tribune publiée en 2024 prenant la défense du climato-dénialiste Bertrand Alliot et citant Christian Lévêque.
Claude Brasseur, qui est présenté comme « mathématicien, chercheur en énergies renouvelables », explique en 2018 que le réchauffement du climat est dû au Soleil : « le CO2 ne joue aucun rôle, la théorie du GIEC est bel et bien caduque… » La même année, il chante les louanges de l'ouvrage du climato-dénialiste Jean-Marc Bonnamy.
Toujours en 2018, Christian de Moliner, professeur agrégé de mathématiques, publie un article titré « Le mythe du réchauffement climatique s’effondre mais les taxes explosent » dans lequel il déroule toute une série d'arguments fantaisistes.
En 2019, Jean-Marc Perrin, ingénieur agronome, affirme entre autres que le GIEC a « trafiqué des données accréditant la thèse du réchauffement global ».
On peut aussi lire sur Boulevard Voltaire une interview du militant anti-éoliennes (et plus largement partisan de l'inaction climatique) Fabien Bouglé et une autre du « climato-rassuriste » Jean-Paul Oury.
On y trouve parfois une opinion dissidente, appelant à lutter contre le changement climatique. Extrême droite oblige, l'objectif est alors d'éviter l'immigration.
Classification du discours
Les discours diffusés par Boulevard Voltaire se rattachent à la totalité des cinq grandes catégories de la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Bruno Durieux
Né en 1944, économiste, ancien ministre, ancien député, maire d'une petite commune de la Drôme, Bruno Durieux oscille entre mise en cause de l'origine humaine du changement climatique et « rassurisme » quant à ses conséquences.
Analyse du discours
Bruno Durieux publie quelques tribunes dans Les Échos, où il attaque l'écologisme et accorde la primauté à l'économie plus qu'il ne nie le changement climatique — il écrit tout de même en 2019 que le GIEC dramatise et va publier des rapports toujours plus alarmistes.
La même année, il signe la lettre ouverte « There is no climate emergency » (« Il n'y a pas d'urgence climatique ») publiée par le groupe climatodénialiste néerlandais Clintel, au contenu mensonger.
Bruno Durieux lui-même en est convaincu, comme il l'explique au magazine Terra incognita :
« Il y a bien un réchauffement climatique, oui, mais les causes sont multiples. Ce n’est pas uniquement la faute de l’activité humaine. Ceux qui disent cela sont des idéologues. Les partisans de l’écologie politique ne font que remplir le vide créé par la chute du marxisme. »
Il est interviewé par Bertrand Alliot dans Causeur en 2019 : « Discuter les conclusions du GIEC ferait sombrer cet édifice. Le doute est donc proscrit ; ce qui en matière scientifique ne s’est jamais vu depuis le Moyen-âge, excepté la parenthèse du lyssenkisme. » La référence au lyssenkisme est un motif récurrent des discours climato-dénialistes (Coan et al. 2021).
L'économiste reproche aussi au GIEC un manque de transparence « sur les changements climatiques passés – petit âge glaciaire ou optimum médiéval – qu’il a tenté de masquer et se garde toujours d’analyser ». Quant aux conséquences du réchauffement climatique, « le catastrophisme prophétique du GIEC est certainement excessif ».
Bruno Durieux est l'auteur d'une tribune publiée par Causeur la même année, intitulée « Ils demandent de la viande? Qu’ils mangent du quinoa! » (après le vote de l'obligation pour les cantines scolaires de proposer un plat végétarien) ; d'une tribune hostile à l'écologisme publiée en 2019 dans L'Opinion ; d'une autre en 2020 dans laquelle il affirme — entre deux attaques contre l'écologisme, la décroissance et le « gouvernement des juges » — « que la France représente 1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre considérées comme cause du réchauffement climatique », un discours de l'inaction classique (Lamb et al. 2020).
En 2019, il publie encore une tribune dans Le Figaro Vox, où il se présente comme environnementaliste, soit « une personne pénétrée de l’importance vitale des questions environnementales pour l’humanité, mais qui se refuse à les instrumentaliser politiquement et idéologiquement », à l'inverse de « l’écologiste, [qui] lui, est un militant politique, animé par une idéologie que j’appelle écologisme ». Il y affirme ne pas voir d'« urgence écologique ou climatique » et met en doute l'origine anthropique du changement climatique. Plus encore, « dans une situation présentée comme urgente, la sagesse pour un responsable est de se garder de toute précipitation », d'autant plus que « la planète va de mieux en mieux ». Également critique de la notion d'anthropocène, l'économiste affirme que « depuis vingt ou trente ans la biodiversité s’est beaucoup améliorée dans les pays avancés ainsi que dans les océans », à rebours des conclusions de l'IPBES.
Il est enfin l'auteur en 2021 d'un article « climato-rassuriste » dans la revue Commentaire. En fait une version remaniée et plus nuancée d'un passage de son ouvrage Contre l'écologisme : Pour une croissance au service de l'environnement (p. 139 et suivantes), paru en 2019 — d'où, sans doute, ses diverses interventions médiatiques cette année-là.
Dans l'ouvrage, on peut lire une bonne partie de l'éventail classique des arguments climato-dénialistes. Morceaux choisis : « [Quelques réfractaires] rappellent que le climat n’a jamais été stable et qu’il fluctue naturellement au gré des paramètres orbitaux de la terre, des éruptions volcaniques, de l’activité du soleil [...] ; qu'il faisait plus chaud qu’aujourd’hui durant le Moyen Âge […] ; [que l'humanité] n’a jamais disposé d’autant d’outils pour anticiper et s’adapter. » Il cite aussi des passages lunaires d'un article de Luc Ferry paru dans Commentaire en 2016 et qui entend semer le doute sur la réalité du consensus au sein du GIEC.
En 2021, dans une conférence donnée à l'institut Diderot, un think tank, il précise (à partir de 37' environ) n'être pas climatosceptique car il croit au réchauffement climatique, à l'effet de serre et à la hausse des émissions de CO2 ; « la question, pour moi, elle n'est pas là, elle est : est-ce que c'est la seule cause ? et dans quelle mesure cette cause agit sur le climat ? » Des questions pourtant tranchées depuis plusieurs décennies par la science.
Comme pour bien d'autres climato-dénialistes, le rejet des faits établis par les sciences du climat apparaît clairement motivé par celui de l'écologisme et plus largement des politiques d'atténuation.
Nous avons tenté de joindre Bruno Durieux par le biais de la mairie qu'il dirige, laquelle nous a informé qu'il ne souhaitait pas nous répondre.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Bruno Tertrais
Né en 1962, Bruno Tertrais est politologue. Il est directeur adjoint à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), un think tank. Il tient dans la première moitié de la décennie 2010 un discours climato-dénialiste (un qualificatif qu'il récuse).
Analyse du discours
L'Apocalypse n'est pas pour demain (2011)
Bruno Tertrais publie en 2011 L'Apocalypse n'est pas pour demain : Pour en finir avec le catastrophisme (Denoël), ouvrage dans lequel il met en doute l'origine humaine du changement climatique et ses conséquences néfastes. Le politologue explique dans l'introduction de l'essai que celui-ci « est né d'une lassitude devant le catastrophisme ambiant, et d'un doute sur le pessimisme qui semble faire l'unanimité aujourd'hui quant à l'avenir de notre monde ».
Les arguments dénialistes qui nourrissent l'ouvrage, spécieux, sont pour la plupart repris des sphères climato-dénialistes anglophones. L'auteur cite par exemple une pseudo-étude financée par Exxon, ainsi que le souligne le journaliste scientifique Stéphane Foucart. Pages 101-102, il reprend également un argument du pseudo-scandale du « climategate » lorsqu'il cite de manière tronquée un courriel de Phil Jones, un chercheur américain, laissant croire à une manipulation des données, puis il diffuse d'autres arguments classiques : les stations de mesure de la température au sol sont mal réparties, l'effet d'îlot de chaleur urbain n'est pas pris en compte, etc.
Pages 113-114, Bruno Tertrais estime que « le lien entre CO2 et réchauffement reste problématique » et écrit, après avoir rappelé la hausse de la concentration atmosphérique du CO2 : « Corrélation n'est pas causalité - c'est l'une des bases de l'analyse scientifique. Bien sûr, l'hypothèse d'un lien de causalité se fonde sur un phénomène physique connu : l'effet de serre. Toutefois, l'atmosphère est un milieu complexe et chaotique (au sens physique du terme), et le climat se prête mal aux raisonnements simplistes. » Plus de quarante ans de recherche sur le changement climatique sont ainsi ramenés à des raisonnements simplistes.
Le politologue ne cesse, dans les pages qui suivent, de répéter les arguments climato-dénialistes les plus éculés. Notamment celui selon lequel la hausse des températures précédait celle de la concentration de CO2 atmosphérique lors des transitions entre périodes glaciaires et interglaciaires — c'est un raisonnement fallacieux, plus précisément un sophisme du faux dilemme, très fréquemment utilisé par les climato-dénialistes (Cook 2020). Ou celui selon lequel il y a eu des périodes chaudes durant les derniers milliers d'années (optimum médiéval…) — pas plus pertinent que le précédent, c'est là encore un sophisme, celui de la fausse équivalence (Cook 2020).
Son point de vue sur le changement climatique est exposé de manière concise dans un entretien qu'il donne en 2012 : « Il est indiscutable que la température moyenne de surface a augmenté depuis deux siècles. Mes interrogations portent d'abord sur son caractère inédit, ainsi que sur l'ampleur exacte de la responsabilité humaine. Et surtout, sur la gravité de ses conséquences. »
Comme le relèvent en 2019 deux docteurs en philosophie des sciences, Quentin Hardy et Pierre de Jouvancourt, qui ont étudié les publications de cinq auteurs climato-dénialistes dont Bruno Tertrais, ce dernier soutient le collectif des climato-réalistes (qui deviendra peu après l'Association des climato-réalistes) lors de sa création en 2015.
Après 2015
Bruno Tertrais publie en 2016 Les Guerres du climat : Contre-enquête sur un mythe moderne (CNRS Éditions), un court ouvrage dans lequel il argue que certains propos médiatiques prédisant une hausse des conflits en raison du changement climatique sont alarmistes et infondés. Si son propos principal n'est pas réfuté — et pour cause, le sixième rapport d'évaluation du GIEC, publié quelques années plus tard, conclut avec une confiance élevée que « l'influence du climat sur les conflits est évaluée comme relativement faible » (B.4.7) —, certains aspects sont contestés par la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte sur France Inter. Durant l'émission, Bruno Tertrais insiste sur les incertitudes relatives aux évolutions futures des événements météorologiques extrêmes, ce qui conduit la climatologue à lui répondre qu'il « minimise l'état des connaissances » notamment car il se réfère à des travaux anciens.
En 2020, il semble toujours douter que le changement climatique soit entièrement d'origine humaine, en témoigne cette publication sur Twitter (et sa réponse à un internaute). Il ne fait toutefois pas la promotion de ce point de vue dans ses interventions médiatiques.
En 2025, il semble rompre avec certains de ses propos passés lorsqu'il explique sur X (ex-Twitter) constater « que les modélisations du GIEC concluent à une origine quasiment exclusivement anthropique » du changement climatique.
Les prises de position dénialistes passées du politologue paraissent avoir été influencées par sa méfiance envers le principe de précaution et son hostilité envers l'écologisme (communes à d'autres essayistes), que soulignent Quentin Hardy et Pierre de Jouvancourt dans leur article de 2019. En 2012, après avoir mis en doute le consensus scientifique, Bruno Tertrais disait ainsi soutenir l'hypothèse que demain serait mieux qu'aujourd'hui : « Les experts qui annoncent aujourd'hui la fin du monde disent la même chose que le Club de Rome en 1972. Or il n'y a pas plus de raisons de penser que les limites de la planète puissent nous poser problème davantage aujourd'hui qu'hier. Cela fait quarante ans que les mêmes prophètes nous servent les mêmes prédictions. Et ils ont toujours eu tort. »
Réponse de Bruno Tertrais
Contacté par nos soins, Bruno Tertrais n'a pas souhaité à répondre en détail à nos questions, dont il a estimé qu'elles étaient « à charge ». Il récuse le qualificatif de « climato-dénialiste », qu'il juge insupportable, « ce terme signifiant pour l'opinion la négation de la réalité du changement climatique, ce qui n'a jamais été mon cas », nous écrit-il. S'agissant de l'évolution de sa position au fil des années, il précise que « la lecture des rapports successifs du GIEC le montre, le degré de certitude avec lequel le GIEC se prononce sur la part de la responsabilité humaine a changé depuis 2010 ».
Précisons à ce sujet que si le degré de certitude affiché s'est encore renforcé depuis lors, le premier volet du quatrième rapport d'évaluation (AR4) du GIEC faisait déjà état en 2007, dans son résumé à l'intention des décideurs, d'« un degré de très haute confiance [pour] affirmer que l’effet global moyen net des activités humaines depuis 1750 a été le réchauffement » (p. 3), la figure RID.2 (p. 4) montrant de surcroît sans ambiguïté que les facteurs anthropiques de forçage radiatif positif liés aux gaz à effet de serre étaient très largement supérieurs au forçage dû aux rayons solaires. On lit aussi dans le rapport de synthèse :
« L’essentiel de l’élévation de la température moyenne du globe observée depuis le milieu du XXe siècle est très probablement attribuable à la hausse des concentrations de GES anthropiques. »
Après que nous lui avons signalé la figure du GIEC évoquée ci-dessus, Bruno Tertrais a d'abord interrogé le niveau de certitude de l'époque (« "d'origine humaine" = dans quelle proportion ? et avec quel degré de certitude ? »). Puis, confronté au décalage entre la citation précise du rapport de synthèse de 2007 et ses propos contenus dans L'Apocalypse n'est pas pour demain (2011), il ne nous a pas répondu.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Camille Veyres
Camille Veyres est un ingénieur français, passé par Polytechnique et l'école des Mines. Proche de l'extrême droite et membre actif du bureau de l'Association des climato-réalistes, il adopte un positionnement climato-dénialiste.
Présentation
Climato-dénialisme
Camille Veyres est, avec l'ingénieur Jacques-Marie Moranne, l'auteur du site web climato-dénialiste laphysiqueduclimat.fr. Tous deux ont co-écrit un ouvrage numérique préfacé par le physicien François Gervais.
Il dispose de son propre site web, aujourd'hui hors-ligne, mais archivé. Une « FAQ » (en fait une dissertation) de 109 pages montre le caractère protéiforme du discours de Camille Veyres, qui conteste tant les courbes de températures que l'effet de serre, les manifestations du changement climatique (événements météorologiques extrêmes, etc.) ou son caractère néfaste.
À Porto, en 2018, il participe à un colloque climato-dénialiste (où interviennent aussi Benoît Rittaud, François Gervais et Henri Masson), au cours duquel il s'attèle à montrer que l'effet de serre ne peut pas exister dans l'atmosphère et que l'évolution de la concentration atmosphérique du CO2 est une conséquence des températures plutôt que l'inverse — c'est trompeur et un sophisme du faux dilemme, fréquemment utilisé dans les discours climato-dénialistes (Cook 2020).
En octobre 2019, Camille Veyres « [tente] de perturber l’intervention de la climatologue Valérie Masson-Delmotte à l’amicale du Corps des mines », relate Mediapart.
Il collabore en mai 2021 avec Alain Mathieu pour la rédaction d'une étude de l'IREF, un think tank libertarien, intitulée « Enquête sur l'urgence climatique ».
Il est l'invité d'une émission de la chaîne Youtube complotiste Citizen Light en février 2025, en compagnie de l'ingénieur-consultant Michel Vieillefosse, du physicien Daniel Husson et de l'ingénieur Jean-Marc Bonnamy.
Liens avec l'extrême droite
Camille Veyres entretient plusieurs liens avec l'extrême droite. Il participe en 2010 à un colloque organisé par le Front national (aujourd'hui nommé Rassemblement national), comme le raconte le média Streetpress.
Une décennie plus tard, en octobre 2020, il intervient longuement (enregistrement) au micro de E&R FM, la radio du groupe d'extrême droite radicale Égalité & Réconciliation, au sujet du changement climatique.
En mars 2021, il anime une conférence sur « les impostures de la religion écologique » (« Le mondialisme s’appuie sur différents prétextes pour asseoir sa domination. L’un d’eux est l’imposture du dérèglement climatique. ») pour les éditions Kontre Kulture, fondées par le militant antisémite Alain Soral et Égalité & Réconciliation.
En décembre 2022, il donne une conférence intitulée « L’écologie en bande organisée, pour une famine durable et une misère responsable » organisée par la section lorraine d'Égalité & Réconciliation. Pour dénoncer les « fraudes de la pseudo-science climatique », il convoque une vidéo (« La tyrannie des zéros: carbone, taux d'intérêt, doute, Ukraine, croissance ») du financier Charles Gave et multiplie les propos à tendance complotistes, slide représentant une pyramide et une citation de 1984 à l'appui.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent à la totalité des cinq grandes catégories de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Causeur
Causeur est un magazine d'extrême droite, fondé en 2007 par Élisabeth Lévy, dirigé par Gil Mihaely et propriété de la même holding, Cantio, que Transitions et Énergies et Conflits. Il diffuse avec assiduité des discours climato-dénialistes.
Présentation
Causeur adopte une ligne hostile à l'écologisme (avec un acharnement notable envers la militante Greta Thunberg : 1, 2, 3, 4 et bien plus encore), dont découle son positionnement climato-dénialiste.
Le magazine met ainsi à l'honneur le physicien climato-dénialiste français François Gervais et son confrère américain Steven Koonin, interviewe l'ancien haut-fonctionnaire dénialiste Loïk Le Floch-Prigent, ouvre ses pages au climato-rassuriste Bertrand Alliot…
En 2015 déjà, alors que se tient la COP21, le magazine ouvre ses page à un avocat, Régis de Castelnau, qui dans une tribune assimile explicitement le changement climatique (dont il refuse de se prononcer sur la réalité) à une nouvelle religion. Celle-ci « reposera sur la science – mais une science officielle figée, non discutable – en rassemblant laboratoires et scientifiques de nombreux pays, dans une instance intergouvernementale, par conséquent politique. Sur la base d’une orientation fixée au préalable, le GIEC est devenu le support de l’expression d’une "vérité scientifique" qui doit s’imposer à tous », assène-t-il.
L'année suivante, Causeur héberge et promeut un billet de blog d'Ingrid Riocreux, agrégée de lettres, qui présente le réchauffement climatique comme « une thèse » et décrit les journalistes qui font le lien entre canicules et changement climatique comme des « militants réchauffistes ».
Causeur publie aussi en 2018 une tribune aux arguments particulièrement simplistes et éculés, tels que « le climat a toujours varié » (c'est un argument spécieux) ou « le gaz carbonique est le gaz de la vie » (idem), signée par une bonne partie des membres connus de l'Association des climato-réalistes (Jacques Duran, François Gervais, Richard Lindzen, Rémy Prud'homme et Benoît Rittaud) ainsi que le géographe Jean-Robert Pitte.
En octobre 2022, le magazine s'intéresse au changement climatique, avec cette question : « Qu’est-ce qui a transformé les écologistes en de véritables ennemis de l’écologie ? »
Les plumes de Causeur ne manquent jamais de mettre en doute l'origine anthropique du changement climatique ou de critiquer les rapports du GIEC, « cet organisme lyssenkiste » qui « est accueilli par les associations, les mouvements politiques écologistes, Greta Thunberg et les gouvernements occidentaux, comme un nouvel évangile » (Didier Desrimais), de dénoncer « les maniaques du changement climatique » (idem), de confondre météo et climat (toujours), ou d'alerter sur le « climatotalitarisme » (par le Suisse Slobodan Despot) — et rebelotte (par l'économiste Rémy Prud'homme).
Classification du discours
Les discours employés embrassent la totalité des cinq grandes catégories de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Chantal Delsol
Née en 1947, Chantal Delsol est une philosophe et essayiste française, libérale-conservatrice voire réactionnaire. Le climat n'est pas au centre de ses intérêts, mais elle participe à la diffusion des discours de déni du changement climatique, notamment par le biais de l'Académie des sciences morales et politiques dont elle est membre et par ses propres interventions confusionnistes et « rassuristes ». Elle ramène les discours climatiques et écologistes à une idéologie catastrophiste.
Présentation
Elle est la sœur de Jean-Philippe Delsol, lui-même climato-dénialiste.
Elle organise en novembre 2024 un colloque climato-dénialiste à l'Institut de France, comme le relatent L'Informé et Mediapart, avec Bertrand Alliot, porte-parole de l'association Action Écologie — dont elle a dirigé la thèse en sciences politiques. Y assistent de nombreuses personnalités climato-dénialistes. Lorsque Bertrand Alliot est démis en février 2025 de son poste de directeur de la valorisation scientifique à l’université Gustave-Eiffel, elle le défend dans Le Figaro Vox.
Chantal Delsol intervient durant ledit colloque, avec un discours climato-rassuriste. Tout en précisant ne pas se mêler au débat scientifique sur le changement climatique, dont elle reconnaît sans équivoque l'existence, elle affirme que la question climatique dépasse le stade de « la science rationnelle et raisonnable » (qu'elle assimile au « bon sens ») « pour devenir une espèce de pseudo-religion, de délire ». La question climatique et écologique, sérieuse voire « vitale », devrait être posée avec plus de « pondération ». Estimant que nous sommes presque tous ignorants (« enfin personnellement j'ai l'impression d'être ignorante », ajoute-t-elle immédiatement), « la meilleure réponse serait donc de se taire », « mais la raison d'être des réseaux c'est de parler de tout, d'où le problème ». La peur déborde la science, « l'hystérise et la déforme », explique-t-elle, avant d'affirmer que la rue impose aux gouvernements « des décisions qui sont livrées aux rumeurs, aux données obsolètes ou fausses, aux projections hasardeuses, aux thèses loufoques et aux prédictions apocalyptiques ».
Comment l'intéressée peut-elle identifier des données obsolètes ou fausses ou des projections hasardeuses, alors qu'elle affirme être ignorante sur le sujet ? Mystère. Quant au scepticisme, explique-t-elle, il découlerait du fait que l'on « placardise » quiconque émet une opinion divergeant du consensus scientifique — « c'est louche ».
Son intervention durant le colloque est reprise par Mickaël Fonton dans Valeurs actuelles (dont elle est une contributrice régulière).
Elle préface en 2025 le deuxième essai de Bertrand Alliot, Comprendre l'incroyable écologie.
En 2017, elle est annoncée au programme d'un cycle de conférences de l'Association des climato-réalistes intitulé « Climat : contre la pensée unique ». Son intervention, « Le catastrophisme climatique et la perception du temps et de l’histoire », a fait l'objet d'une captation vidéo, où on la voit discourir à côté de Benoît Rittaud, qui arbore t-shirt et badge « I love CO2 ». Elle y précise là aussi n'avoir pas de compétence sur les aspects scientifiques et axer son intervention sur le discours sur le climat : « Le discours est beaucoup plus inquiétant, probablement, que le climat lui-même. » Elle s'emploie à critiquer un discours « ni rationnel, ni raisonnable », « idéologique », « frénétique voire fanatique », « arrogant », qui refuse tout débat : « Il est extrêmement difficile, dans un salon parisien, de dire qu'on est climato-sceptique ou climato-réaliste. » Se dessine derrière ce discours un « mythe » qui prend la suite du rejet des idéologies totalitaires du XXe siècle et témoigne d'un orgueil de l'humanité qui se croit capable de dérégler le climat et de le réparer.
La philosophe prétend ainsi analyser « le discours sur le climat », comme s'il n'en existait qu'un, amalgamant discours du GIEC, discours médiatiques, militants, etc.
On peut retrouver les grandes lignes de cet argumentaire dans le compte-rendu d'une de ses interventions, faite en 2021 devant l'Académie d’éducation et d’études sociales, une association catholique.
Dans une interview vidéo du Figaro diffusée en 2021, elle explique que « l'écologie est devenue une religion, avec ses clercs — ce sont les gens du GIEC — ses grandes cérémonies, ses prophètes, ses interdictions, son inquisition, etc. ». Elle tient un discours similaire dans une interview au journal belge Le Soir.
Contactée par nos soins, Chantal Delsol nous a indiqué ne pas souhaiter répondre à nos questions.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Charles Gave
Né en 1943, Charles Gave est un financier et essayiste français libéral d'extrême droite, président de l'Institut des libertés, un think tank de sa création. Il utilise et diffuse des discours niant la réalité et l'origine humaine du changement climatique.
Présentation
Charles Gave est un libéral convaincu, contributeur du site libertarien Contrepoints (entre autres). Il appartient aux sphères d'extrême droite, soutient la candidature d'Éric Zemmour à l'élection présidentielle de 2022 et finance plusieurs candidats d'extrême droite à diverses élections.
Par le biais de l'Institut des libertés, un think tank libéral qu'il préside, Charles Gave reçoit et interroge l'essayiste Christian Gerondeau en 2021, le physicien français François Gervais en 2023, le mathématicien Benoît Rittaud en 2023 et l'essayiste belge Samuel Furfari en 2024, tous quatre climato-dénialistes endurcis.
En 2023, face à Benoît Rittaud qui évoque le « mythe originel » de l'écologisme selon lequel l'apocalypse ne sera évitée « que par une transformation complète de la société » (vers 41'), Charles Gave dresse un parallèle avec la Shoah : « J'ai déjà entendu ce coup-là qu'il fallait transformer l'Homme et tout, il y a eu plein de camps de concentration avec cette brillante idée. Donc vous pensez que ça va nous amener aux camps de concentration un jour ? » Réponse de Benoît Rittaud : « En tout cas l'écologisme […] c'est effectivement du totalitarisme ».
S'agissant de François Gervais, il avait déjà été invité par l'Institut des libertés en avril 2021, en partenariat avec la revue Transitions et Énergies.
Dans une vidéo publiée par le même Institut des libertés en 2023, Charles Gave conteste la réalité du réchauffement climatique et l'origine humaine du changement climatique, en dépit des molles tentatives de contradictions de son interlocuteur, auquel il ne cesse de couper la parole. Il utilise notamment l'argument — aussi classique que fallacieux, usant du sophisme de la fausse équivalence (Cook 2020) — selon lequel il a fait plus chaud par le passé et que le réchauffement récent ne serait qu'une nouvelle variation naturelle du climat. Il cite également à l'appui de son raisonnement le climato-dénialiste américain Steven Koonin et le Français Christian Gerondeau. Il accuse également le GIEC d'avoir « manipulé les données » sur les variations historiques de la température.
En 2024, invité sur la chaîne Youtube confusionniste Thinkerview, il diffuse (à partir de 2:11') les discours climato-dénialistes de Steven Koonin, se dit convaincu que le rôle du CO2 dans le réchauffement climatique n'est pas prouvé et affirme que « la masse de l'Antarctique est en train de croître » (non).
De manière plus indirecte, comme l'a mis en lumière Mediapart en janvier 2025, Benoît Perrin, l'ancien directeur de l'Institut de formation politique (IFP) financé par Charles Gave, fonde en 2020 l'association climato-dénialiste Action Écologie. Dont le porte-parole Bertrand Alliot, s'entretient longuement en décembre de la même année avec Charles Gave. Le sujet ? « Le sens profond du "discours écologique" ». L'occasion d'une belle unanimité entre les deux hommes, Charles Gave approuvant Bertrand Alliot quand celui-ci se dit « sceptique » quant à « la théorie du changement climatique » provoqué par les émissions de gaz à effet de serre — et d'ailleurs « il y a beaucoup de scientifiques qui sont sceptiques », d'autant que « le CO2 est un gaz rare dans l'atmosphère ».
Charles Gave est également l'actionnaire de Cantio, la holding propriétaire des médias Causeur, Transitions et Énergies et Conflits, habituées de la désinformation sur le changement climatique. En 2024, L'Informé relatait que le financier et son fils Louis-Vincent Gave étaient venus au secours de Cantio, en difficulté.
L'Institut des libertés-Charles Gave n'a pas donné suite à nos sollicitations.
Classification du discours
Les discours prononcés ou relayés par Charles Gave embrassent la totalité des cinq grandes catégories de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Charles Muller
Charles Muller, pseudonyme de Charles Champetier, est un journaliste, éditeur du site web climat-sceptique.com. Il a précédemment été le rédacteur en chef de la revue d'extrême droite Éléments, affiliée au GRECE, une organisation d'extrême droite née à la fin des années 1960.
Présentation
Climat-sceptique.com est, écrit le journaliste scientifique Stéphane Foucart, « le premier [site web] à importer en France un argumentaire circonscrit à la sphère nord-américaine jusqu’au milieu des années 2000 ».
Actif à partir de 2006, le site entre en sommeil dès 2008 ; Charles Muller conseille alors la consultation des sites francophones pensee-unique.fr (édité par Jacques Duran) et Skyfall, les deux autres blogs influents de la sphère « climato-sceptique » de l'époque.
Charles Champetier, toujours sous le pseudonyme de Muller, publie en janvier 2008 un article intitulé « Climat : quelques éléments de critique sceptique » sur le site web de l'Afis, une des deux principales associations rationalistes françaises. Il y met en cause l'origine anthropique du réchauffement, de même que les travaux du GIEC, et affirme « qu'il n’y a pas d’urgence particulière à prendre dès aujourd’hui des décisions climatiques ».
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Chloé Frammery
Chloé Frammery est une enseignante franco-suisse devenue influenceuses complotiste pendant la pandémie de Covid-19. Proche de l'extrême droite (notamment de Dieudonné), elle est également climato-dénialiste.
Analyse du discours
Dès les années 2010, alors qu'elle n'est pas encore connue, Chloé Frammery diffuse des discours climato-dénialistes sur Twitter (exemple en 2017). Elle poursuit dans les années 2020.
Selon le média suisse Heidi.news, elle enseigne à ses élèves que le réchauffement climatique n'existe pas.
En janvier 2021, elle publie une vidéo consacrée au Forum économique mondial (WEF, d'après son acronyme anglais) et à son dirigeant Klaus Schwab, objets d'une obsession de la mouvance complotiste, particulièrement depuis l'invention du concept de « grande réinitialisation » (great reset en anglais) par Klaus Schwab en 2020. Elle y évoque notamment « le pseudo changement climatique », qui ne serait qu'un prétexte du WEF, au même titre que le Covid-19, pour mettre en place un nouvel ordre mondial.
Elle intervient fréquemment en compagnie d'autres personnalités complotistes, y compris sur le sujet du changement climatique. Par exemple dans l'émission L'info en questionS qu'elle anime souvent avec le complotiste marseillais Salim Laïbi.
Ainsi, en 2021, elle invite le conspirationniste Jean-Jacques Crèvecœur et le conférencier climato-dénialiste Philippe Bobola pour une émission intitulée « Le climat en QuestionS : CO2, nouveaux nuages, Bill Gates et Greta main dans la main pour nous ramener à zéro », dans laquelle elle affirme que « le consensus sur le climat n'est de loin pas établi ». Après une vingtaine de minutes de présentation, elle explique :
« Ce sujet [le changement climatique] est vraiment au cœur de toute la propagande mondialiste, que ce soit le WEF, que ce soit l'ONU, que ce soit la fondation Gate, que ce soit la fondation Rockefeller. […] C'est encore un prétexte pour nous imposer des taxes carbone, des crédits carbone, des autorisations carbone et toutes ces mesures liberticides qui leur permettent de nous contrôler, de contrôler nos déplacements. »
À l'issue de sa présentation, elle entame une discussion sur les chemtrails (une théorie conspirationniste) avec Jean-Jacques Crèvecœur et Philippe Bobola.
En novembre 2022, Chloé Frammery donne une conférence nommée « Que cache la transition "verte" ? », assez décousue. On y apprend que « le CO2 est un fertilisant, pas un gaz polluant » (comme l'indique son support de présentation), qu'il n'est pas la cause du réchauffement climatique, et que même s'il l'était, la France a une responsabilité mineure dans celui-ci (c'est trompeur). Elle indique s'être appuyée sur un livre du physicien climato-dénialiste français François Gervais.
Elle déroule ensuite son argumentaire habituel selon lequel les puissants de ce monde (WEF, George Soros, famille Rockefeller, famille Rothschild, etc.) sont à l'origine du mythe du changement climatique, semble-t-il dans le but d'imposer un « pass carbone » à la population.
Soudainement, à la 49e minute, Chloé Frammery s'éloigne du fil de sa présentation : « Est-ce qu'on s'est intéressé au Soleil ? Ça c'est une question subsidiaire, que je pose totalement au hasard. À l'orientation de la Terre, aux gaz, à l'orbite de la Terre, à tout ce qui peut perturber les cycles ? Est-ce que ces gens-là ont étudié ces phénomènes ? J'ai pas l'impression. » Les paramètres orbitaux de la Terre et les cycles solaires sont pourtant étudiés depuis longtemps par les sciences du climat.
En 2023, elle présente une conférence sur le thème « La fausse transition verte » à Namur, qui reprend en grande partie la structure de sa présentation de 2022.
Le 6 mai 2025 à Genève, elle anime une conférence en deux parties avec Salim Laïbi durant laquelle chacun présente son ouvrage, elle La Suisse au cœur (partie 1), lui le pamphlet climato-dénialiste Climate terror (partie 2). Elle y explique son parcours et, entre autres choses, sa proximité avec le militant antisémite et négationniste français Dieudonné — qui lui a remis une « quenelle d'or » en juin 2019 — et le chanteur Francis Lalanne, qui a basculé dans le complotisme d'extrême droite pendant la pandémie de Covid-19.
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent aux grandes catégories suivantes de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Christian Gerondeau
Né en 1938, ingénieur de formation, Christian Gerondeau est l'un des plus anciens climato-dénialistes français toujours actifs au mitan des années 2020.
Présentation
Christian Gerondeau mène d'abord une carrière de haut-fonctionnaire à la tête du Comité interministériel de la sécurité routière, puis s'investit dans l'Automobile Club Association et devient un fervent défenseur du tout-automobile.
Il est le directeur de la publication du site web de l'Association francophone des climato-optimistes (climato-optimistes.fr). Après la fusion de cette dernière avec l'Association des climato-réalistes en 2016, il en devient membre, et il figure avec Vincent Courtillot parmi les membres du « conseil scientifique » de la Global Warming Policy Foundation britannique (Foucart 2015, chap. 8). Il est aussi signataire de la « World Climate Declaration » publiée en 2019 par l'organisation climato-dénialiste néerlandaise Clintel.
Christian Gerondeau est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages sur le climat et l'écologie, publiés entre 2007 et 2025, dont quinze chez L'Artilleur (ou son label « éditions du Toucan ») — plus d'un par an depuis 2017. Climat, tout ça pour rien !, publié en 2024, a été vendu à plus de 20 000 exemplaires, relate La Croix.
Analyse du discours
À partir du milieu des années 2000, il défend des positions climato-dénialistes avec des arguments divers : tantôt il nie l'existence du changement climatique (en 2009 sur Radio Classique, en 2023 sur CNews, cf. infra), tantôt il nie son origine anthropique (par exemple en 2025 sur la chaîne Youtube Tocsin), tantôt il minimise son ampleur.
Il s'appuie à la fois sur une rhétorique du complot, selon laquelle le GIEC manipule sciemment les données dans une connivence avec les militants écologistes, et sur la prémisse l'impossibilité de toute mesure d'atténuation du changement climatique au motif que l'humanité est incapable de limiter son exploitation des ressources naturelles à sa disposition.
En mars 2023, il affirme sur CNews (où il est fréquemment invité), face à l'animateur climato-dénialiste Pascal Praud, que « la température moyenne du monde est en train de baisser », alors que les données démontrent l'inverse, comme le relève La Croix.
L'ingénieur ne craint en effet pas de fréquenter l'extrême droite. Assidument. En 2017, il intervenait (et répondait aux questions de l'assistance) auprès du Carrefour de l'horloge, un cercle de réflexion d'extrême droite plus connu sous son nom antérieur, le Club de l'horloge, pour parler des « mensonges du mythe réchauffiste » comme le signale Mediapart. Christian Gerondeau s'installait en 2021 dans un fauteuil pour discuter avec le financier d'extrême droite Charles Gave de l'« escroquerie écologique » (dont le réchauffement fait évidemment partie).
En 2021 et 2022, il était invité sur TV Libertés pour la promotion de deux de ses essais climato-dénialistes — la première fois interviewé par l'ancien cadre du Rassemblement national Bruno Gollnisch. Il est en réalité un habitué de la chaîne, en témoigne son intervention de 2018 pour affirmer qu'« il n'y a pas de pollution à Paris ». En 2022, on pouvait aussi entendre l'ingénieur dans la matinale de Radio Courtoisie dénoncer les voitures électriques. L'année suivante, il intervenait (en compagnie d'André Bercoff) sur Omerta, un média en ligne pro-Poutine créé par le journaliste d'extrême droite Régis Le Sommier. En 2025, il intervient (plusieurs fois) sur la chaîne Youtube Géopolitique profonde, aussi marquée à l'extrême droite que complotiste.
Joint par courriel, Christian Gerondeau ne nous a pas répondu.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent à la totalité des (cinq) grandes catégories de la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Christian Lévêque
Hydrobiologiste de carrière, désormais retraité, ancien président de l'Académie d'agriculture, Christian Lévêque minimise l'ampleur des atteintes à la biodiversité, en rupture avec les connaissances scientifiques sur le sujet. Il tient à la marge des propos « climato-rassuristes » et évolue dans la sphère climato-dénialiste française.
Analyse du discours
De la biodiversité…
Le cœur de son discours « rassuriste » est résumé dans cette phrase (écrite en 2024) : « S’il y a de mauvaises nouvelles, il y a aussi de bonnes nouvelles » en matière de biodiversité. Qui complète la suivante (publiée en 2019) : « La mise en accusation systématique de l’homme relève manifestement d’une idéologie, non pas du discours scientifique. »
À l'occasion de la COP15 sur la biodiversité, en 2022, il dénonce « la surenchère médiatique des déclarations alarmistes qui participent à une campagne idéologique de stigmatisation de l’espèce humaine. […] Ce qui renvoie à une question de fond : pourquoi l’écologie ne parle-t-elle que sur le registre négatif de nos rapports à la nature ? »
La même année, il collabore à l'association Action Écologie de Bertrand Alliot avec laquelle il produit une étude intitulée « Biodiversité : faut-il vraiment paniquer ? lorsque tant d’espèces se portent mieux… ». Celle-ci est citée deux ans plus tard par Bertrand Alliot dans une interview menée par le journaliste Erwan Seznec dans Le Point, qui fera l'objet de nombreuses réfutations.
Sur le sujet des risques pesant sur la biodiversité, il est l'auteur d'un ouvrage paru en 2022 chez Iste éditions, Érosion de la biodiversité : Enjeux et débats, et d'un autre paru en 2023 aux éditions L'Artilleur — connue pour son catalogue d'ouvrages climato-dénialistes — Le Double visage de la biodiversité : La nature n’est pas un jardin d’Eden.
Christian Lévêque est interrogé sur le site pseudo-scientifique European Scientist en 2025, où il écrit régulièrement (ses articles) et où il est interviewé avec Bertrand Alliot en 2023. Avec le même Bertrand Alliot, il cosigne quelques mois après, une tribune dans le magazine d'extrême droite Valeurs actuelles. Plus encore, il publie des articles sur le site de l'Association des climato-réalistes (en 2024 et 2025), plateforme principale du déni climatique en France, dont il est membre du comité scientifique. Il écrit aussi un texte dans le magazine d'extrême droite Causeur (en 2021) dans lequel il critique le journaliste scientifique Stéphane Foucart pour son (supposé) « engagement partisan et militant […] contre les climato-sceptiques », propos qui dit en creux quelque chose de son propre rapport aux sciences du climat.
…au climat
Christian Lévêque s'exprime plus explicitement sur le changement climatique dans une tribune publiée en 2022 sur Atlantico consacrée au « catastrophisme climatique ». S'il reconnaît d'emblée que le climat se réchauffe, il minimise les conséquences du changement climatique, affirmant que « les inondations ne sont pas des phénomènes nouveaux, ni par leur ampleur, ni par leur fréquence » alors même qu'elles risquent de s'accroître en raison de la hausse de la fréquence événements de précipitations intenses provoquée par le réchauffement. Plus encore, il argue dans ce texte que la « France est responsable dit-on de 0,64 % des émissions de GES » et qu'il est donc à la fois vain et néfaste « sur le plan économique et social » de faire des efforts pour les réduire fortement — un argument fallacieux de promotion de l'inaction climatique (Lamb et al. 2020).
Toujours dans ce billet d'Atlantico, il s'appuie sur un article de vulgarisation scientifique de 2003, tout à fait sérieux, pour affirmer « que si nous arrêtions toute émission de gaz à effet de serre aujourd’hui le réchauffement se poursuivrait encore pendant un à deux siècles en raison de l’inertie du système terrestre ». Premier problème, ce n'est pas ce que dit l'article, qui évoque effectivement un réchauffement supplémentaire mais dans un scénario de stabilisation de la concentration du CO2 dans l'atmosphère (le stock de CO2), ce qui n'est pas la même chose qu'un scénario d'arrêt des émissions de gaz à effet de serre (le flux). Deuxième problème, lié au premier, se référer à une publication vieille de près de vingt ans n'a pas de sens : les modèles climatiques utilisés à l'époque n'intégraient pas le cycle du carbone et ne pouvaient pas modéliser les conséquences de zéro émission nette de CO2, explique le média spécialisé Carbon Brief. Or, précisément, cesser d'émettre du CO2 n'aboutit pas à une stabilisation de la concentration atmosphérique de celui-ci, mais à sa diminution, car les puits de carbone continuent d'absorber du CO2. Il en résulte que le réchauffement supplémentaire attendu après avoir atteint zéro émission nette de CO2 est très faible (en-deçà d'un demi-degré).
Pire encore, Christian Lévêque, au détour d'une phrase évoquant « un réchauffement dont on ne peut envisager la fin si les seules émissions de GES sont en cause », semble mettre en doute le fait que les émissions de GES d'origine humaines soient les responsables de la totalité du réchauffement observé, ce que le dernier rapport du GIEC en date a pourtant clairement établi. La crainte se confirme plus loin, lorsque l'ancien haut-fonctionnaire écrit :
« Au risque d’être ostracisé en soulevant cette question, je m’interroge sur les facteurs qui ont été à l’origine des nombreux épisodes glaciaires qui ont ponctué l’ère Quaternaire environ tous les 100 000 ans, avec des phases de réchauffement et de refroidissement du climat. L’homme n’y était évidemment pour rien. »
C'est un sophisme de la cause unique combiné à une expression confuse (Cook 2020) : que les variations paléo-climatiques soient dues aux paramètres orbitaux, comme l'essayiste le mentionne lui-même — aussi ce n'est bien évidemment pas là-dessus qu'il s'interroge — ne contredit pas l'origine humaine du changement climatique actuel.
La conclusion de son article est un classique du climato-dénialisme : « Au lieu de nous lancer sans recul dans des programmes de réduction des émissions, et de dépenser beaucoup d’argent dans des mesures qui n’auront qu’un effet très marginal, il serait plus judicieux d’investir, le plus vite possible, dans des mesures d’adaptation au réchauffement. »
Réponse de Christian Lévêque
Joint par courriel, Christian Lévêque nous a indiqué que nous semblions « manquer d’un minimum de cuture scientifique » pour parler du climat et de la biodiversité, avant de longuement nous expliquer que « l’histoire des sciences a montré qu’elle fonctionne sur la base de débats et de controverses parfois vifs » et que « les hypothèses peuvent être remises en cause avec l’avancement des connaissances » — ce que nous ne contestons évidemment pas mais qui relève du sophisme de la fausse équivalence (Cook 2020). Or « le climat est l’un des domaines controversés dans la mesure où nous avons du mal à expliquer les causes des nombreux changement climatiques intervenus dans le passé ». Il condamne « la tendance à la pensée unique qui se manifeste dans ce domaine et que des lobbies cherchent à imposer », ce qui l'a mené à rejoindre l'Association des climato-réalistes, nous explique-t-il.
Il récuse donc s'inscrire « dans le négationnisme » (terme que nous n'avons pas utilisé) et revendique être « dans l’interrogation sur la pertinence des théories actuelles : oui il y a réchauffement mais les forces à l’œuvre dans le passé ont-elles miraculeusement disparu pour une cause unique qui serait les émissions de GES ? »
À propos de la note cosignée avec Bertrand Alliot, il nous écrit : « Si on veut parler honnêtement de la dynamique de la biodiversité, il faut prendre en compte toutes les informations, les mauvaises comme les bonnes, et ne pas faire a priori un tri sélectif en fonction de ses convictions idéologiques. »
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Citizen Light
Citizen Light est un média vidéo en ligne complotiste. Il s'intéresse, entre autres sujets, au changement climatique.
Citizen Light est fondé en 2022 par Pierre Barnérias, réalisateur du documentaire conspirationniste Hold-up sorti la même année, qui prétendait mettre au jour un complot mondial derrière la pandémie de Covid-19. Il s'entoure de trois journalistes issus des rédactions de médias classiques, comme le relate Arrêt sur images : Armel Joubert des Ouches, Valérie Khong et Laurence Beneux.
Le média bénéficie d'un financement participatif à sa création, propose un abonnement payant et reçoit des dons.
Analyse du discours
Entre ses vidéos sur les réseaux pédo-criminels, le complot du Covid-19, « les mystères de l'eau » ou l'État profond, le média s'intéresse aussi au changement climatique.
Dès 2022, Citizen Light consacre une courte vidéo, sobrement titrée « L'arme du climat, une guerre invisible », à la théorie conspirationniste des chemtrails, qui voit dans les traînées de condensation laissées derrière eux par les avions une trace d'expériences de géo-ingénierie à l'origine du Covid-19 et d'événements météorologiques extrêmes. En avril 2025, une émission entière est consacrée à ce sujet, en deux vidéos (1, 2). Le propos ne porte pour l'essentiel pas sur le changement climatique, mais est néanmoins l'occasion pour certains intervenants de faire part de leur climato-dénialisme. Telle Claire Henrion, qui explique que le réchauffement a bien une origine partiellement anthropique, « mais c'est surtout pas celui qu'on nous dit [le CO2], le vrai facteur anthropique il fallait le cacher ».
En février 2025, dans une émission diffusée sur Youtube, Citizen Light invite quatre personnalités qui s'inscrivent dans la mouvance climato-dénialiste, qu'elles contestent l'existence du changement climatique, son origine humaine ou ses conséquences : Daniel Husson, Jean-Marc Bonnamy, Drieu Godefridi et Rémy Prud'homme. L'émission est un florilège ininterrompu de désinformation sur le sujet, mais aussi l'occasion (début de la séquence vers 39') d'entendre Rémy Prud'homme qualifier sans l'ombre d'un argument Greta Thunberg d'« antisémite » — « il y avait avant un ennemi public numéro 1 qui était le CO2, maintenant elle a changé, il y a aussi le Juif », ajoute-t-il —, sans que cela ne sucite la moindre réprobation des quatre autres hommes présents en plateau, présentateur inclus.
Une semaine plus tard, rebelotte, toujours avec Daniel Husson et Jean-Marc Bonnamy, rejoints cette fois par Michel Vieillefosse et Camille Veyres.
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Claude Allègre
Né en 1937 et mort en 2025, Claude Allègre est un géochimiste et ancien ministre de l'Éducation français. Il est la figure tutélaire du climato-dénialisme français, qu'il promeut de manière active entre 2006 et le début des années 2010, épaulé dans cette démarche par Vincent Courtillot.
Présentation
Géologue réputé, il a beaucoup travaillé sur le volcanisme, mais guère sur le changement climatique, au sujet duquel il n'a jamais publié dans des revues scientifiques. Cela ne l'empêche pas, comme le relate Le Monde, d'affirmer dès 1995, alors que paraît le deuxième rapport d'évaluation du GIEC, que le réchauffement climatique d'origine anthropique est une « fausse alerte » inventée de toutes pièces par des « lobbys d’origine scientifique qui défendent avec acharnement leur source de crédits ».
Friand des polémiques, l'ancien ministre développe au fil du temps son discours climato-dénialiste et hostile à l'écologisme — en 2002, il écrit que « l'écologie est devenue la Cassandre d'un catastrophisme planétaire généralisé » — qui prend vraiment son essor dans la deuxième moitié des années 2000. S'appuyant sur son aura scientifique, son bagout et son entregent, Claude Allègre devient omniprésent dans les médias généralistes, dont le recours à un pluralisme dévoyé conduit, pour beaucoup, à accréditer l'existence d'un débat scientifique sur la réalité et l'origine du changement climatique, alors que cette question est alors clairement tranchée dans les sphères académiques. Le Monde lui donne ainsi la parole en 2006, lui permettant de dénoncer « dictature intellectuelle », « vérité officielle » et « écologie dénonciatrice ». Ses interventions, souvent outrancières, sont un condensé de contre-vérités, de même que celles de son ami Vincent Courtillot, géophysicien, qui l'épaule.
« Autant le dire sans fard. La somme d’erreurs commises à propos du réchauffement par les deux hommes dans leurs interventions publiques est incroyable. Ces erreurs — subtiles ou grossières — s’emboîtent les unes aux autres admirablement, s’enchaînent, se renforcent de manière troublante. Leur examen minutieux est sans appel : il ne s’agit pas d’erreurs fortuites. Elles sont activement délivrées à l’opinion publique pour discréditer les sciences du climat et forger du doute, dans un objectif clairement politique. » (Foucart 2015, p. 52)
Membre de l'Académie des sciences, Claude Allègre œuvre en son sein, aux côtés de Vincent Courtillot et d'autres académiciens, à empêcher toute prise de position claire de l'instance au sujet du changement climatique. Avec un relatif succès.
Son offensive climato-dénialiste culmine avec la publication, en 2010, de L'Imposture climatique ou La Fausse Écologie, aux éditions Plon. Victime d'un arrêt cardiaque en 2013, il disparaît du paysage médiatique jusqu'à sa mort en 2025.
Classification du discours
Les discours employés par Claude Allègre se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le changement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Climat et vérité
Climat et vérité est un site web (climatetverite.net) climato-dénialiste français relativement confidentiel édité par l'association éponyme depuis 2021. L'association est dirigée par des chefs d'entreprises et ingénieurs retraités.
Présentation
Climat et vérité a été fondé en 2021, en réaction à la publication du sixième rapport d'évaluation du GIEC.
L'administrateur du site web, Jacques-Marie Moranne, est membre de l'Association des climato-réalistes et l'auteur en 2024 d'un ouvrage autoédité, Climat et CO2 : décryptage d'une manipulation : Comment on a transformé un optimum climatique en catastrophe économique, préfacé par l'économiste et essayiste Philippe Herlin. Jean-Marie Moranne assure la promotion de son essai sur la webtélé d'extrême droite TV Libertés. Il a également co-écrit en 2019 un ouvrage numérique avec Camille Veyres et préfacé par le physicien François Gervais.
Le groupe Facebook de Climat et vérité compte un peu plus de 600 membres en 2025.
Climat et vérité fait la promotion des autres acteurs du climato-dénialisme, notamment un groupe Facebook et plusieurs sites web, parmi lesquels ceux de l'Association des climato-réalistes, de la Clintel, de Transitions et Énergies et de Science, climat et énergie.
À son assemblée générale de 2024 était invité Christian Gerondeau ; l'année suivante, c'est le climato-dénialiste belge Samuel Furfari qui intervient.
Analyse du discours
Dans sa présentation et son plaidoyer « pour un nouveau débat », le site met en cause la responsabilité du CO2 dans le réchauffement climatique (dont il reconnaît l'existence), « une vérité d’évangile, un dogme auquel tous adhèrent les yeux fermés ». Et célèbre « les bienfaits du CO2 (nutriment essentiel des plantes ayant contribué depuis un siècle à un reverdissement significatif de la planète) » — un raisonnement fallacieux (Cook 2020). Opposée au solaire et à l'éolien, auxquels elle préfère l'énergie nucléaire, l'association met en garde contre la décroissance économique qui résulterait inévitablement, selon elle, des politiques d'atténuation du changement climatique, et dénigre le GIEC.
Le site web fait en réalité feu de tout bois : il relaie une vaste gamme d'arguments dénialistes, qu'ils portent sur l'origine humaine du réchauffement, ses conséquences, les moyens de lutter contre, ou encore relèvent d'un dénigrement des chercheurs et du GIEC, voire plus largement de l'écologisme.
La plupart de ses publications sont en réalité des republications de tribunes publiées dans d'autres médias ou par des think tanks (Valeurs actuelles, l'IREF, Atlantico, The Epoch Times, Transitions et Énergies, etc.) ou de billets de la (blogo)sphère dénialiste anglophone : Watt up with that? (un blog américain), CFACT (un think tank américain), GWPF (la Global Warming Policy Foundation), etc.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Clintel
La Clintel, en forme longue Climate Intelligence Foundation, est la principale organisation climato-dénialiste néerlandaise. Elle est fondée en 2019 par un géophysicien retraité passé par l'industrie pétrolière, Guus Berkhout, et un journaliste, Marcel Crok.
Présentation
Elle est surtout connue pour sa lettre ouverte « There is no Climate Emergency » (« Il n'y a pas d'urgence climatique ») publiée en 2019, en même temps que la Clintel organise une campagne de lobbying pour dénigrer l'objectif européen de zéro émission nette de CO2 en 2050. La lettre ouverte est signée par « 500 scientifiques et experts » issus de 24 pays, qui après examen s'avèrent pour la quasi-totalité d'entre eux être des chercheurs retraités ou n'ayant jamais travaillé sur les sciences du climat, et parfois même des personnalités extérieures au monde de la recherche (personnalités politiques, chefs d'entreprises, etc.). Une quarantaine de Français, dont bon nombre de membres de l'Association des climato-réalistes, figurent parmi les signataires d'origine.
La lettre permet l'usage d'une stratégie rhétorique, celle dite des « faux experts », souvent employée dans le cadre du climato-dénialisme. Le texte de la lettre lui-même est une accumulation de sophismes particulièrement grossiers, du style « Le CO2 est un nutriment pour les plantes, la base de toute vie sur Terre. » (Cook 2020)
Renommée « World Climate Declaration » (« Déclaration mondiale sur le climat »), la lettre demeure ouverte aux signatures. En août 2025, elle compte 2013 signataires, dont 114 français.
Du fait de la mise à jour régulière de ses signataires, elle circule à répétition sur les réseaux sociaux, conduisant par exemple la RTBF à fact-checker de nouveau ses affirmations fantaisistes en 2024, après qu'elles l'ont déjà été en 2022 par l'AFP, et dès 2019 par Climate Feebdack, entre autres médias.
La Clintel est notamment financée par deux magnats néerlandais de l'immobilier ainsi que, selon Follow The Money, Platform Authentieke Journalistiek et De Volkskrant (trois médias néerlandais), par des fonds issus de l'industrie pétrolière — ce que la Clintel dément.
La fondation Clintel est membre de l'European Climate Realist Network. Son cofondateur Guus Berkhout est membre de l'organisation américaine CO2 Coalition. Il intervient à plusieurs reprises (au moins en 2022 et 2024) à des colloques organisés par le lobby climato-dénialiste allemand EIKE.
Classification du discours
Le discours des appels de la CLINTEL se rattache aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
Voir aussi
- article Wikipédia
- (en anglais) récit de la conférence anniversaire de la Clintel en 2024 par le site Desmog
Bibliographie
CNews
CNews est une chaîne de télévision d'extrême droite propriété de l'empire médiatique du milliardaire Vincent Bolloré (via le groupe Canal+). Chaîne d'opinion habituée à la diffusion de fausses informations, elle promeut de manière récurrente des discours climato-dénialistes, notamment — mais pas exclusivement — sous l'impulsion de son animateur phare, Pascal Praud, de l'éditorialiste Ivan Rioufol ou encore de la chroniqueuse Élisabeth Lévy.
Analyse du discours
La chaîne invite régulièrement des climato-dénialistes en plateau, souvent sans véritable contradiction : Benoît Rittaud en 2018 et 2020, Christian Gerondeau en 2021, François Gervais en 2022, Olivier Postel-Vinay en 2022 et 2023, etc.
En août 2023, la chaîne invite l'économiste libéral Philippe Herlin qui affirme que le réchauffement climatique n'existe pas, arguments spécieux à l'appui. Il ajoute que c'est un complot, un prétexte de l'État pour intervenir dans la vie des citoyens, donc une « forme de totalitarisme ». Cette intervention circule largement sur les réseaux sociaux, ce qui lui vaut d'être réfutée par l'AFP ; elle conduit en outre l'Arcom à infliger une amende de 20 000 € à CNews : « L’intervenant a ainsi pu exprimer une thèse controversée et non vérifiée par les données acquises de la science sans que la position qu’il défendait ne soit mise en perspective et sans qu’une contradiction sur ce sujet ne soit exprimée à la suite de ces propos. »
C'est, à date, la seule sanction prise par l'Arcom contre la chaîne au sujet du changement climatique — CNews a été sanctionnée a de nombreuses autres reprises pour d'autres motifs.
Une étude de l'association Quota Climat, qui s'intéresse au traitement médiatique du changement climatique, menée sur les trois premiers mois de l'année 2025, a mis en évidence que CNews était, selon la méthodologie utilisée, l'un des médias audiovisuels analysés diffusant le plus de désinformation sur ce thème.
En août 2025, pendant la deuxième vague de chaleur de l'été, les propos ironiques ou climato-rassuristes se multiplient sur les plateaux de la chaîne, comme le relate Arrêt sur images.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
CO2 Coalition
La CO2 Coalition est un important lobby climato-dénialiste américain créé en 2015 lors de la disparition du George C. Marshall Institute — un think tank conservateur, lui-même climato-dénialiste et financé par l'industrie pétrolière.
Présentation
La CO2 Coalition s'oppose aux politiques de lutte contre le réchauffement climatique et s'appuie pour cela sur un discours trompeur. Elle argue que les émissions de CO2 sont souhaitables car ce gaz nourri la croissance des végétaux — c'est un sophisme classique du climato-dénialisme (Cook 2020) puisque cela ne dit rien du fait que le CO2 également un réchauffement du climat. Elle met aussi l'accent sur la vapeur d'eau — effectivement un gaz à effet de serre, présent naturellement dans l'atmosphère — et sur les paramètres orbitaux, deux facteurs qui influent sur le climat mais sont hors de cause dans le réchauffement climatique, contrairement à ce que sous-entend le lobby dans ces raisonnements fallacieux.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- article Wikipédia
- (en anglais) fiche sur le site spécialisé Desmog
Bibliographie
Commentaire
Revue intellectuelle et politique libérale-conservatrice fondée en 1978, Commentaire ouvre régulièrement ses colonnes aux discours climato-dénialistes, qui forment l'essentiel des articles consacrés au changement climatique dans la revue.
Analyse des publications
Si Commentaire donne en 2008 la parole à l'éminent climatologue Hervé Le Treut, c'est l'une des rares exceptions dans le traitement fait du sujet par la revue.
Dès 2007, celle-ci fait la part belle à la remise en cause du consensus scientifique sur le changement climatique, « afin de se faire sa propre opinion », écrit-elle, en publiant un article d'Armand Laferrère, conseiller à la Cour des comptes et membre du comité de rédaction de la revue, dans lequel il affirme contre toute évidence qu'il n'y a « pas de consensus chez les spécialistes » avec un mille-feuille argumentatif assez classique (« Le climat de la planète [...] n’a pas cessé de changer au cours des âges » ; il y a une pause dans le réchauffement ; il y a « une forte corrélation entre température moyenne et activité magnétique du Soleil » ; de toute manière les politiques climatiques sont inefficaces ; etc.), citant pêle-mêle Richard Lindzen, Claude Allègre ou Bjørn Lomborg.
Deux ans plus tard, le même Armand Laferrère couvre de louanges l'essai de Christian Gerondeau CO2, un mythe planétaire, dont le titre dispense de décrire le contenu. En 2010, le philosophe médiatique Luc Ferry apporte son soutien à Claude Allègre dans les colonnes de la revue. En 2011, c'est au tour du géographe Jean-Robert Pitte de faire l'éloge du dernier ouvrage du géochimiste.
Du reste, le directeur de la revue, Jean-Claude Casanova, est aussi membre du conseil d'orientation de la fondation Écologie avenir créée par Claude Allègre, et membre de l'Académie des sciences morales et politiques.
Les années ont-elles fait évoluer la position de la revue ? Pas du tout.
Celle-ci donne largement la parole à l'économiste Rémy Prud'homme qui multiplie les chroniques climato-dénialistes : si, en 2009, dans « Dioxyde de carbone : raison garder » (billet récipiendaire du Prix de la réflexion impertinente de Michel Godet), il se gardait de discuter « la réalité, l’importance, les causes, les conséquences et la prospective du réchauffement climatique » (tout en faisant part des réserves que lui inspire le consensus scientifique), il insiste en 2018 sur les « incertitudes » entourant l'origine et les conséquences du réchauffement climatique dans un article multipliant les affirmations fausses pour aboutir à une dénonciation des « zélotes du réchauffisme ». En 2021 il s'intéresse aux « anciens alarmistes » (devenus climato-dénialistes) américains Patrick Moore et Michael Shellenberger ; en 2024, il promeut l'ouvrage du climato-dénialiste Christian Gerondeau Climat, tout ça pour rien. Et ce n'est là qu'une sélection de ses publications.
En parallèle, l'économiste et ancien homme politique Bruno Durieux écrit en 2021 un article dans lequel il présente longuement les arguments climato-dénialistes, prenant soin de ne pas les endosser mais surtout de ne pas les contredire. Il s'emploie ensuite à remettre les pendules à l'heure : « Si urgence il y a, elle est d’abord de combattre le discours écologiste et lui opposer les conceptions libérales […] avec la même détermination qu’hier le communisme ». Si le texte est plus rassuriste que dénialiste (honni « catastrophisme » !), l'auteur cache assez mal sa remise en question des sciences du climat, comme dans la fin de ce paragraphe :
« Un régime démocratique ne peut imposer de sacrifice au peuple si celui-ci ne perçoit pas distinctement le danger sur lequel on l’alerte. Celui du réchauffement climatique est encore flou, en dépit de l’alarmisme ascendant des rapports du GIEC et d’évènements météo "extrêmes", désormais systématiquement attribués au réchauffement, quelle qu’en soit la nature, qu’ils aient ou non des antécédents historiques. »
Les bonne feuilles de l'ouvrage de Bruno Durieux Contre l'écologisme avaient également trouvé droit de cité dans la revue en 2019.
Réponse de la revue
Dans sa présentation en ligne, Commentaire se revendique « revue intellectuelle » et écrit à ce sujet :
« Pour qu’un sujet soit étudié le mieux possible, il est recommandé que les auteurs bénéficient des compétences, de l’indépendance et de l’expérience nécessaires. […] De même, les lecteurs exigent des auteurs le respect des faits, le respect des autres, la rectitude du jugement et le discernement. »
Interrogée sur le manque de respect apparent de cette ligne de conduite, la revue a répondu par la voix de son directeur, Jean-Claude Casanova. Il nous écrit que « Commentaire n’a pas l’intention de se soumettre à une police de la pensée et de choisir ses auteurs en raison de leurs opinions sur des sujets étrangers à notre ligne générale », qu'il résume ainsi : « nous défendons la liberté ». Questionné sur le circuit de validation des articles, il nous indique que ceux qui émanent des membres du comité de rédaction sont publiés « sans examen préalable », tandis que ceux écrits par des auteurs extérieurs « sont publiés après avoir été soumis à des membres de notre comité de rédaction ».
Il admet que « le réchauffement climatique est un fait », évoquant une recension des ouvrages de l'historien du climat Emmanuel Le Roy Ladurie parue en 2009 dans les colonnes de la revue. Il ajoute aussitôt : « Les études de ses causes et de ses conséquences sont des sujets scientifiques difficiles, traités dans des revues spécialisées. »
Jean-Claude Casanova conclut : « Nous n’avons de compte à rendre qu’à nos lecteurs. »
Classification du discours
Les discours diffusés dans la revue se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Conflits
Conflits est une revue française de géopolitique, dirigée comme Transitions et Énergies (jusqu'en en 2025) et Causeur par Gil Mihaely. Elle entretien d'étroits liens avec l'extrême droite. Elle diffuse à l'occasion un discours climato-dénialiste, néanmoins assez marginal dans sa production.
Publications
Le changement climatique fait l'objet d'assez peu d'articles sur le site web de la revue. Plusieurs promeuvent toutefois des arguments climato-dénialistes.
En 2016, le rédacteur en chef, Jean-Baptiste Noé, publie un article trompeur (mis en ligne en 2019), titré « Quand les médias annonçaient le refroidissement climatique », dans lequel il affirme que « journalistes et scientifiques étaient mains [sic] dans la main pour alerter sur cet imminent refroidissement » durant les années 1970. C'est largement un mythe. Du reste, la une du Time de 1977 titrée « The Big Freeze » qu'il évoque ne portait pas sur le climat à venir mais sur l'hiver en cours. L'article de Jean-Baptiste Noé est d'autant plus trompeur que son auteur conclut : « Aucune catastrophe n’est venue. De quoi refroidir les prédictions alarmistes qui, pourtant, reviennent toujours. »
En 2019, Jean-Baptiste Noé fait l'éloge d'un ouvrage explicitement climato-dénialiste du physicien François Gervais.
L'année suivante, un article signé Cédric Tellenne (agrégé d'histoire) présente les principales conclusions du GIEC… en usant systématiquement du conditionnel.
La revue accueille aussi des articles d'auteurs climato-dénialistes, qui ne s'expriment toutefois pas nécessairement sur le changement climatique.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Contrepoints
Contrepoints est un média en ligne (www.contrepoints.org) créé en 2009 par l'association Liberaux.org (dont le fondateur est le militant libéral Fabrice Copeau). Sa ligne éditoriale est libérale, voire libertarienne, conservatrice, et résolument climato-dénialiste.
Structure
Le média est associé à de nombreuses organisations américaines et européennes promouvant le libéralisme ou le libertarianisme, dont Students for Liberty et le Cato Institute, ce dernier étant ouvertement climato-dénialiste.
En 2024, il est rattaché à l'IREF, un think tank libéral conservateur français, climato-dénialiste. La même année, il a bénéficié d'un soutien financier du projet d'extrême droite Périclès, rapporte La Lettre. Interrogé à ce sujet, le président de l'IREF, Jean-Philippe Delsol, nous a confirmé avoir reçu un financement — le premier jusqu'alors — de Périclès et de l'ATLAS Network, « représentant 2,5 % de nos budgets 2024/2025 » et destiné à la modernisation des sites web de l'IREF et de Contrepoints.
Analyse des publications
Les archives de Contrepoints montrent un déni du changement climatique de tous les instants. En voici un aperçu.
Le média publie en 2013 un article de Jean-Michel Bélouve — tristement célèbre pour les bobards qu'il a présentés sur le changement climatique dans une salle de l'Assemblée nationale en 2009 (Foucart 2015, p. 376‑377) — également publié sur le blog de l'Institut Turgot, qui consiste en une lecture toute personnelle du cinquième rapport d'évaluation du GIEC pour lui faire dire ce qu'il ne dit pas, à savoir que les modèles climatiques ne sont pas fiables (un lieu commun climato-dénialiste). Il cite aussi comme source un communiqué de presse des auteurs de l'ouvrage Climat : 15 vérités qui dérangent, dirigé par István Markó.
La même année, c'est justement István Markó qui explique dans un billet complotiste que le GIEC passe sous silence les publications scientifiques contraires à ses conclusions « afin de ne pas modifier la doxa du réchauffement climatique ». Toujours en 2013, Contrepoints republie un billet du Cato Institute, retitré en français « Au GIEC, on ment "pour justifier l’action politique" ».
En 2014, le blogueur belge H16 moque le cinquième rapport d'évaluation du GIEC avec nombre d'arguments éculés et trompeurs — pause du réchauffement, contestation du consensus, mise en cause des modèles climatiques, etc.
En 2018, Michel de Rougemont publie un billet qui aligne les arguments climato-dénialistes, avec pour seule finalité d'affirmer que « la certitude politique reste donc fondée sur une grande incertitude scientifique ».
En 2019 Contrepoints republie directement deux billets du blog climato-dénialiste belge Science, climat et énergie.
En 2021, alors que Contrepoints n'est pas encore passé sous la coupe de l'IREF, le directeur de ce dernier, Nicolas Lecaussin, publie un billet (aussi publié sur le site de l'IREF) intitulé « Rapport du GIEC : contrairement à ce qu’on dit, la situation est loin d’être catastrophique » dont le contenu est conforme à ce que le titre laisse supposer et s'appuie sur une tribune de Steven Koonin dans le célèbre (et climato-dénaliste) Wall Street Journal.
La même année, Alain Mathieu (ancien président de Contribuables associés) promeut le dernier ouvrage du même Steven Koonin.
Toujours en 2021, Michel Negynas, ingénieur et essayiste, ressuscite la controverse pseudo-scientifique sur la courbe en cross de hockey (avec l'argument totalement complotiste de sa disparition dans le cinquième rapport d'évaluation du GIEC), en s'appuyant explicitement sur le site anglophone climateaudit.org du statisticien climato-dénialiste canadien Stephen McIntyre. Conclusion (de Michel Negynas) : le sixième rapport d'évaluation du GIEC est « extrémiste », les modèles climatiques ne sont pas fiables, et le réchauffement éventuel « n’est pas catastrophique ».
En 2024, sous la plume de Johan Rivalland (un essayiste, professeur de marketing et d'économie, auteurs d'autres billets climato-dénialistes, dont un en 2017 dans lequel il cite le site web de Jacques Duran), Contrepoints fait la promotion du dernier ouvrage complotiste et dénialiste du haut-fonctionnaire à la retraite Christian Gerondeau.
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Contribuables associés
Contribuables associés est un lobby libertarien français très proche de l'extrême droite. Bien que le changement climatique ne soit pas au centre de ses préoccupations, il promeut le climato-dénialisme et l'inaction climatique dans une perspective d'opposition aux impôts.
Présentation
Son directeur depuis 2022, Benoît Perrin, est le cofondateur en 2020 de l'association climato-rassuriste Action Écologie. Son président d'honneur (il a dirigé l'organisation de 2005 à 2013 puis de nouveau en 2020), Alain Mathieu, est pour sa part un climato-dénialiste de longue date.
Contribuables associés est membre de l'Association des climato-réalistes, principale structure climato-dénialiste en France.
Selon La Lettre, le lobby a bénéficié du soutien en nature du projet Périclès.
Analyse du discours
En 2020, Contribuables associés et son ancien président Alain Mathieu invitent François Gervais à donner une présentation niant les connaissances scientifiques sur le changement climatique.
En 2022, l'association publie sur son site web une tribune titrée « Le réchauffement climatique comme moyen d’augmenter taxes et impôts ». L'auteur y dénonce une peur « soigneusement entretenue par médias "experts" et politiques, […] labélisée "réchauffement climatique" et "transition énergétique" ».
Contribuables associés consacre, la même année, une « étude » à ce sujet, qui vilipende les impôts « justifiés par la grande frousse du réchauffement climatique ».
Par le passé, dans un numéro du magazine Les Enquêtes du contribuable (qu'elle a édité de 2013 à 2015) consacré à l'écologie, Contribuables associés a donné la parole à l'ancien haut-fonctionnaire Christian Gerondeau. Dans l'entretien, sobrement titré « L’écologie, c’est la nouvelle maladie infantile du communisme », le magazine demande « Comment parvient-on à créer des mythes écologiques de grande puissance, comme celui du réchauffement climatique ? » ou encore — entre deux questions sur l'opportunité de supprimer le ministère de l'Environnement et sur le prochain mythe écologiste — « Combien de temps faudra-t-il pour dissiper la grande peur climatique ? »
Classification du discours
Les discours relayés par Contribuables associés s'inscrivent dans la totalité des cinq grandes catégories d'arguments climato-dénialistes de la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Daniel Husson
Daniel Husson est physicien. Il enseigne la thermodynamique à l'université de Strasbourg où il est maître de conférences. Spécialiste des rayonnements de haute énergie, ionisants et non-ionisants, il est membre de l'Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (IPHC), affilié au CNRS et à l'université de Strasbourg.
Il intervient dans la sphère médiatique depuis 2024 avec un discours paré d'un vernis scientifique trompeur, qui minimise le rôle du CO2 dans le changement climatique. Daniel Husson se distingue de la majorité des climato-dénialistes par sa défense de la biodiversité et sa critique du productivisme.
Analyse du discours
Si le plus souvent Daniel Husson suggère et louvoie plus qu'il n'affirme explicitement son dénialisme dans ses interventions médiatiques, le cœur de sa thèse est énoncé assez clairement dans une interview donnée en octobre 2024 à Tocsin, chaîne Youtube d'extrême droite. Il y explique que « le problème [du changement climatique] est compliqué, il n'a certainement pas une cause unique, il y a beaucoup de choses en jeu, et le discours du GIEC est tellement simpliste qu'à un moment, je me suis dit, il faut réagir ». Le même GIEC, « ce bureau de la bien-pensance », dont il affirme qu'il compte « quelques scientifiques » dans ses « bureaux » (en réalité plusieurs centaines pour chaque rapport, bénévoles et non pas salariés du GIEC), lesquels écarteraient de manière arbitraire les publications scientifiques qui ne vont pas dans le sens de l'existence du consensus scientifique.
Il y tient aussi un discours plus rare chez les climato-dénialistes, analysant le changement climatique comme « un cache-sexe » qui détourne l'attention des pollutions et atteintes à la biodiversité, dues au productivisme.
En février 2025, dans une émission diffusée sur Youtube par Citizen Light (un média conspirationniste), qui réunit aussi en plateau Jean-Marc Bonnamy, Drieu Godefridi et Rémy Prud'homme, Daniel Husson multiplie les arguments trompeurs ou mensongers.
Il affirme ainsi que les résumés à l'intention des décideurs, qui synthétisent chaque volet de rapport d'évaluation du GIEC, ne sont pas conformes aux rapports complets, et que « les scientifiques qui travaillent pour le GIEC n'ont plus le droit de toucher une virgule ». L'affirmation est trompeuse : si le résumé à l'intention des décideurs est discuté ligne par ligne par les représentants des gouvernements lors de l'assemblée plénière du GIEC et fait bien l'objet de tractations diplomatiques, donc revêt un caractère politique, les auteurs du GIEC veillent à son intégrité scientifique, à ce qu'il soit fidèle au contenu des rapports complets (de Pryck 2022, p. 125‑150).
Durant l'émission, il fait aussi la promotion de l'Association des climato-réalistes — dont il affirme à tort que le président (Benoît Rittaud) « a travaillé au GIEC » — et se revendique lui-même « climato-réaliste ».
Après que Jean-Marc Bonnamy s'est lancé dans des explications confuse visant à dédouaner le CO2, Daniel Husson abonde quant au fait que l'effet de serre est principalement dû à la vapeur d'eau et que le CO2 en est présenté à tort comme « l'acteur principal » — un trope récurrent du climato-dénialisme. Le diable se niche ici dans les détails : la vapeur d'eau gouverne l'effet de serre tel qu'il existe sur Terre depuis la nuit des temps, mais c'est bien la hausse du CO2 atmosphérique qui le renforce depuis la révolution industrielle, assez significativement pour modifier le climat.
Dans la foulée, il s'adonne à la critique de la courbe de Mann qui, publiée en 1998, retrace l'évolution des températures sur 2 000 ans et constitue une véritable obsession de l'argutie climato-dénialiste, alors même que ce graphique a depuis été suivi par bien d'autres, aux résultats similaires. Daniel Husson affirme à ce sujet que le graphique a le tort de ne pas faire figurer les cycles solaires, qui selon lui expliqueraient les deux-tiers du réchauffement climatique actuel, ce qui contredit le consensus scientifique.
Le physicien use d'un autre argument souvent mobilisé pour nier le rôle du CO2 dans le changement climatique contemporain (comme le dit Jean-Marc Bonnamy, « tous les climatosceptiques le savent ! ») : à l'échelle paléoclimatique, « le CO2 suit les variations de température, il ne les précède pas ». L'argument est trompeur et relève du sophisme (Cook 2020) : si le CO2 n'est pas à l'origine des cycles glaciaires-interglaciaires, mus par la variation des paramètres orbitaux, il y contribue massivement, les variations de sa concentration amplifiant le phénomène (voir ici ou là pour une explication détaillée) ; et surtout, cela n'empêche pas le fait que le réchauffement actuel soit causé par les émissions de CO2.
Il affirme encore, contre toute logique, et là encore au moyen d'un sophisme (celui de la fausse équivalence, cf. Cook 2020), que les périodes chaudes des derniers milliers d'années invalident le fait que le CO2 soit responsable du réchauffement contemporain.
Une semaine après cette émission, il intervient de nouveau sur Citizen Light, toujours en compagnie de Jean-Marc Bonnamy, ainsi qu'avec Michel Vieillefosse et Camille Veyres). Il y affirme d'emblée s'être aperçu que « rien ne tenait debout dans cette doxa sur le réchauffement climatique ».
En octobre 2024, il était interrogé dans la matinale de Radio Courtoisie. Le mois suivant, il intervenait sur la webtélé d'extrême droite TV Libertés pour assurer la promotion de son essai Climat, de la confusion à la manipulation publié par L'Artilleur. Interrogé par le journaliste Martial Bild, il y déroulait un discours assez similaire, souvent confus, consistant à admettre l'existence d'un réchauffement mais à l'attribuer aux cycles solaires, et à minimiser ses conséquences sur les événements météorologiques extrêmes (inondations…). La vidéo compte 120 000 vues moins d'un an après sa publication.
Réponse de Daniel Husson
Contacté par nos soins, Daniel Husson récuse les qualificatifs de « dénialiste » ou « climato-sceptique ». Nous lui avons demandé s'il avait travaillé, dans un cadre de recherche, sur le changement climatique. Il nous répond : « Mon intérêt pour le climat date de ma collaboration avec l'expérience CLOUD du CERN [voir ici] qui a établi des liens entre nucléation des nuages et rayons cosmiques. La couverture nuageuse ayant baissé depuis 25 ans (satellite CERES), le réchauffement s'explique par bien d'autres facteurs que le simple CO2. »
L'attribution du réchauffement à la baisse de la couverture nuageuse (notamment de basse altitude) est un argument récurrent des climato-dénialistes. Toutefois, le sixième rapport du GIEC (partie 7.3.4.5 du premier volet), comme avant lui le cinquième rapport (partie 7.4.6 du premier volet), qui tiennent compte des résultats de l'expérience CLOUD, indiquent qu'aucune causalité n'a été démontrée entre rayons cosmiques et couverture nuageuse et qu'il est très probable que leur effet sur le réchauffement soit « négligeable ». Vis-à-vis de ces objections, Daniel Husson concède qu'« en effet, les [rayons] cosmiques ne semblent pas en évolution notable, donc [il n'y a] pas d'effet direct », mais il maintient son hypothèse que « la couverture nuageuse explique bien plus de choses que le CO2 », « peut-être [via] un effet indirect ».
S'agissant de la ligne éditoriale d'extrême droite des médias dans lesquels il intervient, Daniel Husson nous précise que ce sont « les seuls médias qui [l]'ont approché » et qu'il le déplore, car son bord politique est tout autre. « Le problème vient peut-être de ces circulaires à France-Inter et ailleurs qui interdisent aux journalistes de relayer tout discours critique envers le GIEC », ajoute-t-il.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Didier Raoult
Microbiologiste spécialiste des maladies infectieuses né en 1952, connu pour ses discours pseudo-scientifiques lors de la pandémie de Covid-19, Didier Raoult tient depuis les années 2010 un discours climato-dénialiste.
Analyse du discours
Dans les colonnes du Point où il tient longtemps une chronique, Didier Raoult prend la défense en 2013 de Claude Allègre et dénigre les sciences du climat, affirme en 2014 que « le réchauffement climatique est incertain et la responsabilité de l’homme discutable », critique en 2015 un supposé « catastrophisme » tout en présentant le réchauffement comme une croyance, entretient en 2016 le mythe d'une crainte d'un refroidissement climatique dans les années 1970.
Comme le relève L'Express, il minimise (paradoxalement) les conséquences du réchauffement climatique dans son essai Arrêtons d'avoir peur ! publié en 2016. Auprès de l'hebdomadaire, il tient des propos confus, affirmant notamment : « Il y a des variations climatiques que l'on peut observer, mais qui n'ont rien à voir avec le drame qu'on a raconté. »
En 2020, il se dit « sceptique » quant au fait que l'humanité soit entièrement responsable du changement climatique contemporain et fait — fallacieusement — passer son refus non argumenté du consensus des chercheurs compétents dans le domaine pour une marque du scepticisme scientifique. Assimilant au passage la critique du déni climatique à l'Inquisition.
Après la pandémie de Covid 19, durant laquelle il s'illustre par ses positions polémiques et pseudo-scientifiques, le chercheur n'est plus invité dans la plupart des médias.
Il est toutefois interrogé sur la radio d'extrême droite Europe 1 en septembre 2025, auprès de laquelle il se présente comme un « mouton noir ». Après avoir argué qu'« il ne faut pas transformer la science en une église » et expliqué qu'il ne croit pas « aux modèles mathématiques de reconstruction », il évoque « le sujet le plus tabou de tous, le réchauffement de la planète », l'occasion pour lui d'affirmer qu'il n'observe « aucun changement » dans la surface englacée en Arctique et en Antarctique — ce qui est contredit par les observations scientifiques.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Drieu Godefridi
Né en 1972 diplômé d'un doctorat en philosophie, Drieu Godefridi est un entrepreneur, essayiste libéral et homme politique d'extrême droite belge. Il a fondé l'institut Hayek, un think tank libéral, qui a existé de 2003 à 2011.
Il est climato-dénialiste depuis le début des années 2010, comme son père Thierry Godefridi.
Présentation
Admirateur des grandes figures étrangères de l'extrême droite autoritaire — Donald Trump, Jair Bolsonaro et Javier Milei (successivement) — et du non moins droitier Éric Zemmour, souligne Le Soir, Drieu Godefridi est candidat du N-VA, parti belge flamand de droite nationaliste, en 2024.
Il est l'auteur de trois articles publiés sur le site de l'Association des climato-réalistes en 2020, 2024 et 2025 (un quatrième a été publié ailleurs et republié par l'association). Dans le premier, il prend la défense du climato-dénialiste Samuel Furfari, membre du comité scientifique de l'association, dont l'enseignement à l'Université libre de Belgique est mis en cause pour sa « teneur climatosceptique ». Dans le plus récent, il fait la promotion d'un rapport pseudo-scientifique rédigé par cinq chercheurs climato-dénialistes, publié en juillet 2025 par le département de l'Énergie américain dans l'objectif, revendiqué par Donald Trump, de saborder les maigres mesures américaines de restriction des émissions de gaz à effet de serre.
On trouve aussi cinq articles de la plume de Drieu Godefridi sur le site web de l'association belge climato-dénialiste Science, climat et énergie.
En 2019, il signe la lettre ouverte climato-dénialiste « There is no climate emergency » (« Il n'y a pas d'urgence climatique ») de la fondation néerlandaise Clintel.
Il est aussi l'auteur de nombreuses tribunes ou chroniques dans Contrepoints (ses articles), Atlantico (ses articles) et Causeur (ses articles). Il a en outre publié une tribune dans Valeurs actuelles et il est interviewé en 2019 dans le magazine d'extrême droite L'Incorrect.
Drieu Godefridi est l'auteur en 2010 d'un ouvrage titré Le Giec est mort, vive la science !, préfacé par l'économiste français Henri Lepage. Quinze ans plus tard, on peut savourer, avec le recul, la prescience dont fait preuve l'auteur dans le dernier paragraphe du chapitre conclusif « Leçons pour l'avenir » où il prédit l'effondrement du GIEC :
« Plus généralement, nous allons assister à la plus formidable déconstruction idéologique des Temps modernes, probablement aussi fulgurante que l’aura été l’ascension du GIEC vers le point extrême de l'orbite de son ellipse. L’extinction du soleil du GIEC condamne, en effet, tous ceux qui, parmi ses innombrables satellites, politiques, économiques, intellectuels, culturels, lui doivent leur existence même, à devoir se réinventer. »
En 2013, il est l'un des auteurs de l'ouvrage collectif Climat : 15 vérités qui dérangent, dirigé par le chimiste hongrois (établi en Belgique) István Markó.
Analyse du discours
Critique du GIEC (depuis 2011)
En 2011 déjà, il s'insurge (dans Contrepoints) contre le « réchauffisme », néologisme marqueur des climato-dénialistes polémistes, dans une tribune qu'a précédemment eu la faiblesse de publier Le Monde. La publication intervient dans le contexte du piratage des courriels d'un centre de recherche sur le climat de 2009, fallacieusement présenté par Drieu Godefridi comme une preuve de fraude ou de complot au sein des sciences du climat.
Le 13 mars 2012, il est auditionné en compagnie d'István Markó par la chambre des représentants de Belgique, sur invitation du député MR David Clarinval.
Le 17 avril de la même année, il donne une conférence à Paris sur « l'imposture du Giec », aussi confidentielle que son enregistrement vidéo, à l'invitation de l'institut Turgot, dont le président Henri Lepage prononce le discours d'ouverture. L'essayiste belge y développe son argumentaire sur le GIEC qui « n'est pas une organisation scientifique ». Interrogé sur le déroulement de son audition par le parlement belge, il explique que deux personnalités ont été invitées à la demande de Jean-Pascal van Ypersele de Strihou, vice-président du GIEC, pour équilibrer son audition et celle d'István Markó : une « bonne femme », indique-t-il pour désigner l'historienne des sciences américaine Naomi Oreskes, et le politologue belge François Gemenne.
Drieu Godefridi ajoute bien connaître un député libéral membre de la commission — une incrustation dans la vidéo publiée par Henri Lepage précise qu'il s'agit de David Clarinval — et explique : « On avait lui et moi préparé les questions par avance pour un peu chipoter ce politologue [François Gemenne]. » Cette confession clarifie la démarche du député David Clarinval : imposer dans la sphère publique un discours climato-dénialiste.
En 2013, de nouveau interviewé par Contrepoints, il met en cause le rôle de l'humanité dans le réchauffement climatique.
La même année, invité sur le plateau de Ce soir ou jamais sur France 2 (en compagnie de Sylvie Brunel et François Gervais), il assène de manière agressive au climatologue Jean Jouzel : « Vous représentez un lobby ». Ce après avoir affirmé que les gouvernements ont le dernier mot sur les rapports du GIEC, ce qui est au mieux simpliste, au pire faux (de Pryck 2022, chap. 3), et d'ailleurs contredit en plateau par Jean Jouzel.
En 2014, Drieu Godefridi intervient (avec István Markó) sur RTL.be, dont le bandeau annonce la couleur : « Planète en danger, nous mène-t-on en bateau ? »
En 2015, encore dans Contrepoints, il estime que le GIEC doit être « démantelé » car seul le premier volet de ses rapports serait scientifique : « Les deux autres parties — impact négatif, pour l’Homme, des changements climatiques observés, et normes à mettre en œuvre pour y remédier — reposent sur des jugements de valeur, qui sont la province du politique, et non de la science. » Un argumentaire simpliste qui s'inscrit directement dans la disqualification du GIEC comme organisme scientifique.
La même année, il donne une conférence sur le GIEC (dont la vidéo est restée assez confidentielle) à l'Académie royale de Belgique, société savante majeure, où il répète peu ou prou les mêmes arguments, de manière plus tempérée. Sept ans plus tard, en 2022, il réitère ces contrevérités dans une interview pour Paysans & société : « Les rapports du Giec qualifiés de scientifiques sont en réalité de nature diplomatique, purement diplomatique ! »
À partir de la fin des années 2010, Drieu Godefridi publie des billets (une vingtaine au total) sur le site de Friends of Science, une officine de propagande canadienne au climato-dénialisme assumé. En plus d'y assurer la promotion de ses livres, il y fait par exemple l'éloge de Donald Trump (2018) ou explique pourquoi l'environnementalisme doit être classé parmi les idéologies totalitaires (2019).
Multiplication des arguments dénialistes (2019)
Sur le site web Science, climat et énergie, il développe en 2019 un argumentaire climato-dénialiste assez exceptionnel, après avoir admis l'existence d'un réchauffement et celui de l'effet de serre. Il estimait pourtant en 2012, lors de sa conférence donnée à l'institut Turgot (voir supra), qu'il était « grotesque » que Sylvestre Huet, journaliste scientifique français de Libération, prétende discuter de la science du changement climatique alors qu'il était dépourvu de diplôme en sciences dures. Un jugement qui ne s'applique visiblement pas à sa propre personne.
Toujours est-il que son article est l'occasion d'un véritable bingo du déni climatique, qui mérite un développement à partir de classification des discours dénialistes selon Coan et al. 2020 :
- « le CO2 n’est pas un polluant ; il est même essentiel à la vie puisqu’il participe à la photosynthèse et permet ainsi la croissance des végétaux » — catégorie 3.3.1 (« le CO2 est la nourriture des plantes »)
- « Depuis plus de 20 ans, il n’y a pas eu d’accélération marquante du réchauffement. » — catégorie 1.4 (« Il y a une pause dans le réchauffement »)
- « Le rôle du CO2 dans l’augmentation des températures paraît clairement surestimé. » — catégorie 2 (« Les gaz à effet de serre d'origine humaine ne sont pas la cause du changement climatique »)
- « Pour cette même période, les modèles climatiques se sont lourdement trompés. » — catégorie 5.1.4 (« Les modèles climatiques ne sont pas fiables »)
- « Les événements climatiques extrêmes ne sont ni plus nombreux ni plus intenses qu’il y a 50, 100 ou 200 ans » — catégorie 1.7 (« Les extrêmes ne sont pas en augmentation »)
- La banquise arctique a cessé de perdre en masse et l'Antarctique est stable — catégories 1.1.3 et 1.1.1
- « La population des ours polaires a plus que triplé » — catégorie 3.2.2 (« Les ours polaires vont bien »)
- « Le niveau des mers n’augmente pas de manière catastrophique » — catégorie 1.6 (« La hausse du niveau des océans est exagérée »)
- « La plupart des prévisions catastrophistes émises depuis une dizaine d’années ne se sont pas réalisées » — catégorie 5.1 (« Les sciences du climat ne sont pas fiables »)
- « Pas de consensus » — catégorie 5.1.1 (« Il n'y a pas de consensus scientifique »)
- « le climatisme a quitté le domaine de la science pour devenir une nouvelle religion » — catégorie 5.2.1 (« Le climat est une religion »)
- « le GIEC n’est pas un organisme scientifique [...] on y retrouve une foule de fonctionnaires et de diplomates, voire d’activistes verts » — catégorie 5.2.5 (« Les scientifiques sont biaisés politiquement »)
- « nombre de scientifiques du climat ont été pris en flagrant délit de bidouillage des données » (avec référence au « climategate ») — catégorie 5.3.2 (« Les sciences du climat sont un complot »)
- « A qui profite le crime ? » — catégories 5.2.1 (« Les politiques climatiques sont un complot ») et 5.3.2 (voir supra)
- « on va nous imposer une culture de l’interdit » — catégorie 4.1.5 (« Les politiques climatiques sont liberticides »)
- « les politiques que l’on va mettre en place sont aussi ruineuses » — catégorie 4.1.1 (« Les politiques climatiques sont coûteuses »)
Il est rare de trouver une publication, qui plus est si courte, qui rassemble autant d'arguments dénialistes ; c'est un modèle de mille-feuille argumentatif.
Depuis 2019
En 2022, dans Contrepoints, il affirme que l'écologisme, idéologie « totalitaire », est plus grave que le réchauffement, et que le nucléaire et l'hydraulique sont les seules sources « d’énergie pérenne non émettrice[s] de CO2 » — c'est faux, les énergies solaire et éolienne le sont aussi.
Dans un billet publié sur le site de Science, climat et énergie en 2023 et intitulé « Le carbo-réductionnisme est un mensonge qui doit cesser », il utilise une succession d'arguments climato-rassuristes, également discours de l'inaction climatique (Lamb et al. 2020) : les politiques climatiques sont inefficaces ; « même si l’UE cessait d’exister, les émissions mondiales de CO2 ne cesseraient de croître » ; les conséquences négatives du changement climatique sur l'économie seraient faibles. Conclusion, selon l'auteur (qui cite aussi Steven Koonin), « la croissance économique et le bien-être des Européens sont plus menacés par les politiques écologistes extrémistes et délirantes, que par le réchauffement ».
Il participe en 2025 à une émission de Citizen Light (un média conspirationniste) hostile à « la pensée unique » sur le changement climatique, diffusée en ligne, avec d'autres climato-dénialistes : Daniel Husson, Jean-Marc Bonnamy et Rémy Prud'homme.
Nous avons tenté de joindre Drieu Godefridi par le biais de son père et via Facebook, où il est actif, sans résultat.
Classification du discours
Le discours de Drieu Godefridi fait appel à des arguments qui se rattachent à la totalité des cinq grandes catégories de classification des discours climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Égalité & Réconciliation
Égalité & Réconciliation (E&R) est une organisation d'extrême droite radicale fondée en 2007, dirigée par l'un de ses confondateurs, le militant antisémite et négationniste Alain Soral. L'association adopte un discours climato-dénialiste empreint de complotisme.
Présentation
Qu'il s'agisse de nier le lien entre hausse du niveau des océans et réchauffement climatique (2016), de dénoncer « la mystification du réchauffement climatique » (2009, republication d'un article de Solidarité et progrès), d'affirmer que « l'homme [sic] n'est pas la cause du réchauffement » (2024) ou encore de relayer la lettre ouverte « Il n'y a pas d'urgence climatique » de la fondation climato-dénialiste néerlandaise Clintel (2023), Égalité & Réconciliation adopte de longue date un discours de négation de la réalité et de l'origine humaine du changement climatique, teinté de complotisme. Son site web compte près de 500 articles dans la rubrique « Climat ».
L'association relaie en 2017 une vidéo du physicien climato-dénialiste François Gervais publiée sur une chaîne Youtube d'extrême droite (dont elle avait déjà promu une vidéo qui mettait en doute l'origine humaine du changement climatique). Une autre conférence de François Gervais, donnée à l'invitation du parti Solidarité et progrès, est à son tour diffusée par E&R l'année suivante.
En octobre 2022, Égalité & Réconciliation republie des tweets d'Elpis_R, le principal compte Twitter climato-dénialiste francophone, qui diffusent des extraits audio du Polytechnicien Camille Veyres. Le même avait d'ailleurs été longuement interrogé au micro d'E&RFM, la radio d'Égalité & Réconciliation, en 2020.
En 2023, le site web de l'organisation republie une interview donnée par Alban d'Arguin, un climato-dénialiste actif dans les sphères d'extrême droite, au journal antisémite Rivarol.
E&R est également friand des vidéos du complotiste Philippe Bobola, qu'il republie à plusieurs reprises, y compris celles contenant des discours climato-dénialistes.
Classification du discours
Les discours diffusés par Égalité & Réconciliation se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
EIKE
L'EIKE, en forme longue Europäisches Institut für Klima und Energie, est la principale organisation climato-dénialiste allemande. Fondée en 2007, elle est membre du European Climate Realist Network.
Présentation
Le fondateur de l'EIKE, Holger Thuss, a aussi créé la branche allemande du Committee for a Constructive Tomorrow (CFACT), une organisation climato-dénialiste américaine financée par l'industrie pétrolière.
L'EIKE déploie une argumentation très large, niant à la fois la réalité du changement climatique et son origine humaine, s'opposant aux politiques de décarbonation et dénigrant le GIEC et les sciences du climat.
L'organisation entretient une certaine proximité avec l'extrême droite allemande, plus précisément le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), ainsi qu'avec l'institut Heartland, un lobby libertarien américain (également climato-dénialiste).
Le chercheur français Marcel Leroux a brièvement été membre de l'EIKE (jusqu'à son décès en 2008) et plusieurs autres climato-dénialistes francophones sont intervenus lors d'événements organisés par l'EIKE. Le physicien français François Gervais a ainsi donné des conférences auprès de l'EIKE en 2016 et en 2017, le chimiste belge Henri Masson (vidéo) ainsi que les Français Camille Veyres (vidéo) et Benoît Rittaud (vidéo) sont intervenus en 2018, tandis que Vincent Courtillot prenait la parole lors d'un colloque en 2010 selon Desmog.
Classification du discours
Les discours diffusés pâr l'EIKE se rattachent à la totalité des cinq grandes catégories de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- article Wikipédia
- (en anglais) fiche de présentation sur le site spécialisé Desmog
Bibliographie
Élisabeth Lévy
Née en 1964, Élisabeth Lévy est une journaliste et polémiste d'extrême droite. Directrice et fondatrice du magazine Causeur, elle est également chroniqueuse sur CNews. Elle tient de manière récurrente un discours climato-dénialiste.
Analyse du discours
En 2015, elle relaie sur Twitter une tribune climato-dénialiste publiée dans le magazine qu'elle dirige, Causeur. L'année suivante, c'est un billet de blog du même tonneau que Causeur héberge et promeut, et que sa directrice relaie.
En mars 2019, dans Le Figaro Vox, elle attaque avec virulence ceux qu'elle appelle les « climato-fanatiques », « des savants et des militants qui, dès qu'une voix s'élève pour contester tel ou tel point de la doxa catastrophiste, s'adonnent à l'invective et l'anathème » — un registre dont elle use et abuse elle-même. Elle conteste l'existence du consensus scientifique sur les causes, l'évolution future et les conséquences du changement climatique : « il serait tout de même étonnant qu'une science qui s'est développée dans la période récente soit déjà parvenue à un corpus global incontestable ».
Le même mois, Causeur consacre sa une au changement climatique : « Contre la religion du climat, pour la raison ». Dans un article volontiers satirique, la polémiste s'emploie à démontrer que « le réchauffement climatique n’est plus un objet de réflexion, ni même d’inquiétude rationnelle, mais celui d’une foi apocalyptique », moquant pêle-mêle les stars signataires d'une pétition en faveur de l'action climatique, qu'elle juge hypocrites, les chercheurs qui font de même, « dont un écologue qui ne doit pas être un spécialiste de l’école » (!), et « la petite tête à claques – et à nattes – suédoise » qu'est selon elle Greta Thunberg — toujours objet des pires vilénies, souvent sexistes, de la part des climato-dénialistes.
Le changement climatique est réel, écrit-elle encore, mais « le consensus sur son existence ne devrait pas interdire d’écouter ceux qui contestent la doxa alarmiste sur les causes ou sur les conséquences prévisibles de ce changement ».
La polémiste s'indigne que Mediapart relève que les climato-dénialistes « sont principalement des hommes de plus de 60 ans », que la faute rejaillisse de nouveau sur « le vieux mâle blanc » — la présente cartographie témoigne pourtant de la justesse de cette analyse.
Mobilisés par Causeur dans ce numéro et introduits par Élisabeth Lévy pour parler du changement climatique : Bertrand Alliot, Loïk Le Floch-Prigent, Gil Mihaely ou encore François Gervais.
Deux mois plus tard, sur le plateau de CNews, dont le bandeau est titré « Le "refroidissement" climatique ? », Élisabeth Lévy s'en prend violemment à Claire Nouvian, une militante écologiste et femme politique (PS) et réitère son opinion : « Je pense qu’il y a un consensus sur la réalité du changement. Sur ses causes et sur son évolution, non. »
En 2022, sur Sud Radio où elle est chroniqueuse, elle assimile en septembre l'écologie à un « processus révolutionnaire et totalitaire » et estime en octobre que « le climat c’est un peu la nouvelle religion planétaire ». Le même mois, elle consacre son éditorial de Causeur à « la tenaille totalitaire » que constituent ces « deux spectres [qui] hantent le monde : l’écologisme et le féminisme ». Elle se concentre sur ce dernier, car « la folie climatique » est déjà l'objet du dossier du numéro d'octobre 2022 du magazine.
Classification du discours
Les discours d'Élisabeth Lévy relèvent pour l'essentiel des deux grandes catégories suivantes de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Elpis_R
Elpis_R est un compte Twitter (devenu X) climato-dénialiste et complotiste, dont l'activité a cessé en 2023.
Analyse du discours
Le compte se fait d'abord remarquer pour sa publication intense de désinformation complotiste sur la pandémie de Covid 19 — il se présente alors comme bio-statisticien et data analyste. Il bascule ensuite brièvement sur la propagande pro-Kremlin lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie puis, visiblement par opportunisme, se consacre entièrement au climato-dénialisme, comme le relate Le Monde en octobre 2023 — il s'affirme désormais comme chercheur indépendant en sciences du climat.
Il utilise un mille-feuille argumentatif, contestant la totalité des sciences du climat, avec des arguments très divers et nombreux, souvent appuyés par des captures d'écran d'articles ou graphiques anglophones, dont des passages sont surlignés ou soulignés, le tout avec un cherry picking massif, donnant une impression fallacieuse d'expertise, comme ici ou là. Cela lui permet par exemple d'affirmer de manière trompeuse qu'il existait dans les années 1960-1970 un consensus quant à un futur refroidissement climatique, de laisser entendre qu'en réalité le niveau des océans diminuerait, ou encore de contester tout réchauffement climatique contemporain important.
L'examen de ses publications indique qu'il recycle et traduit des contenus climato-dénialistes anglophones. Il s'appuie fréquemment sur les publications d'autres dénialistes, qu'il s'agisse de la Clintel (ici), de la Global Warming Policy Foundation (là), de chercheurs dont les travaux ont été réfutés tel Willie Soon (là), ou des Français Idriss Aberkane et Christian Gerondeau (là). Il republie également à l'occasion les tweets de l'Association des climato-réalistes, dont il a fait la promotion en avril 2023.
L'équipe de David Chavalarias, mathématicien rattaché au CNRS, publie en février 2023 une étude des sphères climato-dénialistes sur Twitter, qui établit (voir notamment p. 24-27) qu'Elpis_R est le plus proéminent compte francophone diffusant de la désinformation sur le sujet du climat. Elle montre également que les arguments déployés par Elpis_R se contredisent parfois — une caractéristique commune à d'autres climato-dénialistes — et utilisent un rhétorique complotiste.
Elpis_R cesse toute activité en septembre 2023, après avoir fait l'objet d'enquêtes dans la presse. Le Monde a notamment montré que l'utilisateur derrière le compte Elpis_R était également présent sur le réseau social russe Vk ainsi que des réseaux d'extrême droite américains, et qu'il y suivait des comptes conspirationnistes et d'extrême droite.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Energy & Environment
Energy & Environment est une revue académique connue pour diffuser des articles climato-dénialistes dans les années 2000 et 2010. La revue est co-éditée par Benny Peiser, à la tête de la Global Warming Policy Foundation (GWPF), une organisation climato-dénialiste britannique (Foucart 2015, p. 84).
Energy & Environment a notamment publié en 2007 une reconstitution fantaisiste des concentration atmosphérique du CO2 réalisée par l'Allemand Ernst-Georg Beck, provoquant sèches réfutations (exemple) et consternation de la communauté scientifique compétente. La courbe a néanmoins été accueillie chaudement par 21st Century Science & Technology, une revue de la Fusion Energy Foundation de Lyndon LaRouche, et est souvent promue par les climato-dénialistes — l'Association des climato-réalistes en faisait encore la publicité sur le réseau social X en juillet 2025.
Voir aussi
- (en anglais) article Wikipédia
Bibliographie
Éric Verrecchia
Né en 1961, Éric Verrecchia est un biogéochimiste suisse ; il a longtemps été enseignant-chercheur à l'université de Lausanne. Dans les années 2020, il intervient dans la sphère publique pour mettre en doute l'origine anthropique du changement climatique.
Analyse du discours
Éric Verrecchia est l'un des signataires suisses de la lettre ouverte climato-dénialiste « There is no climate emergency » élaborée par la Clintel au tournant des années 2020.
En septembre 2024, il est invité par le média confusionniste suisse Antithèse (qui reprend les codes de la chaîne Youtube française Thinkerview). Il explique avoir travaillé sur le cycle du carbone dans le cadre de recherches sur le changement climatique, et qu'à ce moment il « croyait » au changement climatique, il « suivait la doxa ». Ce jusqu'à ce qu'il prenne connaissance en 2015 du blog de Ross McKitrick — un économiste canadien libertarien et climato-dénialiste, qui a épaulé en 2025 l'administration Trump dans sa lutte contre les sciences du climat. « Et donc j'ai commencé à fouiller », raconte-t-il, précisant avoir découvert ensuite les dénialistes Judith Curry et Richard Lindzen. C'est ainsi que « le doute » s'est emparé de lui, témoigne-t-il.
Désormais, s'il reconnaît l'existence d'un réchauffement, le doute n'est plus d'actualité : il affirme avec aplomb qu'il n'y a pas de consensus scientifique sur son origine humaine.
Ses arguments sont, sans surprise, ceux de la blogosphère climato-dénialiste américaine par le biais de laquelle il s'est intéressé au changement climatique (critique de la notion de température globale, dénonciation des modèles climatiques, rôle du Soleil, etc.). Avec, en prime, une définition toute personnelle du principe de précaution : « S'il y a quelque chose qui se passe, tant qu'on en connaît pas la cause, ne rien changer. »
En décembre 2024, il participe à une conférence climato-dénialiste à Nyon (où elle ne passe pas inaperçue), en compagnie de Benoît Rittaud et Christian Lévêque notamment. L'animatrice de la conférence le remercie pour sa participation, grâce à laquelle l'événement accueille « des intervenants de qualité avec qui tu nous as mis en relation ». L'intervention d'Éric Verrecchia, intitulée « Et si le changement climatique était aussi une chance ? », aligne les arguments climato-dénialistes et provocations diverses, loin de toute rigueur scientifique.
Ses interventions sont reprises par l'Association des climato-réalistes ici et là.
En juin 2024, Éric Verrecchia répondait longuement sur une chaîne Youtube relativement confidentielle, ResilientsTV — habituée des vidéos pseudoscientifiques sur la pandémie de Covid-19, elle a aussi accueilli une interview de Judith Curry — où il diffusait les mêmes discours trompeurs sur le changement climatique.
Réponse d'Éric Verrecchia
Joint par courriel, Éric Verrecchia n'a pas répondu à nos questions et s'est longuement plaint de notre demande : « Votre traitement des faits et des sources produit un effet relevant davantage d’un reproche ou d’un dossier à charge, voire d’un réquisitoire, que d’une vérification factuelle. […] La formulation de votre courriel me semble poser des problèmes de déontologie journalistique, notamment votre emploi de jugements tels que "réfutés par les sciences du climat" ou la mention de "chaînes pseudo-scientifiques" ». Il a également jugé « que l’équilibre des points de vue est une exigence fondamentale » — un argument infondé en matière de science mais une stratégie argumentative classique du climato-dénialisme (Cook 2020).
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Éric Zemmour
Personnalité politique d'extrême droite et candidat malheureux à l'élection présidentielle de 2022 sous la bannière Reconquête, Éric Zemmour tient à plusieurs reprises des propos « climato-rassuristes », bien que le changement climatique n'occupe qu'une place marginale dans ses discours.
Analyse du discours
Comme le relève le média en ligne Reporterre, Éric Zemmour affirme en octobre 2021 au sujet du changement climatique (dont il reconnaît l'existence du bout des lèvres) que « la France n'a rien à voir là-dedans » car le pays émet moins de CO2 que d'autres. Il réitère ce discours en janvier 2022, affirmant que la France n'a pas à faire d'efforts. En février de la même année, il explique que le pays représente 1 % des émissions mondiales de CO2 (un argument fallacieux). Dans ces différentes interventions, il s'oppose également aux éoliennes et fait de l'énergie nucléaire la seule solution pour réduire les émissions de CO2.
En juin 2021, Éric Zemmour avait développé (sur CNews où il était chroniqueur) un raisonnement « climato-rassuriste » qui lui aussi vise à empêcher toute politique d'atténuation du changement climatique : ce dernier n'est pas bien important, affirmait-il, car « l'Homme est justement depuis des millions d'années la seule espèce qui s'adapte à toutes les températures ». Il déclarait peu après que « le problème du climat, c’est la démographie et l’explosion de la natalité en Afrique et en Asie » — alors même que les émissions de gaz à effet de serre du continent africain sont ridiculement faibles et que les pays riches ont une responsabilité historique en la matière.
Classification du discours
Les discours employés par Éric Zemmour se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
Voir aussi
Bibliographie
Étienne Chouard
Étienne Chouard, né en 1956, est surtout connu pour sa critique de la démocratie représentative et son militantisme, revendiqué à gauche, en faveur d'une démocratie plus participative ou directe. Il évolue dans les années 2010 vers un positionnement parfois décrit comme « confusionniste », entre perméabilité aux discours complotistes et rapprochements avec l'extrême droite (notamment avec Alain Soral et son mouvement Égalité & Réconciliation, dont il finit par plus ou moins s'éloigner).
Dans les années 2020, il adopte sur les réseaux sociaux un discours climato-dénialiste à tonalité complotiste — comme ses publications sur d'autres sujets.
Analyse du discours
En octobre 2024, il conseille la lecture du « rapport Gerondeau » (en réalité l'un des nombreux pamphlets de Christian Gerondeau, Climat, tout ça pour rien) : « C'est très important pour cesser d'avoir peur, recommencer à penser librement, et enfin résister au terrorisme du moment ». En 2023, il avait déjà diffusé un entretien vidéo de Christian Gerondeau sur FranceSoir.
En décembre 2024, il relaie et traduit un tweet de la climato-dénialiste américaine Judith Curry paru un an et demi auparavant.
Étienne Chouard se fait assidument le relai du compte Twitter anglophone Wide Awake Media, spécialisé dans la désinformation climatique et dont l'auteur, qui serait basé au Royaume-Uni, relayait à l'origine un discours antivax durant la pandémie de Covid-19. Traduisant l'une de ses publications, Étienne Chouard écrit ainsi en avril 2024 :
« Puisque toute activité humaine, y compris la respiration, entraîne des émissions de CO2, l'argument "le CO2, c'est la pollution" n'est qu'un prétexte pour contrôler, réglementer et microgérer chaque détail de votre vie. »
Le mois précédent, toujours en traduisant des tweets de Wide Awake Media, il relayait une intervention complotiste d'un allié de Donald Trump sur la chaîne américaine ultra-conservatrice Fox News :
« Le WEF [acronyme anglophone du Forum économique mondial] est une organisation politique fanatique qui utilise la peur et la manipulation, comme l'hystérie du Covid, comme le canular du réchauffement climatique, pour vraiment inciter les gens à penser qu'ils sont d'une manière ou d'une autre les sauveurs […]. »
Les republications de Wide Awake Media par Étienne Chouard sont trop nombreuses être toutes citées, mais elles consistent à l'occasion à diffuser les propos du climato-dénialiste australien Ian Plimmer, ceux de son compatriote Alex Antic, l'amènent à parler de « climatescam » (en français : arnaque climatique) ou encore sont articulées à ses propositions en matière de démocratie participative.
Lorsqu'il ne cite pas ce compte Twitter, il retweete d'autres comptes anglophones, qu'il s'agisse de dire (en toutes capitales) que « le CO2 n'est pas la cause du changement climatique » (janvier 2025), d'attribuer ce dernier au Soleil (novembre 2024) ou tout simplement de dénoncer le « terrorisme climatique comme outil mafieux de contrôle des populations ». En février 2024, il diffuse aussi un article du média complotiste américain The Epoch Times.
Plusieurs de ses publications sur Twitter au sujet du changement climatique ont attiré l'attention de la presse généraliste (TF1 et France Info), à chaque fois pour réfuter ses propos.
Étienne Chouard intervient par ailleurs dans des médias complotistes et climato-dénialistes, notamment la chaîne Youtube Géopolitique profonde (septembre 2025) et celle de la revue Nexus (série de vidéos en 2025), pour parler démocratie. Et parfois aussi changement climatique, comme dans cette vidéo de Nexus, où il explique (vers 1:50') que les participants à la Convention citoyenne sur le climat de 2019 « étaient tous pénétrés de la même idéologie mensongère sur le péril climatique ».
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent à deux des cinq grandes catégories de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
European Climate Realist Network
L'European Climate Realist Network (ECRN), fondé en 2018 par l'ingénieur Theo Wolters, est une association néerlandaise. Comme son nom le laisse deviner, elle vise à rassembler les associations européennes se revendiquant du « climato-réalisme ».
Y adhèrent notamment l'Association des climato-réalistes (France), l'EIKE (Allemagne), la Clintel (Pays-Bas) et la Global Warming Policy Foundation (GWPF, Royaume-Uni).
Elle est financée par des dons privés.
Voir aussi
- (en anglais) fiche de présentation sur le site Desmog
European Scientist
Créé par le consultant Jean-Paul Oury, European Scientist est un site web pseudoscientifique qui héberge régulièrement des contenus confusionnistes, rassuristes voire mensongers sur le changement climatique.
Présentation
« Dans une actualité de plus en plus polémique, où les faits scientifiques sont régulièrement occultés par les discours politiques, The European Scientist cherche à remettre les pendules à l’heure », peut-on lire dans la présentation du site.
Au milieu d'articles à faible valeur ajoutée relatant l'actualité scientifique, visiblement générés par IA (exemples : 1, 2, 3…), le site web à la riche rubrique « Opinions » multiplie les textes confusionnistes ou carrément trompeurs.
Son fondateur pourfend l'« alarmisme climatique » en citant Bjørn Lomborg (en 2021), interviewe le climato-dénialiste américain Steven Koonin (en 2023), promeut Bertrand Alliot (en 2025 notamment)... Le site publie aussi un texte de l'économiste Marc Rameaux ressuscitant la controverse fabriquée de la courbe en crosse de hockey et attaquant la « courbe alarmiste » des températures publiée dans le premier volet du sixième rapport d'évaluation du GIEC (en 2021 — article cité par Jean-Paul Oury et Samuel Furfari dans Atlantico, et dans le site confidentiel Climat et vérité), publie les articles de Christian Lévêque (liste) et ceux de Pierre Bonnefoy (liste), dont un qui, par des détours voulus savants, met en cause la fiabilité des modélisations climatiques et appelle à « établir une véritable science du climat ».
En 2025, ses « Quinze ouvrages pour ne pas céder à l’éco-anxiété » promeuvent entre autres Bertrand Alliot, Sylvie Brunel, Samuel Furfari, Thierry Godefridi, Steven Koonin ou Olivier Postel-Vinay. L'édition 2022 était du même acabit.
European Scientist figure parmi les sites web dans lesquels ont été publiés des articles rédigés par l'agence de communication Avisa Partners pour le compte d'entreprises, ainsi que l'a révélé une ancienne plume, « Julien », dans le journal Fakir (voici ici et là pour le contexte, et là pour la mention d'European Scientist).
European Scientist figure par ailleurs dans le registre privé de personnalités et médias favorables aux pesticides « Bonus Eventus », créé au début des années 2010 par v-Fluence, une entreprise de relations publiques fondée par l'ancien directeur de la communication de Monsanto Jay Byrne, comme le révèle Le Monde en 2024. (Jean-Paul Oury dément auprès du quotidien tout lien avec v-Fluence.)
Fabien Bouglé
Essayiste anti-éoliennes conservateur, Fabien Bouglé ne nie pas la réalité ni l'origine humaine du changement climatique, dont il parle peu, mais il s'oppose aux mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre en France, quitte à désinformer au passage, et intervient aux marges des sphères climato-dénialistes françaises, dont il promeut plusieurs acteurs.
Analyse du discours
Comme d'autres promoteurs du nucléaire, il s'oppose avec virulence aux énergies renouvelables intermittentes et tout particulièrement aux éoliennes (ce qui l'amène en 2021 à tenir des propos jugés trompeurs sur le sujet, voir ici ou là). Si les énergies renouvelables intermittentes ont bel et bien des défauts (comme le nucléaire), solaire et éolien font partie des énergies bas carbone identifiées par le groupe 3 du GIEC dans son sixième rapport d'évaluation comme principales alternatives aux énergies fossiles, au même titre que le nucléaire.
Les interventions publiques de Fabien Bouglé ne consistent pas à nier l'existence du réchauffement climatique ni son origine humaine, puisqu'il écrit, sans trop s'avancer, dans le chapitre 2 de son ouvrage Éoliennes : la face noire de la transition écologique : « Partons de l’idée, qui semble aujourd’hui faire consensus parmi les scientifiques, qu’il existe bien un changement climatique susceptible de modifier de manière considérable l’environnement, et qu’il faut lutter contre les émissions de carbone pour y faire obstacle. » Ses propos relèvent toutefois explicitement de la désinformation lorsqu'il affirme que la France n'a pas besoin de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre.
En effet, dans une émission de Sud Radio ironiquement intitulée « La désinformation climatique » diffusée le 15 avril 2025, il multiplie les discours de l'inaction climatique (Lamb et al. 2020) : les mesures de réduction des émissions de gaz à effet (GES) ne servent à rien puisque les émissions ont augmenté au niveau mondial depuis la signature du protocole de Kyoto en 1997, la France fait partie des pays les moins émetteurs (« 0,9 % » des émissions mondiales de GES, précise le présentateur, André Bercoff), réduire les émissions n'apporterait que des contraintes à la France… Il en ressort selon Fabien Bouglé que « la France n'a absolument pas besoin de modifier sa vie [sic] pour compenser l'augmentation des gaz à effet de serre des pays les plus producteurs ».
Dans la classification CARDS des discours de désinformation sur le climat (Coan et al. 2021), cet argumentaire, spécieux, correspond aux affirmations 4.1 (les politiques climatiques sont néfastes), 4.2.3 (l'impact des politiques climatiques est négligeable) et 4.2.4 (les émissions d'un pays sont négligeables — voir ici pour une réfutation sur ce dernier point).
L'essayiste intervient dans des médias d'extrême droite ou proches de celle-ci, le plus souvent dans le cadre de son opposition aux éoliennes : sur Boulevard Voltaire (ses articles), dans Valeurs actuelles (ses articles), sur la chaîne Youtube Tocsin (en 2025), sur TV Libertés (octobre 2025), chez Front populaire (ses interviews), sur CNews (25 juin 2025, 28 juin, 2 juillet, 3 juillet, 9 juillet, 30 juillet, 17 septembre…). Il est également interviewé dans la revue Conflits (en 2020) et est l'auteur de multiples contributions sur Atlantico (ses articles). Plus surprenant peut-être, il intervient auprès du média complotiste français FranceSoir (en 2024) et du site d'extrême droite conspirationniste américain The Epoch Times (en août 2025).
Ses ouvrages et interventions médiatiques sont à plusieurs reprises mis en exergue par l'Association des climato-réalistes dans ses lettres d'information (par exemple en 2019, 2020, 2022 et 2024), de même que par le site web Climat et vérité (liste).
Fabien Bouglé fait en janvier 2025 la promotion sur X (anciennement Twitter) de l'un des ouvrages du physicien François Gervais, célèbre figure du climato-dénialisme en France et membre de l'Association des climato-réalistes. En 2023, il avait déjà recommandé la lecture d'un ouvrage de Benoît Rittaud, autre figure de la même association. Association dont il diffuse à quelques reprises (2022, 2024, 2025) les articles rédigés par l'économiste climato-dénialiste Rémy Prud'homme (dont il a également promu l'un des ouvrages en 2024).
Toujours sur ce réseau social, Fabien Bouglé relate avec enthousiasme la fin de « la politique climatique » des États-Unis décidée par Donald Trump dès son arrivée au pouvoir, en janvier 2025, il célèbre l'hostilité de celui-ci aux éoliennes et il republie quelques mois plus tard un discours du vice-président J. D. Vance, qu'il commente en ces termes : « LIBERTÉ LIBERTÉ CHÉRIE […] Le fascisme climatique doit être combattu sans relâche ». Le militant anti-éoliennes cite également le climato-dénialiste belge Samuel Furfari lorsqu'il se réjouit de la politique énergétique de Donald Trump — et bien d'autres fois encore. C'est aussi avec lui qu'il cosigne en novembre 2025 dans Atlantico une interview, où il affirme que la France « ne représente que 0,7 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre », ce qui est, là encore, trompeur.
En juillet 2025, il prend la direction de la revue Transitions et Énergies (qu'il rachète en partie), laquelle est habituée des discours climato-dénialistes.
Réponse de Fabien Bouglé
Contacté par nos soins, Fabien Bouglé nous indique qu'il « récuse fermement » le qualificatif de « climatosceptique ». « Je ne m'intéresse pas dans mes travaux à cette problématique qui fait consensus », nous précise-t-il. « Au contraire je lutte contre le climatosceptiscisme qui vise à nier l'apport du nucléaire dans la lutte contre la pollution et les émission de GES et […] je pense que le déploiement des ENR fait perdre un temps considérable. »
Interrogé sur son relai de publications de l'Association des climato-réalistes et de ses membres, il nous écrit : « J'ai diffusé les livres de certains des membres qui m'ont été envoyé en service de presse comme je diffuse de nombreux messages de personnalités de droite ou de gauche sur le sujet de l'énergie. »
Au sujet de ses interventions dans des médias d'extrême droite, il nous répond « J'interviens partout où l'on m'invite sans sectarisme à partir du moment où je peux exprimer mon opinion » et cite plusieurs interventions dans Les Échos, L'Express, Le Figaro, France Info, etc. « Vous ne pouvez pas comprendre mon engagement sans avoir enquêté sur les raisons de mon travail qui a commencé dans la lutte contre la corruption et la mafia éolienne », ajoute-t-il, précisant qu'il « conseille toutes les personnalités politiques qui ont besoin de [ses] lumières ou de [son] aide, de la macronie au RN ».
Classification du discours
Les discours employés se rattachent à la grande catégories suivante, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
Bibliographie
FranceSoir
Média web complotiste né à la faveur de la pandémie de Covid-19 sur les cendres d'un quotidien papier respectable (France-Soir), FranceSoir embrasse à l'occasion le climato-dénialisme, quand il n'est pas occupé à promouvoir Didier Raoult (lui-même climatodénialiste) ou à mettre au jour d'obscurs complots pédosataniques contre lesquels Donald Trump lutterait.
Le site interviewe à plusieurs reprises Christian Gerondeau, climato-dénialiste notoire (en 2023, 2024) et donne la parole à Fabien Bouglé, militant anti-éoliennes (en 2024, idem).
On peut trouver sur FranceSoir une série de tribunes de Pierre-Antoine Pontoizeau, un essayiste confidentiel, reprenant la longue liste des arguments les plus éculés du climato-dénialisme, avec une couche de complotisme — « manipulation », « guerre du climat », mention du directeur du Forum économique mondial Klaus Schwab (objet d'une véritable obsession dans les sphères conspirationnistes pour sa notion de « grande réinitialisation »), etc.
On y trouve aussi, en 2025, un article (republié par l'Association des climato-réalistes) d'un ancien cadre à la BNP, qui met en doute l'origine humaine du changement climatique et pense (à tort) avoir découvert une contradiction majeure entre résumé à l'intention des décideurs et rapport complet du GIEC. Le même avait obtenu en 2019 la publication d'un article questionnant la fiabilité du GIEC dans un numéro de L'ENA hors les murs, la revue des anciens élèves de la grande école.
Le directeur de la publication de FranceSoir lui-même, Xavier Azalbert, publie en 2023 un éditorial confus, dans lequel il cite « Steve Koonin » (sic) et qu'il conclut par une hypothèse toute complotiste :
« Peut-être n'est-ce pas le Great Reset ni le dérèglement climatique que nous sommes présentement en train de subir, mais bien une régulation de la pensée, probablement organisée sous le contrôle de la Miviludes pour éviter certaines dérives sectaires ! »
Voir aussi
François Asselineau
Né en 1957, François Asselineau est le fondateur de l'Union populaire républicaine (UPR), un parti politique relativement confidentiel. Ancien haut-fonctionnaire, François Asselineau diffuse dans les années 2020 une désinformation grossière sur le changement climatique, essentiellement par le biais des réseaux sociaux.
Analyse du discours
En décembre 2022, invité par le média complotiste FranceSoir (la vidéo de l'entretien reste accessible sur la plateforme Odysée), François Asselineau explique (à partir de 9') que, s'il a bien compris, il n'y a pas de consensus sur l'origine anthropique du changement climatique. Il semble notamment faire allusion à la lettre de la Clintel (il ne la cite pas explicitement) lorsqu'il évoque « plus de 1000 scientifiques » qui s'opposeraient audit consensus.
Dans cette interview filmée, diffusée par l'UPR, François Asselineau n'est pas affirmatif, expliquant n'être pas scientifique, mais s'appuie sur son expérience personnelle et sur plusieurs arguments climato-dénialistes pour émettre des doutes sur le changement climatique. Ce qu'il trouve surtout « louche », c'est le « narratif » massif, la certitude affirmée sur les connaissances scientifiques. S'il se revendique alors « sceptique », le scepticisme laisse la place, les années suivantes, à une désinformation climato-dénialiste décomplexée.
À l'été 2023, il moque ainsi l'idée d'un changement climatique contemporain, d'origine humaine, en établissant un parallèle fallacieux avec un changement climatique passé — une rhétorique usuelle des climato-dénialistes, quoique généralement maniée avec plus de subtilité. Son tweet de juillet 2023 reprenant l'affirmation complotiste selon laquelle les médias ont modifié le code couleur des cartes de températures (« Le but : terroriser les populations » écrit-il en lettres capitales) est retweeté plus de 3 000 fois. Il avait déjà tenu un discours similaire l'année précédente.
En janvier 2024, il s'appuie sur la météo pour mettre en doute la réalité du changement climatique, dans un discours complotiste qui dénonce la volonté de « marteler l'idée d'un dérèglement climatique et l'impératif d'obéir à Schwab », dans une référence à Klaus Schwab, économiste allemand à l'origine de la notion de « grande réinitialisation » qui agite les sphères complotistes.
En août 2024, il voit dans le refroidissement (en réalité partiel) de l'Atlantique un « nouveau bug dans le narratif du réchauffement », comme il l'écrit sur Twitter de manière trompeuse. Le même mois, il explique que « tout débat scientifique sur le prétendu réchauffement climatique et son origine est interdit par les médias de l'oligarchie euro-atlantiste ». Toujours en août 2024, il s'appuie sur un tweet de l'Association des climato-réalistes et sur un raisonnement complotiste pour mettre en doute les connaissances scientifiques sur l'évolution de l'inlandsis (la calotte glaciaire) Ouest-Antarctique.
Le mois suivant, il se fonde de nouveau sur des tweets (hors-sujet) de cette association pour contredire un article de presse — certes de mauvaise facture — relatant les conclusions d'une étude scientifique relative au risque d'effondrement du glacier Thwaites, en Antarctique.
Le montage vidéo qu'il republie en novembre 2024 avec pour commentaire « le réchauffement climatique ridiculisé en 55 secondes », s'il est effectivement amusant, passe sous silence que les continents se réchauffent plus vite que les océans, si bien que par définition, la quasi-totalité des terres émergées se réchauffent davantage que la moyenne mondiale. S'y ajoutent des variations géographiques et le fait que la hausse des températures est plus forte à mesure que l'on s'approche des hautes latitudes de l'hémisphère nord, comme l'expliquait par exemple Le Monde en mai 2024.
François Asselineau se réjouit en janvier 2025 de l'élection de Donald Trump pour un deuxième mandat, qui « annonce la fin […] du Green Deal et de la théorie du réchauffement climatique » (mais aussi « de l'idéologie woke et transgenre », « de l'immigrationnisme »…).
En juillet de la même année, il publie un tweet qui utilise la rhétorique confondant météo (températures, précipitations, etc. en un lieu et un temps limités) et climat (variations globales des températures et autres paramètres physiques sur le temps long) pour mettre en doute la réalité du changement climatique.
Le même mois, dans une vidéo publiée par l'Union populaire républicaine, vue près de 100 000 fois, il réitère longuement (de 6' à 26') sa négation de l'existence du changement climatique, avec un mille-feuille argumentatif décousu parsemé de complotisme — mythe du Groënland vert, optimum climatique romain, responsabilité du Soleil, hausse des températures qui provoquerait celle du CO2 atmosphérique, critique du GIEC, mythe du scientifique ayant raison contre tous, etc.
En août 2025, il affirme que l'été a été très frais (c'est faux) et que, « du coup, le GIEC annonce que le réchauffement climatique risque de nous plonger dans une nouvelle ère glaciaire », détournant de manière mensongère et particulièrement grossière le sens d'un article de presse qu'il cite.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
François Gervais
Physicien retraité (depuis 2012), né en 1945, François Gervais fait partie des climato-dénialistes qui remettent en cause l'effet de serre, et donc le dioxyde de carbone (CO2), comme cause principale du réchauffement climatique. C'est l'une des figures majeures du climato-dénialisme français.
Présentation
Dès 2013, il développe un mille-feuilles argumentatif dans un ouvrage (L'Innocence du carbone : L'effet de serre remis en question, Albin Michel) où il multiplie théories fantaisistes et cherry picking, notamment avec des courbes trompeuses.
François Gervais est membre du comité scientifique de l'Association des climato-réalistes, créée en 2015. Celle-ci le présente (et il se présente lui-même) comme « expert reviewer » du cinquième rapport d'évaluation du GIEC, ce qui est exact sur le plan littéral mais peut facilement induire en erreur : il ne fait pas partie des auteurs dudit rapport, mais simplement du vaste groupe d'experts, en réalité ouvert à tout le monde, qui peuvent soumettre des commentaires sur les brouillons du rapport — ils sont plus de mille pour le seul premier volet du cinquième rapport d'évaluation (de Pryck 2022, p. 106‑107).
Comme nombre de ses camarades « climato-réalistes », il a signé la « World Climate Declaration », lettre ouverte de la Clintel néerlandaise proclamant depuis 2019 l'absence d'urgence climatique.
Il a publié pas moins de quatre ouvrages aux éditions L'Artilleur, aux titres évocateurs : L'urgence climatique est un leurre (2018), Impasses climatiques : Les Contradictions du discours alarmiste sur le climat (2022), Le Déraisonnement climatique (2023) et Il n'y a pas d'apocalypse climatique : Modèles, mesures et prévisions : se libérer de l'écoanxiété (2025). Ce dernier bénéficie d'une campagne de publicité dans les gares SNCF, relève Le Nouvel Obs.
En 2018, il participe à un colloque climato-dénialiste au Portugal en présence d'autres membres de l'Association des climato-réalistes, Camille Veyres, Benoît Rittaud, ainsi que du dénialiste belge Henri Masson. La courte conférence qu'il donne en anglais a été filmée et diffusée par l'officine de propagande de l'industrie pétrolière canadienne Friends of Science.
Ses interviews des dernières années se cantonnent pour l'essentiel aux médias d'extrême droite : CNews (en 2022 et en 2023), TV Libertés (en 2023 notamment), Sud Radio où il est régulièrement invité au micro d'André Bercoff (ce qui vaut à la radio une mise en garde de l'Arcom en 2024), ou encore le plus confidentiel Breizh Info (en 2025). On le retrouve même dans une longue interview vidéo donnée au média conspirationniste américain d'extrême droite The Epoch Times en 2021.
Il est également un auteur récurrent sur le site libéral-conservateur Atlantico (articles) et ses ouvrages sont promus dans Conflits (ici), une des revues de l'homme d'affaires d'extrême droite Gil Mihaely, ainsi que sur le site web libertarien Contrepoints (là, par Thierry Godefridi).
Il anime également de nombreuses conférences, comme il nous l'écrit lui-même :
« Si je n’enseigne plus, j’ai en revanche donné 55 conférences depuis 2012, parfois devant un auditoire de plusieurs centaines de personnes, à l’invitation d’universitaires, y compris étrangers, de députés, de municipalités, d’écoles d’ingénieurs, d’associations en particulier d’ingénieurs, d’un syndicat d’agriculteurs, du Rotary Club de Paris, du Lyons Club, du Grand Orient de France… »
Le physicien donne plusieurs conférences ou interviews à l'invitation d'organisations du mouvement de Lyndon LaRouche : au parti Solidarité et progrès en 2015, 2018 et 2019, ainsi qu'à l'Institut Schiller en 2015.
Il donne aussi des conférences en anglais en 2016 et en 2017 auprès de l'EIKE, la principale organisation climato-dénialiste allemande.
En 2021, il est invité à s'exprimer au sujet du changement climatique par l'Institut des libertés de Charles Gave, un think tank proche de l'extrême droite, en partenariat avec la revue Transitions et Énergies (elle aussi propriété de Gil Mihaely). Il s'exprime de nouveau en 2023 auprès du seul Institut des libertés.
Analyse du discours
Certaines des vidéos dans lesquelles Christian Gervais intervient cumulent plusieurs centaines de milliers de vues, telles cette captation d'une conférence organisée en 2018 par le parti politique Solidarité et progrès ou cette interview sur Sud Radio en 2021.
Dans sa conférence, il affirme que le CO2 n'est pas la cause du réchauffement climatique, que les températures ont cessé d'augmenté depuis vingt-cinq ans, que les modèles climatiques ne sont pas fiables, que les effets des émissions de CO2 sont positifs (verdissement), que les politiques climatiques visent à « nous taxer » et que les énergies renouvelables intermittentes ne sont pas utiles.
Dans une autre vidéo tournée en 2021, il explique également (vers 38') que le niveau des océans ne s'élève que de « un virgule quelque chose millimètre par an ; bon d'ici 2050 ça fera 3 centimètres ». Selon le sixième rapport d'évaluation du GIEC, la hausse annuelle, qui tend à accélérer, est en réalité de l'ordre du triple (3,7 mm par an entre 2006 et 2018), faisant craindre une hausse de 30 cm à 1 m d'ici 2100 (par rapport à 1900).
En 2018, il avance également en conférence (vers 19') que dans les années 1970 « l'hystérie du style de ce qu'on connaît aujourd'hui c'était "On va tous mourir de froid !" ». Il s'agit en réalité d'un mythe — les chercheurs travaillaient déjà sur le réchauffement climatique —, et deux des couvertures du magazine Time qu'il utilise comme illustrations évoquaient respectivement l'hiver en cours et les conséquences économiques du premier choc pétrolier. Quant à la troisième couverture… c'est tout simplement un faux, un montage : elle n'a jamais existé.
Dans cette même conférence, François Gervais présente les cycles solaires comme une meilleure explication au changement climatique contemporain que l'effet de serre d'origine anthropique.
Son discours s'écarte à l'occasion des sujets purement scientifiques, par exemple lorsqu'il qualifie en 2023 de « religieux » — « c'est un mot qu'utilise également Christian Gerondeau » — les discours dominants sur le changement climatique. Plus encore, à une question de Charles Gave qui l'interroge sur une volonté des fonctionnaires français de « préparer le gouvernement mondial » pour « arriver au pouvoir », le physicien répond que « oui, on peut le soupçonner, bien sûr ».
Politique, son propos l'est assurément aussi lorsque le physicien publie Impasses climatiques : Les contradictions du discours alarmiste sur le climat en 2022, dont on trouve les bonnes feuilles sur Atlantico, où il s'oppose à l'idée de décroissance économique.
Réponse François Gervais
Nous avons joint François Gervais par courriel. Il nous répond : « Le scepticisme est une vertu cardinale en sciences. Votre qualificatif de "dénialiste" est désobligeant, outrancier et insidieux. » Préférant se définir comme « climato-réaliste », il estime ne pas nier le réchauffement climatique mais « minimis[er] certes les exagérations issues essentiellement de modèles de climat et leur fixette sur une relation mono-causale avec le bouc émissaire de service », à savoir le CO2.
Il cite à l'appui un graphique, que nous a également adressé Jean-Claude Pont, qui est en réalité tiré du blog du climatologue climato-dénialiste américain Roy Spencer, est quelque peu trompeur (d'autant que le fait que certains modèles récents ont une sensibilité climatique trop élevée est connu et pris en compte par les chercheurs) et ne soutient pas l'idée selon laquelle les modèles climatiques en général exagéreraient le réchauffement (ce n'est pas le cas).
Il nous répète de nombreux arguments déjà présents dans ses publications et conteste l'existence d'un consensus scientifique. Interrogé par nos soins sur la coloration d'extrême droite de certains médias dans lesquels il intervient, il nous répond : « Mon propos est scientifique. Le positionnement sur l’échiquier politique des médias qui m’invitent est hors de propos. » Et regrette de ne pas être invité dans l'audiovisuel public.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent à la totalité des cinq grandes catégories de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Friends of Science
Friends of Science est une officine de désinformation sur le changement climatique sise au Canada, fondée en 2002 et financée par l'industrie pétrolière américaine.
Présentation
En 2015, comme le relève le site spécialisé Desmog, Friends of Science affirme entre autres que :
- la Terre se refroidit ;
- le Soleil est responsable du changement climatique ;
- les événements météorologiques extrêmes n'empirent pas ;
- les modèles climatiques ne sont pas fiables.
En 2025, le site web de l'officine indique aussi (ici ou là) que Friends of Science défend les énergies fossiles et s'oppose aux politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
En 2019, Friends of Science assure la promotion de la lettre ouverte climato-dénialiste de la fondation néerlandaise Clintel, signée par de nombreux francophones.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- article Wikipédia
- (en anglais) fiche sur le site spécialisé Desmog
Bibliographie
Front populaire
Front populaire est une revue trimestrielle française cofondée en 2020 par le philosophe médiatique Michel Onfray et le journaliste Stéphane Simon. Dirigée par le premier, qui est climato-dénialiste, la revue accueille fréquemment dans ses pages des personnalités niant l'origine humaine ou les conséquences du changement climatique.
Publications
La revue se revendique souverainiste mais a promu la candidature d'Éric Zemmour à l'élection présidentielle de 2022 et est proche des idées d'extrême droite, comme le relevait en 2021 Lucie Delaporte dans Mediapart.
Front populaire ouvre ses pages au militant anti-éoliennes Fabien Bouglé (ses interventions), à l'économiste climato-dénialiste français Rémy Prud'homme (ses articles) ainsi qu'au dénialiste belge Samuel Furfari (ses articles). Leurs publications ne portent pas sur le changement climatique pour la plupart, mais quand c'est le cas, il s'agit de s'opposer avec virulence aux mesures de décarbonation ou à l'écologisme, en témoigne la tribune de Samuel Furfari intitulée « Lutte contre le changement climatique ou contrôle total de nos vies ? » (2021).
La revue accueille aussi les tribunes d'un certain Rodolphe Prevot qui, citant pêle-mêle Christian Gerondeau, l'Américain Steven Koonin et le directeur de la revue Michel Onfray, conteste en avril 2023 la responsabilité humaine dans le réchauffement, dénonce les « climato-suivistes » et promeut les « climato-réalistes ». « Cette contribution […] n’engage pas la rédaction », avertit le chapô, non sans une certaine hypocrisie au regard des prises de position du directeur de la publication.
Le chapô d'un autre texte (novembre 2023) prévient que Rodolphe Prevot estime que « la crise environnementale serait instrumentalisée par les élites mondialisées pour rogner les libertés des peuples », un discours à tonalité complotiste. Si l'on met de côté l'analyse politique de l'auteur, le texte est surtout un condensé de désinformation climatique. Il y est question d'« un effet de serre qui reste à prouver », l'auteur tourne en dérision la projection d'un réchauffement de 4 °C en France (pourtant conforme aux scénarios du GIEC prenant pour hypothèse l'absence de nouvelle politique climatique), il dénonce sans l'ombre d'un argument les modèles climatiques et affirme que les auteurs du GIEC sont peu nombreux à être de « véritables climatologues de profession » (ce qui est faux s'agissant du groupe de travail 1 du GIEC). Avant de célébrer, « entre autres merveilles : une stabilisation des banquises au Groenland et en Antarctique [et] un reverdissement global de la planète (merci le CO2 !) ».
Toujours dans la rubrique « Opinion » et en 2023, un certain Edouard Rihouet se fend d'un billet intitulé « Réchauffisme, l’idéologie du toujours pire qu’hier, mais mieux que demain », véritable monument du « climato-rassurisme » où l'on peut lire que « le corollaire de la théorie du réchauffement anthropique est la considération d’une augmentation des températures qui conduirait inexorablement à l’apocalypse et n’aurait aucun effet bénéfique ». Avec en prime la diffusion d'un mythe récurrent sur le Groenland, la défense du présentateur météo Philippe Verdier (dont le licenciement est survenu huit ans plus tôt…) et des attaques contre le GIEC, qui se résumerait à « un groupe intergouvernemental de diplomates ».
La même année, on peut aussi lire une promotion de l'ouvrage dénialiste de Steven Koonin.
En 2025, on peut encore parcourir un texte d'un certain Arnaud Besnard qui « tente de comprendre pourquoi la croyance dans la science du climat semble s’effriter » — ce qui ne manque pas de sel. L'auteur s'émeut que « les scientifiques qui vont dans le sens du consensus reçoivent argent, visibilité, postes ; les autres disparaissent » car « les financements dépendent largement d’objectifs politiques définis en amont ». L'auteur dénonce dans la foulée « l’idéologisation et la moralisation croissante de la question climatique » et réclame à ce sujet « une science ouverte, réfutable, délibérative », ce qui implique qu'elle ne le serait pas déjà.
Front populaire recensait pourtant en 2021 un ouvrage sérieux du climatologue François-Marie Bréon, qui visait à « corriger les erreurs les plus souvent commises » sur le changement climatique, et relayait les principales conclusions du premier volet du sixième rapport d'évaluation du GIEC. Cela n'a semble-t-il pas empêché la revue d'ouvrir grand les portes à la désinformation scientifique, quitte à publier des énormités.
Nos tentatives de contacter le directeur de publication de la revue, Michel Onfray, sont restées sans réponse.
Classification du discours
Les discours diffusés par Front populaire se rattachent aux cinq grandes catégories de la classification des arguments dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Fusion
Fusion est une revue française consacrée aux sciences, publiée de 1982 à 2006, affiliée au mouvement de Lyndon LaRouche, une personnalité américaine conspirationniste d'extrême droite. Violemment anti-écologiste, la revue publie des articles niant l'existence du changement climatique au cours des années 1990 et 2000.
Présentation
Fondée en 1982 par l'association Fondation pour l'énergie de fusion, la revue Fusion est le pendant français de la revue du même nom publiée aux États-Unis par la Fusion Energy Foundation (FEF), une émanation du mouvement de Lyndon LaRouche.
La revue est ensuite publiée par les éditions Alcuin, chez qui paraissent des ouvrages du mouvement LaRouche, dont ceux du fondateur du parti politique français Solidarité et progrès, Jacques Cheminade. Celui-ci est d'ailleurs « conseiller de la rédaction » de la revue depuis au moins le début des années 1990.
Durant cette même décennie, Pierre Bonnefoy rejoint la rédaction de la revue, qu'il ne quitte plus.
Au cours des années 1990 et 2000, la revue a pour directeur de la publication Christophe Lavernhe (toujours actif, en 2024, au sein du parti Solidarité et progrès et auprès de l'institut Schiller), pour directeur de la rédaction Philippe Messer, et son rédacteur en chef est Emmanuel Grenier.
Fusion cesse de paraître en 2006, après que son inspirateur Lyndon LaRouche « a décidé de couper les ponts avec [ses auteurs] », écrit le rédacteur en chef dans l'éditorial du dernier numéro, paru en octobre 2006. Son site web disparaît peu après, mais il a été archivé.
Analyse du discours
Dans le numéro de mars-avril 1995, dans un article titré « Changement climatique : les prévisions démenties par la réalité », le géographe Marcel Leroux conteste les premières conclusions du GIEC et envisage que le débat sur le réchauffement global ne soit pas scientifique mais relève d'une « manipulation planétaire » (une expression reprise d'Yves Lenoir). Il estime également que « les modèles numériques sont inaptes à simuler l'évolution du climat ».
John Daly, « climatosceptique » australien d'origine britannique (auteur de The greenhouse trap en 1989), écrit en 2001 dans Fusion un article titré « Falsification de l’histoire climatique pour "prouver" le réchauffement global ». À l'aide notamment d'une figure des températures mondiales depuis l'an 900, dénuée de source et, pire encore, de gradation des températures sur l'axe des ordonnées, il entend expliquer le réchauffement contemporain par les cycles solaires. Il s'attaque ensuite longuement à la courbe en crosse de hockey, un lieu commun encore en vigueur aujourd'hui chez les climato-dénialistes.
En 2003, dans le numéro 95 de la revue, Marcel Leroux est de retour pour un long article consacré au réchauffement global, qu'il qualifie d'« imposture scientifique ».
Un mois avant la cessation de la publication de la revue, en octobre 2006, est édité un hors-série radicalement climatosceptique. Le rédacteur en chef de Fusion, Emmanuel Grenier, consacre une élogieuse critique à l'ouvrage de Marcel Leroux, Global Warming: Myth or Reality?, paru l'année précédente. Dans l'éditorial de ce hors-série, le même Emmanuel Grenier reproche principalement au mouvement écologiste d'être anti-nucléaire. Dans un article dédié aux « véritables objectifs des mouvements écologistes », il insiste sur leurs « racines malthusiennes », un argument toujours en vogue vingt ans plus tard chez les personnalités dont le déni du changement climatique s'inscrit dans une opposition plus large à l'écologisme.
Dans l'éditorial du dernier numéro de Fusion, son rédacteur en chef se félicite que la revue ait « mené une campagne sans compromission contre l'éco-fascisme et pour défendre le nucléaire ».
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Géopolitique profonde
Géopolitique profonde (GPTV pour les intimes) est une chaîne Youtube (et un magazine) complotiste d'extrême droite et pro-Poutine. Elle diffuse assidument les discours climato-dénialistes.
Présentation
La chaîne Youtube est créée en par Frank Pengam et devient véritablement active en 2019. Elle accueille de nombreuses personnalités de la sphère complotiste française. Elle entretient également des liens étroits avec l'extrême droite, y compris ses cercles antisémites — Alain Soralest chroniqueur dans le magazine édité par Géopolitique profonde.
Comme le relate Blast en août 2025, sont présentes à un événement organisé par Géopolitique profonde de nombreuses nuances d'extrême droite et du complotisme — aussi bien Florian Philippot que François Asselineau, des animateurs de Radio Courtoisie, Henry de Lesquen ou Francis Lalanne.
En janvier 2024, l'essayiste Philippe Herlin, habitué des discours climato-dénialistes, est invité à s'exprimer sur « l'écologie, l'arme ultime des mondialistes » — l'occasion de parler de « l'idéologie du réchauffement climatique ». En septembre, c'est au tour de l'essayiste Alban d'Arguin d'être l'invité du présentateur de la chaîne Mike Borowski pour évoquer le « mensonge mondial » sur le climat.
En février 2025, c'est le haut-fonctionnaire climato-dénialiste Christian Gerondeau qui intervient longuement au micro de Géopolitique profonde (voir aussi ici). Le même mois, le média consacre une émission à ce sujet, sobrement titrée « Ce que les médias vous cachent sur le réchauffement climatique ! », avec pour invités Luc Vervliet, auteur d'un essai titré Manipulation du climat & contrôle des peuples (tout un programme !) qui explique que l'évolution du CO2 n'a aucun lien avec les activités humaines, et l'éditeur Patrick Pasin, qui en profite pour saluer Salim Laïbi (lequel intervient à l'occasion sur GPTV, y compris sur le climat).
Durant l'été, Géopolitique profonde publie également plusieurs vidéos pour dénoncer « l'arnaque » des canicules, car « ils ont un plan, un plan diabolique et machiavélique contre les peuples, et ce plan-là doit forcément passer par la question du climat ».
Début novembre 2025, la chaîne entreprend de nous expliquer (plutôt deux fois qu'une) « pourquoi le réchauffement climatique est une escroquerie mondialiste » avec Jean‑Michel Jacquemin-Rafestin, auteur d'un livre sur le sujet (après avoir écrit sur la Covid-19).
Ce ne sont là que quelques exemples de l'abondante production de Géopolitique profonde sur le sujet du changement climatique, avec divers invités et chroniqueurs complotistes (Laurent Ozon, Laurence Waki, etc.).
En 2023, le site web du média relaie également la lettre ouverte « Il n'y a pas d'urgence climatique » de la Clintel.
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent pour l'essentiel aux quatre grandes catégories suivantes de la classification CARDS des arguments climato-dénialistes (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Georges Geuskens
Professeur de chimie retraité à l'Université libre de Bruxelles (ULB), Georges Geuskens est un climato-dénialiste belge.
Analyse du discours
Il est l'auteur de plusieurs articles, publiés entre 2018 et 2020 sur le site climato-dénialiste belge Science, climat et énergie, dans lesquels il s'emploie à nier purement et simplement l'existence de l'effet de serre. Sa position peut être résumée par la citation suivante (tirée d'un billet de blog de 2019) :
« Le CO2 ne peut contribuer en aucune manière à un réchauffement ni de la surface terrestre ni des basses couches atmosphériques. La théorie du réchauffement climatique d’origine anthropique basée sur l’existence d’un effet de serre n’a aucune justification ni théorique ni expérimentale. »
Il signe en 2019 la lettre ouverte climato-dénialiste « There is no climate emergency » (« Il n'y a pas d'urgence climatique ») de la Clintel.
Georges Geuskens semble ne plus s'être exprimé sur le sujet après 2020. Il reste toutefois régulièrement cité sur des forums et commentaires. Il est également inclus dans la « Liste de scientifiques sceptiques sur le réchauffement climatique » du site participatif Wikibéral (reprise par Climat et vérité, qui l'attribue à tort à Wikipédia).
Contacté, il ne nous a pas répondu.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent à la grande catégorie suivante, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
Bibliographie
Gil Mihaely
Gil Mihaely est à la fois directeur de la rédaction de Conflits, Causeur et Transitions et Énergies (jusqu'en juillet 2025 pour ce dernier), trois journaux qui accueillent très régulièrement dans personnalités climato-dénialistes, dont ils diffusent les discours.
Cantio, la holding qui détient les trois journaux, compte parmi ses principaux actionnaires Louis-Vincent Gave, son père Charles Gave (aux opinions climato-dénialistes arrêtées), Gil Mihaely et Gérald Penciolelli, rapporte L'Informé.
Gil Mihaely interviewe lui-même Loïk Le Floch-Prigent dans Causeur en 2019, sous le titre : « Le lien entre les dérèglements climatiques et l’activité humaine n’est pas clairement démontré ».
Il est également lié à l'agence à l'agence d'intelligence économique Avisa Partners, mise en cause pour des opérations de communication à l'aide de faux articles de presse. Comme l'ont montré Arrêt sur images et Reflets.info, Gil Mihaely est en effet l'éditeur, via LinkEdit, une société intermédiaire créée par Causeur, d'une série de faux blogs utilisés par Avisa Partners, et dont les noms de domaine ont été enregistrés par l'un des dirigeants d'Avisa Partners, Mathieu Creux — dirigeants qui sont aussi des actionnaires de Causeur.
Contacté, Gil Mihaely n'a pas répondu à nos questions sur les discours climato-dénialistes des publications qu'il dirige.
Gil Rivière-Wekstein
Gil Rivière-Wekstein, né en 1960 en Belgique, est l'éditeur de la lettre d'information Agriculture et Environnement (associée au site web agriculture-environnement.fr) qui, pour l'essentiel, ne porte pas sur le changement climatique mais se fait très critique du mouvement écologiste. Il se présente comme journaliste et mène en parallèle une activité de consultant.
Des années 2000 au mitan des années 2010, il diffuse des discours climato-dénialistes.
Analyse du discours
Dans les années 1990, Gil Rivière-Wekstein écrit quelques articles (sans lien avec le changement climatique) dans la revue Fusion où il figure au comité de rédaction jusque dans la première moitié des années 2000. La revue est rattachée au mouvement LaRouche, caractérisé par sa foi absolue dans le progrès technique, son opposition à l'écologisme et ses vues « climatosceptiques ».
Agriculture et Environnement
Il crée en parallèle, en 2003, par le biais de sa société de conseil Amos Prospective, la lettre d'information Agriculture et Environnement (AE) et le site web associé agriculture-environnement.fr. La lettre est diffusée en 2025 à 8 000 exemplaires selon son éditeur.
L'auteur d'Agriculture et Environnement s'oppose au mouvement environnementaliste, dénonce l'agriculture biologique et défend l'usage des pesticides (dont le célèbre glyphosate), y compris hors de sa lettre d'information.
La consultation du site web d'AE laisse entrevoir quelques articles pas vraiment alignés avec les connaissances scientifiques de l'époque sur le changement climatique. En octobre 2004, AE publie un entretien complaisant (également publié sur le site web), avec le climatologue Marcel Leroux, sous le titre « Le réchauffement climatique est un mythe ». En 2010, un billet titré « Vers trente années de refroidissement du climat » qui met en garde contre les « prédictions apocalyptiques » et affirme que « maintenant que l’on observe une stagnation de la moyenne des températures, "l’évidence" du réchauffement, dont l’homme serait le responsable, s’évapore ».
Parmi les signaux qui vont dans le même sens, cet article de 2009 qui évoque la « croyance inébranlable dans le réchauffement climatique » d'une femme politique écologiste, Cécile Duflot, la republication d'une tribune de Luc Ferry parue dans Le Figaro contre le Grenelle de l'environnement de Nicolas Sarkozy, ainsi qu'un billet de 2005 qui présente « les mouvements écologistes et malthusiens » comme « principaux protagonistes du Protocole [de Kyoto] » (le premier engagement des États à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre).
Plus explicite encore est cette tribune du climatologue américain Richard Lindzen, publiée en 2009, qui martèle que « la science du climat n'est pas encore au point », met en cause la relation entre hausse du CO2 et réchauffement et présente comme une « escroquerie » le fait de « suggérer que l’existence même du réchauffement ou de l’effet de serre est équivalente à une catastrophe ».
AE a publié plusieurs autres articles explicitement climato-dénialistes à cette époque, qui ont ensuite été dépubliés. On retrouve leur trace dans des versions archivées du site web (vers lesquelles renvoient tous les prochains liens). En voici quelques-uns.
Dans les archives du site web
Ainsi, en 2005, Gil Rivière-Wekstein réserve un chaleureux accueil à l'essai de Claude Allègre, la grande figure climato-dénialiste de l'époque : Quand on sait tout on ne prévoit rien. L'éditeur d'Agriculture et Environnement se réjouit que le géochimiste s'en prenne « au sacro-saint principe de précaution » et « démontre avec brio que notre gouvernement oscille en permanence entre une prétention au savoir absolu et un refus de considérer ce que nous enseigne la science moderne ». Un bon exemple en est selon Gil Rivière-Wekstein la question climatique, ou plutôt le « dogme du réchauffement climatique ». Il cite longuement les élucubrations de Claude Allègre et conclut : « Un livre qui fera le bonheur de tous ceux qui en ont assez des idées reçues. »
En 2005, il publie un billet lapidaire censé contredire l'idée d'un réchauffement climatique à partir de la courbe (descendante) d'une unique station météo américaine.
Marcel Leroux est de retour en 2007 pour un billet dans lequel il persiste à nier l'existence du réchauffement climatique. La même année, Gil Rivière-Wekstein fait une recension dans l'ensemble positive du nouvel essai de Claude Allègre, Ma vérité sur la planète.
Dans un autre billet de 2007, il titre « Le débat sur le réchauffement climatique n’est pas clos ! ». Il y commente un débat organisé par l'Académie des sciences sur le changement climatique, auquel a participé le compère de Claude Allègre Vincent Courtillot et critique la recension qu'en font les deux journalistes scientifiques spécialistes du sujet au Monde et à Libération, Stéphane Foucart et Sylvestre Huet. Il écrit aussi :
« Lors de la première réunion, Édouard Bard, professeur au Collège de France, a reconnu que l’augmentation du CO2 n’était pas la cause de l’augmentation de la température, mais au contraire sa conséquence. Il a en effet dû admettre que les enregistrements de température du passé montraient clairement que l’augmentation de température précédait presque toujours l’augmentation de CO2. »
C'est un travestissement grossier d'une réalité scientifique exposée par Édouard Bard, et un argument classique du climato-dénialisme toujours utilisé de nos jours (voir ici ou là en anglais, ou ici en français, pour explication sur le fond).
En juin 2008, Gil Rivière-Wekstein encense le livre climato-dénialiste du présentateur météo Laurent Cabrol, qu'il qualifie d'« essai décapant » qui « risque fort de déplaire à la bien-pensance » et dont il recommande la lecture. En 2010, il republie une tribune parue dans Les Échos faisant l'éloge de Claude Allègre.
Les publications climato-dénialistes semblent ensuite cesser sur AE, mais elles se poursuivent sur Twitter.
Gil Rivière-Wekstein y publie en décembre 2012 un article du site web libertarien Contrepoints rédigé par le blogueur climato-dénialiste belge H16, selon lequel « le GIEC admet à son tour le rôle prédominant du Soleil » dans le réchauffement climatique — une affirmation évidemment fausse.
En mai 2013, il diffuse un article de Contrepoints (encore) signé par le climato-dénialiste belge István Markó ironiquement intitulé « Le réchauffement climatique responsable de notre hiver glacial ! ». En septembre de la même année, il évoque une soi-disant « pause » du réchauffement climatique.
Le mois suivant, il diffuse une « intéressante critique des travaux du GIEC », en réalité un billet de l'ingénieur climato-dénialiste Jean-Pierre Bardinet, dans Contrepoints (toujours). Il relaie quelques jours après une tribune climato-dénialiste de Didier Raoult parue dans Le Point sous le titre « Réchauffement, démographie, épidémies : assez de prédictions catastrophistes ! » Le même jour, il renvoie au blog « climat de terreur » qui entend contredire le journaliste scientifique du Monde Stéphane Foucart… en faisant fi de plus de quarante ans de recherche sur le climat.
À l'occasion, il ironise sur le changement climatique, comme ici en décembre 2013, à l'occasion d'un record de froid en Antarctique, ou là durant l'été précédent.
Au-delà du déni climatique
Gil Rivière-Wekstein cesse les discours climato-dénialistes publics après 2013. Il reconnaît par exemple explicitement le rôle du CO2 dans le réchauffement climatique en 2023, présentant l'agriculture comme un domaine dans lequel le CO2 est une matière première et non un déchet, ce qui le conduit à affirmer que « plus d'agriculture, c'est moins de problèmes pour le climat » — il omet de préciser qu'en France, l'agriculture est émettrice nette de gaz à effet de serre (GES, qui ne se résument pas au seul CO2, et c'est particulièrement vrai pour ce secteur), c'est-à-dire qu'elle émet plus qu'elle ne stocke de GES.
Il reste néanmoins proche des milieux anti-écolo, y compris ceux climato-dénialistes. Il est ainsi l'un des auteurs du site web de Jean-Paul Oury (dont il recense en 2025 le dernier ouvrage sur le site d'AE) European Scientist, habitué de la désinformation climatique. Il publie en 2025 un article favorable à la loi Duplomb dans la revue Paysans & société. Il est aussi un contributeur régulier du site web libéral-conservateur Atlantico (où il coécrit à l'occasion avec la géographe Sylvie Brunel) et du magazine d'extrême droite Valeurs actuelles.
Ce n'est pas le seul contact de l'intéressé avec la droite radicale. Gil Rivière-Wekstein donne en 2011 une interview au site web Enquête et Débat — édité par le militant d'extrême droite Jean Robin, le site a un partenariat avec le lobby libertarien Contribuables associés — à l'occasion de la publication de son ouvrage Bio : Fausses promesses et vrai marketing, préfacé par Jean de Kervasdoué.
En 2020, il participe à une table ronde organisée par Force républicaine, le très droitier club politique créé par François Fillon et dirigé depuis 2017 par Bruno Retailleau, lequel introduit d'ailleurs la séance. Au cours de la discussion, l'éditeur d'Agriculture et Environnement présente (vers 29') comme fantasques l'idée de vouloir réduire l'usage des pesticides et celle de chercher à ce que l'agriculture devienne un puits de carbone. Sur ce dernier point, son discours public est diamétralement opposé en 2023.
Agriculture et Environnement figure (comme d'ailleurs European Scientist) dans le registre privé de personnalités et médias favorables aux pesticides « Bonus Eventus », créé au début des années 2010 par v-Fluence, une entreprise de relations publiques fondée par l'ancien directeur de la communication de Monsanto Jay Byrne, comme le révèle Le Monde en 2024. (Gil Rivière-Wekstein dément auprès du quotidien tout lien avec v-Fluence.)
Réponse de Gil Rivière-Wekstein
Contacté, Gil Rivière-Wekstein nous a indiqué qu'il « pense qu'il serait totalement erroné de [l]’inclure dans un article concernant les "personnes et organismes qui diffusent ou ont diffusé un discours climato-dénialiste" ». Il estime que « cette question scientifique [le changement climatique] a trop souvent été utilisée à des fins idéologiques, principalement pour justifier des politiques de décroissance économique », auxquelles il est opposé.
S'il reconnaît avoir « donné la parole à plusieurs personnalités comme Marcel Leroux ou d’autres [et avoir fait] quelques revues de livre d’auteurs qui ont traité cette question », il ajoute que « cela date d’il y a au moins 20 ans, époque où cette question faisait souvent débat » — précisons que l'origine humaine du changement climatique ne faisait déjà plus débat en 2007, en témoignent les conclusions du quatrième rapport d'évaluation du GIEC.
S'agissant de sa participation à Fusion, il relate avoir « été séduit par la ligne éditoriale de cette revue qui a toujours défendu le progrès scientifique, notamment l’énergie nucléaire, la fusion et le programme spatial », mais souligne ne pas partager les positions du mouvement LaRouche sur d'autres sujets.
Interrogé sur sa participation à des médias d'extrême droite, il s'offusque de notre question, nous écrit n'avoir aucune affinité avec celle-ci et ajoute : « Je suis radicalement hostile à toutes formes de replis nationalistes et xénophobes. » Il précise répondre à presque toutes les sollicitations et uniquement refuser d'intervenir dans les médias aux discours ouvertement antisémites, antisionistes ou racistes ; nous lui faisons remarquer que Valeurs actuelles a été condamné en 2015 pour provocation à la haine raciale et en 2020 pour pour injure publique à caractère raciste, ce à quoi il nous répond qu'il n'était « pas au courant ».
Il se définit lui-même comme pro-science, plutôt progressiste et de tendance libérale sur le plan économique.
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent aux grandes catégories suivantes de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Global Warming Policy Foundation
La Global Warming Policy Foundation (GWPF) est un lobby climato-dénialiste britannique, fondé en 2009. Le Global Warming Policy Forum, renommé Net Zero Watch, lui est rattaché. La GWPF tait la source de son financement, mais est proche des cercles conservateurs britanniques, lesquels lui ont fait des dons importants, comme le relève le site spécialisé Desmog.
La GWPF est membre de l'European Climate Realist Network.
Dans le monde francophone, Henri Lepage a été membre de son conseil d'administration, et figurent dans son conseil « scientifique » les Français Christian Gerondeau et Vincent Courtillot ainsi que le Belge Samuel Furfari.
Analyse du discours
Les publications de la GWPF recourent à plusieurs discours dénialistes.
Elles s'aventurent parfois à nier ou minimiser le rôle du CO2, par exemple dans ce rapport publié en 2023, celui-ci en 2022, ou encore celui-ci publié… en 2011. Elles s'emploient aussi à minimiser les conséquences néfastes du changement climatique, comme dans ce rapport de 2022, ou dans une précédente publication de 2020, qui affirment que les événements météorologiques extrêmes ne deviennent pas plus fréquents ni intenses, à l'inverse des conclusions du GIEC. Nombre des publications du lobby s'opposent aux mesures d'atténuation du changement climatique, à l'image de ce rapport publié en 2025 qui promet la banqueroute au Royaume-Uni s'il vise la neutralité carbone, de celui-ci qui promeut en 2022 un recentrage des politiques publiques sur l'adaptation, ou d'un autre rapport, publié dix ans auparavant, qui présente les politiques climatiques comme nuisibles à la santé publique.
Par le passé, la GWPF a également participé aux attaques visant à discréditer le GIEC, notamment à l'occasion du pseudo-scandale du « Climategate » en 2009, et dans les années qui ont suivi.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- (en anglais) fiche sur le site spécialisé Desmog
- article Wikipédia
Bibliographie
H16
H16 est un blogueur libéral et climato-dénialiste belge, sous pseudonyme, éditeur du site web Hashtable. Critique virulent de tout ce qui touche à l'écologisme, il est aussi radicalement climato-dénialiste.
Analyse du discours
H16 est un prolifique auteur du site web libéral-conservateur français Atlantico et il contribue avec assiduité au site libertarien Contrepoints (plus de 2 600 articles entre 2010 et 2024) — il est même l'« invité spécial » de la rédaction du site à l'occasion d'une conversation filmée, en 2021.
Il collabore également (exemple) au magazine Les Enquêtes du contribuable édité de 2013 à 2015 par l'association libertarienne française Contribuables associés.
Viscéralement anti-écolo, H16 consacre une rubrique de son blog à l'écologisme. Il ne manque pas d'y aborder le sujet du changement climatique sur un mode pamphlétaire, aussi outrancier que dénué de toute argumentation scientifique.
En 2013, dans un billet où il nie l'existence même du réchauffement climatique, il prévoit que « d’un côté, le mythe carbono-réchauffiste va s’effondrer et s’effacer progressivement, à mesure que les individus s’informeront par tous les canaux à leur disposition [et que] de l’autre, on imagine sans mal les hurlements de plus en plus stridents des écologistes dépendant des subventions et de la bonne tenue du mythe pour vivre ».
La même année, il combine dans un billet attaques personnelles contre deux journalistes scientifiques français (du Monde et de Libération) spécialistes du changement climatique, négation du réchauffement climatique, injures (le président du GIEC est qualifié de « baltringue ») et restitution mensongère d'une étude sur le climatoscepticisme. Ce dernier aspect mérite qu'on s'y attarde. Le billet d'H16 affirme qu'une étude a montré « que seulement 36 % des scientifiques et des ingénieurs croient que ce sont les humains qui sont responsables du réchauffement climatique ». Effectivement, il y a là de quoi remettre en question le consensus sur le changement climatique !
Lorsque l'on consulte l'étude en question, on comprend en fait que les personnes interrogées par les auteurs ne pas sont représentatives « des scientifiques et des ingénieurs » mais… des experts (essentiellement géologues et ingénieurs) de l'industrie pétrolière ! Les auteurs de l'étude l'écrivent explicitement (traduction de l'anglais par nos soins) :
« Nous reconstituons [dans cette étude] les cadres [discursifs] d'un groupe d'experts qui n'ont pas fait l'objet d'une attention particulière dans la recherche antérieure mais qui jouent pourtant un rôle central dans la compréhension des réactions de l'industrie — les experts professionnels du secteur pétrolier et des industries liées. »
Plus précisément, les auteurs de l'étude se sont appuyés sur 1077 réponses à un questionnaire adressé en 2007 aux membres de l'APEGA, l'association professionnelle des géologues en Alberta (un État canadien marqué par l'exploitation du pétrole et de ses dérivés). Pas étonnant donc que seul un gros tiers des répondants apparaisse en ligne avec le consensus scientifique sur la question.
La présentation que fait le blogueur de l'étude relève ainsi de la falsification. Ce qui n'empêche pas l'intéressé de conclure son billet : « Ce pays, en plus d’être foutu, mérite-t-il une presse aussi médiocre ? »
En 2014, H16 dit à propos du GIEC que c'est un « groupe de bricoleurs dont certains ont, parfois, des diplômes scientifiques à proximité du climat » avant de tourner en dérision, sans l'ombre d'un argument rationnel mais avec force outrances, les projections dudit GIEC (qu'il présente erronément comme des prédictions). Contempteur des « délires réchauffistes », il écrit :
« Une quantité affolante d’énergie, de subventions, de capitaux et de cerveaux humains ont été gâchés dans des impasses économiques et énergétiques par la faute de ces ayatollahs écologistes, qui se sont barbouillés de décroissance (ça tombe bien, on y goûte tous maintenant à pleines bouchées, bien joué !) et de prévisions alarmistes et/ou malthusiennes sans arrêt repoussées mais toujours plus sombres. »
En 2018, la neige qui recouvre les autoroutes l'amène à ironiser sur le réchauffement climatique, dont il conteste toujours la réalité : « La réalité ne doit pas interférer avec le message officiel : le réchauffement climatique est en marche, inexorable. »
On pourrait encore continuer longtemps la liste des billets climato-dénialistes (2013, 2019, etc.). En 2023, H16 publiait encore sur Twitter une vidéo fantaisiste censée démontrer que le réchauffement climatique n'est pas dû aux émissions de CO2.
H16 a notamment publié un Petit Traité d’anti-écologie en 2015, qui fait l'objet d'une recension positive sur le site web du libéral climato-dénialiste belge Thierry Godefridi.
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent à la totalité des cinq grandes catégories de classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Henri Lepage
Né en 1941, Henri Lepage est un économiste et essayiste libéral français, également climato-dénialiste.
Analyse du discours
Il devient en 2008 président de l'institut Turgot, un think tank libéral aujourd'hui en sommeil. Il est également administrateur de la Global Warming Policy Foundation (GWPF) britannique (Foucart 2015, chap. 18), de 2010 à 2012.
Il préface en 2010 l'ouvrage du climato-dénialiste belge Drieu Godefridi Le Giec est mort : Vive la science.
La même année, il publie sur le blog de l'institut Turgot un billet promouvant un documentaire climato-dénialiste, billet rediffusé sur le site Skyfall. En 2013, il publie sur le même blog une note de synthèse de la GWPF fondée sur l'argument de la « pause » du réchauffement.
Sa chaîne Youtube compte plusieurs vidéos, publiées entre 2013 et 2015, mettant en scène des climato-dénialistes : le même Drieu Godefridi, István Markó, Benoît Rittaud…
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Henri Masson
Henri Masson, docteur ingénieur en génie des procédés et professeur émérite d'économie appliquée à l'université d'Anvers, est une figure du climato-dénialisme en Belgique.
Analyse du discours
Autour de 2010, comme le relève le site spécialisé Desmog, Henri Masson est administrateur de la Société européenne des ingénieurs et des industriels (SEII), dont il démissionne en 2011 après le refus du président de la SEII d'accueillir un événement mettant en cause les connaissances scientifiques sur le changement climatique que Henri Masson tentait d'organiser. (La SEII prendra toutefois un tournant climato-dénialiste à la fin de la décennie 2010.)
Il est interviewé en 2012 sur le média libertarien français Contrepoints au sujet des modèles climatiques, qu'il qualifie d'« aberration statistique ».
En 2013, il défend avec István Markó, Alain Préat et Samuel Furfari les thèses climato-dénialistes auprès de l'Académie des sciences belge (qui adopte l'année suivante un avis conforme à l'état des connaissances). Il cosigne à ce sujet un texte publié par le think tank britannique Global Warming Policy Foundation (traduit en français et republié par Contrepoints) qui affirme l'innocence du CO2 dans le réchauffement climatique, lequel serait à l'inverse à l'origine de la hausse des émissions de CO2 — un argument classique mais mensonger. Il conteste également la fiabilité des modèles climatiques et argue que « ces 15 dernières années, les températures du globe sont restées constantes ».
Il contribue avec les mêmes auteurs à l'ouvrage collectif Climat, 15 vérités qui dérangent, publié en 2013.
Henri Masson est membre du comité scientifique de l'Association des climato-réalistes française, créée en 2016.
En 2018, il participe à un colloque climato-dénialiste au Portugal en présence de Camille Veyres, Benoît Rittaud et François Gervais, tous les trois également membres de l'Association des climato-réalistes. La même année, il assure aussi une présentation à la conférence de l'EIKE, la principale organisation climato-dénialiste allemande.
Il est l'auteur de plusieurs articles (liste partielle) publiés entre 2019 et 2023 sur le site belge des climato-dénialistes, Science, climat et énergie. L'un d'entre eux, rédigé en 2022, circule largement sur les réseaux sociaux et fait l'objet d'une réfutation de l'AFP.
Henri Masson est l'un des deux ambassadeurs belges de la lettre ouverte « There is no climate emergency » (« Il n'y a pas d'urgence climatique »), résolument climato-dénialiste, élaborée en 2019 par l'association néerlandaise Clintel.
En 2025, il demeure actif sur les réseaux sociaux : sur Facebook (où il alimente la page « Collectif des climato-réalistes » et administre un groupe climato-dénialiste), sur LinkedIn (où il republie ses compatriotes Thierry Godefridi, Samuel Furfari ou le Danois Bjørn Lomborg) et dans une moindre mesure sur X (anciennement Twitter).
Réponse d'Henri Masson
Contacté, Henri Masson nous a indiqué avoir été informé de notre enquête par le biais de François Gervais : « J'ai eu connaissance de la réponse qu'il vous a faite et je suis arrivé aux mêmes conclusion que lui, mais par des voies purement mathématiques, donc rationnelles, non partisanes et dépassionnées par nature. » Il récuse le terme « climato-dénialiste » car il « ne nie pas que le climat change [mais affirme] que le climat a toujours changé et qu’il changera encore ».
Selon lui, le blog Desmog que nous citons plus haut, spécialisé dans l'étude du climato-dénialisme, est « en fait largement mais indirectement sponsorisé par le GIEC pour tenter de jeter le discrédit et donc de faire taire toute voix dissidente ». Questionné sur le fondement de cette affirmation, il ne l'a pas étayée.
Il nous explique également que son « engagement comme climato-réaliste » remonte à sa démission de la SEII en 2011, dans un « engagement pris au nom de la liberté d’expression, qui est en fait mon véritable cheval de bataille » ; il nous précise à ce sujet être membre de l'Heterodox Academy et dénonce « la pensée "woke" et "cancel culture" qui sévit actuellement » sur les campus universitaires, selon lui.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- (en anglais) fiche sur le site spécialisé Desmog
Bibliographie
Henri Proglio
Né en 1949, Henri Proglio a notamment dirigé EDF de 2009 à 2014.
Présentation
S'il ne tient pas ouvertement de propos niant le changement climatique dans les médias, se limitant à la critique des énergies renouvelables, il préface toutefois un essai climato-dénialiste de Christian Gerondeau publié en 2024 aux éditions L'Artilleur, Climat, tout ça pour rien, « ouvrage de référence » qu'il encense, et dans lequel on lit que chercher à réduire les émissions de CO2 est inutile.
Il tient aussi une conférence à l'AG de l'Association des climato-réalistes en décembre 2024.
Classification du discours
Les discours promus par Henri Proglio se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Idriss Aberkane
Conférencier et essayiste né en 1986, Idriss Aberkane est connu pour ses discours complotistes et pseudoscientifiques — notamment sur la vaccination et la pandémie de Covid-19 — et sa diffusion de nombreuses fausses informations sur des sujets variés. Il est également climato-dénialiste.
Analyse du discours
Sur la chaîne Youtube Publications Agora, à la ligne éditoriale résolument complotiste, il intervient en août 2023 avec l'économiste Philippe Béchade dans une vidéo intitulée « Politique de décarbonation : La grande arnaque écologique ? », vue 279 000 fois et likée à plus de 11 000 reprises (en novembre 2025). Dès la quatrième minute, il y met en doute le rôle du CO2 dans le réchauffement climatique : « C'est un peu trop simple de dire qu'il y a une corrélation aussi directe entre le taux de CO2 dans l'atmosphère et les températures au niveau de la mer. »
Le même mois, il accueille sur sa propre chaîne Youtube Christian Gerondeau pour une vidéo (relayée par Climat et vérité) sobrement intitulée « Vers une dictature climatique ? », qui accumule les affirmations trompeuses. Ainsi de l'évocation, par Idriss Aberkane, de « l'époque où on nous disait qu'on avait une ère glaciaire qui nous attendait pour les années 90 », largement fictive — lorsque dans les années 1970 certains médias évoquent l'hypothèse d'un refroidissement global, c'est en réalité la perspective du réchauffement climatique qui est étudiée dans le milieu scientifique. Le propriétaire dénonce le « catastrophisme climatique » puis laisse la parole à son invité qui déroule son discours climato-dénialiste habituel (la température baisse, etc.). La vidéo compte 750 000 vues et 23 000 likes deux ans après sa publication.
En septembre 2024, Idriss Aberkane invite sur sa chaîne le vidéaste d'extrême droite Le Raptor (qui vient lui-même de publier une vidéo climato-dénialiste) dans une vidéo intitulée « Fausse écologie : l'envers du décors vert » — 292 000 vues, 14 000 likes. Entre une référence masculiniste à « l'homme soja », une dénonciation de « l'escroquerie du Covid » et une évocation des chemtrails, les deux vidéastes développent leur vision de la « fausse écologie », l'« escrologie », centrée sur le climat, fondée sur le développement des éoliennes et véritable « propagande ».
Dans une autre vidéo de sa chaîne, publiée en juillet 2023, Idriss Aberkane dénonçait « l'arnaque politique » de la notion de « consensus scientifique », avec un focus sur la science du climat qui serait un instrument de restriction des libertés individuelles et quantité d'arguments mensongers sur la physique du climat.
En juillet 2025, dans une vidéo avec l'éditorialiste d'extrême droite Alexis Poulain, Idriss Aberkane mobilise son imagination pour expliquer « que tous les capteurs thermiques pour le changement climatique ont été discrètement passés depuis 15 ans d'endroit plutôt tempérés ou ombragés à du tarmac d'aéroport. Alors clairement, on te dit "Ah bah regardez, comparer les températures de cette de cette station sonde par rapport à aux années 70" ».
Classification du discours
Les discours employés ou diffusés se rattachent à la totalité des (cinq) grandes catégories de la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Institut de physique du globe de Paris
L'institut de physique du globe de Paris (IPGP) est un établissement d'enseignement supérieur et de recherche français, spécialisé dans les sciences de la Terre. Il a accueilli plusieurs personnalités climato-dénialistes influentes, qui l'ont dirigé jusqu'à la fin des années 2000 : Claude Allègre, (directeur de 1976 à 1986), Vincent Courtillot (1996 à 2011, avec une interruption) et Jean-Louis Le Mouël (1991 à 1996) — un chercheur qui a épaulé Vincent Courtillot dans ses tentatives de prouver que le réchauffement était dû au Soleil.
Voir aussi
Institut économique Molinari
L'Institut économique Molinari (IEM) est un think tank francophone fondé en 2003.
Comme le détaille un rapport de l'ONG Observatoire des multinationales publié en 2024, l'IEM a tenu des discours climato-dénialistes durant la décennie 2000, alors qu'il était en partie financé par l'entreprise pétrolière américaine Exxon-Mobil. Son site web abrite alors des recensions positives des ouvrages de l'Américain Fred Singer (2004), véritable porte-voix des industries du tabac et des énergies fossiles, ou de Christian Gerondeau (2007).
Les propos climato-dénialistes de l'IEM se poursuivent en réalité la décennie suivante.
En 2010, au milieu de dizaines d'articles hostiles au principe de précaution, le site web de l'IEM fait encore la promotion de l'ouvrage climato-dénialiste de Vincent Courtillot Nouveau voyage au centre de la Terre. La même année, on peut y lire un texte climato-dénialiste du physicien français Serge Galam, et en 2011, la traduction en français d'un texte du climatologue climato-dénialiste américain Richard Lindzen publié par la Global Warming Policy Foundation britannique.
En 2013, la directrice de l'IEM, Cécile Philippe, explique sur Radio classique qu'il n'y a pas de consensus scientifique sur le lien entre CO2 et réchauffement et qu'il faut s'affranchir du principe de précaution. « Conclusion : gardons la tête froide quand on parle de réchauffement climatique car comme ose le dire le physicien François Gervais, "le CO2 a peut-être été injustement diabolisé" ».
Voir aussi
- article Wikipédia
- présentation (2024) sur l'Observatoire des multinationales
Institut Schiller
L'institut Schiller, créé en Allemagne en 1984 par l'épouse de Lyndon LaRouche, Helga Zepp-LaRouche, est une organisation du mouvement LaRouche. Elle est également active en France (elle dispose d'un site web en langue française), bien qu'assez confidentielle.
Présentation
L'institut diffuse des théories conspirationnistes puisqu'il affirme par exemple que les États-Unis ont été victimes d'ingérences britanniques visant à saboter l'élection de Donald Trump. Il faut dire que le mouvement LaRouche est depuis toujours enclin à accuser le Royaume-Uni de divers complots.
Sur le sujet du changement climatique, l'institut Schiller affirme que le changement climatique n'est pas d'origine humaine mais dû à des cycles solaires. Il met notamment à l'honneur l'Allemand Carl-Otto Weiss, membre de l'EIKE, la principale organisation climato-dénialiste allemande, qui soutient cet argument mensonger dans des conférences organisées par l'institut, par exemple en 2015 (reprise sur le site web de Solidarité et progrès, parti politique français également lié au mouvement LaRouche) et en 2023. En 2015, l'institut invite également le physicien François Gervais à donner une conférence à l'université de Tours.
Toujours en 2015, l'institut Schiller présente la COP21 comme « le sommet de la dépopulation ». Un extrait permet de comprendre le fondement du climato-dénialisme de LaRouche et son mouvement, à savoir une opposition au malthusianisme, perçu comme étant l'alpha et l'omega du mouvement pour la décroissance (économique) et écologiste : un accord lors de la COP21, « au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, édictera des politiques de désindustrialisation massive qui se traduiront, en réalité, par une chute brutale du niveau de vie et de la démographie mondiale. Pour faire avaler cette couleuvre, on cherche à nous faire peur. Alors que la science nous enseigne que le climat terrestre a toujours varié en fonction de l’activité solaire, c’est l’activité productive de l’homme qui se retrouve soudainement clouée au pilori ».
On y retrouve aussi une présentation fallacieuse des sciences du climat — « Alors que le GIEC est présenté comme l’autorité scientifique du climat, ses évaluations ne reposent que sur une petite équipe de statisticiens et de mathématiciens qui tentent de mettre en équations le fonctionnement de la planète dans des modèles informatiques » — qui se retrouve par exemple dans l'argumentation de Pierre Bonnefoy, membre de l'institut Schiller et de Solidarité et progrès.
L'institut Schiller relaie également en 2021 un appel du cofondateur de la Clintel, la principale organisation climato-dénialiste néerlandaise, et publie une déclaration commune de celui-ci et Helga Zepp-LaRouche.
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent à l'ensemble des cinq grandes catégories de la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- (en anglais) article Wikipédia
- (en anglais) un billet du site spécialisé Desmog
Bibliographie
Institut Turgot
Fondé en 1998, l'institut Turgot est un think tank libéral français relativement confidentiel. Il est impliqué dans les sphères climato-dénialistes françaises.
Présentation
Il est présidé par l'économiste Henri Lepage, également administrateur de la Global Warming Policy Foundation britannique (Foucart 2015, chap. 18).
Autour des années 2010, l'un de ses membres, Vincent Bénard, répercute sur le web français les arguments climatosceptiques en vogue aux États-Unis, tandis qu'un autre, l'essayiste Jean-Michel Bélouve, anime en 2009 à l'Assemblée nationale, à l'invitation de l'institut Turgot, une conférence pseudo-scientifique où il va jusqu'à nier l'existence de l'effet de serre, sous le regard approbateur de Vincent Courtillot, comme le relate le journaliste Stéphane Foucart (Foucart 2015, chap. 18).
En septembre 2015, avant d'entrer en sommeil, l'institut Turgot, par l'intermédiaire de sa déléguée générale Marie-France Suivre, relate L'Express, est l'un des membres fondateurs du collectif des climato-réalistes, qui se constitue l'année suivante en association — l'Association des climato-réalistes. Si l'institut Turgot est désormais inactif, Marie-France Suivre est toujours membre du bureau de l'Association des climato-réalistes en 2025.
Son blog diffuse régulièrement des contenus climato-dénialistes : un billet de Jean-Michel Bélouve affirmant que les modèles climatiques ne sont pas fiables (2013) ; un autre en défense du CO2 d'István Markó (2015) ; un autre de Vincent Bénard instillant le doute sur « l’influence réelle du CO2 sur le climat » et concluant qu'il n'y a pas lieu de réduire les émissions de gaz à effet de serre (2016) ; des billets de Samuel Furfari célébrant les énergies fossiles et attaquant « les fanatiques du réchauffement anthropique » ; un texte d'Henri Lepage promouvant un documentaire climato-dénialiste rediffusé sur le site Skyfall (2010) ; un billet de Christian Gerondeau affirmant que « Claude Allègre a raison » (2009) ; etc.
L'institut Turgot promeut aussi divers événements de la sphère climato-dénialiste, notamment en 2015. Il publie ainsi des billets sur la contre-COP 21 organisée par l'Association des climato-réalistes, sur une conférence de Drieu Godefridi ou encore sur une conférence de Benoît Rittaud.
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
IREF
L'IREF (en forme longue, peu usitée, Institut de recherches économiques et fiscales) est un think tank français libertarien, fondé en 2002. Il fait partie des acteurs de diffusion des idées climato-dénialistes dans l'Hexagone.
Présentation
L'IREF est présidé par Jean-Philippe Delsol et dirigé par Nicolas Lecaussin.
Il compte parmi ses « partenaires » Périclès. De fait, le site web d'information Contrepoints, officiellement rattaché à l'IREF depuis 2024, a bénéficié la même année d'un soutien financier de Périclès, selon La Lettre. Selon un rapport de l'ONG Observatoire des multinationales publié en 2024, l'IREF est également un partenaire de l'ATLAS Network.
Interrogé à ce sujet, le président de l'IREF nous a confirmé avoir reçu un financement — le seul — de ces deux structures, « représentant 2,5 % de nos budgets 2024/2025 » et destiné à la modernisation des sites web de l'IREF et de Contrepoints. Il précise qu'« ATLAS est parfaitement en ligne avec l'IREF dans la défense d’une économie libre et d’une société ouverte » et que Periclès cherche « à aider tous ceux qui acceptent de participer à un débat sur la construction d’une société libre », y compris des organisations dont l'IREF ne partage pas les idées.
Analyse du discours
La liste des publications explicitement climato-dénialistes de l'IREF est longue, presqu'autant que celle de Contrepoints (qui republiait souvent les articles de l'IREF avant même de le rejoindre). L'argumentaire est particulièrement indigent.
En 2023, Nicolas Lecaussin promeut en vidéo le discours « rassuriste » et mensonger de Steven Koonin, qui avait déjà eu le droit à sa publicité en 2021 et en 2022 par Alain Mathieu, membre de l'IREF et président de Contribuables associés. Une semaine avant, toujours en vidéo, c'est Erwan Quéinnec, maître de conférences en sciences de gestion à l'université Paris 13, qui attaque le GIEC, dont il nie la scientificité à l'aide d'un argumentaire particulièrement vaseux.
Le même Erwan Quéinnec est l'auteur d'un article publié dans le numéro 17 (été 2022) du Journal des libertés, co-édité par l'IREF et l'ALEPS : « Réflexions d’un promeneur climatique à la recherche de la Raison perdue ». Aussi pontifiant et long qu'il est mal renseigné, l'article s'aventure dans le premier volet du sixième rapport d'évaluation du GIEC. L'extrait suivant en donne un aperçu plutôt représentatif :
« Je regrette en tant que profane aujourd’hui averti, qu’un débat scientifique expurgé de ses excès dogmatiques ne puisse avoir lieu, à des fins didactiques. Sur le climat, il existe une controverse scientifique ; on ne voit pas comment il en irait autrement puisqu’il n’est pas de science sans controverse. »
Erwan Quéinnec a aussi publié en 2024 un article sur le site web de l'Association des climato-réalistes.
En 2022-2023, l'IREF fait l'éloge des ouvrages de Christian Gerondeau (ici ou là), de Judith Curry (ici) et publie un article d'Alain Mathieu utilisant l'argument, aussi faux qu'ancien, selon lequel le réchauffement entraîne les émissions de CO2 et non l'inverse, avec des paragraphes conclusifs volontiers complotistes.
Pendant la publication du sixième rapport d'évaluation du GIEC, à partir de 2021, le think tank s'en donne à cœur joie. Adélaïde Motte, diplômée d'un master Stratégies internationales et diplomatie, n'hésite pas à asséner que « l’étude du climat telle que nous la connaissons date d’à peine deux siècles, soit bien opportunément du début de la révolution industrielle » et « que le climat du Moyen-Âge avoisinait le nôtre, alors que les émissions de gaz à effet de serre étaient probablement proches de zéro ». Ou encore à citer, une fois de plus, Steven Koonin. Alain Mathieu y va aussi de ses commentaires, particulièrement confus et pourtant republiés sous la forme d'une note, avec la citation de rigueur du même Koonin. L'IREF republie également les publications de son président Jean-Philippe Delsol dans Valeurs actuelles (ici) ou Entreprendre (là) et relaie la désinformation de la Global Warming Policy Foundation.
L'IREF publie cette même année une étude intitulée « Enquête sur l'urgence climatique », rédigée par Alain Mathieu et Camille Veyres (membre de l'Association des climato-réalistes), qui consiste en un texte pseudo-scientifique des deux hommes adressé aux membres du Haut Conseil pour le climat, aux réfutations parfois exaspérées du climatologue François-Marie Bréon et aux réponses en retour des deux co-auteurs.
La posture climato-dénialiste de l'IREF n'est pas nouvelle, loin s'en faut, puisqu'en 2013 on trouve déjà, au terme d'une très mauvaise lecture du cinquième rapport d'évaluation du GIEC par Nicolas Lecaussin, l'affirmation selon laquelle « selon le dernier scénario du GIEC, qui tient compte d’une augmentation de 100 % des émanations de CO2, la température du globe n’augmenterait que de 1 °C d’ici 2100 ! Pas vraiment de quoi gaspiller des dizaines de milliards de dollars pour protéger la planète. » Ou, sous la plume d'un chargé de mission, l'assurance (sans source) qu'« un tiers de savants seulement croit à un réchauffement aussi catastrophique que celui que décrit le GIEC » et qu'« au sein même du GIEC, il y a divergence d’opinions ». Trois ans auparavant, le site faisait aussi l'éloge d'un ouvrage climato-dénialiste du présentateur météo Laurent Cabrol.
En 2025, l'IREF continue de publier des articles abracadabrants sur le changement climatique, quand il ne fait pas la promotion du dernier livre de l'essayiste belge Thierry Godefridi.
L'IREF publie régulièrement sur le média complotiste d'extrême droite The Epoch Times.
Réponse de l'IREF
Nous avons adressé plusieurs questions à l'IREF. Son président, Jean-Philippe Delsol, nous a indiqué reconnaître le réchauffement actuel mais constater « avec regret qu’un certain milieu scientifique s’est emparé de l’écologie pour en faire un outil politique, voire idéologique, tendant à apeurer l’humanité pour justifier la concentration de toujours plus de pouvoir entre les mains de l’Etat » et que « la pression idéologique et médiatique ainsi activée fait appel à de vrais scientifiques […] mais conduit à dénaturer la science en excluant désormais le débat », notamment sur la part de responsabilité humaine.
Il ajoute qu'« à défaut de certitude quant à l’efficacité de mesures draconiennes pour stopper la hausse de la température, nous demandons de proportionner les mesures à mettre en œuvre de telle façon que nous ne parvenions pas à sauver la planète en y faisant disparaître la vie humaine ou en la rendant invivable ».
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
István Markó
Né en 1956 et mort en 2017, István Markó est un chimiste organique qui a effectué l'essentiel de sa carrière d'enseignant-chercheur à l'université catholique de Louvain. Il est jusqu'à son décès l'un des principaux acteurs du climato-dénialisme en Belgique.
Analyse du discours
L'argument principal d'István Markó est que le changement climatique ne serait pas provoqué par la hausse des émissions de gaz à effet de serre mais par le Soleil.
Le 13 mars 2012, le chimiste est auditionné en compagnie de l'essayiste Drieu Godefridi par la chambre des représentants de Belgique, sur invitation du député MR David Clarinval.
István Markó dirige en 2013 l'ouvrage collectif Climat, 15 vérités qui dérangent, auquel participent notamment Drieu Godefridi, Samuel Furfari et Henri Masson. Il a fait l'objet d'une réfutation, en français, par le chercheur belge Alexis Marlaud, et une conférence qui devait faire la promotion de l'ouvrage collectif à Louvain-la-Neuve en 2014 est annulée.
En mai de la même année, il donne une conférence dans une salle de l'Assemblée nationale française, filmée par l'Institut Turgot qui l'a invité.
Toujours en 2013, il défend avec Alain Préat, Henri Masson et Samuel Furfari les thèses climato-dénialistes auprès de l'Académie des sciences belge, sans grand succès puisque celle-ci adopte l'année suivante un avis conforme à l'état des connaissances. Il cosigne à ce sujet un texte publié par le think tank britannique Global Warming Policy Foundation (traduit en français et republié par Contrepoints) qui affirme l'innocence du CO2 dans le réchauffement climatique.
István Markó est également à la tête de l'Oyster Club, éphémère groupe informel d'auteurs climato-dénialistes à qui l'on doit La Faillite du climatisme, publié en France en 2015 par la maison d'édition Les Belles Lettres. On peut lire dans cet essai libéral, dès l'introduction, qu'il y a en réalité trois faillites : une scientifique (les auteurs critiquent ici le GIEC), une culturelle (« Le climatisme n’est qu’un aspect, mais crucial, de l’idéologie écologiste et de sa tentative de prise de pouvoir mondialisé par le recours à des conférences et organisations internationales. ») et une troisième économique (l'ouvrage critique les énergies renouvelables, accusées de renchérir l'électricité).
Un blogueur climato-dénialiste fait l'article de l'ouvrage sur le site web libertarien Contrepoints.
En 2015 également, le chimiste belge donne un entretien à l'Alliance pour la démocratie directe en Europe (ADDE), un parti politique européen d'extrême droite ; l'entretien est diffusé l'année suivante sur la chaîne Youtube de Friends of Science, une officine de propagande climato-dénialiste canadienne financée par l'industrie pétrolière.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Jacques Duran
Décédé en 2018, Jacques Duran était un physicien français. Il animait (sous le pseudonyme Jean Martin) le blog pensee-unique.fr, créé en 2006 et aujourd'hui disparu, qui faisait figure de plateforme centrale de la sphère climato-sceptique française au début des années 2010.
Il était membre du comité scientifique de l'Association des climato-réalistes.
Jean de Kervasdoué
Économiste de la santé (et ingénieur agronome de formation) né en 1944, Jean de Kervasdoué est connu pour ses essais et interventions médiatiques très hostiles à l'écologisme, à l'écologie politique et au principe de précaution (il a publié un essai en ce sens en 2011). Il en profite pour mettre en cause la responsabilité humaine dans le changement climatique, la gravité de ses impacts, et pour s'opposer aux mesures de lutte contre celui-ci au nom de la liberté et du progrès.
Présentation
Il est membre du comité de parrainage de l'Afis.
Il publie également des billets ou tribunes sur le média libéral en ligne Atlantico (liste), Le Point (liste), Le Figaro (liste) et Valeurs actuelles (liste), qui ont souvent pour thèmes la santé (il est économiste de la santé), le changement climatique et le mouvement écologiste.
Quatre de ses chroniques parues dans le magazine Le Point sont republiées par l'Association des climato-réalistes.
Il donne une conférence au colloque climato-dénialiste organisé en novembre 2024 par l'association Action Écologie (auprès de laquelle il avait précédemment promu l'un de ses essais) et l'Académie des sciences morales et politiques, comme le relève le journaliste Eric Aeschimann dans Le Nouvel Obs.
Il assure la promotion de ses essais sur Sud Radio (voir infra), TV Libertés (ici, en octobre 2024) ou l'institut des libertés de Charles Gave (là, en 2021).
Analyse du discours
En vingt ans, Jean de Kervasdoué a publié cinq essais hostiles à l'écologisme et qui évoquent le changement climatique. Leur propos paraît assez similaire dans les grandes lignes, aussi nous limitons notre analyse aux deux plus récents (2021 et 2024), et même seulement à ses interventions médiatiques pour le dernier.
On peut toutefois remarquer que dans son essai Les Prêcheurs de l'apocalypse : Pour en finir avec les délires écologiques et sanitaires, publié en 2008, l'économiste ne mettait pas encore en cause la responsabilité des gaz à effet de serre, qu'il évoquait à maintes reprises, dans le réchauffement climatique. On lisait toutefois, p. 30, un pseudo-argument qui préfigurait ses discours futurs : « Quant au réchauffement de la planète, dont nous pensons qu’il est véritablement préoccupant, il n’a cependant pas encore permis à la Terre d’atteindre, en l’an 2006, la température moyenne qu’elle avait en l'an… 1000 ! » En note de bas de page, il renvoyait à une tribune de Michel Godet, économiste « climatosceptique », publiée dix ans plus tôt.
Les écolos nous mentent (2021)
Dans l'essai Les écolos nous mentent ! publié en 2021 figurent de nombreux arguments climato-dénialistes, bien que l'auteur estime que le réchauffement climatique est évident.
Jean de Kervasdoué écrit dès le premier chapitre que « la doxa médiatique attribue [les] intempéries au récent réchauffement climatique ». Plus loin, il écrit encore : « S’il est incontestable que la température du globe s’est accrue de 1 °C environ depuis un siècle, les événements pluviométriques extrêmes restent, à ce jour, dans la norme, au sens de la distribution gaussienne des pluies connue depuis plusieurs siècles. La mouvance alarmiste annonce que la fréquence des catastrophes naturelles devrait augmenter ; l’avenir le dira. » Le fait que le réchauffement climatique ait pour conséquence une hausse de la fréquence et de l'intensité des événements météorologiques extrêmes de fortes précipitations est pourtant établi (le GIEC, entre autres, le dit explicitement dans le premier volet de son dernier rapport, paru en 2021).
Dans le vingtième et dernier chapitre (« Les ruses du mensonge »), on peut lire que « le principal gaz à effet de serre est la vapeur d’eau », argument que l'auteur oppose aux rédacteurs d'un article cherchant les moyens les plus efficaces de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Or « le cycle de l’eau est mal compris dans ses phases solide, liquide et gazeuse », ajoute Jean de Kervasdoué. Il s'agit là un argument climato-dénialiste tout à fait classique. Et totalement fallacieux : la vapeur d'eau est en effet un gaz à effet de serre (GES), mais c'est bien le surplus de CO2 et de quelques autres GES émis par les activités humaines qui est responsable du changement climatique, pas la vapeur d'eau. (En revanche, le réchauffement provoque à son tour une hausse de la concentration en vapeur d'eau dans l'atmosphère, qui accroît encore le réchauffement : c'est ce que l'on appelle une boucle de rétroaction positive.)
Toujours dans le chapitre 20, l'auteur conteste, sans le dire explicitement, le consensus scientifique sur l'origine humaine du changement climatique, en prétendant que les variations de températures observées pourraient relever de la simple variabilité naturelle du climat :
« Aujourd’hui, nous prétendons tirer des conclusions sur des variations statistiques de la température dont les causes ne sont que partiellement connues. Ceci autour d’une moyenne calculée sur quelques décennies d’observations. »
Après un détour par les vaccins et la pollution de l'air, l'essayiste revient à la charge :
« L’indéniable réchauffement climatique a bon dos ! Si la température moyenne du globe a augmenté de plus de 1 °C depuis un siècle, les variations météorologiques ont toujours existé […]. Comme par le passé, le temps change, les moyennes n’ont rien de "normal" et ne sont toujours que des moyennes. Les relevés météorologiques actuels indiquent que nous sommes toujours dans l’intervalle des variations du dernier millénaire, même si les épisodes extrêmes apparaissent plus fréquents. »
Il embraye ensuite sur une liste des canicules ou vagues de froid des siècles passés, supposée nous convaincre que, puisque le climat et la météo ont toujours varié, il n'y a pas matière à s'inquiéter.
L'ouvrage recèle aussi des arguments particulièrement fantaisistes. Ils sont parfois censés rassurer le lecteur, ainsi de celui-ci, chapitre 2 : les phénomènes climatiques « se jouent sur une longue période (environ 1 °C en un siècle) » mais « cette variation séculaire est bien moindre que les variations journalières de température » (de 6 à 10 °C » entre le jour et la nuit en France, précise-t-il). L'argument est à peu près aussi pertinent que si l'on arguait que, pour un être humain, la différence entre mesurer 1,80 m ou 2 mètres n'a pas d'importance puisque, après tout, elle est bien plus faible que l'amplitude de la taille humaine entre la naissance (environ 50 cm) et l'âge adulte (plus du triple)…
D'autres fois, les propos de l'auteur sont dénués de sens sur le plan physique, par exemple quand il écrit : « La forêt n’a pas attendu le réchauffement climatique pour brûler, hélas, et elle ne contribue pas à ce dernier, car les feux n’ont pas d’impact sur l’oxygène que nous respirons. » L'oxygène que nous respirons n'est pas un effet de serre, il n'est pas susceptible de contribuer au réchauffement, aussi peu importe que les feux de forêt aient un impact ou non dessus : son évocation ici est totalement incongrue.
Les discours de l'inaction climatique (Lamb et al. 2020) sont également présents dans l'essai, par exemple lorsque l'auteur s'exclame dès l'introduction, au sujet d'une revendication des scientifiques en rébellion : « comme si la France […] pouvait changer quoi que ce soit à l’évolution du climat, alors qu’elle représente moins de 1 % des rejets mondiaux de gaz à effet de serre ». Cet argument, très fréquemment utilisé, est pourtant fallacieux à plusieurs titres.
Invité dans les studios de Sud Radio, au micro d'André Bercoff, pour faire la promotion de son ouvrage, l'économiste reprend son explication incongrue sur l'« oxygène de la planète » qui n'est pas altéré par les feux de forêts et n'influe donc pas sur le réchauffement. Il affirme aussi que dans les années 1970 « on ne parlait pas de changement climatique, on pensait au contraire que la température allait baisser » — c'est un mythe, déjà réfuté depuis plusieurs années. Vers la fin de l'interview, il explique que le réchauffement existe, que le consensus scientifique est que « l'Homme joue un rôle » dans celui-ci, mais qu'il y a un débat sur le fait que les émissions de gaz à effet de serre soit le seul facteur en cause. Plus encore, « on a pas d'expérience, on a seulement des modèles » qui, comprend-on, ne seraient pas très fiables.
La Grande Mystification : Écologie, une imposture qui ne dit pas son nom (2024)
Jean de Kervasdoué publie en 2024 La Grande Mystification : Écologie, une imposture qui ne dit pas son nom. Extrait de la présentation de l'éditeur :
« À partir de faits et non de chimères dont veulent nous persuader les écologistes, l’auteur dénonce le sectarisme des adeptes de cette nouvelle religion. Ainsi, pourquoi interdire à brève échéance les moteurs thermiques qui consomment de moins en moins ?
Loin de se cantonner au changement climatique, l'ouvrage traite aussi des OGM, des pesticides ou du nucléaire.
Interviewé par Le Point pour parler de son essai, Jean de Kervasdoué indique que « la mystification essentielle est que l'on a laissé croire que l'on pourrait en 2050 ne plus rejeter de gaz à effet de serre. En cherchant à atteindre cet objectif inatteignable, on sacrifie la croissance économique qui pourtant, seule, un jour, permettra d'y parvenir ». Cela vient soutenir son argumentaire opposé aux mesures de lutte contre le changement climatique, auxquelles il préfère les mesures d'adaptation.
Tout à son œuvre de relativisation des conséquences du réchauffement, il explique que « quand on regarde les phénomènes extrêmes, ils ne datent pas d'hier », un argumentaire déjà présent dans son essai de 2021.
Il reconnaît toutefois l'existence de « sérieux problèmes écologiques » dont le réchauffement climatique, mais estime que « les écologistes » ont fait de l'écologie « une religion en mythifiant une nature qui ne cesse d'évoluer ».
Sur Sud Radio, invité pour la promotion de son livre, il explique qu'il faisait chaud il y a quelques siècles et que c'est pour cela que le Groenland a été ainsi nommé (« pays vert ») — c'est un mythe. Avant de relativiser la gravité des événements météorologiques extrêmes, de renouveler son opposition à la fin de la vente des véhicules thermiques émetteurs de gaz à effet de serre et de citer la Société de géographie pour se féliciter de l'impact positif du réchauffement climatique sur le vin. Surtout, il formule plus clairement sa position sur l'origine du changement climatique (vers 40') : « il est invraisemblable que l'espèce humaine joue un rôle important ».
De toute manière, « la contribution de la France dans ce domaine est nulle ou quasiment nulle », ajoute-t-il pour conclure l'émission, avec un calcul mathématique erroné et fallacieux : « Nous [la France], nous rejetons 0,8 % des gaz à effet de serre, ils ont augmenté l'année dernière de 1,2 %, donc même si la France disparaissait de la carte, ça ferait quand même + 0,4 % ». Erroné car il soustrait des carottes à des patates ; fallacieux car ce qui compte en matière de réchauffement, c'est le total du CO2 émis au fil du temps dans l'atmosphère (le stock), et non les émissions annuelles (le flux).
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Jean-Claude Pont
Jean-Claude Pont, né en 1941, est un mathématicien et historien des sciences suisse, professeur honoraire à l'université de Genève, et l'une des figures du climato-dénialisme en Suisse.
Analyse du discours
Jean-Claude Pont est membre du comité scientifique de l'Association des climato-réalistes française.
Il est l'auteur d'un essai auto-édité, publié en 2017 : Le vrai, le faux et l'incertain dans les thèses du réchauffement climatique. Dans une interview donnée à une chaîne de télévision régionale, il fait la distinction entre « l'écologie raisonnable […] et l'écologie de divagation ». « L'écologie a dérivé d'une manière assez grave », précise-t-il, et elle mène « à la ruine de l'économie ». Il explique que « le climat a toujours changé », que les températures d'il y a 120 ans nous sont inconnues, critique « l'obédience giécienne » (comprendre : du GIEC) et affirme que dans les années 1970 « tout le monde crai[gnait] un refroidissement majeur » (c'est un mythe).
Le chercheur retraité publie une « Lettre d'information sur le climat » qui a connu 24 publications (dont 16 sont consultables ici) entre sa création en 2018 et l'année 2024. Il y contredit l'existence d'un consensus scientifique, y promeut l'argument d'un « hiatus » (d'un arrêt) du réchauffement et y affirme qu'« il n’y a pas d’augmentation de la fréquence, de l’intensité et de la durée des événements extrêmes depuis le début de l’ère industrielle » (dans cette même lettre, il convoque « deux des leaders de la climatologie scientifique, François Gervais et Camille Veyres »). Les numéros de cette lettre sont régulièrement cités dans les sphères climato-dénialistes francophones, par exemple sur le site web français Climat et vérité ou sur celui de l'association belge Science, climat et énergie.
Il signe en 2018 une tribune collective dans le magazine français d'extrême droite Causeur, titrée « Une vérité qui dérange : le réchauffement climatique ralentit ». Au programme : négation de l'origine anthropique du réchauffement climatique, dénonciation de la météo qui « nous rend hystériques » et de « l'alarmisme », affirmation que « face à un climat qui varie comme il a toujours varié, tout indique que la politique la plus sage est celle de la simple adaptation progressive » et, inévitablement, opposition à « des politiques climatiques vouées à l'échec ».
En 2019, il compte parmi les premiers signataires de la lettre ouverte mondiale climato-dénialiste de la Clintel, principale structure niant le changement climatique aux Pays-Bas.
En dépit de ses positions clairement en contradiction avec les connaissances scientifiques contemporaines, Jean-Claude Pont bénéficie de tribunes ou interviews dans la presse suisse, en 2017 dans Le Matin, l'année suivante dans La Tribune de Genève, en 2018 également dans Le Temps (en réponse à une tribune le mettant en cause).
En janvier 2024, il donne encore une conférence sur « le déraisonnement climatique ». Entre autres « manipulations » et « mensonges » du GIEC qu'il entend dénoncer figure la courbe dite en crosse de hockey, objet d'une véritable obsession dans les sphères climato-dénialistes.
Réponse de Jean-Claude Pont
Interrogé par nos soins à ce sujet Jean-Claude Pont fait remonter sa « conviction qu’une partie des thèses défendues par le GIEC n’étaient pas recevables » à 2012. Il récuse par ailleurs le terme « dénialiste », dans la mesure où il considère qu'« il n’y a pas de consensus, et encore moins établi ». Il ajoute : « Les soi-disant preuves relèvent de la manipulation (comme c’est le cas pour la courbe de Mann ou ses descendantes […]), ou du mensonge. »
Questionné sur le fait qu'il ait publié des travaux au sujet du changement climatique dans sa carrière de chercheur, Jean-Claude Pont nous écrit : « Je connais probablement mieux que la grande majorité des climatologues qui font tourner des modèles ce que sont les systèmes dynamiques, ce qu’ils permettent comme prédiction. […] Par ailleurs, mes travaux et mes enseignements en histoire et philosophie des sciences sur la présence d’idéologie dans les sciences (affaire Lyssenko, affaire Galilée, affaire Darwin et même l’affaire Dreyfus) m’ont donné un regard avisé sur ces questions. »
Classification du discours
Les arguments employés par Jean-Claude Pont empruntent à l'ensemble des cinq grandes catégories de discours climato-dénialistes identifiées par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Jean-Jacques Crèvecœur
Né en 1961, Jean-Jacques Crèvecœur est un conspirationniste belge. S'il embrasse de nombreuses théories complotistes (sur les attentats du 11 septembre 2001, le fait que l'Homme a marché sur la Lune, etc.) et est suspecté de dérives sectaires depuis le début du siècle au moins, il gagne en notoriété lors de la pandémie de Covid-19 pour ses postures anti-vaccin conspirationnistes. Le changement climatique n'échappe pas à sa désinformation.
Analyse du discours
Climato-dénialiste convaincu, Jean-Jacques Crèvecœur multiplie les vidéos à ce sujet sur ses réseaux sociaux, attirant souvent plusieurs milliers de likes : le 8 mai 2025 sur Facebook (idem sur Instagram), il est formel, le réchauffement climatique est un mensonge, et un exemple « d'ingénierie sociale visant la restriction des libertés des individus », le 26 mai, il affirme que les émissions de CO2 sont la conséquence du réchauffement climatique et non sa cause ; le 26 juin, il souligne que « le CO2 représente seulement 0,04 % de l’atmosphère » et qu'il est donc vain d'en réduire les émissions — un sophisme du leurre, qui consiste à attirer l'attention sur un point hors-sujet (Cook 2020) ; le 8 juillet, il explique les émissions de CO2 proviennent avant tout des océans (« Alors pourquoi paniquer sur nos émissions quand la nature gère déjà l’équilibre du climat ? »)…
Jean-Jacques Crèvecœur participe également à diverses émissions climato-dénialistes en compagnie d'autres personnalités de la sphère complotiste, notamment Salim Laïbi, Chloé Frammery et Philippe Bobola. Ainsi, en 2021, dans L'info en questionS, il introduit Philippe Bobola en expliquant qu'il cherchait un intervenant pour dénoncer « l'arnaque du climat »
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Jean-Marc Bonnamy
Jean-Marc Bonnamy est un ingénieur diplômé de l'École polytechnique. Inconnu du grand public, il est actif dans les cercles climato-dénialistes français et a publié deux ouvrages sur le changement climatique aux éditions L'Harmattan.
Analyse du discours
Chez L'Harmattan, il publie en 2018 Réchauffement climatique : Le pavé dans la mare ! censé apporter « la preuve que le phénomène de saturation de l'effet de serre du CO2 exonère ce gaz de toute participation à quelque réchauffement que ce soit », si l'on en croit la présentation de l'éditeur. Puis, en 2021, Changement climatique : Après le pavé le brûlot ! qui « démontre l’innocence du CO2 en matière de réchauffement climatique ».
Il participe début 2025 à une émission climato-dénialiste de Citizen Light (un média conspirationniste actif sur Youtube) aux côtés Daniel Husson, Drieu Godefridi et Rémy Prud'homme. Puis à une deuxième émission, en partie avec les mêmes intervenants, auxquels s'est joint Michel Vieillefosse. Si l'essentiel de son argumentaire consiste à nier le rôle du CO2 dans le changement climatique, il se fait parfois plus radical encore, comme à 32' de la première émission : « Est-ce qu'il y a un réchauffement climatique ? Il n'y en a aucune preuve. » Il voit aussi dans le « dogme du réchauffement » un remplacement des religions en perte de vitesse.
Il semble aussi défendre ses idées dans les espaces commentaires du web, par exemple en avril 2025 sous cet article de Michel de Rougemont dans Contrepoints. En réponse à un autre internaute, on lit sous son nom : « La science n’est pas du coté du GIEC qui est un organisme pourri et mensonger formé de scientifiques corrompus qui se comportent comme des prostitués intellectuels. »
Contacté par le biais de son éditeur, Jean-Marc Bonnamy ne nous a pas répondu.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Jean-Marie Le Pen
Jean-Marie Le Pen, né en 1928 et mort en 2025, est une personnalité politique d'extrême droite et longtemps le président du Front national, qu'il a participé à fonder. Connu pour ses saillies racistes, antisémites et négationnistes, il est aussi un habitué des propos climato-dénialistes.
Présentation
La posture de déni du changement climatique de Jean-Marie Le Pen est ancienne et teintée de complotisme. En 2002, rapporte Libération, l'homme dépeint le changement climatique comme une manière d'« imposer des solutions mondialistes, négation de notre civilisation et de notre identité ». En 2010, raconte Streetpress, le Front national organise un colloque sur le thème : « Réchauffement climatique, mythe ou réalité ? ». Présent, Jean-Marie Le Pen, évoque « des hypothèses qui sont érigées en théorie et qui prennent en quelque sorte le caractère d’une opération religieuse » ; le « prétendu réchauffement climatique » est à ses yeux une « manipulation » politique.
Lorsque ses interventions médiatiques se raréfient, c'est sur le réseau social Twitter qu'il multiplie les provocations, par exemple en 2017, à plusieurs reprises, et en 2018 — cette fois pour un lieu commun du déni climatique, la confusion entre météo et climat.
Jusque dans les années 2020, il poursuit sur cette ligne. Il écrit ainsi dans un tweet de 2021 :
Le concept de réchauffement climatique est une absurdité. En effet, qui réglemente ? C'est la nature qui gouverne le climat, et le gouverne de façon autoritaire. On peut s'adapter au climat, non l'influencer.
Dans son journal de bord vidéo, en 2022, il explique encore que les événements climatiques dépendent « non pas du gouvernement et de la société, mais du soleil et des astres ».
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Jean-Michel Bélouve
Jean-Michel Bélouve est un patron d'industrie retraité, membre de l'institut Turgot, qui a brièvement embrassé une « carrière » climato-dénialiste au tournant des années 2010.
Analyse du discours
Il est l'auteur d'un pamphlet climato-dénialiste publié en 2009, La Servitude climatique : changement climatique, business et politique. Il le dédie à Vincent Bénard, éditeur d'un site web dénialiste (objectifliberte.fr) également membre de l'institut Turgot, et à Jacques Duran (sous le pseudonyme « Jean Martin »), éditeur d'un autre site web du même genre, pensee-unique.fr.
Dès l'introduction, il explique qu'« il existait peu de sites web pour aller à l’encontre des thèses exposées par le GIEC ». Trois se dégageaient en français : pensee-unique.fr que l'on vient de citer, Skyfall et climat-sceptique.com, le site web de Charles Muller. Mais, indique-t-il, ces sources ne lui suffisaient pas, aussi il a commencé à consulter la blogosphère « climato-sceptique » anglophone. Ainsi s'est-il forgé une opinion, explique-t-il avec candeur. « Écrire ce livre m’a beaucoup changé ! Mon univers a changé. Ma détermination à contribuer à la vérité a centuplé. » Les près de 300 références de son ouvrage renvoient pour l'essentiel à la blogosphère climato-dénialiste et très peu à la littérature scientifique. Ce qui explique la litanie d'arguments fallacieux qu'il contient.
L'ouvrage, autoédité, est tout à fait confidentiel en-dehors de la sphère climato-dénialiste. Mais son auteur anime en novembre 2009 une conférence à l'Assemblée nationale (dont la première partie a été filmée), introduite par Henri Lepage (de l'institut Turgot), en présence de Vincent Courtillot. Comme le raconte le journaliste du Monde Stéphane Foucart dans son livre-enquête L'Avenir du climat (Foucart 2015, p. 376‑377), il y déroule un discours dénué de toute scientificité :
« dans un exercice devenu tristement banal, Jean-Michel Bélouve répercute, sous les ors du palais Bourbon, les meilleurs mantras de la machine à nier (au Moyen Âge, "les Vikings ont fait pousser des céréales au Groenland", la courbe en crosse de hockey de Michael Mann est fausse au point que "le Giec a eu la décence de ne pas la faire figurer dans son rapport de 2007", et autres sottises). À l’issue de la conférence, le géophysicien Vincent Courtillot, présent dans la salle, prend la parole et vient apporter sa crédibilité de scientifique au grand n’importe quoi qui vient d’être servi à l’assistance — qualifié par le géophysicien de "conférence extrêmement intéressante". »
Jean-Michel Bélouve mentionne au passage correspondre avec Fred Singer, figure tutélaire du climato-dénialisme américain financée par l'industrie pétrolière (lire à ce sujet Les Marchands de doute de Naomi Oreskes et Erik M. Conway).
En 2011, le retraité est interviewé par le site d'extrême droite Enquête & débat (aujourd'hui disparu), interview republiée partiellement par Contrepoints sous le titre « Le pouvoir de gaz à effet de serre du CO2 n’est pas prouvé ».
En 2013, il publie un article sur le blog de l'institut Turgot, republié par Contrepoints, intitulé : « Est-ce le devoir des médias de museler les climatosceptiques ? » Spoiler : il répond que non. Il compare au passage l'écologisme au nazisme :
« Les écologistes politiques cherchent à imposer cette démarche qui met l’humanité sur une nouvelle route de la servitude, la servitude climatique, comme jadis d’autres idéologies avaient imposé leur totalitarisme au nom de théories économiques ou raciales dont ils interdisaient la remise en cause. »
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Jean-Paul Oury
Consultant et docteur en histoire des sciences et technologies, comme il l'indique sur son profil LinkedIn, Jean-Paul Oury est un climato-dénialiste français, tendance « rassuriste », éditeur du site pseudoscientifique European Scientist. Il est d'orientation libérale.
Analyse du discours
Jean-Paul Oury ne nie pas l'existence du changement climatique, mais met en doute ses origines et ses implications. Il s'érige contre ce qu'il estime être l'idéologie de l'écologisme, favorable à la décroissance, fruit du « catastrophisme climatique », qui veut aboutir à la « climatocratie » et mène au totalitarisme. À ses yeux, il ne faut pas instaurer de limites, mais les repousser grâce à la science prométhéenne. L'accent devrait être mis sur l'adaptation au changement climatique plutôt que sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre : « On part du principe qu'on va pouvoir maîtriser le climat, changer le climat, mais est-ce que c'est pas, comme toujours, nous devons nous adapter au climat ? »
Comme le relate l'infolettre Agriculture et environnement dans une recension élogieuse de l'un des ouvrages de Jean-Paul Oury, celui-ci dénonce également le calque de la « climatocratie » pour la biodiversité, la « biodiversitocratie », en s'appuyant sur le discours de l'écologue Christian Lévêque, avec lequel il minimise dans un article les menaces portant sur la biodiversité.
Si ses prises de parole sont relativement confidentielles (voir infra), son site web European Scientist, qui donne la parole et promeut de nombreuses personnalités de la mouvance climato-dénialiste, permet la circulation de ses idées.
Il publie régulièrement sur Atlantico depuis 2021 (ses articles), de temps à autre sur Contrepoints (ses articles) et dans le magazine d'extrême droite Causeur (ses articles), est interviewé sur la web-télé identitaire TV Libertés (en 2022 et en 2025) et répond sans sourciller au média de la même obédience Boulevard Voltaire (en 2022). On le retrouve également dans des chroniques publiées par Le Figaro Vox, où il assure en 2022 la promotion de Bertrand Alliot et s'indigne deux ans plus tard d'une campagne gouvernementale en faveur de la sobriété.
Il est promu dans des vidéos de l'Association des climato-réalistes (en 2022 et en 2024).
Dans un article de la revue Paysans & société publié en 2022, intitulé « Quatre experts à contre-courant du catastrophisme climatique », il cite notamment Steven Koonin, Bjørn Lomborg et Michael Shellenberger, trois dénialistes américains.
Il est l'auteur de trois ouvrages « climato-rassuristes » publiés chez VA Éditions, la maison d'édition de Valeurs actuelles. Comme bien d'autres climato-dénialistes et contempteurs de l'écologisme, il fait une fixation sur la militante écologiste Greta Thunberg, omniprésente dans ses publications, jusqu'au titre de plusieurs de ses essais.
Nous avons tenté sans succès de joindre Jean-Paul Oury par le biais de son site web European Scientist.
Classification du discours
Les discours de Jean-Paul Oury se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Les discours des personnalités dont il fait la promotion se rattachent aussi aux catégories suivantes :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
Bibliographie
Jean-Philippe Delsol
Avocat et essayiste français né en 1950, Jean-Philippe Delsol est le président de l'IREF, un think tank libéral français, voire libertarien. Comme l'IREF dans son ensemble, il diffuse des discours niant explicitement l'origine humaine et l'ampleur du changement climatique. Par le passé, il a également animé une émission de Radio Courtoisie.
Il est le frère de Chantal Delsol, elle aussi impliquée dans la diffusion des idées climato-dénialistes.
Analyse du discours
En 2021, alors que paraît le premier volet du sixième rapport d'évaluation du GIEC, il feint de se demander dans le magazine d'extrême droite Valeurs actuelles (dont il est un contributeur régulier) : « Le Giec détient-il la vérité climatique ? » L'argumentaire vise à semer le doute sur la fiabilité des travaux du GIEC et la réalité du changement climatique anthropique, en faisant passer le rejet des discours dénialistes pour un acte de « censure ». Jean-Philippe Delsol, dénonçant « le pseudo-consensus du Giec », cite les thèses de l'Américain Steven Koonin et le cas du géologue français Pascal Richet. Le discours est particulièrement fallacieux : « En imposant sa censure, en se dérobant à la pratique scientifique qui exige la confrontation des points de vue, les instances du Giec ne font qu’accréditer le soupçon que leur propre théorie relève de la croyance plutôt que de la science. » Or ces thèses climato-dénialistes ont, précisément, été réfutées dans le cadre du débat scientifique ; il n'y a de fait plus de débat.
Quelques semaines plus tard, l'essayiste publie également une tribune à la tendance complotiste dans le magazine Entreprendre : « Réchauffement climatique : le GIEC cherche-t-il à nous faire peur ? » Il y déroule un argumentaire similaire à celui déployé dans Valeurs actuelles.
En 2019, dans Le Figaro Vox, il assénait déjà des arguments climato-dénialistes classiques : le climat a toujours changé ; il faisait chaud pendant l'optimum climatique médiéval ; l'humanité s'adaptera ; dans les années 1970 on craignait un refroidissement climatique (c'est trompeur), etc. Arguments doublés d'une croyance en la puissance prométhéenne de « l'homme » (sic) et dans le libéralisme. Ramenant les conséquences du changement climatique à « une conjecture », il s'oppose aux « partisans de l'étatisme et du dirigisme », qui lui rappellent le collectivisme soviétique (en substance).
Encore avant, en 2015, il décrivait sur le site de l'IREF et dans Contrepoints (ici) la COP21 comme un « grand cirque organisé à Paris pour prétendument sauver la planète » doublé d'« une vaste tromperie ». Il y déroulait surtout les mêmes arguments climato-dénialistes, niant l'origine humaine du changement climatique et affirmant que « la génération précédente avait connu un refroidissement qui faisait craindre aux scientifiques de l’époque l’annonce d’une nouvelle ère glaciaire ».
Ce climato-dénialisme de l'essayiste est toujours d'actualité : en 2024 encore, toujours en défense de Pascal Richet, il s'attaque — dans un billet subtilement titré « L’église de la climatologie dont M. Bréon est un grand prêtre » — au climatologue François-Marie Bréon, qui a rappelé l'état des connaissances scientifiques dans les colonnes du Figaro. Il s'aventure aussi dans des interprétations fantaisistes, pour ne pas dire plus, de la littérature scientifique.
Réponse de Jean-Philippe Delsol
Contacté par nos soins, Jean-Philippe Delsol n'a pas souhaité « répondre point par point à [n]os questions en forme de réquisition à charge ». Il a seulement souhaité préciser que « dans les années 1970 le doute sur l’avenir du climat existait chez les spécialistes », citant deux sources de 2018 et 1976.
Que le sujet ait été l'objet de débats scientifiques dans les années 1970 n'est pas en cause mais ce n'est pas le propos qu'a tenu Jean-Philippe Delsol dans les médias (par exemple, Le Figaro Vox : « Dans les années 1970, l'humanité s'alarmait d'un possible refroidissement généralisé »).
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Jean-Robert Pitte
Géographe né en 1949, président de la Société de géographie depuis 2009, membre (et ancien secrétaire perpétuel) de l'Académie des sciences morales et politiques, Jean-Robert Pitte est un climato-dénialiste français, tendance « rassuriste ».
Analyse du discours
Il signe en 2018 une tribune climato-dénialiste du magazine d'extrême droite Causeur aux arguments particulièrement simplistes et éculés, tels que « le climat a toujours varié » ou « le gaz carbonique est le gaz de la vie ».
Il écrit en 2019 dans L'Opinion une tribune qui se veut rassurante, titrée : « Et si le réchauffement climatique était une opportunité ? » Il y procède notamment à une comparaison trompeuse entre l'optimum climatique médiéval et le réchauffement climatique actuel.
En 2020, comme relevé par Le Monde, il conteste le consensus scientifique sur le changement climatique. Lorsque le magazine Sociétal édité par l'Institut de l'entreprise lui demande (dans un numéro confusionniste) si l'Homme est « le seul responsable du réchauffement climatique », il répond :
« Cette question mérite mieux que les certitudes assénées à longueur de journée dans les médias, mais aussi par un certain nombre de scientifiques étroitement spécialisés le plus souvent et sans aucune culture historique. Coïncidence n’est pas corrélation. […] Je vois derrière cette affirmation une méfiance, voire une haine du genre humain […]. »
Son argumentaire s'inscrit dans une opposition plus large aux mouvements écologistes, marquée par une idéologie réactionnaire, en témoigne la suite de l'interview : « L’écologisme est devenu une idéologie totalement irrationnelle, y compris en Europe et en Amérique du Nord qui ont permis jadis à l’humanité d’accomplir des progrès décisifs. L’altermondialisme, l’écologisme, le malthusianisme, etc. relèvent de la pensée magique. […] Si la politique climatique consiste à multiplier les éoliennes (absurdité écologique majeure !), à fermer les centrales nucléaires, à interdire aux voitures de rouler, à interdire les engrais et les pesticides, etc., nous retournerons habiter dans les cavernes et nous éclairer avec des torches. » Sans oublier un passage méprisant sur « la pauvre Greta Thunberg, affligée d’un handicap psychologique sérieux et manipulée par ses parents et un certain nombre de mouvements radicaux ».
Il est président de la Société de géographie, la même qui attribue son Grand Prix à la géographe climato-rassuriste Sylvie Brunel, en 2024, ce qui crée des remous au sein de l'institution, comme le relate Le Monde.
En 2010 c'était déjà sous sa présidence que le même prix était décerné à Claude Allègre, dont il défendait alors l'ouvrage climato-dénialiste dans un article de la revue Commentaire. Parce qu'il était convaincu que « la planète ne va pas si mal que cela », le géographe reprenait à son compte le climatodénialisme de Claude Allègre et citait également Luc Ferry, autre soutien du géochimiste.
Plus récemment, le journaliste Eric Aeschimann souligne dans Le Nouvel Obs que Jean-Robert Pitte préside le cycle 2025 des conférences de l'Académie des sciences morales et politiques, dont la première invitée est nulle autre que Sylvie Brunel.
Il avait dirigé en 2010 avec la même Sylvie Brunel la publication de l'essai Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête : 15 grands scientifiques géographes nous rassurent sur notre avenir, coédité par la Société de géographie. L'ouvrage se veut optimiste et Jean-Robert Pitte y est assurément humaniste dans sa conclusion, mais on y trouve un chapitre rédigé par la géographe Martine Tabeaud qui fleure bon le climatoscepticisme ; elle y met en doute la fiabilité des sciences du climat et critique le « catastrophisme » du GIEC. La géographe multiplie pour cela les arguments fallacieux : mise en cause de l'effet d'îlot de chaleur urbain qui fausserait les mesures (ce n'est pas le cas) ; critique des mesures de CO2 de la courbe de Keeling qui seraient polluées par le volcanisme (pollution réelle mais prise en compte et écartée des mesures par Charles David Keeling) ; critique de l'absence de prise en compte des mesures chimiques antérieures (pourtant notoirement peu fiables et disparates, d'où la méthode spectroscopique) ; et citation d'une courbe des concentrations en CO2 fantaisiste, la « courbe de Beck », déjà promue par Vincent Courtillot quelques années auparavant et originellement publiée dans Energy & Environment, comme le relève le journaliste Stéphane Foucart (Foucart 2015, chap. 4).
Joint par courriel, Jean-Robert Pitte ne nous a pas répondu.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Journal des libertés
Le Journal des libertés, créé en 2018, est co-édité par l'IREF et l'ALEPS, deux think-tanks libéraux voire libertariens. Il diffuse les thèses climato-dénialistes et s'oppose aux mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Présentation
Son directeur de la publication est l'économiste Pierre Garello. On trouve dans son comité de rédaction les climato-dénialistes Jean-Philippe Delsol (IREF), Nicolas Lecaussin (IREF) et Henri Lepage (ex-institut Turgot, GWPF). Son conseil d'orientation fait également apparaître Chantal Delsol, Alain Mathieu (Contribuables associés, IREF) et Benoît Rittaud (Association des climato-réalistes).
Le numéro 17 (été 2022) du Journal des libertés propose un dossier sur le climat, dont le premier article, signé Erwan Quéinnec (IREF), est intitulé « Réflexions d’un promeneur climatique à la recherche de la Raison perdue ». Aussi pontifiant qu'il est mal renseigné, l'article s'aventure dans le premier volet du sixième rapport d'évaluation du GIEC. Aperçu :
« Je regrette en tant que profane aujourd’hui averti, qu’un débat scientifique expurgé de ses excès dogmatiques ne puisse avoir lieu, à des fins didactiques. Sur le climat, il existe une controverse scientifique ; on ne voit pas comment il en irait autrement puisqu’il n’est pas de science sans controverse. »
L'auteur conclut ensuite que les deux actions opportunes face au « facteur de risque » qu'est le réchauffement climatique sont une « démarche d'assurance » et l'adaptation à ses conséquences. « Il convient cependant de se garder de l’hubris climatique, dont l’idéal de la décroissance constitue la face janséniste », précise-t-il. De réduction des émissions de gaz à effet de serre il ne sera pas question. On notera aussi l'affirmation selon laquelle « même en stoppant nos émissions, l’inertie du CO2 dans l’atmosphère n’en modifierait pas substantiellement l’influence radiative », parfaitement fausse, mais bien pratique quand il s'agit de dire qu'il ne sert à rien d'agir.
Cet article s'insère dans un dossier plus large sur le climat, qui se poursuit par trois articles :
- « La seule urgence sur le climat est de cesser d'en avoir peur » par Benoît Rittaud (qui cite au passage Loïk Le Floch-Prigent pour affirmer que la cause principale de la désindustrialisation de la France est « l’empilement des normes et réglementations environnementales ») ;
- « Le climat et le pessimisme » par Christian Gerondeau ;
- et « Climat et liberté » par François Facchini, professeur agrégé d'économie à l'université Paris Panthéon-Sorbonne. Contrepied des précédents, il soutient qu'il « n’est pas pertinent de répondre au catastrophisme de l’écologie politique et du néo-socialisme par la négation des problèmes environnementaux et du changement climatique en particulier ».
Le numéro suivant, diffusé à l'automne 2022, n'est pas en reste. On y trouve encore un dossier sur le climat, avec la suite de la « promenade » d'Erwan Quéinnec qui conclut, après maints détours (dont un par l'analyse de la « tentation climato-totalitaire dont la résonnance est respectivement politique et religieuse ») qu'il est vain de réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France. Le dossier intègre aussi un article du physicien climato-dénialiste Pascal Richet défavorable à la transition énergétique (qui ne manque pas d'insinuer le doute sur le consensus scientifique relatif à l'origine anthropique du changement climatique) et un article de Thierry Godefridi qui s'oppose vivement à la décarbonation — « une tragédie ». Il écrit :
« Qu’en proie à l’idéologie — alors qu’elles comptent pour moins de 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et que les plus grands pollueurs du monde n’en ont cure — la France (0,8 % des émissions mondiales), le reste de l’UE et leurs clercs, avec la guerre aux portes, s’enfoncent dans leur délire écologiste et continuent à se faire hara-kiri, constitue l’une des plus grandes tragédies de l’histoire de l’humanité. »
C'est là un argument classique, et fallacieux, des discours de l'inaction climatique (Coan et al. 2021). L'article est en fait une reprise de l'argumentation de Michael Shellenberger.
Dans le numéro 28 publié au printemps 2025, on trouve un article signé de Pascal Iris, chef d'entreprise (et ingénieur de formation), qui consiste en un « dialogue » de l'auteur avec ChatGPT. L'auteur se félicite dudit dialogue et l'introduit en ces termes : « En opposition à la pratique autoritaire des tenants du "politiquement correct climatique" pour qui, aujourd’hui en France, indépendamment de l’état réel des connaissances, un dialogue public de ce type est tout simplement impossible car de fait interdit. » Le dialogue montre surtout, en réalité, l'usage de l'argument ancien mais faux selon lequel « le CO2 est quasi saturé ». L'avis de Pascal Iris est en tout cas conforme à celui qu'on lit habituellement dans la revue : « Je préconise [de] basculer de "l'atténuation" qui paraît très incertaine, destructrice et d'un coût exorbitant vers "l'adaptation". »
Classification du discours
Les discours diffusés par la revue se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Judith Curry
Judith Curry est une climatologue américaine née en 1953. Elle est célèbre pour compter parmi les rares chercheurs spécialistes du domaine à contester le fait que les activités humaines sont la principale cause du changement climatique contemporain. Elle est à ce titre très souvent citée par les climato-dénialistes francophones.
Présentation
Judith Curry tient depuis 2010 le blog Climate Etc., haut lieu du climato-dénialisme anglophone.
Son discours consiste le plus souvent à minimiser la robustesse des connaissances scientifiques et à exagérer les incertitudes pour contester à la fois le fait que le réchauffement climatique contemporain est d'origine humaine et la gravité de ses conséquences. Ce qui la conduit à s'opposer aux mesures politiques d'atténuation du changement climatique.
Elle n'hésite pas à recourir à des arguments fallacieux, réfutés par la communauté scientifique.
En 2025, elle est co-autrice, avec quatre autres personnalités (dont Steven Koonin), d'un rapport pseudo-scientifique et climato-dénialiste publié par le département de l'Énergie de l'administration Trump, qui a fait l'objet de réfutations par les chercheurs en sciences du climat.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- article Wikipédia
- (en anglais) fiche sur le site spécialisé Desmog
Bibliographie
L'Artilleur
L'Artilleur est l'une des marques des Éditions du Toucan. Elle est spécialisée dans la publication d'ouvrages polémiques, complotistes ou au discours opposé aux consensus scientifiques de diverses disciplines (sciences du climat, histoire, santé publique…), non dénués de proximité avec l'extrême droite.
Elle publie les ouvrages de nombreux membres de l'Association des climato-réalistes (François Gervais, Christian Gerondeau, Benoît Rittaud, Samuel Furfari, Rémy Prud'homme, Christian Lévêque) et traduit des climato-dénialistes étrangers (Judith Curry, Steven Koonin).
Le dirigeant de L'Artilleur est Damien Serieyx.
Laurent Alexandre
Plus connu pour son transhumanisme, ses essais sur « l'intelligence artificielle », son opposition virulente à l'écologisme et ses propos polémiques, Laurent Alexandre, chirurgien urologue devenu essayiste, né en 1960, verse parfois dans le « climato-rassurisme », essentiellement autour de 2019.
Analyse du discours
Virulent critique des écologistes en général et de la militante du climat Greta Thunberg en particulier, coupables à ses yeux de « catastrophisme », comme relaté (notamment) par Arrêt sur images, Laurent Alexandre évoque surtout le changement climatique au travers de la promotion de l'énergie nucléaire (effectivement très peu carbonée) et de la dénonciation des énergies renouvelables intermittentes (aussi peu carbonées que le nucléaire). Il affirme ainsi (à répétition) que « les éoliennes aggravent le réchauffement climatique ».
Invité à donner une conférence par l'Association des climato-réalistes en mai 2019, il affirme notamment que son auditoire est composé de « résistants dans ce moment de folie collapsologique » avant de mettre en doute plus explicitement les connaissances scientifiques sur le changement climatique. S'il reconnaît — de manière quelque peu euphémique — qu'« il y a une part de réchauffement », il explique « Moi, j'ai des incertitudes sur le climat et sa part anthropique », puis ironise sur le caractère « néfaste ou pas » du réchauffement : « Vous savez à quel point les gens qui habitent la Sibérie n'en sont pas du tout convaincus. »
Il écrit en août 2019, sur Twitter, que « La mission du GIEC est d’être alarmiste et il le fait très bien ».
En octobre de la même année, il s'exclame sur Twitter : « La montée des eaux au 21e siècle est dans la moyenne des 18 000 dernières années : 66 centimètres par siècle ! » À l'appui, une de ses chroniques parues dans L'Express, où l'on peut aussi lire : « La hausse du niveau des océans prévue par le GIEC a paniqué l'opinion. La Hollande montre que le pessimisme du GIEC n'a pas lieu d'être. » Le propos, qui utilise une moyenne dénuée de sens, est trompeur à double titre.
D'une part, « l'auteur de ce tweet fait une moyenne entre une période de montée du niveau marin et une période de niveau marin stable, ce qui n'a aucun sens », nous explique Gonéri Le Cozannet, ingénieur au BRGM et co-auteur du deuxième volet du sixième rapport du GIEC, spécialiste des risques côtiers. En effet, « les 18 000 dernières années comprennent deux périodes distinctes : une phase de déglaciation, amorcée il y a 21 000 ans, au cours de laquelle le niveau marin a monté d'environ 130 m », et une seconde phase, commencée il y a environ 6000 ans, depuis laquelle « le niveau marin est relativement stable », et que vient interrompre « l'initiation d'une élévation du niveau de la mer, du fait du changement climatique d'origine anthropique ».
D'autre part, parler des Pays-Bas « ne dit rien des pays qui n'ont pas les institutions, les moyens financiers, techniques et humains des Pays-Bas », souligne le chercheur. « L'adaptation côtière est un sujet de préoccupation majeur pour les États et de nombreux acteurs notamment parce que les décisions d'aménagement du territoire actuelles auront des implications pour des dizaines d'années ». La chronique de Laurent Alexandre dans L'Express apparaît ainsi clairement en contradiction avec l'état des connaissances scientifiques, nous indique Gonéri Le Cozannet.
Laurent Alexandre écrit en décembre de la même année, toujours sur Twitter : « J’entérine 100 % des scénarios du GIEC : je n’ai jamais été climatosceptique ! ».
Résolument techno-solutionniste, il estime que « seul le développement technologique peut décarboner l’économie mondiale », comme le relève Mediapart en 2019.
Réponse de Laurent Alexandre
Contacté par courriel, Laurent Alexandre a dans un premier temps indiqué ne pas comprendre nos questions et a préféré nous répondre par téléphone. Confronté à ses propos de mai 2019, il nous assure qu'il est convaincu que le changement climatique est « très majoritairement anthropique » et qu'il l'a déjà dit publiquement à moult reprises. Sur sa conférence devant l'Association des climato-réalistes, il nous explique : « Je viens toujours quand on me le demande. » Son opposition aux éoliennes ? Uniquement dans le cas de la France, nous précise-t-il, car le développement de l'éolien se fait au détriment du nucléaire et s'accompagne de centrales à gaz. Le GIEC alarmiste ? « Je ne dis pas que le GIEC a tort, je dis qu'il est alarmiste par nécessité politique. »
Le fond de sa pensée, nous explique-t-il après avoir affirmé son opposition aux « climato-sceptiques d'extrême droite », est que « le CO2 va continuer à augmenter » sans que l'on puisse rien y faire, du fait des réalités (géo)politiques et économiques, et qu'il faut miser sur l'adaptation — dont les limites sont pourtant nombreuses, souligne le GIEC — et les solutions technologiques à disposition (dont l'énergie nucléaire).
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Laurent Cabrol
Laurent Cabrol, né en 1947, est un présentateur météo et essayiste français. Dans les années 2000 et 2010, il tient un discours climato-dénialiste.
Analyse du discours
Laurent Cabrol, qui présente la météo sur Europe 1, publie en 2008 Climat : Et si la Terre s'en sortait toute seule ?, ouvrage climato-dénialiste dans lequel il reconnaît l'existence du réchauffement climatique mais prétend « relativiser le rôle de l'homme dans le réchauffement climatique » et déculpabiliser les Français. La courte bibliographie de l'essai (qui ne propose aucune source en note de bas de page) cite quelques ouvrages de vulgarisation scientifique fiables ainsi que les essais dénialistes de Claude Allègre ou Christian Gerondeau ; elle renvoie également — « pour relativiser le réchauffement » — au site climat-sceptique.com, animé par Charles Muller.
Dans une interview vidéo donnée au Figaro, Laurent Cabrol utilise plusieurs arguments trompeurs ou mensongers : la science climatique serait récente et peu fiable ; il faisait chaud pendant l'optimum climatique médiéval et le Groenland était vert en l'an 1200 (non) ; le réchauffement contemporain est compatible avec la variabilité naturelle du climat ; la France n'a quasiment aucune responsabilité dans le changement climatique (si).
En 2010, l'animateur radio publie En vert et contre tous. La description de l'éditeur donne un aperçu de son contenu :
« Le catastrophisme a fait son temps. Trop de résultats incertains ont été érigés en certitudes, provoquant le revirement de plusieurs experts qui, aujourd'hui, font entendre leur différence. Oui, le climat a toujours varié, oui, la France veut montrer l'exemple, mais cette lutte contre le réchauffement planétaire est allée trop loin sans preuves scientifiques. »
Interrogé par Valeurs actuelles, il estime que « si changement il y a, il va s’établir avec beaucoup plus de lenteur qu’on ne le dit » et que « les écologistes […] ont aussi toujours eu tendance à nous affoler parce que c’est un moyen pour eux de prendre le pouvoir ». D'eux, il dit justement qu'ils « ne veulent pas changer de société pour "sauver la planète" [mais] tuer le capitalisme ». Il s'oppose, enfin, aux mesures de décarbonation envisagées à l'époque — taxe carbone ou réduction de la vitesse sur les routes.
La position de Laurent Cabrol sur le changement climatique semble ainsi plus être mue par une opposition politique aux discours écologistes et aux politiques de décarbonation que par un désaccord de nature scientifique (il est d'ailleurs journaliste et non météorologue). Un étonnant post-scriptum à son essai de 2008 en témoigne de manière assez transparente. Il y reproduit des courriels et courriers de lecteurs ou auditeurs. « J’ai compris leur besoin d’être rassurés, réorientés, de sortir de la culpabilité dans laquelle on nous plonge au quotidien », expose-t-il, avant de reproduire plusieurs de ces messages. En voici quatre (que nous avons anonymisés), sur la dizaine qu'il publie :
- « Enfin une autre pensée... Il y en a marre de ces ayatollahs de l’écologie ! »
- « Merci de vouloir fronder un peu face aux modeleurs de pensée ! »
- « Des réchauffements climatiques, il y en a déjà eu et vous avez raison de dire qu’on ne parle jamais de ces catastrophes-là. »
- « Je suis fatigué de cette situation où l’on nous dit responsables de tout. L’écologie a remplacé la religion qui nous avait culpabilisés avec le péché originel. »
Le quotidien régional La Dépêche nous apprend qu'en 2014, Laurent Cabrol tenait encore un discours similaire. En décembre de la même année, il est ambivalent, rappelant que le GIEC prévoit « une accentuation des événements extrêmes » mais relativisant : « À toutes les époques le climat a été une sanction pour l'homme, l'église promettait le déluge, la télévision a pris le relais. Arrêtez de nous faire peur ! »
L'année suivante, il se fait de nouveau rassurant auprès de ce journal : « Nous nous inquiétons des aléas climatiques mais, en réalité, nous vivons une période formidable, un climat agréable et plutôt bien équilibré. » Tandis que face au Parisien il minimise l'importance du sujet, au détour d'une question sans rapport : « Bien avant un hypothétique réchauffement climatique, on ferait mieux de s'inquiéter de nos ressources en eau. » De nouveau auprès de La Dépêche, toujours en 2015, il indique toutefois que « le réchauffement climatique se traduira par l'accentuation des événements extrêmes ».
Par la suite, il ne semble plus tenir de propos climato-dénialistes. Contacté par le biais de son site web, Laurent Cabrol, qui a repris la ferme familiale, bio, n'a pas répondu à nos questions.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Le Figaro
Grand quotidien français, Le Figaro possède un service sciences & environnement qui travaille avec rigueur et relate fidèlement le consensus scientifique sur le changement climatique. En revanche, sa rubrique « Figaro Vox » — dirigée par Alexandre Devecchio — et son supplément Le Figaro Magazine ont une ligne éditoriale bien plus confuse et se font de longue date le relai du climato-dénialisme et de ses adeptes.
Publications
En 2015, « Figaro Vox » publie une tribune de désinformation du philosophe Luc Ferry, puis une réfutation par un physicien. Laquelle n'empêche pas Le Figaro de poursuivre sur la voie du dénialisme dès le mois suivant, en publiant un entretien effarant avec l'économiste retraité Rémy Prud'homme. Ni de continuer à donner la parole à Luc Ferry sur ce sujet dès octobre 2015, ou encore cinq ans plus tard.
La rubrique « Vox » met à l'honneur en 2019 l'économiste Bruno Durieux (pour qui l'origine du changement climatique n'est pas humaine) à l'occasion d'un « grand entretien » où il affirme entre autres que « la planète va de mieux en mieux » et que la biodiversité est en pleine amélioration dans les pays « avancés ».
Elle publie aussi une tribune de Jean-Philippe Delsol qui accumule les arguments mensongers (le climat a toujours changé et il y a déjà eu des périodes chaudes) et met en garde contre l'invocation du réchauffement climatique, instrument des mesures liberticides et de l'étatisme.
On y lit aussi Élisabeth Lévy qui, entre deux imprécations aussi virulentes que confuses contre les « climato-fanatiques », estime que s'agissant des causes, de l'évolution future et des conséquences du changement climatique, « il serait tout de même étonnant qu'une science qui s'est développée dans la période récente soit déjà parvenue à un corpus global incontestable ». L'intervieweur, Alexandre Devecchio, lui oppose une molle contradiction (« N'êtes-vous pas dans le déni au sujet du climat comme d'autres sont dans le déni à propos du défi que représente l'islamisme ou l'immigration ? »).
En 2021, « Figaro Vox » publie une tribune d'un meneur du dénialisme français, Benoît Rittaud, titrée « Sixième rapport du Giec : et si on passait enfin à autre chose ? ». Il y qualifie le consensus scientifique de « factice ».
L'année suivante, « Vox » accueille l'œuvre de désinformation de Bertrand Alliot. Celle d'Yves Roucaute (l'influence humaine sur le réchauffement est « dérisoire ») est quant à elle publiée dans la rubrique « Société » du journal — suscitant l'effarement du journaliste scientifique Sylvestre Huet — qui, tout en euphémisme, qualifie l'ouvrage du philosophe d'« iconoclaste ». (L'autrice de l'entretien, Marie-Laetitia Bonavita, l'interroge encore en 2025, sans qu'il n'évoque le climat, mais pas sans égratigner « les wokistes et leurs médiocres compères de l’écologie punitive qui jouissent de jouer les pères fouettards ».)
Comme relevé par le blog Bon Pote, Alexandre Devecchio est interrogé en juillet 2022 sur France inter au sujet de son invitation de personnalités climato-dénialistes, dont tout récemment Yves Roucaute. Il met alors en doute (vers 23') le consensus scientifique sur l'origine anthropique du changement climatique.
En 2023, Guillaume Roquette, le directeur de la rédaction du Figaro Magazine, fait brièvement état des conclusions du GIEC, sans pouvoir s'empêcher d'attaquer également « idéologues » et « écolos radicaux ». (L'année précédente, il mettait en garde contre toute mesure contraignante en matière de lutte contre le réchauffement climatique.) Comme le relève le média Arrêt sur images, un hors-série du Figaro Histoire accueille la même année un article « rassuriste » de l'essayiste Olivier Postel-Vinay, qui avait déjà été interviewé l'année précédente par Le Figaro Magazine, affirmant à cette occasion que l'origine du réchauffement climatique était inconnue. L'article du hors-série est réfuté quelque temps après par un climatologue, dans la rubrique « Vox ».
En février 2025, « Vox » permet à l'essayiste Chantal Delsol, organisatrice d'un colloque réunissant climato-dénialistes et désinformateurs sur la biodiversité, de prendre la défense de Bertrand Alliot, qui se range dans les deux catégories précitées. Il a aussi eu le droit à une interview par Alexandre Devecchio chez Sud Radio, puis à un entretien dans Le Figaro Magazine (toujours avec Alexandre Devecchio) et à une interview vidéo sur le site du Figaro par Timothée Dhellemmes. Tout cela en l'espace d'un mois, en juillet 2025.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- Billet d'analyse sur le blog Bon Pote
Bibliographie
Le Journal du dimanche
Hebdomadaire français à diffusion nationale, Le Journal du dimanche est racheté par le milliardaire d'extrême droite Vincent Bolloré en 2021. Il accueille depuis des chroniques climatodénialistes.
Présentation
Le philosophe médiatique Michel Onfray, hostile à l'écologisme et qui prétend expliquer le changement climatique par le cosmos, et Pascal Praud, le présentateur phare de CNews (également propriété de Vincent Bolloré), tiennent des chroniques dans le Journal du dimanche ou son magazine associé, le JDNews. Elles sont parfois explicitement climato-dénialistes, comme celle de Michel Onfray publiée en juillet 2025 dont le chapô indique : « La pensée écologiste moderne pâtit d'un anthropocentrisme réducteur : l'homme serait entièrement responsable de tout changement climatique. Pourtant, les cycles naturels n'ont pas attendu l'apparition de l'homme pour subsister. » Ou celle rédigée par Pascal Praud en septembre 2024, dans laquelle il tourne en dérision le consensus scientifique sur l'origine anthropique du changement climatique.
Ces contenus climato-dénialistes coexistent néanmoins avec des articles, rédigés par des journalistes, qui sont fidèles à l'état des connaissances scientifiques (exemple en 2023) voire réfutent des arguments climatosceptiques (exemple la même année).
Le JDD se fait aussi le relai d'un rejet de l'« écologie punitive » — qui semble englober toute mesure contraignante de réduction des émissions de gaz à effet de serre — comme l'illustrent cet article ou celui-ci, publiés en 2025. Dans la même veine, le JDD dresse en 2025 un portrait élogieux de Bertrand Alliot, qui navigue aux marges de la sphère climato-dénialiste et tient des propos pseudoscientifiques sur la biodiversité.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Le Raptor
Le Raptor, de son vrai nom Ismaïl Ouslimani, est un vidéaste né en 1993. Sa chaîne Youtube, active depuis 2015, diffuse surtout des vidéos politiques marquées à l'extrême droite et masculinistes. Rompant avec ses thèmes habituels, il a publié une vidéo climato-dénialiste en 2024, largement vue et commentée.
Analyse du discours
Le Raptor publie une longue vidéo en septembre 2024 alors qu'il est presque totalement inactif sur sa chaîne depuis deux ans — il semble se consacrer à l'activité de coach sportif et en nutrition qu'il a lancée en parallèle. Son titre ? « Réchauffement climatique : analyse d'une arnaque mondiale ».
Vue près d'un million de fois (en septembre 2025) et riche de plus de 50 000 likes, la vidéo reprend pour l'essentiel l'argumentaire de l'ouvrage climato-dénialiste de l'Américain Steven Koonin Climat, la part d'incertitude pour nier l'origine humaine du réchauffement. Ismaïl Ouslimani y ajoute une rhétorique conspirationniste. Du fait de sa relativement large circulation — elle est notamment partagée par l'Association des climato-réalistes (sur X), l'économiste Philippe Herlin (sur X) et le site Climat et vérité (là) —, la vidéo a été fact-checkée par plusieurs médias, dont l'AFP, ainsi que par le site web spécialisé Science Feedback.
Le vidéaste avait annoncé la publication prochaine de sa vidéo sur le changement climat sur la chaîne Youtube ultralibérale Sans Permission — habituée des collaborations avec des personnalités d'extrême droite, comme le relève le média StreetPress — quelques jours auparavant. Face à l'un des animateurs de l'émission affirmant la réalité de la crise de la biodiversité, Ismaïl Ouslimani remettait également en question cet aspect, expliquant qu'il fallait prendre du recul et que des espèces avaient toujours disparu tandis que d'autres apparaissaient.
Après la publication de sa vidéo, Le Raptor intervient longuement sur la chaîne Youtube d'Idriss Aberkane, puis il est invité début 2025 sur celle du complotiste marseillais Salim Laïbi, auteur d'un pamphlet climato-dénialiste.
Classification du discours
Les discours employés par Le Raptor relèvent des cinq grandes catégories que compte la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Loïk Le Floch-Prigent
Mort en juillet 2025 et surtout connu pour sa condamnation dans l'affaire Elf (entreprise dont il a été le PDG), Loïk Le Floch-Prigent a des opinions climato-dénialistes assumées, avec un discours confus qui oscille entre le déni de l'origine anthropique du réchauffement climatique et une optique « climato-rassuriste » minimisant la gravité de celui-ci et l'urgence d'agir pour l'atténuer.
Présentation
L'ancien ingénieur est proche de l'extrême droite. Soutien d'Éric Zemmour, il est membre du comité stratégique du média de propagande d'extrême droite Frontières (alors nommé Livre noir), signale Libération en 2023. Le think tank Cercle entreprises et liberté qu'il a créé a aussi bénéficié des largesses financières du projet Périclès, selon La Lettre. Loïk Le Floch-Prigent est également chroniqueur dans le trimestriel Transitions et Énergies, dirigé par Gil Mihaely.
Analyse du discours
Dans une interview de 2019 dans Causeur menée par le même Gil Mihaely, directeur de la publication du magazine, il affirme contre tout évidence que « le lien de causalité entre les dérèglements climatiques et l’activité humaine n’est pas clairement démontré ». Une opinion qu'il réitère peu ou prou en 2024 sur Atlantico lorsqu'il prétend que de nombreux scientifiques estiment que « le CO2 a une responsabilité mineure » dans le changement climatique.
En décembre 2022, interviewé par la chaîne Youtube confusionnsiste Thinkerview, il nie être « climatosceptique », se revendique du doute scientifique, puis affirme que les rapports du GIEC ne sont « pas l'exposé de la science climatologique mondiale », se référant à ce sujet à un ouvrage du philosophe climato-dénialiste Yves Roucaute.
Dans un entretien fleuve avec Frontières, il reconnaît l'existence du changement climatique mais reprend immédiatement un argument éculé du climato-scepticisme : « le principal aliment des plantes, c'est le CO2, donc ce n'est pas un polluant ». Il se dit opposé aux politiques publiques étatiques de lutte contre le changement climatique (développement des voitures électriques et abandon des voitures thermiques, investissement dans les énergies renouvelables, etc.), qu'il associe à la décroissance.
En octobre 2023, à l'un des événements organisés par le think tank Cercle Entreprises & Libertés qu'il a fondé, consacré à la transition écologique (« Peut-on toujours interroger les diagnostics et les solutions ? »), il invite le climato-dénialiste belge Samuel Furfari. On aperçoit dans l'assistance d'événements liés à l'environnement ou aux sciences des personnalités liée à la sphère climato-dénialiste française telles que Fabien Bouglé (que l'on peut voir discuter avec la journaliste du Point Géraldine Woessner) et Philippe Herlin. Après la mort de Loïk Le Floch-Prigent, c'est Henri Proglio qui prend la présidence du cercle.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Luc Ferry
Philosophe médiatique et ancien ministre de l'Éducation, né en 1951, Luc Ferry est un climato-dénialiste de longue date (même s'il s'en défend). Il est surtout connu pour son soutien à Claude Allègre dès la fin des années 2000. Il continue en réalité à désinformer sur le sujet du changement climatique jusqu'en 2025.
Analyse du discours
Le climato-dénialisme de Luc Ferry n'éclate au grand jour que dans la deuxième moitié des années 2000, mais un premier indice d'une perméabilité aux discours niant le changement climatique apparaît dès 1993.
En 1990, le philosophe publie Le Nouvel Ordre écologique, dans lequel transparaît son hostilité à l'écologisme et qui demeure souvent cité de nos jours.
Comme le relève l'économiste de l'environnement Olivier Godard dans la revue Natures Sciences Société, Luc Ferry réserve une bonne réception à l'ouvrage « climatosceptique » d'Yves Lenoir, La Vérité sur l'effet de serre, paru en 1992. Dans L'Express, le philosophe médiatique attaque en effet sa chronique par les mots suivants : « Où l'on se demande, à propos de l'effet de serre, si les écologistes ne seraient pas plus doués pour la politique que pour les sciences naturelles. » Le réchauffement climatique, ne serait « peut-être qu'une gigantesque baliverne. Telle est, du moins, la thèse que défend Yves Lenoir, avec beaucoup de conviction et de talent », écrit Luc Ferry. Cette réception de l'ouvrage n'est certes alors pas isolée dans la presse généraliste — Les Échos louent ainsi en décembre 1992 « une réflexion salutaire ».
Dans une chronique du 7 janvier 2000 publiée dans Le Point, Luc Ferry appelle à la création d'un comité d'éthique en matière environnementale, afin de trancher les débats scientifiques. Il écrit notamment :
« […] le réchauffement de la planète est-il une réalité, ou une illusion due au caractère trop récent, partiel ou partial des statistiques ? Et s'il est bien réel, est-ce un phénomène naturel ou un effet d'activités humaines anarchiques ? Quels seront, ou pourraient être, ses effets sur la fonte des glaces, l'élévation du niveau des mers ? D'où provient, au juste, le fameux trou dans la couche d'ozone ? Est-il absolument certain qu'il soit lié à l'émission de certains gaz ? etc. »
Olivier Godard relève en 2012 dans Écologie & politique que le philosophe médiatique poursuit sur cette ligne, célébrant l'ouvrage du Danois Bjørn Lomborg, publié en anglais en 2001, avant d'épouser la thèse du géochimiste Claude Allègre.
Soutien de Claude Allègre (dès 2008)
En 2008, dans Le Figaro, comme le relève le journaliste Stéphane Foucart (Foucart 2015, p. 18), Luc Ferry discrédite le GIEC qu'il présente comme « un groupement où sont cooptés des patrons d'associations qui sont souvent des idéologues écologistes » puis, face à la contradiction apportée par Nathalie Kosciusko-Morizet, alors secrétaire d'État chargée de l'Écologie, il se réfère à Claude Allègre.
Il ne cessera par la suite d'appuyer son argumentaire sur celui du géochimiste climato-dénialiste, qu'il défend continuellement, par exemple dans cet article de la revue Commentaire publié en 2010. Il est membre de la Fondation Écologie d'avenir créée par Claude Allègre et accueillie par l'Institut de France.
Dans une conférence donnée en 2014, à l'appui de son affirmation selon laquelle on ne sait « strictement rien » sur la gravité du réchauffement climatique, il s'appuie sur une interview du climato-rassuriste Bjørn Lomborg.
Article dans Commentaire (2016)
Il est l'auteur d'un article publié en 2016 dans Commentaire, version longue d'une tribune publiée par Le Figaro en 2015, qui avait pourtant été réfutée dans les colonnes-même du journal par la tribune d'un physicien, elle-même balayée par le philosophe avec mépris et ignorance. La version longue publiée dans Commentaire mérite que l'on s'y attarde tant elle constitue un bingo des arguments climato-dénialistes.
Luc Ferry continue à y entretenir le mythe d'un dissensus dans la communauté scientifique sur l'existence, l'origine humaine et la gravité des conséquences du changement climatique :
« J’ajoute, et c’est un point essentiel dans cette controverse, que c’est aujourd’hui au sein même du GIEC que les dissensions sont les plus vives, et ce sur quatre points cruciaux : 1) l’ampleur possible du réchauffement au cours des cent prochaines années, certains climatologues des plus éminents affirmant, à l’encontre exact des alarmistes de la COP21, qu’une augmentation de deux degrés ne pourra pas être atteinte ; 2) sur les causes du réchauffement, qui ne sont sans doute pas uniques, les activités humaines n’étant pas forcément seules responsables ; 3) sur les conséquences potentielles, qui sont loin d’être toutes négatives, par exemple sur des terres naguère incultivables, et enfin 4) sur le fait, patent et problématique, que le réchauffement marque sensiblement le pas depuis près de quinze ans lors même que les émissions de CO2 augmentent comme jamais (tous retiennent comme point de référence le tournant des années 2000). »
À l'aide d'une classification des discours climato-dénialistes (Coan et al. 2021), on peut ranger ces quatre arguments dans les catégories suivantes, illustrant la grande variété des ressorts argumentatifs, tous fallacieux :
- catégorie 5.1.1 : « Il n'y a pas de consensus » ;
- catégorie 2 : « Les gaz à effet de serre ne sont pas responsables du changement climatique » (dans une variante « pas les seuls responsables »). Luc Ferry a donné un argument davantage précis plus haut dans le texte, se référant à la période médiévale chaude, ce qui relève de l'argument 2.1.5. « Il y a eu des changements climatiques antérieurs » ;
- catégorie 3 : « Les impacts du changement ne sont pas mauvais » (dans une variante « pas tous ») ;
- catégorie 1.4 : « Il y a un hiatus dans le réchauffement » (en fait non).
Le philosophe précise se référer aux travaux de la climatologue climato-dénialiste Judith Curry, dont les travaux n'ont pas convaincu la communauté scientifique, et du chercheur Nicholas Lewis ; de manière bien plus surprenante, il évoque aussi le climatologue allemand Jochem Marotzke (institut Max-Planck de météorologie), pourtant absolument pas climato-dénialiste — nous y reviendrons plus bas.
L'existence de quelques voix discordantes, isolées parmi la communauté scientifique comprenant des milliers de chercheurs, suffit à Luc Ferry pour affirmer qu'il n'y a pas consensus. Dès lors il est acquis à ses yeux que « politiques et militants for[cent] volontairement le trait, sous-estimant sciemment la capacité de l’atmosphère à absorber les gaz à effet de serre, puis refusant de l’avouer pour ne pas affaiblir leurs positions ».
Il ne semble même pas comprendre les arguments des chercheurs qu'il cite : parler de « la capacité de l’atmosphère à absorber les gaz à effet de serre » n'a aucun sens sur le plan physique et ne correspond à aucun argument climato-dénialiste — par exemple, Nicholas Lewis, auquel il se réfère, axe son argumentaire sur l'estimation de la sensibilité climatique (la réaction des températures à une hausse du CO2).
Toujours dans cet article de Commentaire, Luc Ferry affirme que même si « les plus alarmistes » avaient raison, rien n'indique que la COP21 serve à quoi que ce soit, postulant l'inanité de toute politique de réduction des émissions. Plutôt que l'écologie politique, il faut favoriser « l’investissement dans la recherche et l’innovation [...] en intégrant une écologie positive dans l’économie ».
Son discours médiatique paraît moins explicitement climato-dénialiste par la suite dans la mesure où il semble cesser de mettre en cause le consensus sur l'origine humaine du changement climatique — sans revenir sur ses prises de position antérieures. Éco-moderniste revendiqué, il axe son discours sur le techo-solutionnisme et semble rejeter les politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre, par exemple dans cette interview donnée à Sud Radio en avril 2021 : inutile de se « serrer la ceinture », explique-t-il (vers 10'), car même si la France disparaissait, « ça ne changerait pas un pour mille du changement climatique » (ce qui est totalement faux) — un argument classique de l'inaction climatique (Lamb et al. 2020).
Conférence à l'institut Diderot (2021)
Toutefois, Luc Ferry s'accroche en réalité au rejet du consensus du GIEC. Dans une conférence donnée à l'institut Diderot (un think tank) en 2021, à une question ouverte de son ami Bruno Durieux sur le GIEC (à 56'), il répond qu'il n'est pas climatosceptique mais ressort l'idée d'un dissensus à l'intérieur même du GIEC, où des climatologues rejetteraient l'idée d'un réchauffement pouvant atteindre 2 °C en 2100 et relativiseraient l'aspect néfaste de ses conséquences. Il cite comme source l'ouvrage de Jean Staune Les Clés du futur, mais nous n'y avons trouvé aucune trace d'une telle mention.
Quant aux climatologues auxquels il fait référence, sans les nommer : l'évocation de la directrice de « l'institut de Géorgie » (l'État américain) renvoie vraisemblablement à Judith Curry, et celle du directeur de l'« institut de Mayence » à Jochem Marotzke — qui, bis repetita, n'est pas climato-dénialiste et n'a jusqu'à preuve du contraire jamais affirmé que le réchauffement n'atteindrait pas les 2 °C ou aurait surtout des conséquences positives. Se réclamer d'un chercheur réputé en lui faisant dire ce qu'il ne dit pas n'est pas tout à fait nouveau : Claude Allègre et Vincent Courtillot avaient fait de même dans leurs ouvrages respectifs de 2010 et 2009, comme l'a mis en lumière Stéphane Foucart (Foucart 2015, p. 168‑171). Pire encore, Jochem Marotzke faisait déjà partie des chercheurs cités à tort par Claude Allègre en 2010, comme relevé par le même Stéphane Foucart !
S'il est difficile de déterminer avec certitude l'origine de cette erreur, la double citation par le philosophe de Judith Curry et Joche Marotzke, en 2016 et 2021, pourrait être issue d'une très mauvaise compréhension d'un billet de blog de la première publié en 2013 citant une étude dont Joche Marotzke est l'un des co-auteurs, avec d'autres auteurs du GIEC guère climato-dénialistes. L'étude porte sur la sensibilité climatique (une notion qui rend compte de l'influence d'un doublement de la concentration en CO2 sur les températures), dont elle fournit une estimation, inférieure aux résultats passés, de 2 °C (sensibilité climatique à l'équilibre). D'une part l'étude n'écarte absolument pas un réchauffement égal ou supérieur à 2 °C en 2100 comme l'affirme Luc Ferry dans sa conférence. D'autre part l'étude n'est pas la marque d'un dissensus au sein du GIEC, elle témoigne de la marche normale de la science sur la sensibilité climatique, toujours sujette aujourd'hui à des incertitudes, indiquées clairement dans le dernier rapport du GIEC (comme dans le précédent).
Depuis 2021
Pendant plus de dix ans, le philosophe médiatique diffuse le mythe d'un dissensus scientifique, parfaitement fictif, à l'aide d'arguments qui dénotent un manque de rigueur certain.
En janvier 2025, après la mort de son ami Claude Allègre, il affirme étonnamment dans Le Journal du dimanche que l'ancien ministre « avait tort sur le plan scientifique » — s'agit-t-il d'une reconnaissance implicite et tardive par Luc Ferry qu'il y a bien consensus scientifique sur le changement climatique ? — « mais moins qu'on le dit sur le plan politique. [...] il craignait avant tout que les soixante-huitards passés du maoïsme et du trotskisme à l'écologie en viennent à casser l'idée de progrès au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Sur ce point, il n'avait pas tort. »
Toujours 2025, il affirme erronément (deux fois) sur LCI que les voitures électriques sont plus polluantes que les voitures thermiques hybrides.
Contacté, Luc Ferry n'a pas répondu à nos questions.
Classification du discours
Les arguments employés par Luc Ferry, particulièrement nombreux, s'inscrivent dans la totalité des cinq grandes catégories de la classification des discours climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Lyndon LaRouche
Lyndon LaRouche, né en 1922 et mort en 2019, est un homme politique et conspirationniste américain antisémite (bien qu'originellement marxiste).
Présentation
La vision de Lyndon LaRouche embrasse de nombreux sujets et se caractérise notamment par « l’obsession d’une humanité omnipotente, au développement de laquelle aucun obstacle ne doit être mis », ainsi que l'écrit l'historien des sciences Alexandre Moatti en 2013 dans Alterscience : Postures, dogmes, idéologie. Qualifiant son idéologie de « technofasciste », il précise : « L’esprit humain a une valeur créatrice intrinsèque, et rien ne saurait lui résister. Une croissance sans entraves est permise par la technologie et par les grands programmes d’investissement : toute forme d’immixtion de l’écologie dans la politique et bien évidemment toute idée de décroissance sont à proscrire. »
Ses idées, diffusées depuis les années 1970 par le mouvement LaRouche, survivent à sa mort et sont promues en France par l'intermédiaire du parti Solidarité et progrès de Jacques Cheminade et l'Institut Schiller (fondé en Allemagne).
Elles incluent le déni de la responsabilité humaine dans le changement climatique : LaRouche lui-même affirme en 2007 que la concentration atmosphérique du CO2 n'augmente pas, que le CO2 n'est de toute manière pas responsable du réchauffement récent, que ce dernier va s'arrêter, que la « prétendue science des carottes glaciaires est une fraude totale », ou encore que l'environnementalisme est un génocide…
Le climato-dénialisme de LaRouche est repris par son mouvement.
Classification du discours
Les discours de Lyndon LaRouche se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Marcel Leroux
Marcel Leroux, né en 1938 et mort en 2008, est un géographe et climatologue français opposé au consensus scientifique relatif au changement climatique. Il est l'un des premiers « sceptiques » autoproclamés en France sur ce sujet.
Analyse du discours
Marcel Leroux dirige le laboratoire de Climatologie, risques, environnement (LCRE), spécialisé en géographie physique et affilié à l'université Lyon-III ainsi qu'au CNRS.
Le chercheur considère que la réalité d'un changement climatique provoqué par l'humanité n'est pas établie et que, quand bien même elle le serait, ce réchauffement serait une bonne chose.
Il est membre de l'EIKE, la principale organisation climato-dénialiste allemande.
Marcel Leroux publie à plusieurs reprises des articles dans la revue française Fusion, affiliée au mouvement de Lyndon LaRouche. Dans le numéro de mars-avril 1995, il affirme dès le chapô d'un article titré « Changement climatique : les prévisions démenties par la réalité » que « les modèles numériques sont inaptes à simuler l'évolution du climat ». Se classant parmi les sceptiques, il cite (déjà !) Richard Lindzen, conteste les conclusions du jeune GIEC et écrit : « Il est donc souhaitable de se demander dans quelle mesure le débat sur le réchauffement global présumé relève réellement de la science, ou d'une manipulation planétaire (selon l'expression d'Y. Lenoir, 1992) […]. » Il s'emploie ensuite longuement à démontrer que les observations ne sont pas compatibles avec les projections des modèles.
En 2003, dans le numéro 95 de la revue, Marcel Leroux consacre un long article au « réchauffement global », qu'il qualifie d'« imposture scientifique ». Le chapô indique : « Le réchauffement global est une hypothèse issue de modèles théoriques et fondée sur des relations simplistes, qui annonce une élévation de la température, proclamée mais non démontrée. » Il cite à cette occasion Fred Singer du SEPP, un lobby climato-dénialiste américain, et évoque l'ouvrage « rassuriste » du Danois Bjørn Lomborg.
Le propos de Marcel Leroux n'est pas de nier l'effet de serre mais de mettre en doute le fait que les activités humaines l'aient accru par leurs émissions de gaz à effet de serre. On trouve aussi dans son article un argument qui fera florès dans les décennies suivantes : « Le "I" de GIEC signifie en effet "intergouvernemental", ce qui implique que les prétendus experts sont avant tout des politiques, le GIEC n’étant en outre absolument pas un institut de recherche. » De là à dénoncer « l'alarmisme » de l'institution il n'y a qu'un pas, que l'auteur franchit.
Il est l'auteur d'un ouvrage en anglais sur le sujet du changement climatique publié en 2005, Global Warming: Myth or Reality? Il y promeut le concept d'anticyclone mobile polaire (AMP), de son invention, censé contredire l'idée d'un réchauffement global provoqué par l'effet de serre. Ce concept est toujours promu occasionnellement par les sphères climato-dénialistes francophones vingt ans plus tard, par exemple sur le site web belge Science, climat et énergie en octobre 2022 — texte republié par l'Association des climato-réalistes le mois suivant.
Lors d'un débat sur le réchauffement climatique organisé à l'Académie des sciences en 2007, le physicien climato-dénialiste Vincent Courtillot diffuse un document de la main de Marcel Leroux sur lequel est reproduite la « courbe de Beck », une courbe des températures fantaisiste publiée dans la revue Energy & Environment (Foucart 2015, p. 81‑86).
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Michael Shellenberger
Né en 1971, Michael Shellenberger est un essayiste américain « climato-rassuriste ».
Présentation
Michael Shellenberger ne nie pas l'existence ni l'origine humaine du changement climatique, mais conteste ses impacts — les conséquences pour l'agriculture, la hausse de l'intensité et de la fréquence des événements météorologiques extrêmes, etc. — s'oppose aux mesures d'atténuation et dénigre le GIEC ainsi que le mouvement pour le climat.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- article Wikipédia
- (en anglais) fiche sur le site spécialisé Desmog
Bibliographie
Michel de Rougemont
Ingénieur de formation, consultant, Michel de Rougement est un climato-dénialiste suisse.
Analyse du discours
Interventions médiatiques
Si Michel de Rougemont dénonce régulièrement la mise à l'index que subiraient les « hérétiques » (comprendre les climato-dénialistes), dont il se revendique dès 2015 dans un texte publié par Le Temps (désormais dépublié, mais archivé), il parvient à publier de la désinformation dans divers médias.
Dans Contrepoints, l'ingénieur et consultant publie en 2017 une tribune intitulée « Réchauffement climatique : pourquoi c’est facile d’y croire ». Il y pourfend l'« l’hystérie climatique » et les « adeptes extrémistes du réchauffement climatique », qu'ils soient militants du « djihad climatique » voulant « tuer les hérétiques, bien sûr », « scientifiques dont la carrière dépend de la continuation des programmes pour ou contre le climat » ou médias « idiots utiles de la causa climatica ». Ce n'est là que l'un des nombreux articles qu'il a publiés sur ce média libertarien, entre guide pour « débusquer l’idéologue forcené » (rédigé à partir des idées de la climato-dénialiste américaine Judith Curry), dénonciation des « associations écolos au fonctionnement néo-soviétique », recension flatteuse d'un essai de Jean de Kervasdoué et — passage obligé — billet critique sur Greta Thunberg, qui serait manipulée.
Michel de Rougemont intervient régulièrement sur Atlantico. Interrogé en 2023 par la rédaction du site, avec Jean-Paul Oury, au sujet de la volonté affichée par Emmanuel Macron de faire une pause dans la réglementation environnementale européenne, Michel de Rougement critique les objectifs climatiques et dénonce « la clameur émotive ou le populisme écolo anxiogène » qui pressent à agir.
Dans un entretien qu'il donne en 2022 au même site avec Samuel Furfari et, de nouveau, Jean-Paul Oury, il diffuse deux fausses informations en deux phrases : « Comme un paquebot, une fois un élan donné et quelque peu poussé par l’activité humaine, il n’est pas possible de changer abruptement son cours [celui du réchauffement] ni de le stopper. Il faut donc compter que ce réchauffement suive une trajectoire que toute action immédiate n’influencera que peu, et ce pour longtemps. » Il y a là à la fois une subtile contestation du fait que l'humanité est entièrement responsable du réchauffement climatique contemporain, et la négation du fait qu'il est bel et bien possible d'interrompre le réchauffement en cessant d'émettre du CO2 dans l'atmosphère. Le consultant pousse également à favoriser l'adaptation au changement climatique, passant sous silence les limites à l'adaptation décrites par le GIEC.
Toujours avec Samuel Furfari et Jean-Paul Oury, il publie en 2022 dans le magazine français La Tribune une charge contre la « Climatocratie », « un régime qui pourrait prendre des mesures universelles pour agir sur le changement climatique [et] voudrait qu'il n'y ait qu'un seul son de cloche, celle qui sonne le tocsin pour alarmer et culpabiliser l'humanité de cette situation ».
Condensé de l'interview quelques jours auparavant à Atlantico, le texte indique notamment que « le GIEC accompagne des scénarios de probabilités d'augmentation de la température » et que « ceux qui dépassent 2 °C en 2100 ont des probabilités assez faibles », ce qui est doublement faux : d'une part, le GIEC ne se prononce pas sur la probabilité que survienne l'un ou l'autre des scénarios proposés, d'autre part les scénarios tangentiels (avec les politiques climatiques actuelles) mèneraient à un réchauffement d'environ 3 °C en 2100.
Il bénéficie également d'une tribune dans le quotidien suisse 24 heures pour produire une lecture toute personnelle — et fallacieuse — d'un commentaire tout à fait sérieux publié par des climatologues dans Nature. Contrairement à ce qu'écrit, Michel de Rougemont, les chercheurs en question ne remettent pas du tout en cause la notion de budget carbone.
Par ailleurs, ironiquement, quatre des chercheurs en question ont publié une estimation resserrée de la sensibilité climatique sur laquelle s'est notamment appuyé le GIEC pour son sixième rapport, estimation dont Michel de Rougemont nie toute fiabilité sur son blog (voir infra).
Le consultant est aussi l'auteur d'une tribune parue dans Valeurs actuelles dans laquelle il écrit que « se focaliser sur l’élimination des émissions de GES est un acte de mise sous contrôle des populations ».
Il publie enfin des tribunes sur le blog pseudo-scientifique European Scientist, où il est plusieurs fois interviewé.
Blog personnel
Michel de Rougement possède un blog entièrement dédié à son analyse du changement climatique. En 2021, l'un des ses billets (qui renvoie à un article de la dénialiste américaine Judith Curry) est republié par l'Association des climato-réalistes.
Sur son blog, le consultant indique « douter du rôle prépondérant que les experts attribuent aux GES, donc à la haute sensibilité que le climat montrerait en réponse à la hausse de leur concentration dans l’atmosphère ». Ne craignant pas la contradiction, il écrit quelques lignes plus loin : « Me traiter de sceptique ou de négationniste tiendrait donc de la calomnie et pourrait faire l’objet de poursuites pénales contre ceux qui publieraient cela de mauvaise foi dans l’intention de discréditer ma personne. »
Ses critiques portent à la fois sur l'estimation de la sensibilité climatique, sur les modèles climatiques et sur l'objectif de « réduire les émissions de CO2 à un net zéro d’ici le milieu de ce siècle » (car « la mise sous contrôle du climat par la variable CO2 tient de l’hubris ; cela mène à une politique inutile et dangereuse car inefficace, excessivement coûteuse et totalement injuste »), auquel il préfère l'adaptation.
Sur une autre page, il rejette les conclusions du GIEC relatives à la sensibilité climatique, ce qui lui permet d'admettre le réchauffement et la réalité de l'effet de serre… mais de refuser l'idée que le réchauffement contemporain soit entièrement d'origine anthropique (comme il l'écrit ailleurs : « Une part seulement du réchauffement peut être attribués aux GES, dont le CO2. Le reste doit s'expliquer par la continuation de la sortie du petit âge glaciaire et par d'autres mécanismes, naturels ou artificiels. »). Il minimise également la gravité des impacts du changement climatique (pourtant établie) et estime que les efforts de décarbonation sont irréalistes et que « même en cas de réussite la réponse du climat est très incertaine » (c'est faux).
Michel de Rougemont est aussi l'auteur de trois ouvrages auto-publiés, dont Entre hystérie et négligence climatique : du totalitarisme au réalisme en 2019 et La Grande Illusion du sauvetage de la planète par une remise à zéro en 2021.
Contacté par le biais de son blog, Michel de Rougement ne nous a pas répondu.
Classification du discours
Comme de nombreux autres climato-dénialistes, Michel de Rougemont développe un mille-feuille argumentatif. Son argumentaire se rattache aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Michel Godet
Économiste français né en 1948, membre de l'Académie des technologies et longtemps professeur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), Michel Godet fait partie de la première génération de « climatosceptiques », avant même que le terme ne soit usité.
Analyse du discours
Il est notamment l'auteur en 1998 d'une tribune dans Le Monde niant l'origine humaine du changement climatique, pourtant déjà établie scientifiquement, avec de surcroît un argument promis à un bel avenir (on le lit toujours un quart de siècle plus tard) : « A qui profite le doute ? Certainement aux chercheurs, qui voient se multiplier les crédits et les missions d'études. »
La réponse que lui fait Cédric Philibert de l'Ademe ne le convainc visiblement pas, puisqu'il réitère ses propos en 2001 dans Les Échos (comme repéré par deux chercheurs en 2019), articulant arguments climatosceptiques (« Le monde change, la Terre aussi, et ses soubresauts climatiques et volcaniques ont des origines plus naturelles qu'humaines. ») et rejet politique « des "écolos rétros", pour qui la croissance est néfaste dès lors qu'elle affecte les stocks » ; lui préfère les « écolos réalos qui savent bien qu'il ne peut y avoir de création sans destruction ».
Dans son ouvrage Le Choc de 2006, publié en 2003, il répète ces arguments (notamment celui du Groënland en l'an mil), si l'on en croît la critique qu'en fait Jacques Barraux dans Les Échos le 30 janvier 2003.
En 2007 encore, il s'interroge dans Le Monde : « Peut-on développer durable ? L'application maximaliste du principe de précaution pourrait être un frein à l'innovation. » L'argumentaire n'est pas limité au climat, mais lorsque Michel Godet en parle, c'est toujours pour questionner l'origine humaine du changement climatique, en s'appuyant sur les discours Claude Allègre. Et pour s'inquiéter, citation de son confrère Rémy Prud'homme à l'appui, des conséquences du grenelle de l'environnement lancé par Nicolas Sarkozy.
Deux ans plus tard, le « Prix de la réflexion impertinente » qu'il a créé est décerné par le Cercle des entrepreneurs du futur à un article de Rémy Prud'homme publié dans Commentaire qui y questionne à demi-mot le « consensus dominant » sur le changement climatique.
En 2010, lors des universités d'été du Medef, où Claude Allègre est invité, Mediapart relate (vidéo à l'appui) que l'économiste dénonce « le scandale du Grenelle de l'environnement » et s'en prend aux « khmers verts », provoquant l'hilarité de la salle.
Ses discours niant explicitement les connaissances scientifiques sur le climat semblent cesser au tournant des années 2010. En 2014, il est ainsi toujours question de « khmers verts » mais plus de remise en cause des sciences du climat.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Michel Onfray
Né en 1959, Michel Onfray est un philosophe médiatique et essayiste français. Dans la seconde moitié des années 2010, en même temps qu'il se rapproche de l'extrême droite, il adopte un discours climatodénialiste et pseudoscientifique, avec une assurance inversement proportionnelle à sa maîtrise du sujet. Il est le fondateur et directeur de la revue Front populaire. Il collabore en outre depuis septembre 2025 au journal belge (climato-dénialiste) PAN.
Analyse du discours
En 2023, dans une vidéo publiée sur son site web (dont seule la première minute est accessible gratuitement : il faut payer 4,90 € pour voir la suite), il répond à la question « Que pensez-vous du GIEC, qui met en cause la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique ? » Tout en indiquant n'avoir « pas creusé » le sujet et n'être « pas très au point sur le GIEC », il met en doute la fiabilité de l'organisme, effectuant une comparaison (courante chez les climatodénialistes) avec le lyssenkisme, une théorie pseudoscientifique de l'ère soviétique. Sa source, indique-t-il, est « une émission » qu'il a entendue à la radio.
Il tenait d'ailleurs un discours similaire en décembre 2019, en témoigne une autre vidéo de son site web, où déjà, il indiquait en préambule n'avoir « pas regardé toutes ces choses-là », avant de diffuser de fausses informations sur le fonctionnement du GIEC (dont les auteurs seraient pour parties des personnalités politiques, dit-il). Quatre ans n'auront donc pas permis à l'intéressé de s'informer. Quelques mois auparavant, dans une vidéo similaire, il reconnaissait l'existence du réchauffement climatique puis développait une explication particulièrement confuse sur la responsabilité du cosmos dans le changement climatique — rebelotte en 2024. Plusieurs autres vidéos du philosophe, qui a semble-t-il un avis sur tout, sont consacrées à la jeune militante écologiste suédoise Greta Thunberg, qu'il agonit d'attaques personnelles, un procédé qu'on retrouve chez d'autres climato-dénialistes. La polémique que provoque l'un de ses éditoriaux de 2019 au sujet de l'adolescente — autrement plus compétente que lui en sciences du climat — le conduit d'ailleurs à réitérer sa désinformation dans le journal allemand Die Welt, comme le relate le site climato-dénaliste belge Science, climat et énergie : les principales causes du réchauffement climatique sont, explique-t-il, « les cycles cosmiques ».
Sur le plateau du Figaro Live, en septembre 2022, comme repéré par le blog Bon Pote, il explique que « la vibration de la Terre sur son axe produit des différences d’exposition à la lumière qui produit des ensoleillements différents » et enchaîne : « Peut-on arrêter d’imaginer que la mobylette ou la voiture est la cause de perturbations écologiques ? »
En novembre 2024, dans son émission sur CNews intitulée Face à Michel Onfray, consacrée ce jour-là à l'élection de Donald Trump, il affirme (vers 21') qu'Elon Musk, dont il entreprend l'éloge, « a compris qu'il y avait effectivement un changement climatique et qu'il était en relation avec ce que l'astrophysique nous enseigne, pas avec ce que les bobos-écolos nous enseignent, ou le GIEC. C'est-à-dire qu'il y a des cycles de réchauffement et de refroidissement de la planète depuis que la planète existe et indépendamment des hommes. » Lorsque la présentatrice Laurence Ferrari lui répond timidement que l'homme a un impact sur l'environnement, le philosophe médiatique le concède, mais affirme qu'« on ne l'a pas mesuré », puis que la part humaine dans le réchauffement « n'est certainement pas déterminante ». Sans contradiction de son interlocutrice.
En juillet 2025, il signe dans Le Journal du dimanche une chronique : « L’Homme n’est pas davantage coupable des cycles solaires, dont on sait si peu ; les alternances naturelles entre périodes de réchauffement et périodes de refroidissement se succèdent depuis des millénaires, y compris et surtout quand les hommes n’étaient pas encore apparus sur la planète […], ce qu’un simple cours de géologie dans les collèges de jadis expliquait tout simplement. » Se fonder sur l'évocation d'un cours de collège d'il y a plus de quarante ans pour contredire les scientifiques spécialistes du sujet est pour le moins osé.
Le même mois, Michel Onfray consacre une partie de son émission sur CNews au sujet « Épisodes climatiques et multivers ». Dans un discours halluciné convoquant les épicuriens, les matérialistes, la physique quantique et Elon Musk pour critiquer les écologistes (ils « ne pensent pas en termes d'univers, ils pensent de manière très étroite en termes de planète »), il avance son hypothèse : la multiplicité d'univers (le multivers) explique probablement le réchauffement climatique. C'est en réalité le recyclage de l'explication, pas moins confuse, qu'il avait élaborée dans une interview filmée en 2020 (à partir de 34'), repérée par le vidéaste Monsieur Phi, et dans laquelle le téléspectateur pouvait apprendre que « nous ne savons pas tout, le réchauffement climatique ce n'est pas juste parce qu'on tire trop la chasse d'eau »…
Il réitère encore cette explication sur CNews en novembre 2025 (vers 20' : « l'astrophysique nous enseigne que le réchauffement climatique est dû à ce que l'on appelle les multivers, les plurivers, les interactions entre les univers, mais pour ça il faut faire un peu d'astrophysique »), au milieu d'un développement sur le thème « Islam : vers une radicalisation chez les jeunes » comme l'indique le bandeau de la chaîne d'extrême droite.
Que valent les travaux de dizaines de milliers de scientifiques durant les soixante dernières années face aux hypothèses de Michel Onfray sur la responsabilité du cosmos, des cycles solaires ou des multivers ? Vous avez quatre heures.
Contacté par le biais de son site web officiel et via la revue Front populaire, Michel Onfray ne nous a pas répondu.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Michel Vieillefosse
Ingénieur devenu consultant en 2010, Michel Vieillefosse est né en 1948. Il travaille au Centre national d'études spatiales (CNES) jusqu'en 1988. Figure confidentielle et récente (2022) des marges du climato-dénialisme français, il a pour thèse — non publiée dans la littérature académique — que le réchauffement est davantage dû à la déforestation et à l'artificialisation des sols qu'au CO2.
Analyse du discours
Il est l'auteur en 2022 de Réchauffement climatique : une affaire entre la nature et l’Homme aux éditions L'Harmattan, essai dans lequel il développe sa thèse, contraire aux connaissances scientifiques synthétisées par le GIEC, selon laquelle le CO2 n'est pas le premier responsable du réchauffement climatique : ce sont la déforestation tropicale et l'artificialisation des sols. Dans une vidéo réalisée par l'éditeur, Michel Vieillefosse affirme que « la lutte contre le CO2 est inutile et sans effet ». Pour stopper immédiatement le réchauffement, il suffit de stopper les importations de soja et d'huile de palme responsables de la déforestation aux Tropiques, cesser l'artificialisation des sols, « supprimer les toitures métalliques sur les zones industrielles » et empêcher les fuites de méthane produites sur les gazoducs.
Dans le troisième chapitre de cet essai, Michel Vieillefosse s'étonne que la baisse de 8 % des émissions de CO2 pendant la pandémie de Covid19, en 2020, ne se soit pas accompagnée d'une diminution de sa concentration dans l'atmosphère : « Quelle n’est pas ma surprise en découvrant que sa concentration continue de croître ! » C'est pourtant logique : ajouter un peu moins de CO2 dans l'atmosphère qu'avant, c'est toujours en ajouter : aucune raison que la concentration atmosphérique cesse d'augmenter dans ces conditions.
Plus loin dans l'ouvrage (p. 180), il écrit : « Dans les 20 ans à venir, la température de la Terre montera de 0,4 °C supplémentaire et non pas de plusieurs degrés, comme veut le faire croire le GIEC. » Aucun scénario prospectif du GIEC ne projette pourtant une hausse de plusieurs degrés à une échelle de temps aussi courte.
L'auteur écrit également, confusément : « Peu importe les décisions prises sur le CO2, son abondance dans l’atmosphère ne diminuera pas ; le taux d’origine anthropique s’élève à 6 % seulement. » Puis il se veut rassurant :
« Les alarmistes réduisent le futur au climat. Comme si rien d’autre ne pouvait arriver. Comme si la croissance économique, le développement technologique, l’adaptation aux mutations ne pouvaient intervenir. En oubliant tous les bienfaits que le changement climatique pourrait apporter. »
Son ouvrage fait l'objet d'une recension publiée en français sur le site de l'Association des climato-réalistes et en anglais sur le blog climato-dénialiste Watts Up With That?.
Dans une vidéo publiée sur une chaîne Youtube confidentielle, il relate en 2023 son parcours d'ingénieur au CNES, qui le mène dans les années 1970 à travailler (durant six ans, précise-t-il en 2025, voir infra) sur les premières mesures satellitaires du bilan radiatif de la Terre. « J'avais une certaine vision de ce qui se passait et aujourd'hui, je vois que ce qu'on nous raconte ce n'est pas exactement ça. Donc j'ai voulu comprendre si je m'étais trompé à l'époque ou si j'avais raison et si ce qu'on nous raconte aujourd'hui n'était pas tout à fait exact. »
En février 2025, il intervient sur Citizen Light (un média conspirationniste), en compagnie des climato-dénialistes Jean-Marc Bonnamy, Camille Veyres et Daniel Husson. Il explique à cette occasion l'éco-anxiété des jeunes ainsi : « La raison principale est qu'il n'y a pas de débat scientifique. […] Donc j'espère qu'on va débattre des causes du réchauffement. » Quelles sont-elles ? « Ce n'est pas le CO2 le principal facteur », mais la déforestation et l'imperméabilisation des sols, explique-t-il.
Plus tard dans l'émission, il réfute l'idée selon laquelle l'Antarctique entier pourrait fondre prochainement — idée que les chercheurs n'ont jamais soutenue et qui fait figure d'épouvantail rhétorique — et il affirme qu'« on voit que l'océan a bougé de quelques millimètres et puis c'est tout […] la mer elle va pas monter, hein ». En réalité, la hausse du niveau des océans, qui s'accélère, est d'environ 3,5 millimètres… par an. Le sixième rapport d'évaluation du GIEC indique que le niveau des océans s'est élevé d'une vingtaine de centimètres entre 1900 et 2018 et que la hausse pourrait atteindre 50 cm à 1 m en 2100 (selon le niveau des émissions de gaz à effet de serre et en fonction de l'intensité de certaines boucles de rétroactions climatiques).
Il publie un second essai, Climat : comprendre sans simplifier, toujours chez L'Harmattan, en novembre 2025.
Réponse de Michel Vieillefosse
Contacté par nos soins, Michel Vieillefosse conteste sa classification comme climato-dénialiste. « Si vous voulez absolument m’étiqueter, vous pourriez me qualifier de "modèlo-denialiste". »
Il nous explique : « Mon travail s’appuie sur des observations terrain. J’ai effectué des mesures sur une multitude de sites au fil des ans. » Mesures qu'il oppose aux « modèles climatiques fondés sur des idéologies ». Selon lui, « le GIEC considère des modèles, sans se soucier de leur adéquation avec le terrain » (en réalité l'institution s'appuie aussi sur l'ensemble de la littérature scientifique, y compris des observations et une compréhension théorique des mécanismes en jeu), et « les "forçages radiatifs" du GIEC sont tout simplement imaginaires ». Questionné sur les raisons pour lesquelles il ne soumet pas sa théorie à ses pairs, il nous répond :
« Aujourd’hui, à quoi bon vouloir publier mon point de vue dans des revues ? […] Les pairs du GIEC n’acceptent que les articles conformes à leur idéologie et ignorent les autres. […] Un livre s’avère donc être un moyen de communication plus approprié. Plus de 500 personnes ont lu mon livre, sans dénoncer d’erreurs de raisonnement. Il fait l’objet de débats sur les sites sociaux. Son impact négatif pourrait se révéler bien inférieur comparé au développement économique. »
Interrogé sur ses propos relatifs à l'élévation du niveau des océans, il nous écrit : « Le niveau de la mer augmente de 2,7 mm par an à la suite d’un degré d’élévation de la température de l’eau depuis soixante ans. La cause principale est la dilatation de l’eau. » Précisions ici que le GIEC cite un deuxième facteur d'importance presque équivalente : la fonte des glaciers et calottes glaciaires due au réchauffement.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Nexus
Nexus est une revue conspirationniste française, dérivée de la revue australienne éponyme. Elle adopte une position de désinformation climato-dénialiste depuis les années 2000.
Analyse du discours
Le numéro 48 de Nexus (janvier-février 2007), dont le dossier et la une sont consacrés aux ovnis, nous apprend page 6, sous le titre « Ça chauffe aussi sur Mars ! », que le réchauffement observé sur la planète Mars « confirme les affirmations de nombreux climatologues comme James M. Taylor du Heartland Institute de Chicago, selon lesquels le réchauffement modeste de la Terre au cours du siècle dernier serait en réalité dû à l'augmentation récente du niveau d'intensité énergétique du Soleil ». James Taylor n'est en réalité pas du tout climatologue, mais avocat et lobbyiste, et le Heartland Institute n'est pas un laboratoire scientifique mais un think tank libertarien, connu autant pour sa désinformation climatique que pour ses prises de position anti-régulation du tabac, financées par l'industrie du tabac américaine.
Nexus consacre la une de son numéro 49 à « La terreur fabriquée : omissions, mensonges, manipulations », silhouette d'avion et mention « 11/9 » en regard — le dossier est consacré aux attentats du 11 septembre 2001 (« Autopsie d'une imposture »). En pages intérieures, on trouve aussi la traduction en français d'un article de Christopher Monckton, un climato-dénialiste britannique. Au menu, mise en cause de l'effet de la hausse des concentrations en CO2 sur les températures, contestation du « consensus scientifique », critique de la fameuse courbe de Mann, dénonciation d'un « lobby climatologique »…
En mars 2008, Nexus titre en page 6 : « L'origine anthropique du réchauffement de plus en plus contestée », affirmant que plus de 400 scientifiques s'opposent au consensus. Dans le numéro suivant, la revue consacre un article, parfois confus, au changement climatique. Le ton est donné dès le chapô :
« Depuis la sartie du film d'AI Gore Une vérité qui dérange, le « consensus scientifique » autour de l'origine anthropique du réchauffement climatique n'en finit pas de se fissurer. De plus en plus de chercheurs soulignent les lacunes méthodologiques qui sous-tendent la thèse du CO2, certains en révisent les prédictions, déjà alarmistes, à la hausse, d'autres encore parlent de gronde arnaque destinée à asseoir le contrôle des économies mondiales… »
De fait, l'article conteste à la fois les fondements scientifiques du changement climatique (il met en cause la réalité de l'effet de serre et reprend les thèses contemporaines du physicien américain Richard Lindzen), le GIEC (est cité le chimiste dénialiste néo-zélandais Vincent Gray qui considère que « le GIEC est fondamentalement corrompu »), et s'interroge quant à « un nouvel outil de contrôle des masses ».
Dans son numéro 68, en 2010, Nexus donne la parole à Vincent Courtillot, qui « défend l’hypothèse de l’influence solaire pour expliquer les variations de température ».
Nous n'avons pas pu accéder aux numéros suivants de la revue, mais tout porte à croire que sa ligne éditoriale est restée inchangée. À l'été 2025, en effet, Nexus consacre un dossier de son numéro 159 au réchauffement climatique, qui entend « remet[tre] le CO2 à sa juste place » et fait entre autres intervenir le physicien Daniel Husson. Le dossier comporte aussi un article titré « CO2, mon amour » sur ce gaz à effet de serre qui ne serait pas en mesure, à lui seul, de contribuer à un réchauffement atmosphérique supérieur à quelques fractions de degrés. Y est cité le président de la CO2 Coalition américaine, Gregory Wrightstone. Une interview de sa compatriote climato-dénialiste Judith Curry conclut le dossier.
La chaîne Youtube de Nexus propose également quelques vidéos climato-dénialistes (exemples d'octobre 2024 et de juin 2025). On y trouve surtout une longue interview de l'influenceur conspirationniste Salim Laïbi, en décembre 2024, à l'occasion de la publication de son pamphlet Climate Terror.
Chez Nexus, si l'on conteste sans cesse la réalité du changement climatique ou de son origine humaine, c'est avant tout par crainte d'un gouvernement mondial autoritaire, dans un réflexe complotiste. La revue voit toutefois d'un bon œil la lutte « contre une croissance débridée » (numéro 49, page 74), ce qui la distingue des climato-dénialistes libéraux-conservateurs qui s'opposent à l'idée du changement climatique car elle implique à leurs yeux la promotion de la décroissance — qu'ils abhorrent.
Voir aussi
Nicolas Lecaussin
Nicolas Lecaussin, né 1969, est un essayiste libéral français, directeur de l'IREF. Il tient des discours climato-dénialistes.
Analyse du discours
En 2023, il publie un article sur le site de l'IREF affirmant que le CO2 n'est pas la cause du changement climatique, en s'appuyant entre autres sur l'argumentaire de l'Américain Steven Koonin : « Le climat se réchauffe mais il existe encore des incertitudes sur les causes. Et rien ne justifie de paniquer ou de mépriser les théories qui ne seraient pas catastrophistes et qui ne mettent pas forcément l’homme en cause. » En raison de sa circulation sur les réseaux sociaux, l'article est réfuté par l'AFP. Nicolas Lecaussin persiste et signe dans la désinformation.
Quelques mois plus tôt, il avait aussi promu l'idée selon laquelle des incertitudes demeurent quant à l'origine du changement climatique. Il citait là aussi Steven Koonin, ainsi que Richard Lindzen.
En 2021, il s'appuyait déjà sur Steven Koonin pour contester les conclusions du sixième rapport d'évaluation du GIEC : « contrairement à ce qu’on dit, la situation est loin d’être catastrophique ». Il présente également les thèses de l'Américain en vidéo. Ou dans un autre texte.
En 2022, c'est sur un article de Bjørn Lomborg paru dans The Wall Street Journal (un journal économique américain habitué du climato-dénialisme) qu'il se fonde pour prétendre réfuter une étude parue dans une revue académique.
En 2025, Nicolas Lecaussin travestit une étude publiée par des climatologues (dont James Hansen) en affirmant que « les auteurs proposent une "approche alternative" à celle du GIEC pour lutter contre le réchauffement climatique : plus de particules dans l’air, donc encore plus de pollution ». Ce n'est pas ce qu'écrivent les chercheurs, qui disent seulement qu'il faut envisager un recours à la géoingénierie solaire, mais qu'elle « ne devrait être envisagée que comme une possibilité de remédier à un dépassement temporaire de la température mondiale considérée comme sûre, tandis que les gaz à effet de serre atmosphériques sont réduits aussi rapidement que possible ». Et encore, il estiment qu'un accord international sur l'usage de ces techniques n'est pas souhaitable tant que « les risques et les avantages [ne sont pas] mieux établis ». Il s'agit d'ailleurs d'une proposition complémentaire (et non alternative) à celle du GIEC, comme l'écrivent explicitement les chercheurs dans le résumé de leur article.
La même année, il fait la promotion du dernier livre de Thierry Godefridi.
Il ne s'agit ici que d'exemples : les billets climato-dénialistes de l'essayiste sont très nombreux dans les années 2020, et souvent répétitifs, indiquant une stratégie du martèlement.
L'intérêt de Nicolas Lecaussin pour les thèses climato-dénialistes n'est toutefois pas nouveau, en témoigne ce billet de 2009, celui-ci de 2010 sur « l'argent des écolos » (particulièrement ironique quand on sait qu'ExxonMobil a généreusement financé les organisations instillant le doute quant à la réalité du changement climatique), celui-ci qui promeut la même année l'ouvrage climato-dénialiste de Laurent Cabrol, ou encore celui-là qui confond météo et climat. En 2013, il s'adonne à une lecture totalement fantaisiste, pour ne pas dire hallucinatoire, du cinquième rapport d'évaluation du GIEC :
« selon le dernier scénario du GIEC, qui tient compte d’une augmentation de 100 % des émanations de CO2, la température du globe n’augmenterait que de 1 °C d’ici 2100 ! Pas vraiment de quoi gaspiller des dizaines de milliards de dollars pour protéger la planète. »
L'un de ses articles climato-dénialistes parus sur le site web de l'IREF est republié en 2023 par The Epoch Times, un média américain d'extrême droite et complotiste, avec l'autorisation de l'IREF.
Il est également contributeur dans Valeurs actuelles (ses articles), sur Contrepoints (ses articles), sur Atlantico (ses articles), ou encore dans L'Opinion, toutefois plus souvent pour dénoncer l'état-providence, les impôts et la lutte contre les inégalités que pour donner son avis sur le changement climatique.
Contacté, Nicolas Lecaussin n'a pas répondu à nos questions mais était en copie des réponses du président de l'IREF Jean-Philippe Delsol.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent à l'ensemble des cinq catégories de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Olivier Postel-Vinay
Né en 1948, Olivier Postel-Vinay est un journaliste scientifique à la retraite, ancien rédacteur-en-chef de La Recherche. Il est le fondateur et directeur du magazine Books, aussi volontiers climato-dénialiste que lui-même.
Analyse du discours
Du déni du réchauffement…
En 2015, aux côtés de nombreux climato-dénialistes, il participe à la contre-COP 21 organisée par le collectif des climato-réalistes (ancêtre de l'Association des climato-réalistes). Il refuse de se positionner parmi les « climatozélotes » ou les « climatosceptiques » et se présente comme « climatoagnostique ». C'est un pur artifice rhétorique, on le verra, puisqu'en ignorant ostensiblement les connaissances scientifiques, il s'inscrit clairement dans la seconde catégorie.
À la fin de l'année, Le Point lui donne la parole, ayant jugé son essai La Comédie du climat « plus subtil » que les autres ouvrages climato-dénialistes. Questionné sur son positionnement « climatoagnostique » (« Mais le terme « climato-agnostique » n'est-il pas hypocrite ? Dans votre livre, vous penchez clairement vers le scepticisme… »), il admet être en fait « sceptique envers la thèse centrale » mais ne veut pas être rapproché des climato-dénialistes liés à l'industrie pétrolière. Autrement dit, il rejette les connaissances scientifiques mais pas par intérêt financier. Il n'est d'ailleurs pas sceptique, mais affirmatif : « les scientifiques, contrairement à ce qu'ils prétendent, ne sont pas en mesure d'affirmer qu'il y a un réchauffement climatique ».
De la subtilité vantée par le magazine, on trouve peu de traces dans l'interview. En particulier lorsqu'Olivier Postel-Vinay répond que le climatologue américain Michael Mann « est devenu une figure du stalinisme contemporain ». Il fait référence à la courbe en crosse de hockey, qui excite alors depuis une dizaine d'années déjà les sphères climato-dénialistes. L'essayiste y voit « une fraude que la communauté scientifique tout entière a refusé de reconnaître comme telle » — et pour cause, de fraude il n'y a guère. Il enchaîne les arguments mensongers : les mesures ne seraient pas fiables car « extrêmement dispersées et réparties de manière non homogène sur les continents » ; les mesures par satellite « sont plates depuis une vingtaine d'années » ; « 50 % des scientifiques ont des doutes sérieux sur la validité de la thèse » ; il faisait aussi chaud lors de l'optimum climatique médiéval…
Son essai bénéficie aussi d'une critique élogieuse sur le site web libéral Contrepoints et d'une autre dans la revue Paysans & société. Olivier Postel-Vinay est également invité sur BFM Business, où son discours ne rencontre pas de véritable contradiction du présentateur.
Dans Libération, ses chroniques, plus policées, se font tout de même plus ou moins subtilement climatosceptiques, qu'il s'agisse en janvier 2016 de parler « des effets supposés délétères du changement climatique » et de pousser à éviter toute réduction significative des émissions de gaz à effet de serre, ou plus tard dans l'année d'affirmer que « le Giec a admis s’être trompé sur l’évolution de la température moyenne globale de la Terre, qui aurait dû, selon les prévisions, continuer d’augmenter régulièrement après 1998 » — un argument classique des dénialistes. L'affirmation provoque une réponse de plusieurs climatologues dans le quotidien, et une sèche réfutation par le journaliste scientifique Sylvestre Huet dans Le Monde. La collaboration d'Olivier Postel-Vinay avec Libération cesse peu après.
Toujours en 2016, il donne une conférence résolument climato-dénialiste devant le Cercle Frédéric Bastiat, un think tank libéral. L'ancien journaliste scientifique se lâche. Il fait appel au « bon sens » pour dénoncer la thèse « stupide » des chercheurs (vers 42') :
« Les scientifiques […] se moquent de nous, rien n'est démontré, ils ne savent pas ce que c'est que le climat, ils n'ont pas de théorie du climat, ils ne sont pas en mesure de dire que la Terre se réchauffe aujourd'hui [ni] d'établir une causalité entre les gaz à effet de serre et un réchauffement possible et donc ils nous entubent. »
… à la négation de son origine humaine et de sa gravité
Interviewé en 2022 dans Le Figaro Vox à l'occasion de la sortie de son essai Sapiens et le climat, Olivier Postel-Vinay adapte son discours : désormais, il reconnaît que « le réchauffement est une réalité » mais il se dit « gêné par une tendance à l’exagération des climatologues, qui greffent sur leurs observations un discours qui [lui] paraît idéologique ». Quant à l'origine du réchauffement observé, « cela reste un mystère » pour lui, qui refuse toutefois la qualification de climato-sceptique. Il poursuit en déroulant des arguments habituels — qu'il ne maîtrise pas totalement d'ailleurs, puisqu'il situe le « climategate » en 1995 au lieu de 2009 — et se veut rassurant. D'ailleurs, nous vivons un « optimum climatique ». Devant une « incertitude profonde » (totalement fictive), « chercher les moyens de s’adapter, de composer avec, paraît la solution la plus raisonnable », explique-t-il, rejetant l'option alternative que serait la décroissance et ne disant mot des réductions des émissions de gaz à effet de serre.
Sapiens et le climat est l'objet d'une critique positive par Jean-Philippe Delsol sur le site de l'IREF, think tank libéral-libertarien très réceptif au climato-dénialisme. L'essayiste est aussi interviewé par Le Point, où il conclut l'entretien de la sorte : « dans de très nombreux cas, un changement climatique brutal a conduit l'espèce humaine à témoigner d'une faculté d'adaptation spectaculaire. Je ne m'inquiète pas outre mesure ! »
On retrouve Olivier Postel-Vinay interviewé (vidéo) en décembre 2022 par André Bercoff sur Sud Radio, toujours friande de désinformation climatique : revendiquant la nécessité de remettre en perspective le réchauffement climatique (qu'il niait encore quelques années auparavant), il reprend l'argumentaire de son essai, listant les différents changements climatiques qu'a connu l'humanité par le passé. Le « rassurisme » — qu'il diffuse aussi dans Le Figaro Histoire en 2023, comme relevé par le média Arrêt sur images et l'association Quota Climat — n'est toutefois pas la seule corde que l'essayiste a à son arc. Il ne tarde pas à déclarer à un André Bercoff aux anges que « contrairement à ce qu'on dit, il n'y a pas de corrélation claire entre l'évolution des gaz à effet de serre et la hausse des températures ». Une énormité ne suffisant pas, il embraye sur ses arguments climato-dénialistes habituels (optimum climatique médiéval, la vapeur d'eau est le principal gaz à effet de serre…) et compare le climat à une religion (les rapports du GIEC étant les évangiles, etc.), dépeignant au passage les jeunes militants écologistes comme des ignares.
En 2023, c'est sur CNews que l'auteur est invité (à partir de 49'), dans L'Heure des pros de Pascal Praud, où il répète son discours : le réchauffement n'est pas inédit ; rien ne permet d'affirmer qu'il va se poursuivre ; rien ne permet d'affirmer qu'il est d'origine humaine. Il était déjà intervenu à plusieurs reprises dans la même émission l'année précédente, dont une fois lorsqu'elle était consacrée à l'ouvrage de l'Américain Steven Koonin.
Continuité du discours
Le nombre d'arguments employés par Olivier Postel-Vinay est le signe d'une figure classique de rhétorique : le mille-feuille argumentatif. La posture « sceptique » — en fait souvent affirmative — du journaliste-essayiste remonte à loin comme en témoigne un billet qu'il publie en 2009 sur le blog de Books, le magazine littéraire qu'il a fondé et dirige.
Il y explique, en s'appuyant sur la thèse d'un chercheur américain retraité et étranger aux sciences du climat, Freeman Dyson, que la thèse « d’un réchauffement planétaire substantiel […] n’est pas vérifiée ». « Le point de vue développé par Dyson est que les climatologues auteurs et défenseurs du "consensus" en savent beaucoup moins qu’ils le prétendent », ajoute-t-il.
Cette idée selon laquelle les scientifiques « en savent beaucoup moins qu'ils le prétendent » semble avoir marqué Olivier Postel-Vinay, puisqu'il ressort la phrase encore et encore durant les quinze ans qui suivent, par exemple en 2018 (« Les climatologues disent volontiers en savoir plus qu’ils n’en savent réellement. »).
Nous avons tenté de joindre Olivier Postel-Vinay par l'intermédiaire de l'association des amis de Books, sans résultat.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
PAN
PAN est un hebdomadaire satirique belge conservateur en langue française. Il diffuse des discours trompeurs sur le changement climatique et invite, par le biais de son club, des personnalités connues du climato-dénialisme.
Présentation
L'éditeur et co-propriétaire de PAN est John-Alexander Bogaerts.
PAN compte parmi ses chroniqueurs deux climato-dénialistes, l'essayiste libéral Thierry Godefridi et le professeur en géopolitique de l’énergie Samuel Furfari. Ils remplissent à eux deux la rubrique climat du journal.
Samuel Furfari y publie des textes hostiles aux politiques climatiques et au « wokisme », entre autres choses.
Quant à Thierry Godefridi, il reproduit sur son site web nombre de chroniques qu'il a publiées dans l'hebdomadaire, dont des recensions d'ouvrages climato-dénialistes comme l'essai de Jean-Marc Bonnamy en 2021, celui de Christian Gerondeau en 2022 ou celui de Benoît Rittaud, en décembre 2023. Plus tôt la même année, l'Association des climato-réalistes, sous la plume du même Benoît Rittaud, se réjouissait que PAN consacre un numéro au changement climatique, avec notamment Drieu Godefridi (fils de Thierry), Henri Masson et le blogueur H16.
Thierry Godefridi consacre également une chronique à la leçon qu'a prétendu donner sur Twitter Samuel Furfari… au climatologue belge Jean-Pascal van Ypersele, ancien vice-président du GIEC.
Il y annonce aussi, puis y relate, la conférence donnée par Steven Koonin à Bruxelles en 2023, sur l'invitation du club de PAN et du club de réseautage entrepreneurial B19, fondé par l'éditeur de PAN John-Alexander Bogaerts. Plusieurs photos mises en ligne sur le site de B19 montrent Drieu Godefridi et Samuel Furfari poser en compagnie du physicien américain. Drieu Godefridi relate d'ailleurs la conférence sur le site de Friends of Science, une officine de désinformation canadienne financée par l'industrie pétrolière.
Cette invitation d'un climato-dénialiste par le club de PAN et B19 n'est pas isolée, puisque l'année suivante, en mai 2024, c'est le climato-dénialiste américain Richard Lindzen qui donnait une conférence à l'initiative des deux organisations (comme le rapporte ce billet de Science, climat et énergie). L'intervention du physicien a d'ailleurs été filmée et publiée sur Youtube.
Un essai du fils de Thierry Godefridi, Drieu, faisait également l'objet d'un débat organisé par le club de PAN en 2022 sur le thème : « Le Néo-Racisme de la Gauche au XXIe siècle ».
En septembre 2025, PAN annonce que le philosophe médiatique français Michel Onfray rejoint le journal.
Joint par courriel, le rédacteur en chef de PAN ne nous a pas répondu.
Pascal Praud
Né en 1964, Pascal Praud est un animateur de télévision, l'une des principales figures de la chaîne d'information en continue CNews. Il intervient également dans les autres médias du groupe Bolloré. Il invite régulièrement des personnalités climato-dénialistes à l'antenne et diffuse lui-même des discours pseudoscientifiques sur le sujet.
En mai 2019, l'animateur se fait remarquer pour une séquence dans laquelle lui et d'autres de ses invités, en particulier Élisabeth Lévy, s'en prennent violemment à Claire Nouvian, une militante écologiste et femme politique (PS), qui s'indigne que la réalité du changement climatique soit mise en doute — le bandeau de l'émission est ironiquement titré « Le "refroidissement" climatique ». Le Journal du dimanche, qui n'a pas encore été racheté par Vincent Bolloré, explique alors en quoi l'ironie de Pascal Praud — qui dans l'émission s'amusait : « Il est là le réchauffement climatique, -3 degrés dans les Yvelines » — relève de la désinformation, en mélangeant météo et climat.
Le présentateur phare de CNews accueille à plusieurs reprises à l'antenne le climato-dénialiste Christian Gerondeau, habitué des plateaux de CNews. En octobre 2021, il assure la promotion de son ouvrage La Religion écologiste ; la seule véritable contradiction est apportée par un autre invité, Philippe Guibert, guère journaliste mais néanmoins mieux renseigné que l'animateur de l'émission, qui revendique ne rien y connaître et s'abrite derrière une fausse neutralité. Pendant ce temps, le plateau vire, comme bien souvent dans L'Heure des pros, à l'empoignade de bistro, un autre invité, le journaliste d'extrême droite Jean-Claude Dassier (Valeurs actuelles) prenant fait et cause pour Christian Gerondeau.
En mars 2022, comme le raconte Samuel Gontier dans Télérama, Pascal Praud fait la promotion du nouvel ouvrage du haut-fonctionnaire, Les 12 mensonges du GIEC, et le laisse exposer de fausses informations sans véritable contradiction. L'animateur explique que « [sa] nature, et celle des journalistes, c'est quand même souvent de ne pas forcément croire ce qu'on dit », mais qu'il ne faut pas pour autant affirmer que tout est faux. L'art de semer le doute.
En 2022 et 2023, il invite aussi Olivier Postel-Vinay, la première fois à l'occasion de la parution en français du livre Climat, la part d'incertitude de Steven Koonin, grande figure du climato-rassurisme outre-Atlantique.
La seconde fois, Pascal Praud s'oppose dès le début de l'émission à un autre de ses invités, Philippe Guibert, qui affirme que le réchauffement en cours depuis le début de l'ère industrielle est inédit — « et vous étiez-là il y a 100 000 ans, vous ? », lui rétorque l'animateur, toujours enclin à la provocation. Plus loin dans l'émission (vers 75'), Pascal Praud souffle à Olivier Postel-Vinay l'un des arguments les plus populaires chez les personnes climato-sceptiques (Cook 2020) : « Combien de CO2 dans l'atmosphère ? Combien ? Zéro, virgule zéro... […] C'est 0,04 ». Sous-entendu : la faible concentration en CO2 dans l'atmosphère (environ 0,04 %) signifierait que sa variation (significative) ne pourrait pas avoir d'effet sur le climat. Las, l'argument est si spécieux que même Olivier Postel-Vinay ne le valide pas. Dans la même émission, où Socrate est cité pour conclure que les scientifiques du climat en savent beaucoup moins qu'ils ne le pensent, Pascal Praud regrette « l'unanimisme de la presse française » au sujet du changement climatique, se revendiquant une fois encore de l'esprit critique pour mettre en cause le consensus scientifique.
En février 2024, dans Le Journal du dimanche (Le JDD) version Bolloré, où il tient une chronique, Pascal Praud affirme que « La France n'est pas responsable du changement climatique », dans un texte hostile à l'écologisme politique. L'affirmation est mensongère, comme le relève notamment le journaliste scientifique Sylvestre Huet, puisque la France a, comme d'autres pays, une responsabilité historique dans les émissions de CO2. La chronique vaudra à Pascal Praud une saisine, jugée fondée, au CDJM, le conseil de déontologie consultatif des journalistes.
En septembre de la même année, toujours dans Le JDD, il s'offusque : « La planète brûle. L’homme est responsable. C’est une vérité révélée. Je reçois sur le plateau de CNews des scientifiques qui nuancent cet axiome. Ils sont cloués au pilori. [...] Climatosceptique, complotiste sont des étiquettes qui [...] promettent des fins de carrière. Il est préférable de dire tout haut que l’immigration est une chance pour le pays plutôt qu’établir un lien entre la délinquance et l’arrivée d’étrangers sur le sol de France. » Climato-dénialisme, xénophobie, même combat.
Dans L'Heure des pros, le mois suivant (à partir de 28'), après des inondations en Ardèche, Pascal Praud s'agace de « l'instrumentalisation » des événements météorologiques extrêmes. Il affirme que le réchauffement climatique « existe, c'est factuel » mais « on peut s'interroger sur la part de l'Homme, ou pas, dans ce réchauffement climatique ». Exceptionnellement, il interroge un climatologue, François-Marie Bréon, qui ne manque de le contredire sèchement : « non, on ne peut pas s'interroger sur la cause du réchauffement, […] vous faites du dénialisme ». Pascal Praud en prend acte mais revendique d'inviter également des personnes aux opinions contradictoires, tel Olivier Postel-Vinay — « qui n'est pas climatologue, qui n'est pas scientifique », le coupe François-Marie Bréon. « Mon but, c'est simplement d'écouter et d'entendre tout à chacun. Moi je n'ai pas un avis sur des choses que je ne connais pas », se défend l'animateur, qui conclut tout de même la séquence en affirmant de manière inédite que « nous ne pouvons pas remettre en cause un consensus scientifique ».
La rhétorique est fallacieuse et la concession de façade, car Pascal Praud ne doute pas et il a bel et bien un avis, il est même convaincu, si l'on en croit Le Nouvel Obs qui relate que pendant la vague de chaleur commencée en juin 2025, Pascal Praud affirme en conférence de rédaction que « le réchauffement climatique n'existe pas ». À la même période, le 1er juillet, dans L'Heure des pros, il estime que les réactions médiatiques à la canicule sont excessives, et qu'il suffit de faire un petit effort, comme « jadis », qu'il s'agit d'une question de « rapport à la nature ». « Je n’ose même pas dire ce que je pense », ajoute-t-il quand la journaliste d'extrême droite Eugénie Bastié souligne que les canicules sont devenues beaucoup plus fréquentes, ce qu'il conteste — « L'année dernière, il y a eu zéro épisode de canicule » (outre que l'argument est inepte, il y a eu deux vagues de chaleur en 2024). Le pseudo-débat, qui porte sur l'opportunité de la climatisation, est particulièrement confus.
Toujours est-il que le présentateur n'a semble-t-il pas été convaincu par la mise au point scientifique de François-Marie Bréon d'octobre 2024. Le mois suivant, il invite Géraldine Woessner, autrice de discours pseudo-scientifiques sur les pesticides et contemptrice de l'écologie politique, qui « prône des solutions qui ont souvent eu pour conséquence d'aggraver le changement climatique », dont elle reconnaît l'existence et qu'elle qualifie de défi du siècle. Pascal Praud partage alors de manière éclairante le fond de sa pensée :
« Moi, le sentiment que j'ai, c'est que ces gens-là, n'ont pas réussi avec le communisme au XXe siècle ce qu'ils veulent réussir avec l'écologie au XXIe siècle. C'est-à-dire une sorte de décroissance, d'anticapitalisme forcené, parce qu'ils n'arrivent pas à trouver leur place dans cette société capitaliste qui est une société de compétition. »
Un peu plus tard dans l'émission, il complète : « Je ne suis pas sûr que l'homme puisse influer sur le climat [...]. Il y a une sorte de folie à penser que l'homme est plus fort que… » Son rejet des connaissances scientifiques sur le climat semble ainsi trouver son origine dans son hostilité idéologique à l'égard des mouvements de gauche ou anticapitalistes.
En février 2025, il affirme encore, cette fois sur Europe 1 : « Le réchauffement climatique, moi je veux bien en parler, mais on a le droit de s'interroger sur qui est responsable du réchauffement climatique. Est-ce l'Homme à 100 %, ou pas ? On peut poser les questions. » Semer le doute, toujours, là où il n'existe plus sur le plan scientifique.
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent aux catégories suivantes de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Pascal Richet
Pascal Richet est un physicien émérite français, affilé à l'Institut de physique du globe de Paris depuis 1986. Il est l'auteur en 2021 d'un article académique contestant l'origine humaine du changement climatique. Réfuté et rétracté, l'article a été du pain béni pour la sphère climato-dénialiste française qui l'a d'abord relayé puis s'est indigné de sa « censure ».
Il est membre du comité scientifique de l'Association des climato-réalistes.
Analyse du discours
Un article scientifique rétracté
Ses thématiques de recherche incluent la géochimie, la géophysique, la thermodynamique, la science des matériaux et la philosophie des sciences, mais pas les sciences du climat.
Pascal Riché écrit en 2021 d'un article intitulé « The temperature–CO2 climate connection: an epistemological reappraisal of ice-core messages » publié dans la revue académique à évaluation par les pairs History of Geo- and Space Sciences. En substance, il entend y démontrer — à partir des seules logiques et notions de cause et d'effet, précise-t-il — que durant les 400 derniers milliers d'années l'évolution des températures, telles qu'elles apparaissent à l'examen des carottes de glace de la station Vostok en Antarctique, a contrôlé celle des concentrations de CO2 dans l'atmosphère et que cette dernière n'a eu qu'une faible influence sur les températures (faible boucle de rétroaction). Ce qui, selon lui, invalide l'idée selon laquelle les émissions de CO2 au vingtième siècle ont provoqué une hausse des températures. D'autant plus que les modèles climatiques ne sont pas fiables et leurs résultats pas réfutables, explique-t-il en s'appuyant sur les travaux de Richard Lindzen.
Autrement dit : Pascal Richet prétend remettre entièrement en cause le consensus scientifique sur le changement climatique d'origine anthropique en mettant en doute le rôle du CO2 dans l'effet de serre.
L'article a été rétracté par l'éditeur de la revue en août 2021. En effet, explique-t-il, l'équipe de quatre reviewers (dont l'un n'est autre que Richard Lindzen) qui a relu l'article avant publication était composée de chercheurs liés ou favorables à « une industrie tirant avantage des conclusions de l'article », ne travaillant pas sur les sciences du climat pour la majorité d'entre eux, et que certaines relectures ont été faites très rapidement. Plusieurs de ces aspects relevant de manquements à l'éthique scientifique, l'éditeur a procédé à une nouvelle évaluation de l'article par des chercheurs compétents dans le domaine et dénués de conflits d'intérêts avec l'industrie.
La nouvelle évaluation prend la forme d'une réfutation unanime de l'article, particulièrement sévère. L'un des reviewers écrit ainsi (les traductions sont de nous) : « Tout d'abord, je dois avouer que je n'ai probablement jamais lu un article "scientifique" d'une qualité aussi médiocre, et je suis consterné qu'il ait été publié dans une revue scientifique internationale. »
La liste des reproches faits à l'article est particulièrement longue, mais on peut en citer une courte sélection. L'article ignore de larges pans de connaissances scientifiques et cite à l'inverse des articles réfutés, y compris ceux d'un chercheur payé par l'industrie fossile, Willie Soon. Un des reviewers écrit que Pascal Richet « ignore presque totalement 20 ans de recherches sur les carottes de glace [et] 30 ans de sciences du climat » — idem pour les modèles climatiques et le cycle du carbone. L'auteur commet des erreurs grossières sur les mécanismes de base sur le fondement desquels il développe son raisonnement : notamment, il semble n'avoir pas compris le processus de glaciation et de déglaciation et son articulation avec les cycles de Milankovitch. De même, il semble ignorer que l'analyse des carottes de glace de Vostok renseigne sur les températures locales et non globales. L'auteur affirme en outre dès le début de l'article que le consensus scientifique sur le rôle du CO2 dans l'effet de serre et le réchauffement contemporain repose sur la seule analyse des glaces de Vostok, ce qui est faux : la compréhension de la physique du climat permet dès 1979 d'ébaucher un consensus sur le sujet.
Un martyr des climato-dénialistes
Dès sa publication, les conclusions de l'article sont relayées par la sphère climato-dénialiste. L'Association des climato-réalistes, qu'il rejoint à la même période, publie en mai 2021, sous la plume de Benoît Rittaud, un article intitulé « Climat : une nouvelle publication scientifique innocente le CO2 », republié sur le site de l'IREF (mais dépublié depuis). En juin, une traduction française de l'article de Pascal Richet est proposée par la même association. Le site d'extrême droite Boulevard Voltaire relaie également la publication du physicien.
Après la dépublication temporaire de l'article de Pascal Richet, Benoît Rittaud prend la défense du physicien et l'Association des climato-réalistes se fend même d'un communiqué de presse. Elle renouvelle son soutien à Pascal Richet en en octobre, après la réfutation et la rétractation de l'article, évoquant « un climategate français ». Boulevard Voltaire s'émeut aussi, en septembre, de la « censure » dont serait victime le physicien français. De son côté, Jean-Philippe Delsol, le président de l'IREF, publie un article en novembre faisant de nouveau référence aux travaux de Pascal Richet sans évoquer leur réfutation et rétractation.
En dépit de sa réfutation, l'article continue d'être cité par la suite par les climato-dénialistes, en 2024 par Climat et vérité, en 2022 et en 2023 par Elpis_R, ou encore en 2022 par le site d'extrême droite Le Salon beige. Il est également souvent mobilisé sur les réseaux sociaux (exemple sur Facebook).
Mutations
Pascal Richet publie lui-même un article sur le site de l'Association des climato-réalistes (et sur Contrepoints) en juillet de la même année. Titré « Climat et CO2 : l’évidence contre le dogme », l'article voit le chercheur dénoncer des « actions de nature totalitaire telles que diffamation et tentatives de réduire au silence ou de réprimer les opinions divergentes sous la menace de l’ostracisme ». Dans une interview donnée au site web suisse Watson, on apprend également que le physicien est membre de ladite association.
Dans une conférence dont la captation vidéo est diffusée en mars 2022, donnée auprès de la Société géologique de France, il réitère l'argumentaire de son article réfuté.
En novembre 2022, Pascal Richet publie un article intitulé « Énergie et CO2 : Raison, émotion ou religion ? » dans le Journal des libertés (co-édité par l'IREF). Il y abandonne la contestation frontale du rôle du CO2 dans le réchauffement, ce qui ne l'empêche pas de contester le consensus scientifique et de s'opposer à un soi-disant alarmisme climatique :
« De la fin du XIXe siècle au début du XXIe, la teneur en CO2 de l'atmosphère est ainsi passée de 0,03 à 0,04 %. Cette augmentation aurait engendré une situation tellement préoccupante, entend-on parfois dire, qu'il faudrait qualifier de crime contre l’humanité toute politique ayant pour conséquence d’aggraver le réchauffement de la planète, et de négationnistes ceux qui nient la réalité de l’urgence climatique à l’image de ceux qui nient le drame de la Shoah. »
Plus inhabituel, le physicien se fait économiste. Il pose ainsi la question du rapport coûts/bénéfices de la transition énergétique et des voitures électriques, avant d'utiliser l'argument « la France ne représente même pas un pourcent des émissions mondiales de CO2 » — un grand classique des discours de l'inaction climatique (Lamb et al. 2020), tout à fait fallacieux.
Réponse de Pascal Richet
Joint par courriel, Pascal Richet nous écrit, concernant notre observation selon laquelle ses travaux de recherche n'avaient jamais porté sur le changement climatique contemporain, que c'est une « ânerie […] malheureusement rabâchée par les tenants de ce qu'on appelle une "pensée de groupe" qui témoignent de la sorte d'une ignorance abyssale de l'histoire des sciences ». En effet, nous explique-t-il, citant Copernic ou Einstein, l'histoire regorge de savants qui ont fait des découvertes en-dehors de leur discipline d'origine.
« Une partie importante de mes travaux ont concerné l'épistémologie, une discipline que j'ai directement mise en œuvre dans mon article censuré », ajoute-t-il. « Mon analyse [des travaux issus des carottes de glace] de Vostok rentre en plein dans un de mes domaines reconnus de compétence », la géochimie. « Quant à la censure dont mon article a fait l'objet, il me suffira de relever que la quasi totalité de mes sévères critiques ont préféré rester anonymes. Au fond d'eux-mêmes, ont-ils eu honte de tenir leurs propos ? » Il est en réalité très courant que le nom des auteurs des évaluations par les pairs, connu seulement de l'éditeur de la revue à comité de lecture qui les sollicite, ne soit pas rendu public.
Pascal Richet nous indique que la publication de son article dans le Journal des libertés s'explique par le simple fait que ce journal a bien voulu le publier. « Certes, mon propos allait en l'occurrence dans le sens des leurs. Mais à quoi sert la SCIENCE, qu'on met sans cesse en avant, si des bilans physico-chimiques rigoureux sont rejetés d'emblée parce que mettant en cause des considérations politiques ? »
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Paysans & société
Créée en 1956, Paysans & société est une revue bimestrielle. Son directeur de la publication est Pierre Pagesse et elle compte dans son comité de rédaction le climato-dénialiste Jean-Paul Oury. La revue publie régulièrement, dans les années 2020, des discours trompeurs sur le changement climatique.
Analyse du discours
En 2020, le directeur de la publication de la revue, Pierre Pagesse, affirme : « L’agriculture est rendue pourtant responsable en France de 18 % des émissions des gaz à effet de serre, ce qui est une contrevérité notoire. » En effet, explique-t-il, l'agriculture « capte » de grandes quantités de CO2 et est « le premier puits de carbone de la nation ». Autrement dit, elle absorberait plus de CO2 qu'elle n'en émet.
En un mot comme en cent, ces affirmations sont trompeuses. À plusieurs titres. Déjà, si l'on regarde les données du Citepa, l'organisme indépendant qui analyse les émissions en France, pour 2024 (les données sont du même ordre de grandeur pour 2020) le premier puits carbone de la nation est en réalité la forêt, avec 51,1 Mt d'équivalent CO2 (CO2e) absorbées.
Ensuite, le secteur agricole n'est pas un puits de carbone, c'est un émetteur net de CO2, y compris en tenant compte des terres cultivées (qui dans la nomenclature du Citepa relèvent du secteur UTCATF, relatif à l'usage des sols), lesquelles émettent à elles seules 11,8 Mt de CO2, ce qu'est très loin de compenser le puits de carbone que sont les prairies. Pierre Pagesse joue ainsi sur les mots lorsqu'il écrit que l'agriculture capte de grandes quantités de CO2 : c'est bien le cas (cela permet la croissance des végétaux) mais il retourne rapidement dans l'atmosphère ; il n'est donc pas stocké.
Enfin, les gaz à effet de serre (GES) incluent le CO2 mais ne s'y limitent pas. Dans le secteur agricole, ce sont d'autres GES qui ont un rôle primordial : le méthane (CH4) et le protoxyde d'azote (N2O). Raisonner sur le seul CO2 est donc trompeur. Les émissions de GES de l'agriculture se sont ainsi élevées en 2024 à 76 Mt d'équivalent CO2 (dont seulement 11,5 Mt de CO2) et celles liées à l'usage des terres de 12,4 Mt CO2e pour les terres cultivées, auxquels on peut éventuellement soustraire 4,2 Mt CO2e absorbées par les prairies.
En 2021, la revue fait la promotion de l'ouvrage du climato-dénialiste François Gervais Merci au CO2. L'auteur de la recension, peut-être de bonne foi mais rendu confus par sa lecture du livre, semble confondre « zéro émission nette de CO2 » (ramener le flux à zéro : les émissions humaines ne dépassent pas ce que peuvent absorber les puits de carbone) avec la suppression totale du CO2 atmosphérique (supprimer le stock, ce qui n'a aucun sens et que personne ne propose). Il écrit ainsi : « on commence à savoir que la suppression du CO2, qui est toujours considéré comme faisant partie de ces gaz [à effet de serre], serait mortelle pour la végétation, les animaux qui s’en nourrissent et donc, bien sûr, pour les humains. »
En 2022, Jean-Paul Oury présente « quatre experts à contre-courant du catastrophisme climatique », à savoir Vaclav Smil, Steven Koonin (nommé à tort « Steeve »), Bjørn Lomborg et Michael Shellenberger.
La même année, un autre auteur, Jean-Paul Jamet, interviewe le climato-dénialiste belge Drieu Godefridi, qui déroule l'une de ses thèses favorites : « Le Giec n’est pas un organisme scientifique ». Et s'étrangle que l'Occident, durant les COP, « s’engage à verser sans délai hic et nunc des centaines de milliards, chaque année au reste du monde ! Du tiers-mondisme communisant [...]. »
L'année suivante, Jean-Paul Jamet, sous le titre « Changement climatique : confusion sur l’échelle du temps », tient un discours confus qui met en doute l'origine humaine du changement climatique, citation de l'économiste climato-dénialiste Rémy Prud'homme à l'appui. Plus encore, « l’inertie inévitable de la transition énergétique appelle à réévaluer les priorités pour les activités biologiques : il faut faire passer les politiques d’adaptation avant les politiques d’atténuation ».
Toujours en 2023, Jean-Paul Jamet publie un article qui se veut très technique, ce qui peut faire illusion, mais dont l'argumentation est très confuse — les paragraphes s'enchaînent sans rien démontrer (en plus de ne pas citer de source) — et parfois inexplicable, ainsi de cette affirmation gratuite : « Les mesures satellitaires montrent une augmentation annuelle de 1,1 ppb [du N2O] sur la période 1998-2016. On a dû mal à imaginer que cela puisse expliquer 5 à 6 % du réchauffement de la planète. » La conclusion de l'article, elle-même obscure dans son articulation, est la suivante :
« La température moyenne a augmenté de 1,1 °C et l’objectif de 1,5 °C est une promesse de subventions climatiques aux pays du sud. L’objectif de 2 °C est plus réaliste. Les organisations de l’Onu qui peinent à remplir leurs missions historiques ont trouvé une nouvelle légitimité. Les transitions énergétiques et agroécologiques sont de vrais chantiers. Il faut laisser du temps au temps. »
Fait notable, l'auteur indique de manière évasive au milieu du texte : « le rayonnement infrarouge n’est qu’un élément parmi d’autres ajustements thermiques selon Georges Geuskens. » Georges Geuskens se trouve être un professeur de chimie retraité climato-dénialiste. Ceci explique sans doute cela.
En 2024, Drieu Godefridi est de retour, cette fois comme auteur et non comme interviewé, pour dérouler un discours de l'inaction climatique (Lamb et al. 2020) : réduire les émissions de GES en Europe est inutile car « si l’Europe réduit à néant ses émissions, tandis que le reste du monde continue de les accroître, l’effet sur le climat sera nul » — c'est factuellement erroné. Il ajoute une touche de climato-dénialisme en affirmant que le lien entre événements météorologiques extrêmes est « fort contesté ».
Paysans & société publie aussi en 2024 un article de Thomas Lepeltier intitulé « Il n’y a pas de crise de la biodiversité ! » dont le discours se veut rassurant : il s'agit plus d'une baisse des populations que d'une disparition des espèces, « nombre d’espèces se portent bien de nos jours », il faudrait avant tout établir le « niveau optimal » de la biodiversité pour la qualité de la vie humaine sur Terre, etc.
La revue a plus largement un positionnement de droite libérale-conservatrice, hostile à l'écologisme, comme l'illustre son cinquième numéro de 2025, où figurent un article favorable à loi Duplomb rédigé par Gil Rivière-Wekstein, une interview du Républicain David Lisnard (par Jean-Paul Oury) et une recension très positive — qui dénonce la « terreur verte » — du brûlot anti-écologisme Les Illusionnistes des journalistes du Point Géraldine Woessner et Erwan Seznec.
Contacté à deux reprises, le rédacteur en chef de la revue, Thierry Pouch, ne nous a pas répondu.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Périclès
Le projet Périclès est une structure d'extrême droite financée par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin. Elle promeut l'union des droites (le rapprochement entre la droite classique et l'extrême droite) ainsi que le libéralisme économique.
Périclès finance ou soutient plusieurs structures ou médias climato-dénialistes : l'IREF, Contrepoints, le Cercle entreprises et libertés de Loïk Le Floch-Prigent et, selon La Lettre, Contribuables associés.
Voir aussi
Philippe Béchade
Figure assez confidentielle du climato-dénialisme français, Philippe Bechade est économiste et président du think tank libéral Les Econoclastes.
Analyse du discours
Sur Sud Radio, il nie en janvier 2025 le rôle du CO2 dans le réchauffement climatique : « […] Et les émissions dites anthropiques représentent 0 quelque chose derrière la virgule. Autrement dit, on combat la capacité de réchauffer l’atmosphère de 0,004 % et on considère que les 99,997 autres pourcents ne comptent pour rien dans le réchauffement climatique. » L'argument, récurrent chez les climato-dénialistes, utilise un sophisme du leurre (Cook 2020), qui consiste à détourner l'attention sur un aspect non pertinent (la faible teneur en CO2 dans l'atmosphère, qui ne dit rien de l'ampleur de son effet) ; il a été réfuté par Science Feedback.
Philippe Béchade intervient en août 2023 sur la chaîne Youtube Publications Agora, à la ligne éditoriale résolument complotiste, avec le non moins complotiste Idriss Aberkane, dans une vidéo intitulée « Politique de décarbonation : La grande arnaque écologique ? », vue plusieurs centaines de milliers de fois. Son intervention commence en ces termes : « La décarbonation, je dirais que c'est une nouvelle religion, tout comme a pu l'être la vaccination Covid. » Il enchaîne avec le même argument fallacieux de la concentration du CO2 dans l'atmosphère, tandis qu'Idriss Aberkane approuve d'un hochement de tête.
En décembre 2023, sur le site web La chronique Agora (lié à chaîne Youtube susmentionnée), il publie une chronique « 100% complotisto-climatosceptique… et 100% assumée », dans laquelle il nie la hausse, pourtant réelle, du niveau des océans, assure qu'un réchauffement serait bénéfique à l'humanité et, dans un mille-feuille argumentatif confus qui ne rechigne effectivement pas à verser dans le complotisme, écrit : « Oui, le nouvel angle pour terroriser le citoyen à peine remis du narratif anxiogène du COVID, c’est lui présenter une facture du réchauffement proprement astronomique. »
Habitué de la chaîne Youtube d'extrême droite TV Libertés (voir ici), il intervient aussi à plusieurs reprises sur la chaîne Omerta, également d'extrême droite (voir ici), de même que sur Tocsin (voir ici). On retrouve aussi quelques articles de sa plume sur les très libéraux et très conservateurs Atlantico (ses articles) et Contrepoints (ses articles). Ses diverses interventions dans ces médias portent essentiellement sur des sujets économiques et financiers et n'abordent pas la question du changement climatique.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Philippe Bobola
Philippe Bobola est un conférencier français complotiste et climato-dénialiste relativement confidentiel (il intervient exclusivement dans les sphères complotistes), qui revendique un doctorat en physique et indique avoir fait de la biologie ainsi que de l'anthropologie avant de devenir psychanalyste.
Analyse du discours
En décembre 2021, il intervient dans une édition de l'émission en ligne L'info en questionS pour parler du climat en présence (notamment) de Salim Laïbi, Jean-Jacques Crèvecœur et Chloé Frammery. Jean-Jacques Crèvecœur l'introduit en expliquant qu'il cherchait un intervenant pour dénoncer « l'arnaque du climat ». Philippe Bobola explique avec beaucoup de sérieux que, puisque nous sommes faits de carbone, « la haine du carbone c'est presque la haine de notre structure intime ». Il déroule un argumentaire climato-dénialiste classique (critique de la courbe de Mann, le climat a toujours changé, le CO2 représente une très faible part de l'atmosphère, le Soleil est le principal responsable, etc.), qu'il associe à un discours à tonalité complotiste qui s'alarme d'une volonté de contrôle de la population. Il parle de « processus liberticide », qu'il compare à la situation pendant la pandémie de Covid-19, et dénonce l'opprobre jeté sur les climato-sceptiques et les covido-sceptiques.
En octobre 2022, interrogé par le site web suisse covidhub.ch (renommé depuis essentiel.news) sur « la crise en cours », en compagnie de Jean-Dominique Michel, un conspirationniste suisse, il glisse que le réchauffement climatique d'origine humaine « ne tient pas la route » et que les gaz à effet de serre n'y sont pour rien.
En mai 2023, il publie sur sa propre chaîne Youtube une vidéo titrée « Changement climatique un outil politique ? », tirée d'une interview donnée à covidhub.ch. Au menu, les mêmes arguments, auxquels on peut ajouter la mise en garde contre « une économie complètement détruite » qui résulterait de l'objectif de la neutralité carbone, outre « un contrôle total de la vie ». Détectant une « logique d'écologie punitive » dans cet objectif de décarbonation, il cite le philosophe médiatique Luc Ferry : « c'est ce que déjà Luc Ferry avait dénoncé, la deep ecology ».
Certaines affirmations de la vidéo sont réfutées par un article de l'AFP après qu'elles ont largement circulé sur le web — un extrait de la vidéo a notamment été partagé par le compte Twitter Elpis_R.
Dans un entretien donné le même mois au site web complotiste Citizen Light, Philippe Bobola explique :
« [Après le plan du covid], le réchauffement climatique devient un plan qui est mis maintenant en avant. Alors il y a toujours eu une fluctuation au niveau de la température. […] Le Soleil on peut pas le négliger, on ne peut pas négliger la couverture nuageuse, les océans, il n'y a pas que la part de l'Homme, […] elle est minime. […] Toute la vie dépend du gaz carbonique. »
Avant d'embrayer sur un autre « plan », le mouvement LGBTQ. Au sujet de la science dans le cadre du Covid et du GIEC, il dit encore : « Ce n'est plus de la science, c'est de l'idéologie. […] On a mis en avant un espèce de consensus, ce qui est loin d'être le cas. Quand on fait des carottes glaciaires, on s'aperçoit que la température augmente avant que le gaz carbonique se dégage. » Un argument trompeur.
Un peu plus loin, il affirme qu'« on pensait dans les années soixante-dix qu'on allait vers la glaciation » (c'est globalement faux), avant de parler « d'ingénierie sociale » au motif que le nom donné au changement climatique aurait varié au fil du temps — c'est un raisonnement fallacieux classique du déni climatique (Cook 2020).
En septembre 2023, une intervention de Philippe Bobola est partagée sur le site web d'extrême droite Égalité & Réconciliation
Il intervient également sur la chaîne Youtube de la revue conspirationniste Nexus, en août 2025, dans une vidéo intitulée « Comment l'oligarchie nous manipule en jouant sur nos émotions ! », qui, à cheval entre complotisme et développement personnel, ne porte pas, pour l'essentiel sur le changement climatique. Philippe Bobola en glisse tout de même un mot (confus) :
« Grâce à l'information, les médias, ils ["ces oligarques", de ce que l'on comprend] contrôlent la matière et l'énergie. […] On bloque l'information, on l'oriente, on la maîtrise et la masse suivra. […] Donc les masses sont échec et mat, parce qu'il y a un contrôle de l'information qui justifie le contrôle de l'énergie et qui amène les masses à être contrôlées. C'est exactement la même chose pour le réchauffement climatique : avec le contrôle de l'information, on amène un blocage énergétique et une inertie des masses. »
« Mhhhh, intéressant, c'est passionnant », répond l'intervieweur.
Philippe Bobola tient un site web, où il propose notamment des « consultations individuelles en tant que coach de vie à partir de son approche originale pluridisciplinaire », ainsi que des formations aux noms ésotériques et abscons (« Unité du savoir », « Double quantique »).
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent aux grandes catégories suivantes de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Philippe Herlin
Économiste libéral et essayiste français, proche de l'extrême droite (il a notamment soutenu Éric Zemmour en 2022), Philippe Herlin est un climato-dénialiste aux tendances complotistes.
Analyse du discours
Dans une interview vidéo de vingt minutes publiée par l'hebdomadaire d'extrême droite Valeurs actuelles en 2020, Philippe Herlin affirme — sans contradiction de l'intervieweur — qu'il n'y a pas de consensus scientifique sur le changement climatique, citant notamment François Gervais et l'Association des climato-réalistes. Il s'inquiète d'une « étatisation complète de notre économie et de notre société » qu'impliquerait la lutte contre le changement climatique.
En 2020 toujours, le site web du think tank libertarien Contribuables associés publie une interview de l'économiste, dans laquelle il réitère son déni du réchauffement climatique anthropique.
L'année suivante, interviewé par le site web d'extrême droite Boulevard Voltaire, il explique que « la lutte contre le réchauffement climatique justifie l’intervention de l’État » et prend la suite du « Covid où l’État s’est immiscé partout dans nos vies personnelles et économiques ».
En 2021, il est l'auteur d'un rapport intitulé « Cancel economy. Pourquoi la transition énergétique est une catastrophe économique », publié par l'institut Thomas-More, un think tank conservateur franco-belge. La majeure partie du rapport vise à fournir des arguments économiques pour s'opposer aux objectifs européens de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le rapport se fait plus explicitement dénialiste p. 24-26 en mettant en doute le consensus scientifique sur la réalité du changement climatique d'origine anthropique, avec un argumentaire particulièrement spécieux : « Il existe un « consensus scientifique » […], dit-on. Mais justement, parler de consensus est la démonstration qu'il n'existe pas de preuve. » Il ramène les connaissances sur le changement climatique aux seuls modèles, alors même que le GIEC s'appuie à la fois sur des observations, une compréhension des mécanismes physiques (effet de serre, etc.) et des modèles pour établir la certitude du changement climatique d'origine anthropique.
Pour mettre en cause le « discours catastrophiste », il cite pêle-mêle le chimiste français Marc Fontecave (connu pour son soutien aux énergies fossiles… et ses liens avec Total), un ouvrage de Christian Gerondeau, la CO2 Coalition et la Clintel, et multiple les arguments classiques du dénialisme : « le CO2 est la nourriture des végétaux », la banquise arctique se porte bien, etc. Il y ajoute un argument particulièrement absurde, qu'il avait déjà exposé en 2020 auprès de Valeurs actuelles : les émissions mondiales de CO2 ont diminué de 8 % en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, or, écrit-il, « la teneur en CO2 de l'atmosphère n'a en rien diminué, elle a même augmenté ! » Ce qui est présenté comme une contradiction est pourtant tout à fait logique : réduire le débit d'eau au robinet dans une baignoire dont la bonde est fermée ne diminue pas la quantité d'eau dans la baignoire, cela réduit seulement le rythme de la hausse de celle-ci. (La physique du climat est un peu plus complexe, puisqu'une partie du CO2 atmosphérique est absorbée par les puits de carbone, mais l'analogie de la baignoire permet en première approche de saisir l'inanité logique de l'argument.)
Philippe Herlin promeut ce rapport dans plusieurs médias. Il est longuement interviewé par le site web complotiste The Epoch Times, où il assimile la « transition énergétique » à une idéologie d'extrême gauche, voire communiste, qui menacerait la liberté d'entreprendre. Il la rapproche de la « grande réinitialisation » de Klaus Schwab et des mesures (notamment vaccinales) de lutte contre la pandémie de Covid-19 — deux sujets prisés dans les sphères complotistes. Il y affirme enfin de manière trompeuse que les événements météorologiques extrêmes (inondations, etc.) ne sont pas plus fréquents du fait du changement climatique. L'économiste est aussi reçu par André Bercoff sur Sud Radio (dont il est un invité récurrent) où il réitère les arguments dénialistes développés dans le rapport.
Le même rapport est l'un des dix « documents de référence » du blog climato-dénialiste Climat et vérité.
Sur CNews, en août 2023 (à partir de 1:29'50''), il affirme que le réchauffement climatique n'existe pas, toujours avec le même argumentaire. Il ajoute que c'est un complot, un prétexte de l'État pour intervenir dans la vie des citoyens, donc une « forme de totalitarisme ». Cette intervention circule largement sur les réseaux sociaux, ce qui lui vaut d'être réfutée par l'AFP ; elle conduit en outre l'Arcom à infliger une amende de 20 000 € à CNews (confirmée en novembre 2025 par le Conseil d'État) pour n'avoir pas apporté de véritable contradiction en plateau à ces propos.
Le même mois, il réitère la même rhétorique sur la webtélé d'extrême droite TV Libertés (dont il est un intervenant récurrent).
En août 2025, il résume sa pensée sur X (ex-Twitter) : « Le réchauffement climatique anthropique est un mensonge et une escroquerie, mais son utilité est de pouvoir continuer à étatiser la société et à flamber l'argent public. » La consultation de ses publications climato-dénialistes sur le réseau social, très nombreuses comme relevé par La Croix dès 2023, semble indiquer que sa principale source d'information sur le changement climatique est l'Association des climato-réalistes, qu'il cite abondamment.
L'une des premières prises de position climato-dénialistes publiques de l'économiste est la contribution qu'il soumet en février 2019 sur le site web du « grand débat » organisé par Emmanuel Macron après le mouvement des Gilets jaunes.
Philippe Herlin est par ailleurs un promoteur du bitcoin (« Les propriétaires de cryptomonnaies sont les Gilets Jaunes 2.0 ! », comme le titre le média d'extrême droite Tocsin, où il intervient régulièrement), ce qui est compatible avec sa proximité avec l'extrême droite — quasiment toutes ses interventions publiques se font dans des médias qui s'y rattachent.
Réponse de Philippe Herlin
Interrogé par nos soins, Philippe Herlin se reconnaît dans le terme « climato-dénialiste » (« climato-sceptique je trouve ça trop mou ») mais récuse le qualificatif de complotiste : « Non, ça suppose que je suis complotiste par nature, mais j'y vois [dans le changement climatique] un complot, d'accord, un complot étatique qui, en tant qu'économiste libéral, m'effraie. »
Concernant ses interventions dans des médias d'extrême droite, il explique intervenir chez ceux qui l'invitent et se définit comme « libéral-conservateur ».
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent aux grandes catégories suivantes de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Philippe Verdier
Philippe Verdier est un animateur de télévision et de radio français, né en 1968.
Analyse du discours
Alors qu'il présente la météo de France Télévisions depuis plusieurs années, il publie en 2015, l'année de la COP21, un ouvrage intitulé Climat Investigation, aux éditions d'extrême droite Ring, dans lequel il met en doute la poursuite du réchauffement, estime ses conséquences heureuses, multiplie les affirmations fausses et les propos complotistes, comme le relève Télérama : « il y a les scientifiques manipulés, politisés, de la corruption, des scandales sexuels […] ».
Son licenciement de France Télévisions provoque une vague de soutien dans les sphères climato-dénialistes et d'extrême droite. Le collectif des climato-réalistes, précurseur de l'Association des climato-réalistes, initie ainsi une pétition en la faveur du présentateur télé. Celui-ci participe à la contre-COP21 organisée par ledit collectif, en compagnie de nombreux climato-dénialistes.
Philippe Verdier trouve refuge sur la chaîne de propagande poutinienne Russia Today, où il anime une série de chroniques sur la COP21 et réitère ses propos climato-rassuristes. Il est ensuite accueilli sur Sud Radio.
Depuis 2020, il anime une émission consacrée aux « solutions durables » sur une radio suisse, dénuée de tout discours climato-dénialiste, en rupture avec ses prises de position de 2015 (voir par exemple ici).
Contacté par nos soins, Philippe Verdier n'a pas répondu à nos questions.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Pierre Bonnefoy
Pierre Bonnefoy se présente comme journalistique scientifique avec une formation d'ingénieur en électronique et en intelligence artificielle. Membre de l'Institut Schiller et du parti politique conspirationniste français [[mbSolidarité et progrès]], tous deux liés au mouvent LaRouche, il est climato-dénialiste.
Analyse du discours
Pierre Bonnefoy est affilié à l'Institut Schiller, émanation de l'homme politique conspirationniste américain d'extrême droite Lyndon LaRouche. L'institut a notamment publié en 2019 un ouvrage dont il est l'auteur, Principes non mathématiques de la science. Il en présente le contenu dans une vidéo. S'il n'évoque pas explicitement la question du changement climatique, il s'y oppose au malthusianisme et à l'idée de limites à la croissance (et donc à la décroissance), à la source de l'idéologie écologiste selon lui — ce qui est conforme aux idées de LaRouche, comme il le mentionne dans un billet du parti Solidarité et progrès.
Le site web du parti regorge en effet d'articles signés par Pierre Bonnefoy, qui font tantôt l'éloge d'un ouvrage de Daniel Husson, convaincu « que les émissions humaines de gaz carbonique n’ont qu’un effet négligeable sur la température de notre planète », tantôt celui de la traduction française d'un essai de la dénialiste américaine Judith Curry. D'autres de ses billets proposent une interview du consultant climato-rassuriste Jean-Paul Oury ou promeuvent Toutes ces idées qui nous gâchent la vie, un essai de la géographe Sylvie Brunel — « un pavé dans la mare de l’idéologie verte » selon Pierre Bonnefoy.
C'est également lui qui introduit la conférence donnée par François Gervais à l'invitation de Solidarité et progrès en 2018.
Pierre Bonnefoy est l'auteur de plusieurs articles (liste) sur le site pseudoscientifique European Scientist, dont un qui, reprenant l'argumentaire de son ouvrage, met en cause la fiabilité des modélisations climatiques et appelle à « établir une véritable science du climat ». La comparaison qu'il opère entre climatologie et démarche de Kepler en astronomie témoigne d'une méconnaissance de l'histoire de la recherche sur le changement climatique : les modèles climatiques n'ont pas été construits pour chercher à expliquer le réchauffement climatique, ils découlent de la compréhension des mécanismes physiques du changement climatique, qui leur est antérieure. Accessoirement, les sciences du climat n'ignorent pas les facteurs externes à la Terre, en premier lieu l'influence du Soleil.
Il donne en 2020 une conférence sur le même thème au Festival international de géographie (FIG) de Saint-Dié-les-Vosges, dont le site de l'institut Schiller donne un aperçu.
Contacté, Pierre Bonnefoy ne nous a pas répondu.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Polémia
Polémia est un think tank d'extrême droite, fondé et dirigé par Jean-Yves Le Gallou. L'association promeut également activement le climato-dénialisme.
Présentation
Polémia, fondé au début des années 2000 par Jean-Yves Le Gallou, militant d'extrême droite de longue date, s'intéresse au changement climatique, surtout depuis le début des années 2020, avec un discours qui consiste essentiellement à mettre en doute son origine humaine. Jean-Yves Le Gallou lui-même dénonce en 2019 « la doxa politico-médiatique » du GIEC et des médias à ce sujet : « Je ne dis pas que la thèse du réchauffement anthropique est fausse. Mais il est difficile de la dire vraie puisque il existe un interdit qui pèse sur la thèse contraire. » Il relativise également les conséquences du réchauffement. Extrême droite oblige, la xénophobie n'est jamais loin : « Il faut d’abord s’opposer au mondialisme qui entraîne la multiplication des échanges commerciaux mondiaux mais il faut aussi lutter contre l’immigration ! En effet, l’empreinte carbone d’un Africain en Afrique est évidemment bien inférieure à celle d’un Africain en Europe ! » Aussi l'intéressé propose-t-il d'« organiser la remigration ». En 2023, il développe un argumentaire similaire.
Le site web du think tank, outre une ribambelle d'articles attaquant la militante du climat Greta Thunberg, fait également la promotion des ouvrages climato-dénialistes d'Alban d'Arguin (2022), Christian Gerondeau (2022), Steven Koonin (2022), Daniel Husson (2025) ou encore Bertrand Alliot (2025).
Surtout, Polémia consacre en novembre 2025 son édition annuelle du Forum de la dissidence (organisé en partenariat avec l'institut Illiade, un autre think tank d'extrême droite) au thème : « L'alarmisme climatique : nouvel avatar de la pensée totalitaire ? ». Devant une assemblée visiblement clairsemée, le président introduit l'événement en faisant part de son indignation devant la confirmation par le Conseil d'État de la sanction de CNews par l'Arcom pour les propos climato-dénialistes de Philippe Herlin en 2023, puis il dénonce « la religion climatique » et son « prophète » : le GIEC.
Au programme de la suite de la journée, des interventions pour la plupart climato-dénialistes de Jacques-Marie Moranne (administrateur du site web Climat et vérité et membre de l'Association des climato-réalistes), Adélaïde Motte (qui travaille pour l'IREF), Johan Hardoy et Michel Geoffroy (membres de Polémia — le premier affirme de manière trompeuse que les scientifiques prédisaient dans les années 1970 un refroidissement climatique), Olivier Battistini (historien militant de Reconquête, le parti d'Éric Zemmour), Raphaël Ayma (militant néofasciste, membre du groupuscule nationaliste-révolutionnaire Tenesoun), Martin Peltier (condamné pour négationnisme) et enfin deux habitués des sphères climato-dénialistes françaises : Bertrand Alliot et Fabien Bouglé. Leurs interventions, filmées, ont été publiées sur la chaîne Youtube de Polémia.
Classification du discours
Les discours diffusés par Polémia se rattachent aux grandes catégories suivantes de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Radio Courtoisie
Radio française fondée en 1987, résolument d'extrême droite, Radio Courtoisie accueille en studio de nombreuses personnalités climato-dénialistes, le plus souvent dans sa matinale Ligne droite.
Analyse des publications
Le président d'Action Écologie, Bertrand Alliot, habitué des discours mensongers sur le changement climatique et la biodiversité, est l'un des invités récurrents de la matinale de Radio Courtoisie. Il est invité à s'exprimer sur ces sujets en 2022 — en septembre, novembre (pour dénoncer « l'obsession de la décarbonation » alors que « l'humanité ne peut rien faire » à ce sujet, mensonge éhonté s'il en est) et décembre — ainsi qu'en 2023 — en février, mars, juin, août, septembre et novembre.
En novembre 2021, avant qu'elle ne quitte la radio pour créer la chaîne Youtube Tocsin, l'animatrice Clémence Houdiakova invite l'économiste Rémy Prud'homme pour commenter la COP 26, ce qui lui donne l'occasion de mettre en doute (vers 18') la responsabilité du CO2 « qui est supposé engendrer la température [du globe] ».
En septembre 2022, Clémence Houdiakova assure la promotion d'un ouvrage rédigé par Alban d'Arguin, climato-dénialiste marqué à l'extrême droite : Réchauffement climatique : Enquête sur une manipulation mondiale. Le titre de la vidéo de Radio Courtoisie donne le ton : « Le réchauffement climatique est l'arme secrète d'un plan mondialiste ! »
Ligne droite accueille en juin 2023 Christian Gerondeau pour parler du climat, ce sujet « qui est tabou », comme l'affirme le présentateur de l'émission. Celle-ci est titrée « Changement climatique : 30 ans de mensonges dénoncés par un polytechnicien ». À l'écoute, il s'avère que les mensonges sont en fait ceux de l'interviewé, par exemple lorsqu'il affirme sans trembler que « depuis maintenant près de dix ans, la température de la Terre baisse » (vers 11'), sans être contredit. Christian Gerondeau avait déjà été interrogé en 2022 sur les voitures électriques.
En octobre 2023, c'est le physicien dénialiste François Gervais qui intervient à l'antenne une demi-heure durant. L'année suivante, la radio invite un autre physicien, Daniel Husson, pour faire la promotion de son ouvrage Climat, de la confusion à la manipulation.
Si c'est essentiellement la matinale Ligne droite qui promeut activement les thèses climato-dénialistes, d'autres programmes de Radio Courtoisie semblent faire de même. Une recherche sur son site web permet de trouver une émission de 2022 intitulée « Énergie, climat, la grande imposture », une autre de 2022 sur « les contradictions du discours alarmiste sur le climat », une troisième de 2023 consacrée au « prétendu réchauffement climatique d’origine anthropique et [à] l’écologie punitive », une quatrième de 2025 dont l'image de fond est la couverture d'un ouvrage de Daniel Husson…
Classification du discours
Les discours diffusés par Radio Courtoisie se rattachent à l'intégralité des cinq grandes catégories de la classification établie par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Rassemblement national
Le Rassemblement national (RN), ex-Front national (FN), principal parti d'extrême droite en France, n'est pas officiellement climato-dénialiste — le changement climatique est surtout loin de ses préoccupations — mais, dans les faits, ses cadres et élus multiplient les déclarations contraires au consensus scientifique.
Analyse du discours
Le Monde et Mediapart ont analysé en 2024 les discours tenus par des cadres et élus (ou candidats aux élections législatives) du RN depuis les années 2010 au sujet du changement climatique. Il en ressort une variété de postures climato-dénialistes, de la négation de l'origine humaine du changement climatique — qu'assume par exemple en 2022 la députée européenne Mathilde Androuët (en citant Steven Koonin) — à, plus rarement, la négation pure et simple de celui-ci. Les attaques contre le GIEC sont également courantes, à l'image de la dénonciation des « propagandistes du GIEC » par le député Hervé de Lépinau en 2023 ou de la promotion faite d'un ouvrage dénialiste de Christian Gerondeau par le candidat malheureux aux législatives Florent de Kersauson.
En 2010, le FN organisait un colloque sur le thème : « Réchauffement climatique, mythe ou réalité ? ». À cette occasion, son président Jean-Marie Le Pen, habitué de la négation du changement climatique, dénonçait « des hypothèses qui sont érigées en théorie et qui prennent en quelque sorte le caractère d’une opération religieuse », voyant dans le « prétendu réchauffement climatique » une « manipulation ». Bruno Gollnisch, cadre du parti et candidat (malheureux) à la succession de Jean-Marie Le Pen en 2011, est également présent à ce colloque et adopte dans les années qui suivent une position contestant explicitement la responsabilité humaine ou du CO2 dans le réchauffement climatique, sur les réseaux sociaux (ici ou là en 2019) ou sur son site web (critique des « dogmes du GIEC qui impute à la seule l’activité humaine le réchauffement climatique » en 2011, dénonciation de la « religion climatique » en 2013, etc.).
Si elle a depuis lissé son discours, Marine Le Pen — qui a pris la succession de son père à la tête du parti — émettait elle-même des doutes sur l'origine humaine du changement climatique en 2012. Elle minimisait les conséquences néfastes, et faisait toujours de même cinq ans plus tard, en 2017, en dépit des connaissances scientifiques sur le sujet, comme l'a montré Libération :
« Je ne suis pas scientifique du climat, je pense que l’activité humaine y contribue, dans des proportions que je suis incapable de mesurer. Le changement climatique n’est pas une religion, il est utile qu’il puisse y avoir des débats. »
Des candidats du RN tiennent fréquemment des propos « climatosceptiques », comme le souligne par exemple Libération à l'occasion des élections législatives de 2024. Les cadres du parti, eux, évitent les propos ouvertement dénialistes. La position du RN, en pratique, est surtout caractérisée par l'inaction climatique, c'est-à-dire l'opposition à toutes les politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre, comme l'analyse Clément Guillou dans Le Monde en 2024.
En février 2025, comme repéré par le journaliste Matthieu Guyot, la liste des participants (obtenue par le site spécialisé Desmog) à un événement climato-dénialiste international organisé au Royaume-Uni par le conservateur canadien Jordan Peterson et auquel participent industries fossiles, think tanks liés à Donald Trump et autres organisations dénialistes (telle la CO2 Coalition) comprend des représentants du Rassemblement national.
Classification du discours
Les discours employés par les personnalités du RN la totalité des cinq grandes catégories présentes dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Rémy Prud'homme
Économiste à la retraite, Rémy Prud'homme est un climato-dénialiste français.
Analyse du discours
Il est membre du comité scientifique de l'Association des climato-réalistes. Il a signé la « World Climate Declaration », lettre ouverte publiée pour la première fois en 2019 par la Clintel affirmant qu'il n'existe pas d'urgence climatique.
L'ancien professeur des universités est l'auteur de cinq ouvrages aux éditions L'Artilleur, la plupart sur le thème de l'écologie. L'Idéologie du réchauffement : science molle et doctrine dure, publié en 2015, « ne nie pas le réchauffement de la planète », si l'on en croit sa présentation sur le site de l'éditeur, mais « s’intéresse plutôt au "réchauffisme", néologisme qui rapproche le "réchauffement" et "l’alarmisme" en une certitude que la hausse des température est anthropique ».
Moins médiatique que certains de ses camarades de l'Association des climato-réalistes, il est néanmoins prolifique, sur Atlantico (ses articles), sur Contrepoints (ses articles) et dans la revue Commentaire (ses articles). Il a aussi publié une poignée d'articles dans la très droitière revue Front populaire, quelques autres dans le magazine d'extrême droite Causeur, un dans la revue du même groupe Conflits, des tribunes dans Valeurs actuelles, dans la rubrique « Vox » du même journal ou encore dans Le Figaro .
Le propos est parfois ouvertement climato-dénialiste (ici par exemple, où il est par ailleurs assez confus) et consiste pour l'essentiel en une critique récurrente des énergies renouvelables, de Greta Thunberg et des politiques de réduction de la place de la voiture entreprises par la maire de Paris Anne Hidalgo.
Rémy Prud'homme est interviewé à plusieurs reprises sur Sud Radio où, par exemple, il développe librement son discours climato-dénialiste en 2024 : « […] Est arrivée un peu peut-être par hasard l'idée que la température du globe allait augmenter [...] et qu'il y avait un coupable qui se trouvait être les émissions de dioxyde de carbone de l'humanité et on a appelé ça "science" mais une science dont le principal porte-parole est Greta Thunberg, qui a quitté l'école à 15 ans, est un peu douteuse. » (Précisons que Greta Thunberg n'a pas cessé sa scolarité à 15 ans, elle a même entamé des études supérieures.)
Début 2025, il participe à une émission consacrée au changement climatique sur le média complotiste Citizen Light, en compagnie d'autres personnalités de la sphère dénialiste. On peut notamment l'entendre, vers 39', opposer le prix Nobel de physique John Clauser, qui s'oppose au consensus scientifique sur le changement climatique (sur lequel il n'a pas travaillé) et est membre de la CO2 Coalition, à Greta Thunberg, dont il dit de nouveau qu'elle « a quitté l'école à 15 ans » (c'est toujours faux). L'opposition est un artifice rhétorique puisque Greta Thunberg n'est évidemment pas chercheuse en sciences du climat : ce sont bien des milliers de chercheurs, dont les travaux sont synthétisés par le GIEC, qui établissent le consensus sur l'origine humaine du changement climatique. De Greta Thunberg, il dit encore des calomnies quand il la qualifie d'« antisémite » (« il y avait avant un ennemi public numéro 1 qui était le CO2, maintenant elle a changé, il y a aussi le Juif », ajoute-t-il). Plus loin dans l'émission (vers 1:24'), il souligne « le coût économique faramineux » de la décarbonation, qui nuit à la productivité.
L'engagement de Rémy Prud'homme sur cette voie climato-dénialiste est ancien, puisque dans un article publié en 2009 dans Commentaire, l'économiste mettait déjà en doute à mots couverts le consensus scientifique : il y affirmait ne pas remettre en cause le « consensus dominant sur [le changement climatique] – en dépit des réserves qu’il inspire », mais s'opposait aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui doivent selon lui incomber d'abord aux autres pays, aux « grands gaspilleurs [… qui] sont généralement des pays pauvres ». Un discours de l'inaction qui deviendra classique (Lamb et al. 2020), faisant fi des émissions historiques de la France, de ses émissions carbone importées et de la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre partout.
Deux ans plus tôt, il publiait dans Le Monde une tribune s'inquiétant que les mesures du Grenelle de l'environnement (impulsé par Nicolas Sarkozy) dédiées à la lutte contre le changement climatique ne soient néfastes à la croissance économique. Pas de remise en cause du consensus scientifique ici : « Les deux trains de mesures [Grenelle et loi sur les 35 heures, votée quelques années plus tôt] partent de bons sentiments : lutter contre ces maux que sont le travail et le réchauffement climatique. » Mais une dénonciation de la logique sous-jacente : « augmenter les subventions publiques et surtout réglementer, interdire, empêcher, brimer. Défense de travailler. Défense de rouler à 125 km/h sur les autoroutes. Au fond : réduire la production, cause de tous les maux. » Rémy Prud'homme est catégorique : diminuer les émissions de gaz à effet de serre françaises a un effet dérisoire à l'échelle mondiale et ne bénéficie pas aux Français.
Des arguments qui cochent de multiples cases de la classification des arguments climato-dénialistes conçue presque quinze ans plus tard par des universitaires (Coan et al. 2021) : 4.1.1 « Les politiques climatiques accroissent les coûts », 4.1.5 « Elles sont liberticides », 4.2.3 « Elles ont un impact négligeable », 4.2.4 « Les émission de la France sont négligeables » et 4.2.6 « Il faut plutôt réduire les émissions de la Chine ».
Une véritable radicalisation du discours s'est ainsi opérée entre 2007 et aujourd'hui, dans laquelle le rejet de la science du climat semble avoir été alimenté par un refus idéologique des politiques climatiques jugées liberticides et, pour le dire schématiquement, décroissantes.
Réponse de Rémy Prud'homme
Contacté, Rémy Prud'homme a refusé de nous répondre sur le fond.
Il nous a écrit « Je ne peux et veut discuter de problèmes scientifiques qu’avec des interlocuteurs disposant d’un minimum de culture et d’expérience scientifique », avant de vanter longuement son CV d'économiste, notamment ses postes au MIT (« Comme vous savez, le MIT est l’un des trois ou quatre centres de recherche scientifique les plus prestigieux du globe (les trois prix Nobel français d’économie vivants y ont été formés) »).
Nous lui avons répondu qu'il n'était pas nécessaire d'être chercheur en sciences du climat (ce qu'il n'est pas lui-même) pour constater l'inadéquation entre ses discours et la position du GIEC. Ce à quoi l'intéressé nous a rétorqué que notre science était « celle de Greta Thumberg (sic, en réalité Greta Thunberg) » tandis que la sienne était celle « Richard Lintzen » (en réalité Richard Lindzen), « Steve Kooning » (en réalité Steven Koonin) et « John Clauser, un scientifique indiscutable, qui écrit qu’il n’y a "aucune urgence climatique" ».
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Richard Lindzen
Physicien et météorologue, Richard Lindzen est un climato-dénialiste américain de longue date, figure de lance du mouvement climato-sceptique outre-Atlantique. Il est souvent cité dans la sphère dénialiste francophone.
Discours
S'il reconnaît l'existence de l'effet de serre et sa capacité à provoquer un réchauffement, il nie que les émissions de CO2 soient la cause du réchauffement observé (voire que ce dernier soit toujours en cours, comme relevé par Desmog). Il s'oppose à « l'alarmisme » climatique et dénonce le consensus scientifique sur le changement climatique comme relevant de la propagande. Selon, lui, il existerait en outre une rétroaction négative du nom d'« effet iris » qui équilibrerait la température terrestre à mesure que la concentration des gaz à effet de serre augmente, en diminuant la quantité de certains nuages. Cette théorie a été rejetée par la communauté scientifique.
Richard Lindzen est l'un des deux ambassadeurs américains de la « World Climate Declaration », une lettre ouverte climato-dénialiste publiée pour la première fois en 2019 par la fondation néerlandaise Clintel.
Il est également membre du comité scientifique de l'Association des climato-réalistes.
Classification du discours
Les discours employés par Richard Lindzen au fil des ans se rattachent aux cinq grandes catégories de la classification des discours dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- article Wikipédia
- (en anglais) fiche sur le site spécialisé Desmog
Bibliographie
Salim Laïbi
Salim Laïbi, également connu sous le pseudonyme Le libre penseur, est un influenceur complotiste français, proche de l'extrême droite et dentiste de profession à Marseille. Actif depuis les années 2000, il traite de nombreux thèmes. Dans les années 2020, il présente le changement climatique comme une escroquerie.
Présentation
Salim Laïbi, aussi connu sous le pseudonyme Le libre penseur, est actif sur le web, où il publie thèses complotistes et fausses informations, notamment sur la vaccination et la pandémie de Covid-19. Plusieurs font l'objet d'un fact-checking de l'AFP (ici, là ou là) ou par Science Feedback (voir ici).
Certaines de ses publications sur le climat ont aussi été réfutées par l'AFP, en 2023 et 2025.
Il est l'auteur d'un pamphlet climato-dénialiste, Climate Terror, publié en 2024 par Fiat Lux, un éditeur confidentiel qui a également édité le suprémaciste noir Kémi Séba, l'essayiste d'extrême droite Emmanuel Ratier ou encore un certain « Joe LeCorbeau », proche du militant antisémite et négationniste Dieudonné. Salim Laïbi est lui-même proche de Joe LeCorbeau, dont il recommande le site web, et l'a été de Dieudonné, qui lui a remis une « quenelle d'or » en 2013 et auquel il consacre une catégorie sur son site web, jusqu'à ce que ce que les deux hommes se brouillent (Laïbi qualifie désormais Dieudonné d'« antisioniste de pacotille »).
Salim Laïbi paraît avoir un intérêt marqué pour le « sionisme » — on compte plus de 1600 billets catégorisés avec ce mot-clef sur son site web — et les Juifs — près de mille billets.
Un rapport sur « l'empreinte antisémite dans l'espace Youtube français », rédigé par des chercheurs de trois laboratoires et publié en 2020 par la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), le présentait ainsi :
« Autrefois proche de Marc-Edouard Nabe [un écrivain d'extrême droite, Nda], et de la galaxie de la dissidence d’Alain Soral mais désormais en conflit judiciaire avec eux, il défend une version ésotérique de l’islam, soutient un ensemble de théories sur les chemtrails, l’attentat du 11 septembre ou les illuminatis. Très hostile aux laboratoires pharmaceutiques, il appelle à faire tomber la « République judéo-maçonnique » et multiplie obsessionnellement des attaques contre les facultés de médecine, le Crif, la vaccination ou le dialogue inter-religieux. »
Analyse du discours
En décembre 2024, il donne une longue interview à la chaîne Youtube du magazine conspirationniste Nexus, l'occasion de faire la promotion de Climate Terror. Il s'insurge contre le « climatisme » dans lequel il voit un « mensonge » et qui fait l'objet d'une « technique de terrorisme médiatique des populations calquée sur celle qui a été utilisée pour le Covid ».
Le consensus scientifique sur le climat est à ses yeux « une fumisterie ». Le changement climatique ? « C'est un culte, c'est une secte, ceux qui sont tombés là-dedans, ils sont dans un délire sectaire. » Les modèles climatiques ? Les mêmes que « pour le covidisme », explique-t-il avant de s'embrouiller sur les projections de réchauffement du GIEC, limitées à +1,5 °C selon lui. Et d'enchaîner sur le « pass carbone » que le gouvernement mondial voudrait nous imposer.
Quand l'intervieweur lui demande si le dérèglement climatique n'est pas le résultat de la géoingénierie, Salim Laïbi évoque la théorie des chemtrails, selon laquelle les traînées blanches laissées par les avions dans le ciel sont le signe de l'épandage de produits chimiques…
Sur son site web (créé en 2010), Salim Laïbi relaie des interventions de figures climato-dénialistes étrangères à la mouvance complotiste mais interviewées ou republiées par des médias : des vidéos du biogéochimiste suisse Éric Verrecchia et une interview de la climatologue américaine Judith Curry hébergées par une chaîne Youtube antivax, une vidéo du militant anti-éoliennes Fabien Bouglé interrogé par le site web conspirationniste The Epoch Times, un entretien avec le physicien François Gervais publié par une chaîne Youtube complotiste, ou encore une intervention du géologue Vincent Courtillot publiée sur Twitter par Elpis_R.
En septembre 2024, il republie également une longue vidéo climato-dénialiste du youtubeur d'extrême droite Le Raptor — dans ses mots « une vidéo pédagogique intéressante qui revient sur l’escroquerie climatique et les différentes failles du discours pseudo scientifique de la Doxa ». Salim Laïbi invite d'ailleurs quelques mois plus tard le jeune influenceur sur sa chaîne pour un entretien au long cours sur « le délire climatiste ».
Son site web regorge d'arguments grotesques mais classiques du dénialisme (par exemple « croire une seconde que l’on peut influencer le climat en produisant 0,0016 % du CO2 atmosphérique relève de l’escroquerie ou de la pathologie mentale ») et on y trouve même la citation d'une « étude massive importante »… en fait rédigée par le chatbot d'Elon Musk, Grok, et quelques climato-dénialistes dont un clarinettiste américain (ça ne s'invente pas) et Willie Soon, un astronome devenu célèbre pour avoir été grassement et secrètement payé par l'industrie du pétrole.
Salim Laïbi alias Le libre penseur diffuse aussi son discours climato-complotiste sur les réseaux sociaux (exemple sur TikTok).
Le dentiste marseillais fréquente d'autres personnalités de la mouvance complotiste, dont certaines, comme Jean-Jacques Crèvecœur ou Chloé Frammery, sont également climato-dénialistes. Ainsi, en décembre 2021, dans l'émission L'info en questionS diffusée en ligne, à l'issue d'une présentation climato-dénialiste faite par le conférencier Philippe Bobola, il rebondit : « Concernant les modélisations [du climat], je crois que c'est totalement absurde. »
Le 6 mai 2025 à Genève, il anime une conférence en deux parties avec Chloé Frammery durant laquelle chacun présente son ouvrage, elle La Suisse au cœur (partie 1), lui Climate terror (partie 2).
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent aux grandes catégories suivantes de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Samuel Furfari
Samuel Furfari (parfois orthographié Samuele Furfari) est un climato-dénialiste belge. Il est professeur en géopolitique de l’énergie à l'Université libre de Bruxelles (ULB) pendant près de vingt ans (jusqu'en 2021).
Analyse du discours
Samuel Furfari préside la Société européenne des ingénieurs et des industriels, une association belge, de 2019 à 2023, laquelle diffuse durant la même période des discours climato-dénialistes.
Il est membre du comité scientifique de l'Association des climato-réalistes ainsi que du lobby américain CO2 Coalition (voir ici). Il tient en outre une chronique sur l'énergie dans l'hebdomadaire satirique belge PAN.
En 2012, il est l'auteur d'un article publié dans Atlantico qui dès son titre affirme que « le réchauffement climatique a toujours existé ! ». Il y affirme que « dans les années 1970, la peur portait sur le refroidissement climatique » (c'est faux) et que « le débat n'est pas clos » quant à l'existence du changement climatique.
Dans un billet de 2019, republié par l'Association des climato-réalistes, tiré du site belge Science, climat et énergie et cosigné par son compatriote Henri Masson, il aligne les arguments fantaisistes, sous couvert d'un verbiage qui se veut scientifique, pour affirmer que les enregistrements de la température de surface ne sont pas fiables (c'est faux) et qu'ils ne permettent de toute manière pas d'établir que le réchauffement climatique est d'origine anthropique.
Samuel Furfari est l'auteur d'un ouvrage publié en 2024 aux éditions L'Artilleur : Énergie, mensonges d’état : La Destruction organisée de la compétitivité de l’UE.
Il est l'auteur d'articles dans la revue Conflits (liste), sur Atlantico (liste — il collabore avec Bertrand Alliot dans une interview qui fait la part belle à la figure rhétorique de l'épouvantail), dans Le Figaro (liste — il y oppose fallacieusement préservation de la biodiversité et réduction des émissions de gaz à effet de serre), chez Valeurs actuelles (liste) ou encore dans la revue Front populaire (liste — il publie notamment en 2021 une tribune subtilement titrée « Lutte contre le changement climatique ou contrôle total de nos vies ? »).
On peut aussi le voir interviewé dans des médias numériques d'extrême droite : sur TV Libertés (en 2024), par Charles Gave (la même année), sur la chaîne Youtube Tocsin (en 2023 et en 2024) ou sur The Epoch Times (en 2025).
Contacté par courriel, Samuel Furfari n'a pas donné suite.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- (en anglais) fiche de présentation sur le site spécialisé Desmog
Bibliographie
Science, climat et énergie
Science, climat et énergie est un site web (www.science-climat-energie.be) belge, plateforme centrale du climatodénialisme dans le royaume.
Présentation
Le site, comme il l'indique en page d'accueil, a été créé en 2018 (premier article identifiable). Il est membre de l'European Climate Realist Network.
Ses principaux auteurs sont Paul Berth (« professeur d'université dans le domaine de la biologie »), Ludwik Budyn (« licencié en sciences chimiques, ULB ») — tous deux parfaits inconnus — Samuel Furfari, Georges Geuskens, Drieu Godefridi, Henri Masson, Jean-Claude Maurin (« professeur agrégé de physique »), Ernest Mund, un certain Jean N. (« Faculté des Sciences, université européenne »), Jean-Claude Pont, Alain Préat (géologue), Jean-Pierre Schaeken Willemaers et Emmanuel Simon.
Deux de ses articles ont été publiés sur Contrepoints en 2019.
L'un de ses articles, rédigé par Henri Masson et Roland Van den Broek, un ingénieur, et publié en 2022, qui prétend étayer la thèse d'un changement climatique provoqué par les variations du rayonnement solaire, circule sur les réseaux sociaux, poussant l'AFP à publier un article de fact-checking… qui est à son tour critiqué par Benoît Rittaud sur le site web de l'Association des climato-réalistes.
Le site renvoie aux ouvrages de nombreux climato-dénialistes ou climato-rassuristes, tels Christian Gerondeau, François Gervais, Sylvie Brunel, Steven Koonin, Claude Allègre, István Markó ou Jean-Michel Bélouve. Il fait également la promotion, dans sa barre latérale, d'autres sites dénialistes, francophones et anglophones, parmi lesquels l'Association des climato-réalistes, Climat et vérité, la Global Warming Policy Foundation, la Clintel, et la CO2 Coalition.
Classification du discours
Les discours diffusés par le site se rattachent à la totalité des cinq grandes catégories de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Serge Galam
Serge Galam est un physicien français, directeur de recherche au CNRS et membre du Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA) de l'École polytechnique. Durant dix ans environ, de la moitié des années 2000 à la moitié des années 2010, il intervient dans les médias pour contester l'origine humaine du changement climatique et mettre en cause la solidité des sciences du climat.
Présentation
À partir de la deuxième moitié des années 2000, Serge Galam intervient dans les médias, du Monde à France Culture en passant par Public Sénat pour contester l'origine humaine du changement climatique. Dans sa tribune qu'il a publiée dans Le Monde en 2007, on peut ainsi lire : « Mais que dit la science ? Elle constate à la fois un réchauffement avéré et une augmentation de la quantité de CO2 dans l'atmosphère, un point c'est tout. Vouloir relier les deux constatations dans une relation de cause à effet, sous le prétexte qu'elles sont corrélées dans le temps, n'a présentement aucune base scientifique. »
Serge Galam publie en 2008 Les scientifiques ont perdu le Nord : Réflexions sur le réchauffement climatique. On peut notamment y lire le physicien « dénoncer cet amalgame des climatologues entre science, politique et passion, un amalgame qui risque de se révéler beaucoup plus dangereux pour les hommes que Ie réchauffement climatique ». Il y prend également la défense de Claude Allègre et Bjørn Lomborg. Et propose, de nouveau, une présentation trompeuse des éléments sur lesquels s'appuient les sciences du climat :
« Finalement, quelles sont les données solides actuelles sur lesquelles se fondent ces milliers de convaincus de la culpabilité humaine, pour affirmer de façon autoritaire, au nom de la science, que leur conclusion est indiscutable ? Il en existe trois :
- L'augmentation rapide de la température globale de la planète depuis 1978 […].
- L'augmentation récente de la teneur en CO2 de l'atmosphère.
- L'augmentation récente de la production de CO2 par l'homme. »
Ensuite, à partir d'une comparaison des courbes respectives de l'augmentation de la température globale et de l'augmentation de la quantité de CO2 dans l'atmosphère, les climatologues, constatant une forte similarité de comportements, en postulent une corrélation de cause à effet entre les deux phénomènes […]. »
Dans un court chapitre, il met en garde contre le principe de précaution, reprenant le titre d'une tribune qu'il avait publiée sur le même sujet en 2005 dans Le Monde, avec pour seul argument celui de la pente savonneuse. En fin d'ouvrage, il ne propose aucune source de nature scientifique sur le changement climatique mais recommande la lecture de plusieurs sites web climato-dénialistes, dont un francophone : le blog de Jacques Duran.
Dans son analyse de l'ouvrage, Stéphane Foucart, journaliste scientifique au Monde, est très critique :
« l'auteur persiste à écrire que l'affirmation de la responsabilité humaine dans le réchauffement ne repose que sur une concomitance des augmentations de gaz à effet de serre et des températures. Il ne se livre alors pas seulement à une grossière caricature des sciences du climat. Il les travestit sans ambages, passant commodément sous silence presque deux siècles de travaux sur les propriétés radiatives des gaz, depuis Joseph Fourier (1768-1830) et, plus tard, Svante Arrhenius (1859-1927). »
En 2015, on peut encore voir Serge Galam dans les médias, notamment sur le plateau de la chaîne d'information en continu i-Télé pour une intervention qui fait alors parler d'elle en raison de l'emportement de l'un de ses interlocuteurs, le politologue François Gemenne, comme le relatent le blog climato-dénialiste Skyfall ou le plus sérieux Rue89 (qui avait aussi donné la parole à Serge Galam en 2009).
En 2017, interrogé par Le Journal du dimanche, il récuse le terme « climatosceptique », préférant se définir comme « climato-exigeant » : « Je ne suis pas un climatosceptique au sens de conspirationniste. Je doute face à l'unanimisme sur le climat qui profite à des intérêts politiques alors que la climatologie n'est pas encore une science dure. »
Dans son ouvrage Controverses climat & Anthropocène (2022), le sociologue des sciences Lionel Scotto D’Apollonia dit de Serge Galam qu'il « développe une argumentation de type épistémologique, critiquant les modèles » du climat, et cite un extrait d'un texte de l'intéressé, publié en 2010 :
« De surcroît, la climatologie n’est pas une science dotée d’un pouvoir heuristique dont la fiabilité a été mesurée, même si elle utilise des méthodes scientifiques. Elle ne peut pas faire de prédiction falsifiable par l’expérience, et elle n’a pas fait de prédictions sur le futur, qui ont ensuite été évaluées par rapport à la réalité, pour mesurer son degré de fiabilité. »
Classification du discours
Les discours diffusés se rattachent aux grandes catégories suivantes de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Silvano Trotta
Conspirationniste français né en 1967, Silvano Trotta s'est fait connaître pour sa désinformation sur la pandémie de Covid19. Il propage également de fausses informations sur divers autres sujets, parmi lesquels le changement climatique.
Analyse du discours
Silvano Trotta embrasse de nombreux arguments dénialistes, parfois contradictoires : il remet ainsi en cause le rôle des humains dans le réchauffement, ce qui ne l'empêche pas également de nier l'existence même du réchauffement.
En juillet 2023, il évoque sur Twitter « le soit-disant [sic] réchauffement climatique créé par l'homme est un mensonge qui sert à prélever des milliards de taxes et instituer une société de contrôle », comme relevé par le blog Conspiracy Watch et Le Parisien. Il met en cause « les changements de distance entre le Soleil et la Terre ». La même année, il affirme de manière fantaisiste qu'une éruption de l'Etna a émis plus de CO2 que l'humanité. Deux ans plus tard, il pointe comme responsable du réchauffement la diminution de la couverture nuageuse.
En septembre 2024, il prend la défense sur Twitter de la vidéo climato-dénialiste produite par le vidéaste Le Raptor.
En juin 2025, Silvano Trotta affirme contre toute évidence qu'« il n'a jamais fait aussi froid sur Terre », ajoutant trois arguments classiques des dénialistes : « Oui l'homme n'est responsable que de 3 % des émissions de CO2 qui lui-même ne représente que 0,04 % de l'atmosphère et qui est la nourriture du monde végétal ». Des arguments qu'il avait déjà utilisés auparavant (en avril, en février, en janvier, en décembre 2024, en juin 2024…) et qu'il martèle en boucle.
Un autre de ses arguments récurrents (utilisé en mai 2025, en février 2025, en mai 2024, etc.) est que le froid tue plus que la chaleur — c'est fallacieux.
Parmi les nombreuses élucubrations classiques des dénialistes auxquelles il recourt figurent aussi celle selon laquelle le Groënland aurait par le passé été entièrement « vert » et celle qui affirme que la banquise arctique et les calottes glaciaires se renforcent.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Skyfall
Confidentiel et néanmoins très fréquenté par certaines sphères climato-dénialistes durant la première moitié des années 2010, le blog Skyfall.fr semble avoir été créé en 2006 et est administré par deux personnes sous pseudonyme, Araucan et Nicias. Il compte parmi ses auteurs identifiés Benoît Rittaud. Il accueille de manière éphémère le collectif des climato-réalistes, créé en septembre 2015 (voir l'annonce sur Skyfall), qui préfigure l'Association des climato-réalistes née l'année suivante.
Si le nombre de ses publications diminue par la suite — le site web de l'Association des climato-réalistes fait une meilleure vitrine, plus moderne — Skyfall demeure actif quelques années (billets publiés en 2018, par exemple). Son usage est surtout à visée interne, avec la diffusion des bulletins d'information de l'association (également diffusés sur le site de celle-ci) et ses pseudo-forums sous la forme de commentaires, avec son « fil info de sceptiques » et son « bistrot » annuels (ici et là respectivement pour 2022, par exemple). Depuis 2024, seul subsiste un forum, si bien que le site peut être considéré comme inactif pour ce qui est de la diffusion des idées climato-dénialistes auprès du grand public.
En 2025, le site web est édité par l'Association des climato-réalistes.
Société de géographie
« La Société de géographie accusée de climatoscepticisme : "C’est une lame de fond" », titre Le Monde en novembre 2024. Deux de ses membres viennent alors de démissionner de l'institution après que son Grand Prix a été décerné à Sylvie Brunel, habituée des discours climato-rassuristes.
Le président de l'institution (depuis 2009), Jean-Robert Pitte, est également visé par les critiques et, au-delà, c'est la société savante qui est dépeinte comme un « bastion du climatoscepticisme ». Jean-Robert Pitte s'en indigne sur le site web de l'institution, mais force est de constater que l'institution a un long historique en la matière.
Analyse du discours
Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête (2010)
La Société de géographie coédite en 2010 un ouvrage dirigé par Jean-Robert Pitte, son président, et Sylvie Brunel, Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête : 15 grands scientifiques géographes nous rassurent sur notre avenir. L'ouvrage se veut optimiste, incite à « la volonté collective et l'esprit de responsabilité » dans une perspective humaniste, qu'il s'agisse de favoriser le développement ou de lutter contre le racisme, comme l'écrit Jean-Robert Pitte dans le chapitre conclusif.
On y trouve un chapitre rédigé par la géographe Martine Tabeaud qui fleure bon le climato-dénialisme. Elle y met en doute la fiabilité des sciences du climat et critique le « catastrophisme » du GIEC. L'autrice multiplie pour cela les arguments fallacieux : évocation de l'effet d'îlot de chaleur urbain qui fausserait les mesures (ce n'est pas le cas) ; dénonciation des mesures de CO2 de la courbe de Keeling qui seraient polluées par le volcanisme (pollution réelle mais écartée des mesures par Charles David Keeling) ; critique de l'absence de prise en compte des mesures chimiques antérieures (pourtant notoirement peu fiables et disparates, d'où l'usage de la méthode spectroscopique) ; et citation d'une courbe des concentrations en CO2 fantaisiste, la « courbe de Beck » (voir la notice d'Energy & Environment), déjà promue par Vincent Courtillot quelques années auparavant, comme le relève le journaliste Stéphane Foucart (Foucart 2015, chap. 4).
Des géographes « climato-réalistes » ?
Cinq ans plus tard, l'institution promeut sur son site web, sous la plume de Jean-Robert Pitte, un article de Sylvie Brunel intitulé « La grande religion climatique ». Le président écrit à cette occasion : « Le point de vue des géographes n’est pas climato-sceptique, mais climato-réaliste et climato-responsable. Nous soutenons l’idée selon laquelle l’humanité est imaginative et douée d’immenses talents; elle peut se développer sagement dans un environnement toujours plus agréable, sans pour autant adhérer aux mortifères politiques de décroissance que d’aucuns rêvent de lui imposer. »
L'article de Sylvie Brunel, pourtant, est résolument « climato-sceptique ». Dès le deuxième paragraphe, on peut y lire : « Aujourd’hui, il n’est pas de sujet plus chaud que le climat, devenu la grande religion planétaire depuis qu’il se serait déréglé, bien évidemment à cause des hommes, qui ont toujours adoré se placer au centre de l’univers. »
Toujours en 2015, un autre géographe, Jean-Luc Roger, prend la plume sur le site web de l'institution pour s'émouvoir du licenciement de Philippe Verdier et « émettre un certain nombre de questions concernant les thèses sur l’évolution du climat ». En lieu et place des questions se trouve un véritable florilège d'arguments climato-dénialistes, tous déjà réfutés par la communauté scientifique compétente, formulés de manière affirmative.
En 2016, la Société de géographie accorde l'un de ses prix à un ouvrage de Jean de Kervasdoué intitulé Ils ont perdu la raison. Dans le bulletin de liaison numéro 29 de la société, on peut lire sous la plume du rapporteur de la commission des prix Jacques Gonzales, également secrétaire général de la société savante : « J'ajouterai pourquoi les géographes climato-réalistes et climato-responsables sont-ils exclus des débats sur le réchauffement climatique ? Parce que les arguments avancés par tous ces scientifiques vont à l’encontre des vérités partiales, voire des contre-vérités politiquement correctes, dispensées sous un vernis souvent moralisateur, faites-vous remarquer. […] Votre voix a été entendue et hautement appréciée par les membres de notre Commission des Prix. »
En 2018, c'est un article « rassuriste » cosigné par Martine Tabeaud (voir supra) qui est publié par l'institution : « En réalité la vie et les activités humaines sont soumises aux conséquences des aléas du temps qu’il fait. Aujourd’hui comme hier ! […] Alors, de quel « chaos climatique » est-il question pour 2100 ? Rien à voir avec le grand capharnaüm d’avant l’organisation du monde. Juste une confusion regrettable entre la lente évolution climatique et l’instabilité météorologique ordinaire avec ses aléas plus ou moins violents. »
Un déni toujours d'actualité
En 2020, le site web de la Société de géographie republie une interview de son président par Sociétal — une publication de l'Institut de l'entreprise, un lobby du patronat français, dont Jean-Robert Pitte est membre du comité éditorial — dans laquelle il met en doute l'origine anthropique du réchauffement climatique dès sa réponse à la première question (« L’Homme est-il le seul responsable du réchauffement climatique ? ») :
« Cette question mérite mieux que les certitudes assénées à longueur de journée dans les médias, mais aussi par un certain nombre de scientifiques étroitement spécialisés le plus souvent et sans aucune culture historique. Coïncidence n’est pas corrélation. »
La republication de cette interview semble depuis avoir été dépubliée du site web de la société savante.
La même année, la Société de géographie va jusqu'à relayer une publication de l'Association des climato-réalistes, centre névralgique français du climato-dénialisme.
En 2023, relève Le Monde, le société savante récompense Philippe Pelletier, géographe et auteur en 2021 d'un ouvrage (Le Puritanisme vert. Aux origines de l’écologisme) contenant de virulentes attaques contre le GIEC.
Pour certains membres influents de la Société de géographie, dont son président, l'opposition à la décroissance, la confiance dans le progrès technique et l'animosité à l'égard du militantisme écologiste, qui relèvent tous de la libre opinion, semblent induire un rejet des faits scientifiques relatifs à l'évolution du climat, pourtant solidement établis.
Contactée par courriel, la Société de géographie ne nous a pas répondu.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Société européenne des ingénieurs et des industriels
La Société européenne des ingénieurs et des industriels (SEII) est une association belge fondée en 2004. Elle est présidée de 2019 à 2023 par Samuel Furfari, un climato-dénialiste belge de longue date. (La présidence est ensuite assurée par Michel Bande.)
Présentation
En 2011, le climato-dénialiste Henri Masson, alors administrateur de la SEII, démissionnait après le refus du président de la SEII d'accueillir un événement mettant en cause les connaissances scientifiques sur le changement climatique qu'il tentait d'organiser, raconte le site spécialisé Desmog.
Huit ans plus tard, le climato-dénialisme s'est installé dans la SEII. Durant la présidence de Samuel Furfari, de 2019 à 2023, les trois pages de la rubrique « climatologie » du site web de la SEII se font l'écho de nombreuses publications niant la réalité du changement climatique ou son origine anthropique : ici le site renvoie vers un article de son président Samuel Furfari publié dans PAN et intitulé « John Clauser : Combien de temps le mensonge de la catastrophe climatique va-t-il continuer ? » — il évoque la nomination de John Clauser à la tête de la CO2 Coalition. Là, il dirige vers un article de Bertrand Alliot publié dans Transitions et Énergies sous le titre « Méfions-nous de Jean-Marc Jancovici, le “singe savant” de l’énergie » ; ici vers un billet de Sébastien Point intitulé « Réchauffement Climatique : Un regard critique sur le consensus », publié sur European Scientist, le site web du climato-dénialiste Jean-Paul Oury ; là vers un article publié sur le site web de désinformation The Epoch Times titré « Une étude révèle que le Soleil, et non le CO2, pourrait être à l’origine du réchauffement de la planète » ; ici il assure la promotion du dernier ouvrage de Steven Koonin. Etc.
Dans sa rubrique « Liens web », le site référence plusieurs sites web climato-dénialistes, dont European Scientist (voir supra), le site personnel de Loïk Le Floch-Prigent — patron d'industrie français devenu climato-dénialiste — et le site belge Science, climat et énergie.
Le nouveau président de la SEII, Michel Bande, rédige fin 2024 un éditorial en vue de la nouvelle année. Il y écrit :
« Un cocktail toxique contamine nos sociétés, associant une peur du lendemain lancinante et la perte de repères qu’induisent des développements technologiques galopants, le tout empoisonné par un bombardement incessant de “faits alternatifs”. Conséquences : un complotisme délétère et le succès de nouvelles idoles politico-médiatiques qui barrent la route à toute vision positive du futur. […] La voix de la science devient trop souvent inaudible face à des (contre-)vérités à l’emporte-pièce. »
Il cite comme désinformation la croyance dans la Terre plate ou l'opposition au vaccin contre la polio, mais une partie du propos pourrait tout aussi bien s'appliquer aux propres publications de la SEII relatives au changement climatique.
Cette même année 2024, la SEII invite Philippe Charlez, directeur de l’observatoire « Energie Climat » de l’institut Sapiens (un think tank libéral français), à donner une conférence dont le titre est « La transition énergétique est-elle soutenable ? » Le support de présentation donne un aperçu de son contenu : on y lit que le réchauffement climatique est bien réel, que le pacte vert pour l'Europe n'est ni souhaitable, ni réaliste, que la France et l'Europe émettent une part minime des émissions de gaz à effet de serre (c'est trompeur), qu'« il faut continuer à développer les fossiles » et qu'il faut « ralentir [le] rythme [de l']atténuation [et] investir massivement dans [l']adaptation ».
Réponse de la SEII
Le nouveau président de la SEII, Michel Bande, n'a pas répondu à nos questions précises. Il s'est contenté de déclarer que l'association « se veut l'héritière des sociétés savantes du XIXe siècle [et] vise à donner à [ses] membres et sympathisants un state of the art le meilleur possible dans le domaine des sciences et techniques de l'ingénieur », évoquant « un cycle sur la décarbonation des industries lourdes telles que la sidérurgie, la chimie, les cimenteries » récemment clos.
Classification du discours
Les discours promus par la SEII se rattachent à la totalité des cinq grandes catégories de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Solidarité et progrès
Parti politique français relativement confidentiel dirigé par Jacques Cheminade, Solidarité et progrès adopte une position climato-dénialiste, notamment au travers des écrits de Pierre Bonnefoy.
Présentation
Solidarité et progrès est une émanation du mouvement LaRouche, qui diffuse les idées de Lyndon LaRouche, homme politique américain aujourd'hui décédé, dont l'idéologie d'extrême droite est également conspirationniste et climato-dénialiste.
Le parti invite le physicien climato-dénialiste François Gervais à donner une conférence en mai 2015 (suite), relaie le mois suivant une conférence du même chercheur à l'institut Schiller, l'invite de nouveau à intervenir en 2018 (vidéo) et l'interviewe longuement l'année suivante.
En 2008 déjà, le parti relayait avec enthousiasme une conférence « climatosceptique » avec notamment le physicien Serge Galam et le climatologue Jacques Comby.
Solidarité et progrès publie en 2020 le laïus d'un obscur lobbyiste américain (salarié du LPAC, le lobby de Lyndon LaRouche) niant l'origine humaine du changement climatique, vante en 2024 un livre de Daniel Husson, promeut la même année un ouvrage de la climatologue dénialiste américaine Judith Curry, etc.
Son président Jaques Cheminade, dans une discussion de 2021 avec Étienne Chouard, regrette (vers 49') que la convention citoyenne sur le climat de 2019 ait eu pour conception qu'« il y a un réchauffement climatique très dangereux, [alors que] les mêmes disaient que c'est un refroidissement dans les années 1960-1970 » (un argument fallacieux). Il enchaîne : « Donc on utilise cette chose, et comme on utilise la question du passe sanitaire, pour exercer sur le peuple un pouvoir et l'empêcher de se déterminer. »
Classification du discours
Les discours relayés se rattachent à la totalité des cinq grandes catégories de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Steven Koonin
Né en 1951, physicien de formation, Steven Koonin est un influent climato-rassuriste américain. Il est fréquemment cité dans les sphères dénialistes francophones.
Présentation
Il est successivement professeur de physique théorique, employé de l'entreprise pétrolière britannique BP (de 2004 à 2009, comme scientifique en chef), membre de l'administration Obama puis de l'administration Trump 2 (en 2025).
Auteur en 2021 d'un best-seller minimisant l'ampleur et les conséquences du changement climatique, Climat, la part d'incertitude (en anglais : Unsettled: What Climate Science Tells Us, What It Doesn't, and Why It Matters), Steven Koonin fait partie des climato-rassuristes les plus en vue aux États-Unis et est fréquemment cité en France dans les sphères dénialistes.
Son argumentaire ne consiste pas à nier l'existence d'un changement climatique, mais à en relativiser l'ampleur et la portée à l'aide d'arguments trompeurs. Il martèle l'idée selon laquelle la science du climat est trop incertaine pour en tirer des conclusions. Et donc trop incertaine pour prendre des mesures de réduction des émissions de CO2.
En 2025, il est co-auteur, avec quatre autres personnalités (dont Judith Curry), d'un rapport pseudo-scientifique et climato-dénialiste publié par le département de l'Énergie de l'administration Trump, qui a fait l'objet de réfutations par les chercheurs en sciences du climat.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
- (en anglais) fiche sur le site spécialisé Desmog
- article Wikipédia sur Climat, la part d'incertitude
Bibliographie
Sud Radio
Radio française généraliste, Sud Radio est l'un des principaux vecteurs de désinformation sur le changement climatique au sein des médias audiovisuels, notamment sous l'influence de son animateur star André Bercoff. Depuis le début des années 2010, la radio est également proche de l'extrême droite et des milieux complotistes, dont elle invite de manière récurrente des personnalités.
Analyse du discours
Sud Radio a notamment reçu une mise en garde de l'Arcom (ex-CSA) pour avoir donné la parole sans contradiction au physicien retraité François Gervais, auteur d'ouvrages climato-dénialistes, en décembre 2023. Ce qui n'empêche pas de le réinviter en janvier 2025, toujours sans contradiction ; les premiers mots de son invité sont ainsi : « [Le CO2] n'est nullement un polluant, au contraire c'est un fertilisant », un argument mensonger classique. Des propos qui vaudront à Sud Radio, après un deuxième avertissement (voir infra), une troisième mise en garde de l'Arcom en décembre 2025.
Les mots-clefs « réchauffement climatique » et « climat » du site web de Sud Radio donnent accès à des dizaines d'interviews de climato-dénialistes : François Gervais, donc, mais aussi Christian Gerondeau, Rémy Prud'homme, Steven Koonin (renommé « Steeve Koonin » par la radio), Yves Roucaute ou Olivier Postel-Vinay.
La radio reçoit une deuxième mise en demeure de l'Arcom en 2024 pour les propos climato-dénialistes de Christian Gerondeau et Rémy Prud'homme, relate L'Informé.
Une étude de l'association Quota climat portant sur trois mois de diffusion des principaux médias audio-visuels (télévisions et radios) publiée en avril 2025 indique que Sud Radio est — de loin — le média qui a diffusé le plus de désinformation sur le changement climatique, en valeur absolue comme rapporté au nombre d'heures analysées.
La réaction d'André Bercoff, quelques jours (le 15 avril) après la publication de l'étude, s'inscrit dans la continuité de ce que diffuse la radio : « Voilà, il y a un consensus scientifique, la vérité est établie, la Terre est plate, c'est Lyssenko en Union soviétique, et impossible de dire quoi que ce soit, sinon vous passez dans l'enfer. » Quelques instants auparavant, il affirmait erronément que François Gervais « a[vait] été au GIEC ». Il donne ensuite la parole à son invité, l'essayiste anti-éoliennes Fabien Bouglé, qui voit dans l'étude une volonté de censure de tout ce qui ne correspond pas à « leur idéologie », et même « une atteinte à la République », de la part d'« ayatollah ».
Si nombre d'interventions climato-dénialistes se font au micro d'André Bercoff, ce n'est pas le cas de toutes, telle celle de l'économiste Philippe Béchade le 31 janvier 2025 (réfutée ici), qui ne rencontre aucune contradiction de l'animateur Alexis Poulin.
Classification du discours
Les discours relayés par la radio se rattachent à l'ensemble des cinq grandes catégories de la classification des arguments climato-dénialistes proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Sylvie Brunel
Née en 1960, Sylvie Brunel est géographe et économiste. Elle est habituée des propos relativisant l'ampleur et les conséquences du réchauffement climatique.
Analyse du discours
Elle codirige en 2010 avec Jean-Robert Pitte un ouvrage collectif (coédité par la Société de géographie) intitulé Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête : 15 grands scientifiques géographes nous rassurent sur notre avenir, qui contient des discours mettant en question les connaissances scientifiques sur le changement climatique.
En 2015, elle écrit : « Aujourd’hui, il n’est pas de sujet plus chaud que le climat, devenu la grande religion planétaire depuis qu’il se serait déréglé, bien évidemment à cause des hommes, qui ont toujours adoré se placer au centre de l’univers. »
En 2019, elle signe la lettre ouverte « There is no climate emergency » de la Clintel, une organisation climato-dénialiste néerlandaise ; sa signature ne figure toutefois pas dans les versions ultérieures de cette lettre ouverte.
Dans une interview publiée la même année dans Atlantico, elle écrit : « Que la terre se réchauffe est une réalité […]. Considérer le changement climatique comme un drame en revanche, en considérant qu’il y aurait un optimum (lequel ? Aujourd’hui ? Il y a cinquante ans ? Dans cinquante ans ?), me paraît une erreur ». Favorable à la seule adaptation au changement climatique, elle estime que l'atténuation de celui-ci est inefficace et relève de « la danse de la pluie » .
Toutes ces idées qui nous gâchent la vie (2019)
L'interview fait suite à la publication, en 2019, de son essai Toutes ces idées qui nous gâchent la vie, dans lequel elle flirte avec le complotisme au sein d'un chapitre intitulé « La nouvelle danse de la pluie ». Elle écrit : « Et comme l’élévation actuelle des températures n’est pas aussi alarmante qu’il le souhaiterait, les catastrophes pas suffisamment nombreuses, le GIEC nous promet des lendemains terrifiants : multiplication des évènements extrêmes, risque de réactions en chaînes si les océans ne parviennent plus à absorber tout cet oxyde de carbone émis par les activités humaines, élévation brutale du niveau des mers lié à la fonte accélérée des glaces polaires… »
Dans un autre chapitre, elle contredit frontalement le GIEC (sans apporter aucune source) :
« Oui, mais les catastrophes se multiplient, affirme le GIEC. Et les évènements extrêmes vont devenir de plus en plus nombreux et violents. Ça aussi, c’est parfaitement faux. Oui, le nombre de catastrophes naturelles semble plus important que par le passé, mais c’est, d’une part, parce que nous vivons dans un village planétaire où tout évènement majeur est instantanément porté à la connaissance de l’humanité, d’autre part parce que le coût de ces catastrophes augmente. Elles ne sont ni plus nombreuses, ni plus violentes, elles sont simplement – mais c’est très important – plus coûteuses. »
L'ouvrage accumule aussi les arguments climato-dénialistes, toujours sans aucune source : « notons que la température moyenne de la terre [sic] s’est accrue d’à peine 1 degré Celsius en un siècle, pourtant en pleine ère du pétrole, du charbon et du gaz. Pas vraiment de quoi crier au loup » (c'est fallacieux) ; « La couverture nuageuse et la vapeur d’eau dans l’atmosphère sont de loin les principaux facteurs de l’effet de serre » (idem) ; « dans les années soixante-dix, c’est le refroidissement apparent de l’atmosphère qui panique les scientifiques, et non le réchauffement » (c'est un mythe) ; « l’optimum climatique de l’holocène, pendant lequel il faisait infiniment plus chaud qu’aujourd’hui sur la terre (4 degrés de plus en moyenne) » (faux également).
Des arguments spécieux qui pour certains (« Or le principal gaz à effet de serre n’est ni le CO2 ni le méthane, mais la vapeur d’eau. ») figuraient déjà dans son essai de 2008 À qui profite le développement durable ?, dont la critique louangeuse par le magazine d'extrême droite Causeur donne un aperçu. Dix ans n'auront visiblement pas suffi à l'universitaire pour s'informer sur les bases de la physique de l'atmosphère.
Société de géographie
Elle reçoit en 2024 le Grand Prix de la Société de géographie, dont elle est membre, ce qui provoque le départ de deux de ses membres, qui dénoncent le « climato-scepticisme » de la société savante. Elle témoigne alors auprès du quotidien du soir « regretter amèrement » ses propos passés, mais elle continue d'utiliser un discours « rassuriste », en décalage avec les connaissances scientifiques sur les conséquences du changement climatique.
Sylvie Brunel publie régulièrement sur le magazine d'extrême droite Valeurs actuelles (ses articles) et sur le site web libéral Atlantico (ses articles).
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
The Epoch Times
The Epoch Times est un média américain multilingue créé en 2000, lié au mouvement Falun Gong. Sa ligne éditoriale est d'extrême droite, complotiste, climato-dénialiste et le journal diffuse de fausses informations sur une vaste palette de sujets (Covid19, élections américaines, etc.).
Présentation
Le site diffuse les arguments du climatologue climato-dénialiste américain Richard Lindzen, fait de même avec ceux de Michael Shellenberger, remet en cause les conclusions du GIEC sur le fondement d'arguties pseudo-philosophiques, promeut des arguments classiques du climato-dénialisme (c'est le Soleil, il faisait plus chaud par le passé, etc.) — idem ici ou là.
En 2023, il republie un article d'Alain Mathieu publié sur le site de l'IREF cherchant à semer le doute sur les sciences du climat, en s'appuyant sur les ouvrages de l'Américain Steven Koonin et du Français François Gervais : « En résumé les émissions humaines ne sont responsables que d’une faible partie de l’augmentation du CO2 de l’atmosphère. »
La même année, il republie un autre article du site de l'IREF, cette fois signé par son directeur Nicolas Lecaussin, qui reprend un article du célèbre climato-dénialiste américain Steven Koonin paru dans le tout aussi célèbre et climato-dénialiste Wall Street Journal jetant le doute sur la hausse du niveau des océans (l'une des conséquences du changement climatique).
Toujours en 2023, le média relaie de manière trompeuse la lettre ouverte climato-dénialiste de la Clintel.
En 2024, The Epoch Times diffuse en outre sur les réseaux sociaux des campagnes publicitaires climato-dénialistes, comme le relate le site spécialisé Desmog.
Voir aussi
- (en français) article Wikipédia
- (en anglais) article Wikipédia
Thierry Godefridi
Thierry Godefridi, qui se présente comme « juriste, économiste et philosophe », est un auteur libéral bien inséré dans la sphère climato-dénialiste francophone. Il est chroniqueur dans le journal satirique wallon PAN. Il est le père de Drieu Godefridi.
Analyse du discours
Dans le numéro « automne 2022 » du Journal des libertés, Thierry Godefridi s'oppose vivement à la décarbonation, qu'il qualifie de tragédie : « Qu’en proie à l’idéologie — alors qu’elles comptent pour moins de 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et que les plus grands pollueurs du monde n’en ont cure — la France (0,8 % des émissions mondiales), le reste de l’UE et leurs clercs, avec la guerre aux portes, s’enfoncent dans leur délire écologiste et continuent à se faire hara-kiri, constitue l’une des plus grandes tragédies de l’histoire de l’humanité. » C'est là un argument classique (et fallacieux) des discours de l'inaction climatique (Lamb et al. 2020). L'article est en fait une reprise de l'argumentation de Michael Shellenberger.
Il est aussi l'éditeur d'un site web, palingenesie.com, où il fait état de ses convictions libérales — on y trouve par exemple une recension positive de l'Éloge de l'inégalité de Jean-Philippe Delsol, republiée sur le site de l'IREF que préside l'essayiste — et qui fait la part belle au déni climatique. Il y assure la promotion des ouvrages de Jean-Marc Bonnamy (ici et là), de Steven Koonin (ici, là là et encore là), du physicien Daniel Husson (ici), de Christian Gerondeau (ici) ou encore de Rémy Prud'homme (là). Et encore la liste produite ici n'est-elle pas exhaustive.
Il y annonce aussi, puis relate, la conférence donnée par Steven Koonin à Bruxelles en 2023, sur l'invitation du club de PAN et du club de réseautage entrepreneurial B19.
Dans un article de 2023 (précédemment paru dans PAN) consacré à un ouvrage en néerlandais, il diffuse au passage le mythe des années 1970 durant lesquelles « on craignait un refroidissement du climat », point d'exclamation à l'appui.
Une bonne dizaine de ses publications sur palingenesie.com sont republiées sur Climat et vérité.
Dans une interview donnée à PAN en 2020, il indique : « Personne ne doute que le climat ne change [sic]. Il a toujours changé. Il suffit de s’en référer à l’Histoire pour s’en convaincre. Par contre, ne faudrait-il pas s’étonner de tout le raffut médiatique et politique autour du climat […] ? »
Il est par ailleurs l'auteur de nombreux articles sur le site libertarien Contrepoints, qu'il s'agisse simplement de promouvoir le libéralisme, de s'inquiéter d'un « communisme à coloration écologique » au sein des instances de l'UE ou de promouvoir le dernier pamphlet climato-dénialiste de François Gervais.
Thierry Godefridi a publié en 2020 On vous trompe énormément : L'écologie politique est une mystification (autoédition). On y lit en quatrième de couverture : « N'assistons-nous pas à la mise en place d'un nouveau dispositif de contrôle social et à l'avènement d'une nouvelle dictature, écologiste ? » Le GIEC a d'ailleurs « lui-même admis, dans son troisième rapport d'évaluation, que le climat est "imprédictible" ».
Il développe cet argument sur son blog, dans un billet daté de la même année, où il mobilise le climato-dénialiste suisse Jean-Claude Pont. Son argument est trompeur à plusieurs titres. Premièrement, il isole des propos sans préciser leur contexte, à savoir la présentation dans le quatorzième et dernier chapitre dédié aux perspectives de progrès de la science climatique des obstacles et limites inhérentes au système climatique. Deuxièmement, il recourt à une méthode classique du climato-dénialisme qui consiste à exagérer les incertitudes pour minimiser l'état des connaissances : le même rapport indique ainsi (par ex. p. 9 dans le résumé à l'intention des décideurs) que la confiance dans la capacité des modèles climatiques à produire des projections du climat futur a augmenté. Enfin, il se réfère à des travaux de 2001, alors que trois autres rapports d'évaluation du GIEC ont été publiés depuis.
Contacté par le biais de son blog, Thierry Godefridi ne nous a pas répondu.
Classification du discours
Les discours diffusés par Thierry Godefridi se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Thomas Lepeltier
Thomas Lepeltier est un essayiste français, défenseur de l'animalisme et adhérent du Parti animaliste. Il ne considère pas que la diminution de la biodiversité soit un problème, y compris pour l'humanité, et tient des propos « climato-rassuristes », qui s'inscrivent dans une opposition plus large à l'écologisme.
Analyse du discours
En novembre 2024, il est invité au colloque organisé par :Chantal Delsol et Bertrand Alliot qui rassemble de nombreux climato-dénialistes et contempteurs de l'écologisme. À cette occasion, il donne une présentation, filmée, sur l'animalisme.
Il y estime que les mouvements écologiste et animaliste sont opposés : là où l'écologisme — omniprésent — s'intéresse à la biodiversité comme un tout, comme l'ensemble des interactions entre les espèces et leur milieu (c'est en réalité le sujet d'étude de l'écologie scientifique), promouvant la préservation d'un haut degré de biodiversité, l'animalisme adopte une vision libérale, favorable au progrès technologique, et individualiste qui vise à réduire les souffrances des individus, humains ou non. Dans cette optique, la perte de la biodiversité n'est pas nécessairement un problème, bien au contraire, et Thomas Lepeltier est favorable à un interventionnisme important de l'humanité dans les sphères naturelles, y compris par la modification du génome des espèces animales sauvages, toujours dans l'optique de réduire la souffrance des individus.
Si le libéralisme a permis de réduire les souffrances humaines, explique-t-il, l'animalisme est une extension du libéralisme aux animaux, eux aussi sujets à de nombreuses souffrances.
Diapositive sur la « dramatisation du réchauffement climatique » à l'appui, il regrette que la pensée écologiste perçoive systématiquement le changement climatique comme « quelque chose de mauvais ». « Alors qu'on oublie des choses toutes simples, alors que le froid n'est pas quelque chose d'agréable », enchaîne-t-il en soulignant que l'on parle très peu dans les médias la mortalité liée au froid — un argument classique du « climato-rassurisme » — avant d'évoquer les vignerons anglais qui se réjouissent de la hausse des températures.
Il publie en 2024 un article dans Paysans & société intitulé « Il n’y a pas de crise de la biodiversité ! » dont le discours se veut rassurant : il s'agit plus d'une baisse des populations que d'une disparition des espèces, « nombre d’espèces se portent bien de nos jours », il faudrait avant tout établir le « niveau optimal » de la biodiversité pour la qualité de la vie humaine sur Terre…).
Dans Contrepoints, il partage en janvier 2025 les thèses d'un ouvrage de la climatologue climato-dénialiste américaine Judith Curry. Celle centrale, qu'il semble épouser, est « qu’il faudrait moins chercher à diminuer le taux de CO2 dans l’atmosphère que la pauvreté dans le monde, qui est la cause principale de la vulnérabilité face aux aléas climatiques ». Il relate sans aucune distance critique les arguments de l'autrice. On peut ainsi lire :
« [Judith Curry ] montre tout à la fois que la focalisation sur le taux de CO2 relève d’un biais méthodologique lié au fonctionnement même du Giec, que ces études comportent encore une grande part d’incertitude et que ce n’est pas en faisant de la diminution des émissions de CO2 une priorité que l’on protège au mieux les populations humaines. »
Dans une conférence donnée en 2025 auprès de l'ALPA, un think tank, où il s'oppose à l'idée d'un ralentissement économique, il explique « que ce fait l'humain fondamentalement ce n'est pas dégrader l'environnement, c'est transformer l'environnement », même s'il reconnaît l'existence d'activités économiques qui polluent, tout en affirmant que le développement économique permet de réduire ces pollutions. Il ne nie pas l'existence ni l'origine humaine du changement climatique mais s'oppose à tout « ralentissement » qui entraverait le développement et, ce faisant, nuirait à la fois à la résilience des sociétés face aux impacts du changement climatique et à leur capacité à utiliser des sources d'énergie moins émettrices de gaz à effet de serre.
Thomas Lepeltier est également l'auteur d'articles et tribunes dans Le Point qui consistent globalement à minimiser la gravité des problématiques environnementales et à dénoncer le « catastrophisme » des écologistes et des scientifiques. On peut par exemple y lire (dans une chronique titrée « Scientifiques en rébellion : de la science à l’autoritarisme ») qu'« avant de nous empoisonner, les pesticides nous permettent […] de mieux nous nourrir ». Il y exprime aussi son opposition à la décroissance et promeut le « laissez-faire » dans une recension d'ouvrage titrée « Quand la bourgeoisie sauve le monde ».
Il écrit également à quelques reprises dans le Journal des libertés pour dire son refus de la décroissance.
Réponse de Thomas Lepeltier
Contacté, Thomas Lepeltier indique se ranger « derrière les travaux du Giec, en ce qui concerne l'aspect physique du climat (groupe 1) » et s'opposer à la qualification de « climato-rassuriste » car le GIEC « reconnaît lui aussi qu'il y a des effets positifs au réchauffement climatique, même s'il se focalise sur les effets négatifs ».
Au sujet de son article dans Paysans et société, il précise que son propos, « d'ordre épistémologique », « ne consiste pas à contester les travaux des écologues, mais à faire remarquer que la notion de "crise" n'est pas un terme scientifique, car elle est chargée de valeur (elle implique qu'il y a quelque chose de mal) ».
Quant à son billet sur I'ouvrage de Judith Curry, Thomas Lepeltier nous répond qu'il ne faut pas y voir d'adhésion de sa part à la thèse de la climatologue : « Le fait que je présente cette position sans prendre mes distances avec elle ne dit rien de mes propres positions. »
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Tocsin
Lancée en septembre 2023, la chaîne Youtube Tocsin est fondée par la journaliste Clémence Houdiakova. Précédemment animatrice sur la très droitière [[liRadio Courtoisie]] et sur [[liSud Radio]], elle est également habituée des plateaux de CNews.
Présentation
Clairement située à l'extrême droite, Tocsin fait la part belle au complotisme : ses vidéos les plus vues mettent à l'honneur la généticienne Alexandra Henrion-Caude (vidéo), adepte de désinformation sur la Covid-19, et promeuvent la théorie complotiste présentant Brigitte Macron comme une femme transgenre (vidéo 1, vidéo 2).
Tocsin diffuse également des discours climato-dénialistes, en invitant notamment Christian Gerondeau (en 2024 et 2025), François Gervais (en 2025 également) — indument présenté comme « un expert du GIEC » —, Daniel Husson (en 2024) et bien d'autres encore.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Transitions et Énergies
Transitions et Énergies est une revue trimestrielle fondée en 2019 par Gérald Penciolelli, « ancien du groupuscule néofasciste Ordre nouveau et du Parti des forces nouvelles (PFN) » (un parti d'extrême droite) relève Mediapart en 2025. Son directeur de la publication est jusqu'à l'été 2025 Gil Mihaely, qui assure la même fonction à la tête du média d'extrême droite Causeur et de la revue Conflits (dont Penciolelli est actionnaire).
La revue Transitions et Énergies change de propriétaire en juillet 2025 et est depuis dirigée par Fabien Bouglé.
Analyse du discours
L'un des chroniqueurs de Transitions et Énergies est Bertrand Alliot, porte-parole de l'association climatodénialiste Action Écologie, habitué de la désinformation sur le climat et la biodiversité. (Il donne également plusieurs entrevues filmées en mars et août 2024.)
Dans le numéro 13, publié à l'été 2022, on peut ainsi lire sous la plume de Bertrand Alliot consacrée à Jean-Marc Jancovici que celui-ci « se travestir[ait] en Miss Météo » à chaque catastrophe naturelle pour faire le lien avec le changement climatique. L'ingénieur, écrit Bertrand Alliot, « devrait lire le GIEC qui, dans son rapport, ne relève aucune augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes, ni en fréquence ni en intensité ». Difficile de faire plus faux, puisque le sixième rapport d'évaluation du GIEC, dans son premier volet, paru en 2021, dit précisément l'inverse (A.3, p. 8-9 du résumé à l'intention des décideurs) : la fréquence et l'intensité des événements météorologiques extrêmes a d'ores et déjà augmenté.
La revue compte également parmi ses chroniqueurs Loïk Le Floch-Prigent, lui aussi climato-dénialiste.
Plus largement, Transitions et Énergies aime dénoncer l'« hystérie climatique » (2023) et la « stratégie assumée d’un grand nombre de mouvements écologistes et d’institutions internationales (ONU, GIEC, COP, AIE…) [qui] consiste depuis des années à affoler les opinions et les populations sur le dérèglement climatique » (2025), sans toutefois remettre en question la réalité ni l'origine humaine du réchauffement.
En avril 2021, Transitions et Énergies, en partenariat avec l'Institut des libertés de Charles Gave, invite le physicien climato-dénialiste François Gervais. Il faut préciser ici que la revue et l'institut du financier Charles Gave sont très proches : Charles Gave est l'un des principaux actionnaires de la holding Cantio, qui possède Transitions et Énergies, Causeur et Conflits.
Sans surprise, sur sa chaîne Youtube, Transitions et Énergies invite donc Charles Gave et donne souvent la parole à Jean-Jacques Netter, vice-président de l'Institut des libertés, qui a fait sa carrière dans la finance (et qui intervient aussi chez Causeur). En 2024, on peut ainsi l'entendre dérouler un argumentaire mettant en doute l'origine humaine du changement climatique et insistant sur les influences solaires, jusqu'à ce que l'intervieweur et rédacteur en chef de la revue l'interrompe pour rectifier son propos (de manière approximative, puisqu'il n'attribue pas le changement climatique aux seuls facteurs anthropiques, à rebours des conclusions du GIEC).
Quelques mois plus tard, revoilà Jean-Jacques Netter dans une vidéo avec pour vignette la citation « La majorité de ce que dit le GIEC sont des mensonges ! », titrée « 5 Livres pour Combattre la DOXA Écologique » — dont Ils croient que la nature est bonne de Jean de Kervasdoué — où il promeut les analyses du climato-dénialiste Christian Gerondeau et remet le couvert sur les éruptions solaires, certes là encore avec un semblant de contradiction de l'intervieweur.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
TV Libertés
TV Libertés est une web-télé d'extrême droite identitaire fondée en 2014.
Présentation
Elle invite régulièrement des personnalités climato-dénialistes, par exemple François Gervais (en 2023, 2025), Christian Gerondeau (en 2023), Benoît Rittaud (en 2024), Rémy Prud'homme (en 2023) ou Daniel Husson (en 2024), ainsi que le plus confidentiel Alban d'Arguin (en 2022, 2023). La web-télé commercialise leurs ouvrages sur sa boutique en ligne.
En 2020, elle diffuse une émission (en deux parties) au contenu dénialiste et complotiste, sobrement intitulée : « Réchauffement climatique : mythe et réalité ». À la manœuvre, Olivier Pichon et Pierre Bergerault ainsi que leur invité Jean-François Auzolle.
Elle diffuse aussi, sur le même plan, un discours contradictoire (en 2023).
Voir aussi
Valeurs actuelles
Valeurs actuelles est un magazine français d'extrême droite, fondé en 1966, longtemps propriété de la famille Safa et depuis 2025 celle d'un consortium dont fait partie le milliardaire Pierre-Édouard Stérin. Le journal est ouvertement climato-dénialiste.
Analyse du discours
Valeurs actuelles publie régulièrement les chroniques de climato-dénialistes : Benoît Rittaud, Rémy Prud'homme, Bertrand Alliot (qui nie aussi la crise de la biodiversité), Sylvie Brunel (qui loue un ouvrage de Jean de Kervasdoué et affirme que « les efforts démesurés de l’Europe pour parvenir à la neutralité carbone n’auront aucun effet sur le changement climatique » à cause de la Chine et de l'Inde — un discours de l'inaction classique), etc.
Valeurs actuelles publie en 2023 un numéro hors-série intitulé « Climat : info et intox », analysé par Arrêt sur images, où son rédacteur en chef, Mickaël Fonton, nie l'existence du consensus scientifique sur le changement climatique.
Le même Mickaël Fonton promeut Daniel Husson (ici), interviewe Bertrand Alliot (là), fait de même avec Jean-Paul Oury qui dénonce la « climatocratie » (ici), encense l'ouvrage de Judith Curry (là), interviewe Steven Koonin (ici), etc.
Il fait étalage de son propre déni de la science dans une chronique publiée en février 2025, où il écrit « que le CO2 n’est peut-être pas le bouton qui commande la machinerie climatique » (en reprochant au réputé climatologue américain James Hansen de ne pas l'avoir envisagé !) et « que l’inertie du climat est telle qu’un arrêt massif des émissions de GES n’aura pas l’effet attendu sur le volume du CO2 atmosphérique » (ce qui est une aberration, puisque l'inertie du climat est au contraire très faible).
Le climato-dénialisme, chez Valeurs actuelles, est ancien et s'inscrit dans une opposition idéologique à l'écologisme. En avril 2008 déjà, dans son numéro 3726, p. 28, l'hebdomadaire publiait les bonnes feuilles de l'ouvrage climato-dénialiste de Laurent Cabrol « contre le bien-pensant écolo » et même contre « la pensée unique verte ». Deux ans plus tard, le présentateur météo était interviewé (par Mickaël Fonton, déjà) à l'occasion de son deuxième ouvrage.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Voir aussi
Bibliographie
Vincent Bénard
Vincent Bénard, ingénieur en génie civil et aménagement du territoire, est un essayiste libéral français et un climato-dénialiste de la première heure.
Présentation
Le journaliste scientifique Stéphane Foucart relevait en 2015 (Foucart 2015, p. 365) que Vincent Bénard « a mis une remarquable énergie à relayer sur le Net, en langue française, les arguments par ailleurs diffusés outre-Atlantique par la machine à nier. Sur son blog, objectifliberte.fr, mais aussi sur la plate-forme de publication collaborative Agoravox.fr (« Le média citoyen », sic), Vincent Bénard a répercuté avec âpreté et persévérance la dernière campagne contre le Giec et les chercheurs en sciences du climat, du Climategate aux divers pseudoscandales du printemps 2010 ».
En effet, le site de l'intéressé, toujours en ligne mais désormais guère actualisé, possède un dossier dédié au réchauffement climatique, alimentée de 2007 à 2010, et une rubrique climat, nourrie à partir de 2010.
Le dossier, riche de plusieurs dizaines d'articles, accueille un autre « climato-sceptique », comme on dit à l'époque, Jean-Michel Bélouve (en 2009) pour affirmer que le CO2 n'est pour rien dans le réchauffement, promeut les vidéos du physicien Vincent Courtillot, diffuse une vidéo du climatologue Marcel Leroux et se réfère au Danois Bjørn Lomborg. Il conseille aussi la consultation d'autres sites web climato-dénialistes : celui de Jacques Duran (sous son pseudonyme Jean Martin), celui de Charles Muller et Skyfall.
La rubrique climat, elle, compte quelques articles, dont une recension positive de l'ouvrage dénialiste dirigé par le chimiste belge István Markó.
Le sous-titre du blog de Vincent Bénard, « Kill the decline » (littéralement, « Tuer le déclin »), peut faire écho à la critique de l'« alarmisme climatique » de nombreux militants du libéralisme économique.
Libéral, Vincent Bénard l'est résolument. Il préside de 2008 à 2011 l'institut Hayek, créé quelques années auparavant à Bruxelles par un autre libéral climato-dénialiste, Drieu Godefridi (dont il faisait sur Agoravox la publicité de l'essai dénigrant le GIEC en 2010). Il est également membre de l'institut Turgot, où il publie sur le climat — par exemple en 2016 pour inciter à « oublier les politiques climatiques, et à œuvrer pour maximiser la richesse de [la] population, en favorisant le progrès par le développement du secteur privé et de la liberté économique ».
L'essayiste publie depuis 2010 de nombreux billets dans le média libertarien Contrepoints (consultables ici pour les plus récents et là pour les autres), dont les titres dispensent de détailler le contenu : « La fin des énergies fossiles pour 2050 est une chimère » (juillet 2024), « Politiques climatiques : menaces contre nos libertés » (août 2024), « Javier Milei jugule l’inflation, et veut la rendre illégale ! » (janvier 2025) — où la sympathie que lui inspire le dictateur libertarien argentin transparaît. Et une série de cinq articles hostiles aux énergies renouvelables, entre avril et août 2025.
Ces publications sont doublées de billets sur le site web de l'IREF depuis 2021 et d'une poignée d'articles dans le Journal des libertés co-édité par l'IREF et l'ALEPS.
Il écrit également sur le site libéral Atlantico, où ses billets (liste), sur le changement climatique ou d'autres sujets, sont à l'occasion co-signés par Drieu Godefridi ou Jean-Philippe Delsol.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement climatique
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
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- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
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- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Vincent Courtillot
Né en 1948, Vincent Courtillot est géophysicien. S'il est reconnu pour ses travaux de recherche, son domaine d'étude ne porte pas sur le climat ; toutefois, à compter du milieu des années 2000, alors qu'il dirige le réputé Institut de physique du globe de Paris (IPGP), il s'oppose aux conclusions du GIEC et au consensus des climatologues, de pair avec son collègue et ami Claude Allègre. Tous deux parviennent à façonner la position de l'Académie des sciences sur ce sujet durant une bonne partie de la décennie 2010. Vincent Courtillot fait figure de deuxième personnalité climatosceptique — c'est le terme employé à l'époque — la plus influente durant cette période (après Allègre).
Analyse du discours
Le journaliste scientifique Stéphane Foucart écrit en 2015 :
« Autant le dire sans fard. La somme d’erreurs commises à propos du réchauffement par les deux hommes dans leurs interventions publiques est incroyable. Ces erreurs — subtiles ou grossières — s’emboîtent les unes aux autres admirablement, s’enchaînent, se renforcent de manière troublante. Leur examen minutieux est sans appel : il ne s’agit pas d’erreurs fortuites. Elles sont activement délivrées à l’opinion publique pour discréditer les sciences du climat et forger du doute, dans un objectif clairement politique. » (Foucart 2015, p. 52)
En 2009, relate encore Stéphane Foucart, Vincent Courtillot incite l'Académie des sciences à lire l'ouvrage de Christian Gerondeau CO2 : un mythe planétaire (Foucart 2015, p. 174‑175).
Le discours de Vincent Courtillot se veut résolument scientifique et il est l'un des rares climato-dénialistes français à avoir publié dans des revues scientifiques à comité de lecture. Son argumentation consiste à mettre en doute le rôle du CO2 dans le réchauffement climatique. Il publie notamment en 2007 un article dans la revue Earth and Planetary Science Letters (EPSL) qui entend montrer que les variations du champ magnétique terrestre (liées pour partie aux fluctuations du rayonnement solaire) pourraient expliquer le réchauffement récent ; l'article comprend des erreurs majeures et est réfuté par la communauté scientifique, quand il n'est pas moqué pour son manque de rigueur.
Le géophysicien est membre du conseil scientifique de la Global Warming Policy Foundation britannique (comme Christian Gerondeau, cité supra) et du comité scientifique de l'Association des climato-réalistes française créée en 2016. Il est également signataire de la « World Climate Declaration » de 2019 publiée par l'organisation néerlandaise Clintel.
S'il conserve une activité dans la sphère climato-dénialiste, donnant une conférence avec Richard Lindzen en 2018, relatant ses dernières publications sur le site web de la climatologue climato-dénialiste américaine Judith Curry en 2023, ou intervenant sur la radio d'extrême droite Radio Courtoisie début 2025, et s'il demeure une figure tutélaire du déni climatique en France, son influence est désormais faible et une nouvelle génération — moins introduite dans la sphère académique — a pris le relai dans les médias.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
Voir aussi
- article Wikipédia
- fiche sur le site Desmog
Bibliographie
Yves Lenoir
Yves Lenoir est un ingénieur et essayiste français. C'est l'une des premières figures du « climatoscepticisme » en France.
Présentation
Ancien militant écologiste, il est l'auteur en 1992 de La Vérité sur l'effet de serre : Le Dossier d'une manipulation planétaire, ouvrage dans lequel il met en cause non la réalité de l'effet de serre, mais l'idée qu'il soit le vecteur d'un réchauffement provoqué par les activités humaines. À ses yeux, un « lobby climatologique » cherche à faire peur pour servir des intérêts économiques. L'ouvrage est commenté dans la presse généraliste, et son auteur parfois interrogé.
En 2001, il publie Climat de panique, dans lequel il étrille l'écologisme, affirme (en couverture) qu'« il n'y a pas de réchauffement général de la planète » et conteste que l'on ait la certitude de la responsabilité humaine dans la hausse des températures observée (qu'il reconnaît). Il y reprend également la théorie de Marcel Leroux sur les anticyclones mobiles polaires (AMP). La critique que fait de l'ouvrage l'ingénieur météorologue de Météo-France Michel Rochas dans La Météorologie est acerbe. Après avoir relevé des erreurs scientifiques, il en vient à la persistance d'Yves Lenoir à voir un « lobby climatique » à l'œuvre :
« Mais comment se fait-il que Lenoir et quelques autres puissent détenir une vérité qui échappe complètement à la quasi-totalité des météorologistes et des climatologistes ? La réponse est fournie par l’auteur : ces derniers sont les victimes d’un complot organisé par un lobby onusien. »
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Il n'y a pas de réchauffement général de la planète
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- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
Yves Roucaute
Docteur en philosophie et en sciences politiques, Yves Roucaute, né en 1953, a rejoint dans les années 2020 les sphères climato-dénialistes.
Analyse du discours
Il est l'auteur en 2022, aux éditions du Cerf, d'un ouvrage intitulé L'Obscurantisme vert : La Véritable Histoire de la condition humaine. « Les cyclones, séismes et variations climatiques ? Pires hier qu’aujourd’hui. Peut-on vivre en harmonie avec la nature sans la dominer ? Non. Le CO2 ? Rien de diabolique. L’éolien ? Beaucoup de vent pour rien », écrit son éditeur.
L'ouvrage est jugé « iconoclaste » par Le Figaro qui interviewe le philosophe, pour qui l'influence humaine sur le réchauffement climatique est « dérisoire ». Le Figaro ne rappelle à ses lecteurs l'état des connaissances scientifiques sur le sujet, comme le relève le journaliste scientifique Sylvestre Huet — ce que peine à faire le CDJM. Les lecteurs demeureront dépourvus de toute réelle information face à un galimatias d'arguments fallacieux (tous débunkés ici, en anglais) repris de l'ouvrage : « Le taux de CO2 est aujourd'hui 8 à 17 fois inférieur à celui des dernières 545 millions d'années. Il n'est pas la principale source du gaz à effet de serre, qui, pour plus de 60 %, est la vapeur d'eau, et qui arrête les rayons gamma et X du soleil, créant la couverture chauffante qui permet la vie. »
Yves Roucaute est également un auteur prolifique du site Atlantico (ses articles) depuis 2012. Quand il n'est pas occupé à du révisionnisme historique, rattachant le nazisme et le fascisme à l'« extrême gauche » (Hitler était en fait un « révolutionnaire socialiste », explique-t-il, sans visiblement que cela n'émeuve la direction de la publication d'Atlantico), il s'emploie à pourfendre les « manipulations scientifiques grossières » du GIEC, « ses falsifications éhontées et ses niaiseries », et espère la suppression de « cette usine à fabriquer de l’idéologie, de l’obscurantisme et de la haine ».
L'opinion d'Yves Roucaute sur le changement climatique s'inscrit explicitement dans un corpus idéologique plus large : comme il l'explique dans un autre billet d'Atlantico, « réduire [la] vague idéologique [qui touche la France] à son versant climatique est la plus grande erreur à commettre. Du wokisme à l’immigration, de l’insécurité aux mœurs, c’est une même idéologie totalitaire qu’affronte notre pays. »
Le philosophe professe son climato-dénialisme chez Sud Radio face à André Bercoff (en 2022, interview visiblement reprise dans un groupe Facebook de soutien au parti d'extrême droite Reconquête), dans Causeur (en 2022), sur CNews (en 2022, et remarqué par Samuel Gontier dans Télérama), et même sur TV5 Monde. Il est aussi interviewé sur le confidentiel site climato-dénialiste Climat et vérité (en 2023), qui assure régulièrement sa promotion.
Son ouvrage de 2022 a aussi été promu par la droitière association climato-dénialiste Action Écologie.
Classification du discours
Les discours employés se rattachent aux grandes catégories suivantes, dans la classification proposée par des chercheurs en 2021 (Coan et al. 2021) :
-
- Le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine
-
- Les impacts climatiques ne sont pas néfastes
-
- Les solutions climatiques ne fonctionnent pas/sont néfastes
-
- Le mouvement pour le climat/les sciences du climat ne sont pas fiables
Bibliographie
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Cartographie du déni climatique
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Données bibliographiques
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[{"id":"coanetal2021","abstract":"A growing body of scholarship investigates the role of misinformation in shaping the debate on climate change. Our research builds on and extends this literature by (1) developing and validating a comprehensive taxonomy of climate contrarianism, (2) conducting the largest content analysis to date on contrarian claims, (3) developing a computational model to accurately classify specific claims, and (4) drawing on an extensive corpus from conservative think-tank (CTTs) websites and contrarian blogs to construct a detailed history of claims over the past 20 years. Our study finds that the claims utilized by CTTs and contrarian blogs have focused on attacking the integrity of climate science and scientists and, increasingly, has challenged climate policy and renewable energy. 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This chapter will review content analyses of various corpora containing climate misinformation, including conservative think-tank publications, blogs, social media posts, and mainstream media articles. While individual studies offer piece-meal insights into various aspects of climate misinformation, the overall body of literature paints a comprehensive landscape of arguments targeting climate science and solutions. Developing a taxonomy of denialist arguments enables the construction of a history of climate misinformation, highlighting ebbs and flows of different talking points and strategies. Finally, in order to develop responses to misinformation, one needs to identify the strategies employed in climate misinformation to distort scientific facts and mislead the public. 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Il est désormais trop tard : les États-Unis devraient faire baisser leurs émissions de 15 % par an, la Chine de 10 %, l'Europe de 6 %. Vu les inerties combinées du système économique mondial et de la machine climatique, il est devenu illusoire de conserver un climat stabilisé sous cette limite. Le temps que nous avions pour agir, nous l'avons perdu en tergiversations, en vaines discussions. Comment et pourquoi la science climatique a-t-elle été si longtemps ignorée, relativisée, mise en doute ? Dans les coulisses de cette bataille, où Stéphane Foucart, journaliste scientifique au journal Le Monde, nous fait pénétrer, le lecteur trouve pêle-mêle l'ignorance, le mensonge et la manipulation. Le constat est glaçant : c'est la vérité de tout un domaine d'étude qui est menacée de disparition. 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La légitimité de cette voix s'est construite dans le temps et au prix d'une forte institutionnalisation. Loin de la vision originale de ses fondateurs, qui l'avaient conçu en 1988 comme une structure informelle au service des décideurs, le GIEC réunit aujourd'hui des milliers de personnes, fait dialoguer scientifiques et diplomates au niveau international. Cet ouvrage ouvre pour la première fois sa boîte noire. Il raconte la rigueur du processus d'évaluation et la lourdeur bureaucratique que cela induit. 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